14°
#411012
Le centre de l’Idée
C∴ L∴
TFP
et
vous tous mes SS
et mes FF
Chev
de la Voûte Sacrée
En me penchant sur le centre de l’Idée, j’ai eu le sentiment de quelque chose qui pouvait, tel un point, irradier à 360°. Innombrables pistes…je n’ai tiré qu’un tout petit bout du fil de la pelote….
Depuis les temps immémoriaux des rites initiatiques parlent d’entreprendre un voyage pour devenir un Homme. Un voyage amenant à s’affranchir d’un monde, finalement décevant de la matérialité, pour retrouver celui du cœur, silencieux et lumineux.
Ces traditions parlent de l’origine même de notre espèce. Elles nous transmettent des principes d’ordre universel. Ceux qui gouvernent la totalité du Cosmos.
Elles sont coexistantes à la vie, découlant de la nature même des choses. Vivant par essence en chacun de nous, elles participent à une connaissance intérieure dont la conscience devient l’expression.
Cette étape du voyage au grade de Chev de Royal Arche, nous amenant à descendre vers le centre de l’idée, est plus énigmatique que les précédentes. La voûte, qui mène à ce lieu, lui attribue un sens cryptique, un sens caché.
Après avoir tenté d’élever le temple vers les cieux, nous nous retrouvons sous ses ruines, renouvelant l’expérience de la terre. D’une démarche extérieure, magnifiant l’ego, nous nous enfonçons, à l’extrémité du fil à plomb.
Le centre de l’idée est composé de mots simples et connus. L’assemblage en est pourtant sibyllin.
En spéléologue partant explorer les profondeurs, je pressens que le chemin est aussi important que le but. Il m’est nécessaire de refaire le parcours pour comprendre ou je me trouve ; soulever l’anneau, refranchir la trappe, descendre, me laisser guider le long de la ligne brisée, franchir fragments après fragments les portes en les nommant, atteindre la stèle dressée et entrouvrir le passage vers l’Ain Sof.
J’éprouve encore à ce jour un manque de stabilité dans ma réflexion qui n’a pas vraiment trouvé son point d’équilibre.
Je vais malgré tout, en espérant ainsi, y voir un peu plus clair, me risquer à partager avec vous quelques images.
Sans prétendre pénétrer l’esprit des kabbalistes, je vais me laisser guider en posant un regard ouvert, mais forcément étranger. C’est ce que le rituel nous incite à faire pour accéder, peut être, à une autre dimension.
Depuis sa naissance, le judaïsme a toujours possédé un côté ésotérique. Une approche du Divin enfouie profondément, exerçant une force cachée.
Mais la kabbale n’est pas uniquement un phénomène religieux. Elle est vibration, énergie, art de vivre et recherche d’harmonie. Elle porte en son nom la possibilité de recevoir ou d’atteindre la lumière de l’infini. Sa structure est composée de 10 sefirots, 10 modalités fondamentales de l’humain par lesquelles on peut atteindre l’équilibre.
Pour accéder à la symbolique du nom innéfable, à la puissance des mots et des lettres hébraïques, il faut essayer de comprendre la construction de l’arbre des Séfirots.
La tradition théosophique énonce que Dieu a crée le monde à partir de rien ; ex nihilo. La kabbale dit l’inverse. Le monde a été crée comme rien à partir d’un tout absolu ; Une lumière supérieure infinie, occupant tout l’espace. D’après la mystique Juive, la lumière s’est rétractée. Cette contraction est un espace vide de Dieu, un espace athée. Mais les forces agissantes ont réinvesti cet espace sous la forme contractée d’un rayon de lumière énergie.Celle ci devient matière sous la forme de 10 réceptacles. La kabbale leur a donné le nom de sefirots qui vont accueillir et contenir la lumière. Cette lumière rayon va être à l’origine de la création des mondes et des forces en œuvre.
Après la contraction de la 1ère émanation de la lumière, il y a passage du néant à l’être. La première matière de l’Univers crée, la pierre de fondement. Le 1er élément infinitésimal de la matière est un point, nommé plus tard atome, littéralement insécable.
Dans de nombreuses traditions le monde s’est crée autour de ce centre, composé en général d’une pierre agissant comme un nombril nourricier.
Ce point est au seuil du visible, résultats de forces : contraction, rétention, concentration expansion.
Entre en scène, la phase de formation. Métamorphoses infinies de ce point en fonction du jeu de forces auquel il est soumis. La 1ère transformation est une ligne verticale qui va ensuite former une courbe, un angle, une ligne brisée. Ces 3 formes géométriques primordiales sont à l’origine de l’alphabet hébraïque. Les lettres possèdent une force créatrice, une énergie telle, qu’elles sont les outils primordiaux de la création. Le tétragramme sacré JOD HE VAV HE se construit de manière géométrique, déployée du point dans le plan puis dans l’espace à partir des 3 lettres fondamentales.
Le Sefer Yetsirahdécrit les rapports entre ces 3 lettres mères : le Schin correspondant au feu créant les cieux, le Mem, l’eau formant la terre, et le Aleph, l’air, qui n’est pas créateur mais qui tempère l’eau et le feu en étant placé entre les deux.
C’est déjà une bien belle histoire. Mais ce n’est pas tout ! Au delà de la forme et du sens, les kabbalistes s’intéressent à la dynamique et aux combinaisons de ces lettres. L’idée essentielle est que la lumière de l’infini arrive aux hommes par l’intermédiaire des lettres qui en sont comme son véhicule. Si les lettres sont statiques, formant des mots enfermant la compréhension, le flux se bloque et forme des nœuds d’énergie. On dénoue ces noeuds en utilisant des jeux de combinaisons. Les carrés magiques par exemple : AMOR devient ROMA, SATOR- ROTAS etc. Nous retrouvons ce carré sur la stèle qui se trouve au centre de l’idée.
Certains mots ont un sens , d’autres donnent des sons. Le son est le fondement de tout langage, la parole donne le sens.
La Guématrie, ou valeur numérique aide à mémoriser les rapports entre combinaison et langage.La langue hébraïque ne ressemble donc pas aux autres langues. En se renouvelant, elle renouvelle l’être qui la réinvente, tel un processus alchimique. Dans ces phases de combinaisons, on arrive au degré zéro de signification. Un moment avant la sémantique. Une zone sacrée dont le passage symbolise une initiation décisive. L’initié atteint alors un espace idéal, libre de lui-même, de ses préjugés, de ses croyances. Il peut alors avoir sur le monde un regard changé et une nouvelle affirmation.
La cérémonie du 13ème grade est centrée sur une recherche aboutissant à la découverte d’un mot, le nom ineffable. Elle nous fait circuler dans des sentiers irrigués par cette énergie invisible quinous déstabilise, nous pousse à franchir des frontières. Les frontières de l’inconnaissable, de l’impossible à exprimer. Les frontières de l’origine de nos pensées. L’idée germe.
Qu’est ce que l’idée ?
Serait la Pensée pure, absolue, se déterminant elle-même ?
Le processus généralement admis dans le cadre de la connaissance humaine se fait en 4 étapes : concevoir, juger, raisonner et ordonner. L’idée renvoie à la conception et est considérée comme le contenu primitif de l’esprit. Si elle parvient à notre mental, son origine reste mystérieuse. C’est comme si, hors de nous même, nous recevions une énergie inspiratrice.
Les mots sont à l’origine de la pensée. Ils portent les idées à la connaissance extérieure. Mais ils ne sont pasforcément les bons interprètes de la pensée.
L’idée transcende le mot. Elle a plusieurs modes d’expression. Elle dépasse le langage.
Alors, me revient une phrase que presque à chaque passage nous entendons : je cite ; « nous avons voulu vous faire comprendre que….. ».
Quel est donc le message à comprendre cette fois ?
En s’imprégnant du rituel nous pénétrons dans les strates qui se sont formées au cours de nos expériences.
Au 4èmegrade : « vous ne prendrez point les mots pour des idées. Vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole » ;« ne vous payez pas de mots ».
Au 12ème grade : « que représente le centre ? L’esprit humain, le foyer de la connaissance qui à la fois projette la Lumière sur les choses et réfléchit l’image ou l’idée. Que représente la circonférence ? le champ des connaissances humaines ; ce champ est il donc limité ? là, la réponse peut surprendre : « non, ce champ est infini… »
Si les différents degrés parcourus n’ont pas une cohérence évidente, j’y vois une vraie progression initiatique. ils nous amènent dans le domaine des valeurs et non pas des faits.
Ce qu’on a voulu nous faire comprendre c’est peut être que la vérité que nous recherchons, n’est pas un savoir acquis ou révélé, mais plutôt un état d’être.
Ce qu’on a voulu nous faire comprendre, c’est que l’idée d’infini nous pousse au déconditionnement. On se sent petit devant l’infini et pourtant il élève notre pensée.
Depuis toujours, les hommes onttenté de définir les mots comme l’infini, le néant,la vérité, le sacré, mais n’ont pu en concevoir que des approximations.
Ces mots ont des implications inconscientes. Ils sont peut être seulement comme un écho au plus profond de notre être.
Aucune vue ne peut embrasser le tout et nous ne pouvons non plus saisir un absolu non manifesté contenu dans un centre.
Il faut aller plus loin, abandonner ce qui rassure et se risquer dans des espaces on nous sommes démunis. C’est là, que nous pouvons espérer nous connaître ; en retrouvant un état de simplicité et de pureté originelles.
Savoir qu’on ne sait rien est paradoxalement le savoir fondamental qui donne accès aux autres savoirs.
Ce grade nous plonge sans échappatoire au cœur des questions liées à l’existence et à l’essence de l’être. Après s’être approchés au plus près du centre de l’idée, tout s’éloigne comme un horizon jamais atteint.
Approcher le sacré, c’est nous inciter à comprendre le monde, mieux, à devenir une parcelle de ce monde pour agir en harmonie avec lui, sans provoquer désordre ni chaos. Comme le compagnon s’insère dans l’édifice matériel, le chevalier de la voûte sacrée s’insère dans l’univers.
C’est peut être ça commencer à devenir un initié.
J’ai dit