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L’Arbre Séphirotique
Non communiqué
L’arbre Séphirotique est l’exemple parfait d’un système symbolique complexe et d’une telle richesse que son étude réclame un travail de longue haleine, qui peut durer toute une vie. La Franc-maçonnerie ne pouvait rester insensible à un système symbolique aussi important. Les symboles de l’Arbre Séphirotique apparaissent donc dans les rituels d’initiation du 13e et du 14e degrés.
Il est évident que je ne pourrai vous proposer ici qu’une ébauche. Par ailleurs, je me suis permise de vous donner une copie de l’arbre de Séphirot, je ne sais pas si cela se fait en loge, mais il me semblait difficile de vous en parler sans que vous ayez l’image sous les yeux. Je suis persuadée que vous connaissez parfaitement cette représentation mais c’est certainement par déformation professionnelle.
L’Arbre Séphirotique dit aussi arbre de séphirot représente symboliquement, dans la Kabbale, les lois de l’Univers. Les traités de Kabbale présentent souvent les Séphires sous la forme d’un Arbre de Vie.
La Kabbale est un enseignement traditionnel et ésotérique du judaïsme, fondé sur un système de symboles censés représenter le mystère de Dieu et de l’Univers dont le Kabbaliste doit parvenir à découvrir les clés. Au plan théorique, ces clés lui permettront de comprendre les dimensions spirituelles de la Création, tandis qu’au niveau pratique, elles lui donneront des pouvoirs magiques de transformation à la fois physique, psychologique et spirituelle.
La kabbale remonterait à Moïse et aux patriarches bibliques mais les plus anciens textes kabbalistiques connus à savoir : le Livre de la splendeur et le Livre de la Création furent écrits entre le IIe et le Ve siècle de notre ère. Les clés de la kabbale demeurent cachés dans les secrets de la Bible et ils ne peuvent être dévoilés qu’en la déchiffrant au moyen d’un système d’équivalences numériques, dans lequel chaque lettre de l’alphabet hébreu à une valeur arithmétique précise et se peut substituer ou se combiner à d’autres de différentes manières. Car seule une version hébraïque de la Bible permettait aux tenants de la Kabbale d’analyser, outre la valeur sémantique des mots, leur signification numérique. Cette étude numérologique des textes se nomme guématrie (mot issu du grec qui donna au français le mot géométrie). Cette guématrie est si complexe qu’il indispensable de bien connaître l’hébreu pour étudier la Kabbale.
C’est pour cette raison que la Kabbale n’est connue de la majorité des gens que par sa forme la plus accessible, l’Arbre de Séphirot ou Arbre de Vie.
Son origine est méconnue. Mais il semble que l’Arbre de Vie est une adaptation judaïque de symboles déjà présent au sein des peuples antiques. En effet, on trouve en Egypte le sycomore sacré, jouant un rôle important dans l’ésotérisme égyptien. D’autres Arbres de Vie existaient également dans la tradition mésopotamienne, en Inde, chez les Bouddhistes et les peuples nordiques.
Toutefois, le diagramme des Séphiroth n’a été publié dans son intégralité qu’au Moyen Age probablement au 12esiècle. Il y a eu de nombreuses variantes mais cette version que je vous propose est celle utilisée par de nombreux Kabbalistes de nos jours.
L’Arbre de Séphirot se compose de 10 séphirots schématisés par des cercles.
Les sephiroth, signifient littéralement « émanations », « numérations » ou encore « nombres »,ce sont des étapes, des épreuves, des champs de conscience, des forces en action dans la réalité que nous percevons.
Dans son approche mystique de la Création, la Kabbale définit chaque séphirah ou séphire comme l’émanation d’une énergie du Dieu Créateur. Ces puissances divines manifestent dans la création du monde fini le Pouvoir Suprême de l’Infini, dit EN SOPH.
Les sphères s’articulent entre elles suivant des analogies subtiles et chacune présente une vertu particulière. Les dix sphères sont disposées en forme de triangle les unes par rapport aux autres. La seule sphère isolée est Malhkut tout en bas, la dixième.
Première séphire : Kéther ou Couronne.
Deuxième séphire : Chokmah ou Sagesse.
Troisième séphire : Binah ou Compréhension.
Quatrième séphire : Chésed ou Miséricorde.
Cinquième séphire : Guéburah ou Rigueur.
Sixième séphire: Tiphéreth ou Beauté.
Septième séphire: Netsah ou Victoire.
Huitième séphire: Hod – Gloire.
Neuvième séphire: Jésod ou Fondement.
Dixième séphire : Malkut ou Royaume Terre.
Arbre inversé
Il est très important de souligner que le modèle de l’arbre de vie est inversé. En effet, tout arbre « normal » plonge ses racines dans la terre et ses fruits sont aériens. Le modèle cosmique de l’arbre a ses racines dans le ciel –Kether–, et ses fruits sont la concrétisation de la vie sur la terre –Malkuth,
Tout au sommet de l’arbre, donc à sa racine, invisible pour celui dont les yeux de l’esprit ne sont pas ouverts, hors de portée de toute connaissance, se situe Kether, la Couronne. Les Sephirot donc représentent les attributs, pouvoirs et potentialités du Divin, qui se manifestent en partant de l’Énergie primordiale pour redescendre vers la matière, l’incarnation.
Les Sentiers
Toutes les sphères s’articulent entre elles suivant 22 sentiers numérotés de 11 à 32. Le nombre 22 représente le nombre des lettres de l’alphabet hébreu, une lettre est assignée à chaque chemin.
Les sentiers représentent leurs interactions, des combinaisons de forces, des zones de transition, des canaux ou encore des chemins.
Il n’y a pas de discontinuité entre les chemins qui sillonnent l’Arbre. Ainsi les Séphiroth elles-mêmes font partie du parcours initiatique de l’Arbre. En ce sens, la Kabbale considère qu’il existe 32 sentiers : les 10 Séphiroth et les 22 voies qui les relient.
Il est utile de représenter les sentiers par des canaux et non pas par de simples lignes ténues. Cela permet d’introduire dans l’Arbre la notion d’écoulement, de flux alimentant notre réalité.
La numérotation des éléments de l’Arbre n’est pas arbitraire. Elle correspond à une succession de forces qui s’équilibrent jusqu’à la 10ème et ultime séphirah. L’ordre des séphiroth rappelle que l’Arbre est en fait inversé : la première sephirah, associée à la racine de l’Arbre, est située en haut tandis que la dixième séphirah, liée à la cime, se trouve en bas. La numération des sentiers correspond aux étapes de construction de l’Arbre. Elle schématise les ajustements et les équilibrages nécessaires au déploiement complet de l’Arbre.
L’éclair fulgurant ou Etincelant
Il est possible de les relier entre elles, en suivant l’ordre des chiffres qui leur sont associés.
Cette opération fait apparaître une figure qui décrit un zigzag, est connue sous le nom d’Eclair fulgurant ou Etincelant. Elle symbolise l’étincelle divine engendrant l’univers.
Il existe plusieurs systèmes de divisions ternaires ou quaternaires de l’Arbre Séphirotique
L’arbre se divise en trois piliers verticaux :
– Le Pilier de la miséricorde : La colonne de droite est dominée par Chokhmah, la Sagesse, procédant directement de Kether, qui est le Père cosmique ou principe masculin. C’est Boaz, le pilier de la force. Les Séphiroth de ce pilier (Chokmah, Chesed, Netsach) correspondent à des principes actifs, de construction
Dans la symbolique ésotérique, la progression le long de ce pilier correspond à la magie bacchanale de l’ivresse, celle de l’invocation, où la conscience est modifiée par la mise en jeu des émotions.
– Le Pilier de la rigueur: la colonne de gauche est dominée par Binah, la Compréhension, qui est la Grande Mère ; Hochma et Binah, mâle et femelle, forment première dualité du Principe, qui est donc par nature androgyne. C’est Jakin, le pilier de la forme, des aspects féminins. Les Sephiroth de ce pilier (Binah, Geburah, Hod) correspondent à des états de structure, passifs, de destruction.
Dans la symbolique ésotérique, la progression le long de ce pilier correspond à la voie du magicien, de l’occultisme, de l’évocation. La conscience est modifiée par la rigueur, l’étude et la connaissance.
– Le Pilier de la conscience
La colonne centrale couronnée par Kether, et est également appelée le pilier de l’équilibre. Les Sephiroth de ce pilier (Kether, Tipheret, Yesod et Malkuth) traduisent un équilibre entre force et forme, mâle et femelle, action et structure : ils correspondent à des états de conscience équilibrée. Cette colonne constitue le lieu de la synthèse, et aboutit à la fondation, Malkuth est la cime inversée de l’arbre dont Kether est la racine, c’est la manifestation réalisée, matérialisée.
La voie de ce pilier est surnommée la voie de la flèche. C’est la voie philosophique et mystique, qui commence par la dévotion et s’achève dans la contemplation.
L’arbre Séphirotique peut se subdiviser en triangles
Les triangles formés par les sphères symbolisent les plans majeurs d’existence :
– Le premier triangle formé par les sphères 1,2 et 3, le Triangle Céleste, représente le plan divin dans sa Trinité, la première sphère analogue à la Source de toutes choses les deux autres représentent la dualité primordiale tandis que l’ensemble est donc la Trinité.
– Le second triangle (4, 5 et 6), Triangle de la Moralité, s’apparente au plan mental.
– Le troisième triangle (7, 8 et 9), Triangle Mondain, représente quant à lui le plan Astral.
L’arbre de vie est traditionnellement divisé en quatre sections, séparés par trois voiles horizontaux.
–Le premier voile est celui de l’initiation. Il forme la limite entre Malkut et le reste de l’arbre. L’initié qui franchit ce voile, au début de son travail, prend conscience du monde non-matériel, et peut commencer à maîtriser le domaine spirituel et mental.
–Le deuxième voile sépare les trois Sephiroth du monde psychique (Yesod, Hod, Netzach) de celles des domaines supérieurs. L’initié qui le franchit atteint la petite illumination, la naissance de Tiphereth, et prend conscience de sa nature profonde.
– Le troisième voile est celui de la conscience elle-même. Il traverse Daath, la non-Sephira de la connaissance, et sépare les trois Sephiroth du monde mystique (Tiphereth, Gueburah, Hesed) des trois Sephiroths métaphysiques (Binah, Chokmah, Kether). L’initié qui le franchit atteint sa nature divine, mais perd sa propre individualité : c’est le domaine de l’extase mystique.
Un quatrième voile, le voile de l’existence, sépare l’arbre de vie lui-même du non-créé, le manifesté, primordial. L’initié qui le franchit atteint Dieu, mais perd son existence (c’est pourquoi il est écrit que nul ne peut voir Dieu et vivre).
Enfin l’Arbre Séphirotique peut être divisé en quatre mondes
que sont :
·Atziluth : le monde de l’Emanationou du Divin (ce sont les archétypes, les concepts, le mental abstrait),
·Briah : le monde de la Création (concerne le mental concret, les formes pensées),
·Yetzirah : le monde de la Formation (regroupe les émotions, les sentiments, l’astral),
·Asiah : le monde de l’ Action (la cristallisation).
La correspondance entre les quatre mondes et l’arbre de vie peut se faire suivant plusieurs systèmes.
Une première correspondance donne :
·Atziluth correspond à Kether.
·Briah correspond à Chokhmah et Binah.
·Yetzirah correspond aux six Sephiroth suivants.
·Assiah correspond à Malkhut.
En Franc-maçonnerie
L’Arbre Séphirotique constitue le fondement de l’initiation aux 13e et 14e degrés des Loges de Perfection.
Cérémonie du 13e degré :
Le rituel d’initiation du chevalier de Royal – Arche se déroule selon un récit issu de la Kabbale. Selon ce récit, trois mages, un Maître et deux disciples, découvrent sous les ruines du temple de Salomon, un escalier qui les conduit à 10 portes qui ouvrent 9 voûtes. Sur chacune des portes se trouvait un symbole entouré d’un cercle de 22 points. Parmi les symboles, nous retrouvons des symboles maçonniques : la règle, l’œil, la lune et le soleil rayonnant. Les noms des 10 séphirots servent de mot de passe pour ouvrir les portes.
Dans la 9e voûte, les Mages découvrent sur un autel de marbre blanc de forme cubique les outils de la maçonnerie : la règle, le compas, l’équerre, le niveau, la truelle et le maillet, les figures géométriques : le triangle, le carré, l’étoile à 5 branches et le cube, ainsi que l’acacia. Dans la 9e voûte, ils sont « au centre de l’Idée » et les deux disciples reçoivent le dernier enseignement qui fait d’eux des initiés complets, et ils épèlent le « mot ineffable » qu’il ne faut pas prononcer. Ils apprennent également que ce n’est pas Salomon qui fit construire les voûtes mais Enoch, dont le nom signifie Initié en hébreu. A la suite d’une vision Enoch aurait construit les 9 voûtes et un temple par-dessus. Celui-ci aurait été détruit par le déluge biblique. Ces voûtes furent retrouvées d’abord par Salomon, et ensuite par les Mages.
La sagesse du vieux Mage ne peut retenir la curiosité des deux disciples qui voulurent accéder à la 11e porte au risque de perdre leur vie. Le Maître leur explique qu’au-delà de cette porte, c’est le ciel infini et ses luminaires et que cet espace est donc hors de leur portée.
L’instruction maçonnique du 13e degré nous apprend le sens caché de chacune des séphirot et de leur combinaison. Ainsi, Netsha, Hod et Jesod, forment le ternaire dynamique de l’arbre de séphirot. Alors que Tiphereth, Geburah, Chesed constituent un ternaire vital, dans lequel Chesed donne la vie, Geburah administre la vie donnée et Tiphereth nous la Beauté comme le résultat de l’activité vitale.
Au 14e degré, la Loge représente symboliquement une voûte souterraine et la toile peinte représentant les ruines du temple est placée près de l’autel. Les 24 lumières qui éclairent le temple rappellent le nombre des marches que descendirent les mages : 9, 7, 5 et 3. De même que la batterie de 24 coups. Ces nombres sont repris par les nombres mystérieux lors des coups frappés par les grandes Surveillantes et le Trois Fois Puissant Grand Maître à la fermeture des travaux.
L’âge de 27 ans : viendrait de la version du récit d’Enoch qui dit que Salomon nomma 26 Maçon de la 9e Arche ou Royal Arche. L’ordre était constitué des 2 rois, 3 personnages ; 2+3 rappelle la batterie du 13e degré. Il faut y ajouter les 12 « Sublimes Chevaliers Elus » du 11e degré et 9 parmi les Elus des 15 (10e degré). Soit au total 26. Tout nouveau maçon de Royal Arche reçu au grade de Grand Elu porte à 27 le nombre total.
Au début de la cérémonie d’initiation, il estfait allusionau bijou sur lequel Enoch grava le nom mystérieux et ineffable. Par un dialogue entre le T.F.P.G.M. et les officières, les récipiendaires découvrent les 10 séphirots et leur sens symbolique.
L’on doit également rattacher les séphirot aux quatre éléments feu, air, eau et terre ainsi qu’aux trois grades initiatiques (apprenti, compagnon et maître) du processus de la connaissance qui, s’ajoutant à l’état ordinaire ou profane, constituent un circuit échelonné, analogue, comme nous le verrons par la suite, à la division quaternaire (en plans ou mondes) qui est appliquée au diagramme séphirotique.
Conclusion
L’arbre de Séphitot comprend tous les principes, tous les éléments, tous les facteurs avec lesquels Dieu a créé le monde. C’est un système qui aide à ne pas se disperser dans le travail spirituel, à introduire un ordre, un équilibre ; tout en devient structuré, organisé, harmonisé.
L’étude de l’Arbre Séphirotique, donne une vue très claire du travail spirituel à réaliser et c’est une méthode qui peut nous accompagner tout au long de notre cheminement. Il peut allumer des lumières en nous, nous renforcer, nous vivifier. Peut-être ne comprendrons-nous jamais parfaitement cette figure, et à plus forte raison n’arriverons-nous pas à réaliser les vertus et les puissances qu’elle représente, mais elle sera comme la représentation d’un monde idéal qui nous tirera toujours vers le haut.
YM R
Bibliographie
– Dictionnaire des symboles
– Encyclopédie des symboles
– D. FONTANA, Le langage secret des symboles
– R. BERTEAUX, La symbolique de la loge de perfection