Cathares et Catharime
H∴ M∴
Aurora Consurgens – 891
Les hérésies ont joué un rôle considérable au moyen Âge, et certains courants hétérodoxes, d’origine populaire ont à leur racine l’expression d’un ressentiment social, tels ceux qui se sont manifestés à partir de l’an mil.
Certaines hérésies veulent réformer l’Eglise et le monde dans le sens de la pauvreté et de la pureté, elles ont généré des utopies qui ont fédéré les énergies, notamment dans les provinces occitanes de la France.
La réaction de l’Eglise officielle a été très violente, et il suffit de citer la croisade organisée par la papauté contre les cathares du Languedoc et le recours à l’Inquisition, en même temps que rappeler la collusion en cette affaire, des intérêts de l’Eglise et de ceux des princes.Du grec : KATHAROS qui veut dire « PUR ». Les Cathares sont aussi appelés « Albigeois », ils doivent leur nom à la ville d’Albi, dans le sud de la France, qui fut un centre important du mouvement.
La première partie de cet exposé sera consacrée à leur localisation dans l’espace et le temps.
En seconde partie, nous examinerons leur croyance et leur foi.
Pour terminer nous essaierons ensemble, de déterminer s’il existe quelque similitude entre le Catharisme et la Maçonnerie.
Pour vous raconter les « CATHARES » et si possible expliquer le « CATHARISME », il y a lieu de décrire l’Occitanie et commencer par TOULOUSE.
Après la domination des IBERES, des gallo-romains et des Wisigoths, c’est sous la domination des Mérovingiens que TOULOUSE devint la capitale d’un royaume que se partagèrent les Mérovingiens et les Carolingiens. C’est à partir du moment de la dislocation du règne Carolingien de Charles le Chauve que la grande dynastie des comtes de Toulouse s’est installée. Dès lors, les comtes se taillèrent un domaine considérable autour de leur capitale, leur territoire s’étendait sur presque tout le sud du royaume de France. Et tout en faisant allégeance au roi de France, il ne fait pas de doute qu’ils se sentaient très indépendants.
Raymond IV, dit de Saint Gilles, devenu très puissant grâce à la création en Orient de son comté à Tripoli, devint naturellement comte de Toulouse en 1088 quand son frère Guillaume parti en pèlerinage trouva la mort en se rendant à Jérusalem. Il avait une réputation de défenseur de l’église et de la chrétienté, ira au secours des Aragonais contre les musulmans, et quand le pape Urbain II décida de libérer Jérusalem et les chrétiens, il s’assura de la participation du comte. Après la prise de Jérusalem, Raymond fut très déçu de ne pas avoir le gouvernement du nouveau royaume, mais il demeura cependant à Tripoli et y mourut en 1105, son fils Bertrand devint le nouveau comte de Tripoli. Son Petit fils Alphonse-Jourdain devenu comte de Toulouse agrandi son territoire au-delà du Rhône, en s’emparant du marquisat de Provence au détriment de la maison de Barcelone, il trouva la mort au cours de la deuxième croisade de Louis VII, c’est son successeur Raymond V qui porta Toulouse à son apogée.
Imaginez une muraille de plus de 4 kilomètres, Toulouse installée principalement sur la rive droite de la Garonne et aussi un peu sur la rive gauche, abritant plus de 30.000 âmes.
Le développement du commerce,
l’importance prise par les commerçants et les
bourgeois les incita à former une commune qui prit
très vite une certaine liberté vis à
vis du pouvoir féodal. Dès lors la ville fut
administrée par des capitouls (magistrat municipal qui
siège au capitole).
Au début ces derniers étaient nommés
par le comte, mais bien vite ils se rendirent indépendants
et se recrutaient par cooptation parmi les riches marchands ou la
petite noblesse.
C’est cette sorte d’oligarchie qui gouvernait la
ville, après avoir prêté serment de
fidélité au comte.
Toulouse n’avait pas le brillant de la cour d’Aquitaine mais s’était ouverte aux plaisirs de la littérature et de la poésie, la cour comtale rivalisa même sur un sujet de prédilection : l’amour courtois, l’amour de la femme, par une célébration très codifiée dont est probablement issue toute la poésie européenne. Mais ceci est une autre histoire, et si vous le voulez bien, nous y reviendrons.
Au 12e siècle, le comté de Toulouse, plus important que le domaine royal, quasiment indépendant de la couronne est une terre où règne la tolérance. Et c’est dans cette entente de bon aloi, que les cathares et leurs sympathisants vivaient et évoluaient en bonne harmonie sous la protection de Toulouse. Mais cette harmonie et le rayonnement occitan seront bientôt bouleversés par la croisade contre les hérétiques Albigeois.
En 1178, Henri de Clairvaux mène l’enquête sur la nature de l’hérésie à Toulouse et rapporte : « Lors de notre entrée, la liberté dont jouissaient les hérétiques était si générale, que lorsque nous avancions en cortège dans les rues et les places on nous couvrait d’injures en nous traitant d’apostats, d’hypocrites et d’hérétiques ». Il faut reconnaître que les sentiments des toulousains à l’égard du cortège qui l’accompagnait n’étaient guère travestis. L’Eglise médiévale, dépositaire du dogme et garante de l’ordre établi ne pouvait pas ne pas réagir.
INNOCENT III, élu en 1198, comprit très vite qu’il fallait frapper non seulement les hérétiques, mais qu’il fallait aussi atteindre les complices d’hérésie en étendant aux dits complices le principe de la confiscation des biens.
Ce qui fut fait et mis en place juridiquement quelques mois après son avènement. Afin que sur les domaines des comtes de Toulouse et du comte de Béziers – Carcassonne soient brandies la croix et l’épée (Croisade) pour anéantir les rebelles et restaurer l’unité de la foi. Cette croisade contre les Albigeois ne se mit en marche en réalité qu’en 1209 car Philippe-Auguste ne la voulait à aucun prix : ne voyant dans cette entreprise qu’une démarche d’ingérence du Saint-Siège, et il interdit à ses barons de se croiser.
Il fallut l’assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau le 14 janvier 1208, crime qu’on imputa à Raymond VI, pour décider les seigneurs occitans à chercher les coupables parmi leurs sujets cathares pour obéir aux injonctions du pape, et que le roi autorisât une chevalerie impatiente d’en découdre et se tailler quelque fiefs occitans, à se ruer sur le pays albigeois.
La guerre que l’on appelle « croisade albigeoise » a ravagé cette région nommée aujourd’hui Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, guerre sainte initiée par le pape INNOCENT III qui visait à ramener à la foi catholique plusieurs principautés féodales indépendantes où la religion cathare s’épanouissait en toute liberté. Toutefois la croisade proprement dite avec son cortège de sièges, de massacres, de viols, de bûchers et de pillages dégénérèrent en véritable guerre de conquête qui vit les états du sud envahis par les barons du nord. (Voir l’appel du pape INNOCENT III aux barons de France, 10 mars 1208.)
Des rares sources historiques, il faut citer « La chanson de la croisade » écrite en occitan par le troubadour Guillaume de Tulède après la prise de Béziers le 22 juillet 1029, dont voici quelques extraits que je tiens de l’archiviste paléographe Anne BRENON, conservateur du Centre National d’Etudes Cathares. Peu de temps après la mise à sac de la ville de Béziers le 22 juillet 1209. (Pris dans le texte) –Des croisés courent vers la bataille, bouclant leur ceinturon, criant qu’on les attende. Dans l’église fermée les moines et prêtres joignent les mains. Leurs voix s’élèvent sous la voûte. C’est l’office des morts qu’ils chantent. Le glas sonne. Le peuple à genoux dit sa dernière prière. Les ribauds de l’armée se répandent dans la ville, fracassent les étals et défoncent les portes, s’enivrent aux tonneau, bâfrent, ravagent, tuent, foulent les massacrés comme vendange rouge, et sortent des maisons coiffés de plats d’argent, les pognes pleines d’or, de bijoux, de vaisselle. Ils vont comme rois fous, trébuchant aux cadavres, mais leur parade est brève : Les chevaliers croisés leur galopent dessus et leur arrachent tout. Cris, horions, moulinets de massues, rien n’y fait : Les pillards sont pillés.
Tandis qu’ils cheminaient ensemble vers Béziers, les barons et les clercs, les princes, les marquis ont décidé ceci, qu’il faut maintenant dire : « Tout château résistant, toute ville rétive seront pris par la force et réduits en charniers. Qu’on n’y laisse vivant même pas un nouveau né. Ainsi sera semée l’épouvante salubre et nul n’osera plus braver la Croix de Dieu ».« Bien vu, sires croisés, après votre fait d’armes en pays biterrois, la terreur sera telle que ceux de Montréal, Fanjeaux et d’autres villes vous baiseront les pieds en implorant pitié ».
On fait donc à Béziers un carnage exemplaire : pas un seul survivant. Qui dit mieux – Qui dit pire ? L’Eglise ? Un abattoir. Le sang souille les fresques.
La Croix n’arrête pas les
ribauds : Prêtres, femmes, enfants et vieilles gens,
tous trucidés, vous dis-je. Dieu reçoit leurs
âmes en son Saint Paradis ! Je crois bien que jamais
depuis les Sarrasins le monde ne connut plus sauvage tuerie.
(Traduction de h. G, Ed. Berg 1984.)
L’ordre capétien s’est imposé
aux querelles intestines seigneuriales… En fait, la croisade
n’a pas apporté de véritable solution,
la Sainte Inquisition fut mise en place et prit tout de même
près d’un siècle pour
éradiquer le catharisme complètement
qu’au XIVe siècle.
Ce drame est devenu le symbole de la patrie occitane meurtrie mais restée fière, et chacun sait que si cet holocauste a profondément marqué la conscience des occitans, il faut reconnaître que la croisade n’a été qu’un épisode relativement court dans l’histoire des châteaux de l’Aude.
Ce qui est sûr, c’est que des
populations entières furent décimées.
On estime le nombre de morts à un million, nombre de
victimes probablement comparable à celui du
génocide vendéen de 1793.
La beauté sauvage aidant, Montségur, haut lieu de
la résistance Albigeoise est devenu un véritable
lieu de pèlerinage, car personne
n’échappe au romantisme de l’aventure et
de la tragédie cathare.
Après avoir évoqué l’Epopée des Cathares, tournons nous maintenant vers leurs Croyances et leur Foi.
L’origine du catharisme soulève encore bien des interrogations, et au fur et à mesure des recherches que j’ai pu effectuer pour préparer cet exposé, j’ai relevé un grand nombre de questions et même de contradictions chez les historiens, qu’ils soient anciens ou contemporains. Soyons aussi très conscients de la puissance des Mythes et Légendes, symbole de l’épopée cathare qui frappe l’imagination dans une région très marquée par la croisade contre l’albigeois.
A Montségur dit-on était
présent le Saint Graal, on a même parlé
de l’existence d’un temple solaire. Un certain
public, surtout local, soit par nostalgie de l’Occitanie,
soit par religiosité cathare, ou encore par
anticléricalisme reste encore avide de ce merveilleux.
L’apparition historique de
l’hérésie se situe dans le double
contexte d’un mouvement spirituel au sein de la
chrétienté et d’une reprise en mains
idéologique de l’Eglise. Parmi les signes
annonciateurs de la fin des temps que l’on attendait pour
l’an mil ou 1033, il a paru commode au pouvoir religieux de
dénoncer parmi les comètes et les incendies
l’apparition des hérétiques, agents du
mal et de l’Antéchrist. Ce furent les moines ou
chanoines en rupture de consensus avec Rome ou Cluny qui furent les
premiers hérétiques
dénoncés, jugés, condamnés,
avec le groupe de 10 chanoines qui ont été
suppliciés à Orléans et dont un
était le confesseur de la Reine Constance, femme de Robert
le Pieux. Ils professaient le manichéisme, opposant le bien
et le mal, rejetant les sacrements de l’Eglise romaine et
privilégiant le nouveau testament, c’est sans
doute à partir de ce moment là que l’on
peut situer le début de la persécution des
Cathares et du catharisme en 1022.
C’est de Rhénanie au début du 12e siècle que vient l’appellation « cathare », (qui je le rappelle vient du grec « Katharos » signifiant : « PUR ») la persécution sévère qui sévit à Cologne et Mayence a fait que très vite la trace de communauté organisée autour des évêques cathares ou rhénans a été effacée.
Les Albigeois constituent le seul groupe cathare véritablement connu à cause de la permanence et la durée de son implantation en Languedoc. Le foyer de l’hérésie se situait entre Toulouse et Carcassonne, sorte de trapèze dont le coté sud allait de Perpignan à Foix, à l’Ouest de Foix à Toulouse, le nord de Toulouse à Albi et le coté Est, d’Albi à la mer. C’est dans ce secteur que les cathares avaient reconstitué leur société religieuse, plus qu’une hérésie catholique, le catharisme semblait être une véritable religion originale.
Jusqu’à une époque encore récente, il n’y avait que les fameux documents antihérétiques pour nous informer sur le catharisme. Les cathares n’étaient connus qu’au travers du point de vue des inquisiteurs dominicains, les seuls vrais témoignages sur les fidèles et leur foi sont ceux qui proviennent des juges qui les ont poursuivis et torturés.
Le catharisme se présente comme un travail en recherche sur les écritures chrétiennes. Opposant Dieu et ce monde selon les termes de l’Evangéliste Jean, il refuse toute responsabilité et toute autorité à Dieu le Père sur ce bas monde, dont Satan est le prince et Rome l’Eglise.
Il est probable que le catharisme était la plus importante déviation doctrinale de l’époque quant à sa différence avec le christianisme, la profession de manichéisme reposant sur la lutte du bien et du mal, le « Millenium » devant donner libre cours au mal.
Après, le Démon serait à nouveau neutralisé, et alors à nouveau, il y aurait une période heureuse de mille ans pour les justes avec le Christ, la fin des temps, le « Millenium », clôturant ce millénaire de bonheur, le Démon reviendrait maître de ses mouvements.
Les Albigeois croyaient que toute l’existence était déterminée par la lutte entre deux dieux : Le dieu de la lumière, de la bonté et de l’esprit, généralement associé à Jésus et au dieu du nouveau testament, et le dieu du mal, de l’obscurité et de la matière, associé à Satan et au Dieu de l’ancien testament. (Dualisme)
Toute entité matérielle (richesse, nourriture, le corps humain lui-même) était considérée par définition comme mauvaise et répugnante. L’idée était que l’âme avait été emprisonnée par Satan et que le seul espoir d’obtenir le salut était de vivre dans le bien et la spiritualité. En vivant dans le bien, on pouvait gagner la liberté après la mort qui marque la fin de l’existence matérielle. Mais si on ne pratiquait pas la vertu pendant sa vie terrestre, l’âme renaissait sous une forme humaine ou même animale.
Point important : Ils croyaient en la métempsycose, ils ne mourraient pas, ils entraient dans un autre corps. Ils soutenaient que l’Eglise chrétienne traditionnelle avec son clergé corrompu et son abondante richesse matérielle, était l’agent de Satan et devait être ignorée.
Les adeptes étaient divisés en « croyants » ou en « parfaits », seuls les parfaits pouvaient communiquer avec Dieu par la prière, renonçant à tous leurs biens, vivants de dons faits par les adeptes, il leur était interdit de prêter serment, d’avoir des relations sexuelles et de manger de la viande, des œufs et du fromage.
Les simples « croyants » n’étaient pas soumis à l’exigeante règle de type monastique imposée aux Parfaits, ils étaient intégrés à la vie sociale et économique du temps.
Les simples croyants pouvaient espérer devenir « parfaits » après une longue période d’initiation suivie du «consolamentum», ou baptême du Saint-Esprit, opéré par l’imposition des mains, certains n’étant soumis à ce rite qu’au moment de leur mort, ils devaient ensuite s’abstenir de manger et de boire, accomplissant en fait une sorte de suicide.
Religieux à la fois régulier et séculier, le Parfait exerçait son artisanat dans une maison communautaire au sein d’un village, à la fois moine qui fait son salut et curé de sa paroisse par le prêche et la distribution des sacrements aux fidèles.
La plus grande originalité du christianisme cathare qui s’avéra le grand vecteur de son étonnante adaptation à la société féodale méridionale, fut incontestablement sa structure d ‘Eglise à la fois souple et transparente qui s’inscrivait si bien à l’intérieur du cadre familial. (Les «Bons Hommes » et les « Bonnes Dames » ainsi que se nommaient les religieux cathares). Apparemment en contradiction avec les Ecritures, il serait plus exact de dire qu’ils en avaient une relecture un peu différente, attribuant par exemple une autre valeur à l’Ancien testament qu’ils estimaient avoir été écrits par le Dieu mauvais, mais dont ils retenaient les Psaumes et les Prophéties.
Le chapitre XX de l’Apocalypse de Jean, (Le règne de Mille Années, le Second Combat Eschatologique, le Jugement des Nations) très commenté à l’époque, précisait que le Démon avait été enchaîné pour mille ans par l’Ange, qu’ensuite il devait être relâché pour exercer de nouveau l’emprise de ses tentations sur les hommes. (Rappel de la grande peur de l’an mil).
Dans les idées propagées, celle de la doctrine du péché originel a provoqué de siècle en siècle de multiples spéculations, tant au niveau des théologiens comme Saint Thomas d’Aquin, Luther, mais aussi chez certains philosophes.
Rappelons que c’est Saint Augustin qui en 397 a créé le terme de péché originel pour désigner l’état dans lequel se trouve tout homme du fait de son origine à partir d’une race pécheresse. C’est après que le péché originel sera étendu à Adam. Flétrissure de la vie totalement illégitime, l’ancêtre affligé d’anathème. Fardeau héréditaire, archaïsme encombrant et malfaisant, heureusement, l’humanité va trouver un soulagement temporaire, une trouvaille du christianisme :Dieu lui-même s’offrant en sacrifice pour racheter l’homme.
Les Albigeois croyaient que le Christ était Dieu, que durant son séjour sur terre il était une sorte d’esprit illusoire avec un corps d’apparence humaine.
En ce début du XIIe
siècle, période d’ordre
social et moral, l’amour courtois
n’était considéré dans
l’esprit que comme une passion qui
n’était satisfaite uniquement que d’une
façon symbolique. Le troubadour se reconnaissait
vassal de la dame élue et au mariage
d’intérêt il opposait une
fidélité fondée sur le seul amour. Or,
celui-ci n’était jamais satisfait :
Comme l’amour de Dieu pour le croyant, était
l’amour passion du troubadour, celui de
l’exaltation de l’âme et de la
sublimation.
C’est cette chaleur et cette poésie qui identifiera vraiment le Catharisme, la seule religion ou hérésie ne pouvait toucher le cœur de l’homme, et la seule perfection de l’homme occitan n’aurait pas non plus suffi sans cet humanisme et ce rayonnement. Si les troubadours restèrent d’une façon générale à l’écart des questions religieuses, il faut noter que l’amour qu’ils prônaient, présentait tout de même quelques caractéristiques communes avec la religion desBonhommes pourchassés.
Le catharisme interpelle ; même l’historien éprouve un certain sentiment de malaise, car à force d’avoir été réinventé, le catharisme écrasé, éradiqué, sort affublé d’interprétations abusives. Il faut rendre au catharisme sa vraie dimension pour déchiffrer sa signification, mesurer son aire d’extension et estimer son influence réelle.
Peut-on parler de similitude entre : Catharisme et Franc-Maçonnerie ?
Le catharisme pose la problématique des hérésies et de la religion qui ne cessent de s’opposer à coup de dogmes, c’est la tentation du pouvoir. D’un coté la règle inflexible, de l’autre la paranoïa, que ce soit du coté de l’orthodoxie ou de celui de l’hérésie. Combien d’horreurs, combien de crimes accomplis au nom de la vertu. Dans ces meurtres sans cesse perpétrés, ne peut-on voir une situation comparable à celle d’Hiram et des mauvais compagnons.
Le « consolamentum », ou baptême du Saint-Esprit, permettait aux simples croyants d ‘espérer devenir « parfaits » et s’apparentait à une sorte de suicide. Ne peut-on le comparer à la liberté du 1er degré de la Maçonnerie où le profane : « après être volontairement mort aux préjugés du vulgaire, s’est vu renaître à la vie nouvelle que procure l’Initiation » ?
Il est également à remarquer que les Albigeois croyaient que toute l’existence était déterminée par la lutte entre deux dieux : Le Dieu de la lumière, de la bonté et de l’esprit, et le Dieu du mal, de l’obscurité et de la matière. N’est-ce pas à rapprocher du Maître Secret, qui commence ses travaux : « Lorsque l’éclat du jour a chassé les ténèbres et que la Grande Lumière commence à paraître » ?
Cependant, le rigorisme intégral, l’eschatologie réduite à la métempsycose, une « certaine » intolérance et un presque millénaire, limitent les apports du Catharisme à la Maçonnerie.
Néanmoins, un point commun est évident : l’excommunication ! Les Cathares le furent, les Franc-Maçons aussi. Je ne sais si nous le sommes encore, mais qu’en est-il des Hérétiques Occitans ?
Récemment, un document appelé
«Manifeste
de réconciliation » a
été transmis à Mgr MARCUS,
Evêque de Toulouse, lequel s’est
engagé à le remettre au pape en mains propres. Il
est souhaité dans cette lettre ouverte que le pape fasse un
geste significatif déterminant et
définitif pour que soient dits, regrettés,
réparés, et réciproquement
pardonnés, tous les actes qui ont marqué cette
période, à l’image de ce que
l’Eglise a fait aux moraves, aux huguenots et aux juifs. Il
est notamment demandé que soit levée publiquement
l’excommunication de Raymond VI, et qu’il puisse
enfin être enseveli en terre chrétienne selon sa
dernière volonté.
Reste que Jean-Paul II, en fin politicien, le seul au monde
à ne pas risquer de trébucher sur une crise de
gouvernement, joue sur la durée. L’Eglise ayant
l’éternité devant elle.
J’ai dit.
Appel du Pape INNOCENT III aux Barons de France. (10 mars 1208).
SUS A LA PESTE HERETIQUE!
En avant, Chevaliers du Christ ! En avant, courageuses recrues de l’armée chrétienne ! Que l’universel cri de douleur de la Sainte Eglise vous entraîne, qu’un zèle pieux vous enflamme pour venger une si grande offense faite à votre Dieu ! (…) L’Eglise de ce pays est sans consolateur, plongée dans la tristesse et l’affliction ; la foi a disparue, la paix et morte, la peste hérétique et la rage guerrière ont pris des forces nouvelles, la barque de l’Eglise est exposée à un naufrage total si dans cette nouvelle et triple tempête on ne lui apporte un puissant secours (…). Qu’il soit permis à tout catholique, non seulement de combattre la personne du comte (Raymond VI), mais encore d’occuper et de garder sa terre, afin que la sagesse d’un nouveau possesseur la purge de la hérésie qui l’a honteusement souillée.
BIBLIOGRAPHIE :L’histoire religieuse de l’occident médiéval, de Jean Chelini, Ed. Hachette.
Les grandes heures cathares, la grande aventure des croisés, de Dominique Paladihe, Ed. Perrin.
Les cathares, pauvres du Christ ou apôtre de Satan, Anne Brennon, Ed. Gallimard.
L’Epopée cathare, Michel Roquebert, Ed. Privat.
Bibliographie des troubadours, Pillet et Cartens, Ed. Max Niemmeyer.
Simon de Montfort, du catharisme à la conquête, Ed. La colombe.