14°
#411012
Faut-il aider Guibulum ?
M∴ H∴
ALGDGADLU
Deus Meumque Jus
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au nom et sous les hospices du Suprême Conseil de France,
LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.
TFPGM et vous tous GEPSM,
Faut-il aider Guibulum ?
Deus Meumque Jus
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au nom et sous les hospices du Suprême Conseil de France,
LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.
TFPGM et vous tous GEPSM,
Faut-il aider Guibulum ?
A vrai dire, voilà une question que je n’attendais pas, mais à laquelle je vais m’efforcer de proposer quelques éléments de réponse.
Le Guibulum dont il est question est, bien sûr, le chevalier de Royal-Arche du 13ème degré.
Alors qu’ils fouillent les gravats autour du Temple à la demande de Salomon, Guibulum, Johaben et Stolkin découvrent une dalle couvrant l’entrée d’une cavité obscure.
Cette cavité s’avère être la première d’une série de neuf voûtes creusées par Hénoch à la suite d’un songe que Dieu lui aurait envoyé.
Hénoch apparaît dans la Bible comme descendant de Caïn ; il est le père de Mathusalem et comme lui, il eût une très longue existence. Le texte biblique ne nous donne pas beaucoup de détails sur lui. La seule chose remarquable que nous apprend ce passage de la Genèse c’est qu’il fait partie des rares privilégiés à qui Elohim épargne la mort physique :
« Le total des jours d’Hénoch fut de 365 ans. Puis Hénoch marcha en compagnie de l’Elohim et il ne fut plus car l’Elohim l’avait pris avec lui » Genèse V, 23 24.
De nombreux textes apocryphes ont donné des détails sur sa vie, en particulier le Livre d’Hénoch dont on connaît une version éthiopienne et une version slave, et dont l’écriture remonterait à l’Exil. Ce texte est dans la tradition des prophéties juive apocalyptiques et sa lecture n’est pas réellement passionnante en dehors d’une description des familles angéliques.
Ce sont ces textes qui donnent vie à la légende d’Hénoch, patriarche antédiluvien enlevé par Elohim qui lui confie des visions apocalyptiques.
La légende hénochienne de la Voute Sacrée reprise ici ne date pas de la rédaction des instructions des Hauts grades car on en trouve déjà trace dans les écrits de la fin du quatrième siècle chez un des Pères de l’Eglise, Philostorgius.
Hénoch aurait donc visité puis aménagé sur le site du futur Temple de Salomon une suite de neuf voutes, avant de disparaître aux cieux rejoindre son créateur.
Dans cette ultime crypte, il aurait déposé un artéfact sur lequel il aurait gravé le Nom Ineffable que Elohim lui aurait enseigné.
Devant cette dalle qu’ils viennent de découvrir et d’ouvrir, Stolkin et Johaben que nous avons connus plus téméraires, laissent Guibulum effectuer la première inspection de la cavité. A son retour, comme pour les deux fois suivantes, Stolkin comme Johaben refusent clairement d’accompagner Guibulum dans sa descente, l’expédition les remplissant de frayeur.
Guibulum fera donc seul la découverte majeure de ce degré et de toute la mythologie salomonienne au REAA.
Ces deux partenaires ne descendront dans la Voûte Sacrée qu’une fois la découverte clairement identifiée par Guibulum.
Je n’aborde pas aujourd’hui les variantes plus anciennes entre autres celle des rois mages, la version actuelle comporte déjà suffisamment de symboles à déchiffrer.
La question est donc : fallait-il aider Guibulum et descendre avec lui dans son exploration des neufs arches ?
Sous l’aspect pratique, nous devons considérer qu’il est préférable qu’un des trois participants reste en surface pour sécuriser la descente comme la remontée grâce à une corde. Dans cette opération, deux valent mieux qu’un car tirer à bout de bras le corps d’un homme au bout d’une corde n’est pas chose aisée.
On peut remarquer en passant que pour l’ultime descente commune des trois acolytes, ils utilisent tout à coup une échelle de corde : où se trouvait-elle auparavant et pourquoi Guibulum ne l’a pas utilisée ?
Dans ce récit, Guibulum apparaît comme suffisamment audacieux pour découvrir seul et le premier depuis Hénoch, le Nom Ineffable. Il lui revient, et à lui seul, le bénéfice de cette découverte extraordinaire.
Cependant, il ne garde pas pour lui ce « trésor » et en fait bénéficier immédiatement ses deux partenaires et les rois Salomon et Hiram ne le distinguent pas dans leur élévation au degré de Royal Arche des trois chevaliers. On peut retrouver ici l’idée de l’ouvrier de la onzième heure.
Nous savons que ce récit légendaire est avant tout symbolique : que pouvons-nous apprendre de ce degré ?
Salomon choisit 3 de ses proches et les envoie fouiller les gravats « pour découvrir des choses précieuses qui pourraient s’y trouver ». Je ne vois pas très bien quelles « choses précieuses » pourraient se trouver dans des gravats ? Ne serait-ce pas plutôt pour mettre ces trois protégés sur le chemin de ce qu’ils demandaient ? Salomon connait la Voûte Sacrée puisqu’il s’y rendait avec Hiram de Tyr et Hiram l’Architecture pour pratiquer le degré de Royal Arche : cela nous est dit dans le rituel d’initiation à ce grade.
Il connait donc aussi les neufs voutes et la trappe qui les scelle à l’extérieur du Temple.
Ainsi, le chemin nous est parfois simplement indiqué, à nous de faire les pas nécessaires sur cette voie.
Seul, Guibulum n’aurait pas pu dégager la dalle carrée qu’il avait découverte grâce à l’anneau. Il n’aurait pu davantage descendre dans la cavité obscure qu’ils avaient mise à jour.
Je vois là le symbole d’une partie de la méthode maçonnique : nous avons besoin pour progresser de l’aide de nos frères ; mais le dévoilement est personnel et ne concerne que chacun d’entre nous, comme l’est pour Guibulum, la découverte du Nom Ineffable.
En revanche, si nous partageons nos avancées avec nos frères, comme Guibulum le fait avec Johaben et Stolkin, alors notre progression sera commune, et, comme eux, nous recevrons ensemble notre salaire.
La dalle découverte par Guibulum est carrée, parfaitement carrée dit le rituel pour insister sur la forme géométrique.
Si le récit ne nous dit rien de la forme des neuf suivantes, on peut supposer qu’elles ont la même apparence. Ronde, elles auraient scellé plus hermétiquement le passage. Cette forme carrée reprend le symbolisme de la matière. Une matière neuf fois, c’est à dire trois fois trois fois, sondée, pénétrée, comme pour suggérer que le Divin Secret se trouve au cœur de cette matière, comme dans le cœur de l’Homme, là où Brahma a caché la Vérité selon les Védas, ou bien au cœur de la matière comme le suspectent les chercheurs de pointe aujourd’hui.
Chaque voûte découverte donne par une trappe sur une autre voûte et ainsi de suite : pourtant Guibulum, malgré son appréhension, poursuit son exploration au lieu de perdre espoir et de renoncer.
Ainsi devons nous persévérer dans notre quête sans nous inquiéter du manque de fruit de nos efforts : le gain survient quand il le doit selon une logique qui ne nous est pas connue.
Autre réflexion : le véritable Nom Ineffable que l’on croyait perdu à jamais est retrouvé ! Cette découverte incroyable est, pour toutdire, inespérée. En effet, depuis la mort du Maître Hiram nous sommes à la recherche de la Parole Perdue : cela nous est rappelé lors de l’initiation au 4ème degré :
-« Qui voyagent avec vous Maître des Cérémonies ? »
-« Des VM qui cherchent la Vérité et la Parole Perdue. »
-« Hélas ! Elle n’a pas encore été retrouvée. »
Et plus loin :
-« Nous déplorons aussi la perte de la vraie Parole dont nous sommes maintenant privés. Nous devons inlassablement la rechercher jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée. »
Le Nom Ineffable que nous venons de redécouvrir est bien la Parole Perdue.
D’ailleurs, le Trois Fois Puissant Grand Maître dit aux nouveaux chevaliers :
-« Vous savez Récipiendaires que l’ancien Mot des Maîtres fut perdu pendant la construction du Temple, lors de la fin tragique d’Hiram, notre Grand Maître Architecte. Vous savez aussi que ce Mot a fait l’objet de substitutions successives, si bien que jamais le Vrai Mot n’a été transmis.
Soyez dans la joie, mes chers frères, d’en avoir retrouvé les Lettres Véritables. »
Souvenons nous : seul le grand prêtre, une fois par an, dans la solitude du Saint des Saints, avait le droit de le prononcer une seule fois à voix basse. Quel luxe de précautions ! D’ailleurs, le Trois Fois Grand Maître interdit violemment aux nouveaux chevaliers de prononcer le Nom qu’ils viennent d’épeler.
La théurgie, science occulte de communication avec les entités spirituelles, exige que l’on connaisse le nom de l’entité avec laquelle on veut travailler pour la solliciter en prononçant le Nom. Connaître le Nom, c’est connaître l’être auquel on a affaire, c’est avoir le pouvoir sur lui.
Il n’est pas question ici de convoquer le GADLU, mais bien de retrouver la Parole Créatrice, celle dont parle Jean.
Est-il possible que je puisse retrouver mon propre part de la Parole et ainsi récupérer la conscience et le pouvoir total sur mon être éternel ?
Toujours sur le plan symbolique, la quête en profondeur de Guibulum évoque une recherche psychologique, un retournement de l’extérieur vers l’intérieur, mais un intérieur profond, sombre, inviolé, où la lumière pénètre avec difficultés, que l’on ne peut atteindre qu’après de multiples tentatives et grâce à une persévérance sans faille, un intérieur très intérieur qui me fait penser à l’inconscient.
L’introspection de l’inconscient reste une tâche ardue et effrayante pour beaucoup.
Pourtant depuis notre initiation au premier degré, ce travail sur soi, cette reconquête de notre légitime identité est un précepte constant.
Là encore, l’exemple d’autrui et le récit de ses propres découvertes nous aident à nous lancer dans notre expérimentation personnelle.
L’effet est le même pour la quête spirituelle : les avancées sont intimes mais le travail en commun dynamise la recherche et augmente les chances de progrès.
Le gain promis est immense : on ne peut trouver symbole plus imposant que le Nom Ineffable !
Surtout si cette découverte donne à son propriétaire un pouvoir d’une telle ampleur.
Ma réponse à la question initiale reste donc, pour le moment, très peu assurée :
–Oui, Guibulum a besoin d’aide pour progresser vers la révélation de la neuvième arche,
–Cependant, le dévoilement ne peut concerner que l’individu qui fait l’expérience de son intériorité, aucune aide ne peut le faire à sa place,
–Certes la mise en commun avec nos frères est une aide irremplaçable dans notre propre recherche.
–Mais l’aide que nous pouvons recevoir ne peut excéder la mise sur le chemin.
Je suis toujours en chemin et le but n’est pas complètement atteint : en effet, si la Parole Perdue est redécouverte, je reste en quête de la Vérité.
Et même si je sais qu’elle est inaccessible à l’esprit humain, je dois continuer à chercher à m’en approcher avec zèle et constance : car tel est mon Devoir.
TFPGM et vous tous GEPSM,
J’ai dit