14° #411012

Le Poignard

Auteur:

S∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
Très Sage et Parfait Maitre, et vous tous mes frères Elus

Comme entrée en matière, je vais vous lire un extrait de BUG-JAGAL de Victor Hugo.

« Pressé d’arriver à ce rendez-vous et de savoir par quel merveilleux bonheur mon sauveur m’avait été ramené si à propos, je me disposai à sortir de l’effrayante caverne.


Cependant, de nouveaux dangers m’y étaient réservés.


A l’instant où je me dirigeai vers la galerie souterraine, un obstacle imprévu m’en barra tout à coup l’entrée. C’était encore Habibrah.


Le rancuneux obi n’avait pas suivi les nègres comme je l’avais cru ; il s’était caché derrière un pilier de roches, attendant un moment plus propice pour sa vengeance. Ce moment était venu.


Le nain se montra subitement et rit.


J’étais seul, désarmé ; un poignard, le même qui lui tenait lieu de crucifix, brillait dans sa main. A sa vue je reculai involontairement.


– Ha ! Ha ! maldicho ! Tu croyais donc m’échapper ! Mais le fou est moins fou que toi. Je te tiens, et cette fois je ne te ferai pas attendre.


Ton ami Bug-Jargal ne t’attendra pas non plus en vain.


Tu iras au rendez-vous dans la vallée, mais c’est le flot de ce torrent qui se chargera de t’y conduire.
En parlant ainsi, il se précipita sur moi le poignard levé.


– Monstre ! Lui dis j e en reculant sur la plate-forme, tout à l’heure tu n’étais qu’un bourreau, maintenant tu es un assassin !


– Je me venge ! répondit-il en grinçant des dents.

« 


Lorsque l’on rentre en maçonnerie, un des premiers symboles que l’on rencontre est l’homme allongé sur le sol, le cœur transpercé par une épée.


Ensuite on est menacé par des épées qui ensuite sont censées être la pour nous défendre.

En loge bleu lorsqu’on devient maitre on en reste à ce terrible évènement qu’est la mort de notre maitre Hiram, ce crime qui demeure impuni.

Mais toutefois, on comprend que dans l’histoire l’important n’est pas le crime par lui-même, mais ce qui en découle, cette renaissance, et cette transmission.

Pour être reçu Elu, j’ai du prendre un poignard et en assener un coup en criant « vengeance », signifiant par la que nous avions vengé le crime, nous devenons les Joabens de l’histoire, ou un OBI dans Bug-Jagal.

Au rite français, les mauvais compagnons se suicident, alors que dans d’autres rites il y a bien eu meurtre, l’intention ne vaut elle pas l’action. Ne dit on pas il n’y a que le résultat qui compte.

Alors pourquoi ce poignard dans le temple ? Pourquoi les épées en franc maçonnerie ?

Que viennent faire toutes ces armes dans notre ordre qui se veut affranchi des servitudes du monde profane, ou les métaux doivent rester a la porte du temple. Ces épées censées être des symboles de l’égalité des frères, à l’époque des lumières feraient elles de nous des hommes d’armes d’un genre nouveau à une époque le port d’armes est devenu interdite dans le monde profane.

Tout est symbole.


Ici tout est symbole, mais certains symboles restent lourds de sens.


Si chacun est libre d’interpréter le symbole comme il le ressent, il n’empêche que l’épée, le poignard ou le couteau portent en eux un pouvoir, une charge de signification qu’il est impossible de nier.


En effet, poignards, épées couteaux sont des armes qui au départ n’ont pas été inventés pour une autre chose que de tuer ou blesser.


En tout état de cause ces armes ont été crées pour faire couler le sang, se sont des instruments qui portent en eux une violence extraordinaire.


Cette violence, qu’elle soit légitime ou criminelle.


Cette violence existe, sinon a quoi sert l’épée, a quoi sert le poignard.



Et ces têtes coupées, fichées sur leurs piques, exposées à l’orient lui-même l’orient ou trône la chaire du roi Salomon, se trouve tout d’un coup converti en pilori.


Exemples de la vengeance accomplie : « justice est faite ! »


Pour être crédible, la justice accomplit la vengeance ! Si elle n’épuise pas l’énergie de la vengeance, elle ouvre la porte à tous les ressentiments.

Et la Justice punit. Et châtie bien : prison peut-être, exécution capitale parfois. Couper la tête du criminel, l’exposer au pilori. Justice est faite. Le sang punit le sang. Le sang couvre la dette, cette dette que le criminel à envers la société.

Maintenant je dors tranquille.


Dormez bonne gens !


Dormez mes frères, la justice inflexible veille.


La justice règle les comptes et apure les dettes pour nous.

Quelle est cette justice qui rend le sang pour le sang, l’œil pour l’œil, la dent pour la dent, au fil des ornières de l’histoire depuis des milliers d’années. Par sa violence calculée, elle justifie la violence criminelle et lui donne de la crédibilité. Pour punir le crime, la justice n’aurait pas trouvé d’autre moyen que de recourir à l’instrument du crime. Ce faisant elle le légitime aux yeux du criminel. Si le meurtrier tue, elle se justifie d’avoir semé la mort en le condamnant lui-même à mort.

La justice est-elle accomplie en exposant à l’orient les têtes coupées des trois mauvais compagnons ? La justice consiste-t-elle à éliminer par un moyen ou un autre, le coupable ? La victime s’en trouverait-elle satisfaite ? Les frères trouvent-ils la sérénité dans cette conception de ce qui est juste ?

N’y a-t-il pas lieu d’examiner cette conception ? Est-il possible de la faire évoluer ? La sanction du crime passe-t-elle nécessairement par une répression simpliste qui prend, dans ses moyens, modèle sur le crime ?

La franc-maçonnerie qui se veut force de proposition et se prétend prospective, ne pourrait-elle pas imaginer et proposer des formes plus humaines, plus matures, plus civilisées, de prise en compte du délit et du crime. Le poignard et sa symbolique sont-ils à jamais la forme du recours ? Alors même que, au profane, l’institution judiciaire s’interdit aujourd’hui l’exécution capitale et prévoit des peines de substitution pour limiter l’incarcération dans des prisons.

« I have a dream »

Oui j’ai fait un rêve mes frères car depuis mon admission comme Elu, j’ai souvent repensé au geste que j’ai du faire, et même s’il n’est que symbolique, je sais qu’il me serait impossible de le faire.

Aussi le rituel du chapitre aurait mis le poignard dans un cachot, en compagnie des épées, qui pour moi ne sont pas des outils de la pensée et de la réflexion. En supprimant le poignard et l’épée de son paysage symbolique, la franc maçonnerie, ne se libèrerait elle pas d’un poid, et des ornières du passé qui orientait la réflexion et l’ankylosait.

T S E P M, j’ai dit

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