14° #411012

Le symbolisme de la onzième porte

Auteur:

A∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
La porte du silence - Orient
A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Ordo Ab Chao
Deus Memque Jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Les anciens pensaient que l’humanité agissait sous l’influence de deux principes opposés : le bien et le mal ; le bien poussant l’homme vers la vérité, l’indépendance et la dévotion ; le mal inclinant au mensonge, à la servilité, à l’égoïsme. La franc-maçonnerie représente le bien. Elle lutte sans relâche contre le mal. Elle est l’ennemie mortelle de l’ignorance, de la barbarie, de l’ignominie, du mensonge, de l’esclavage de l’âme et des hommes, de l’intolérance, de la superstition, de la tyrannie, de l’avarice, et autre.

Sous les règnes du despotisme et de la superstition, les deux pouvoirs jumeaux du mal et de l’obscurantisme qui semblaient invincibles, elle inventa, les Mystères, sous la forme de Mythes, de Légendes et d’Allégories, par les Symboles, les Rites et les Initiations.

Voici l’histoire de trois personnages venus de Babylone, dont les pas sont guidés vers les ruines du Temple de Salomon ; Leurs noms : Guibulum, accompagné de Johaber et Stolkin.

Au fond d’un puit ils découvrent portant l’inscription du Nom Sacré, un bijou, qu’Hiram aurait jeté pendant qu’il tentait d’échapper à ses agresseurs. Cette légende qui pourrait constituer la trame d’un scénario de film, est plus complexe qu’il n y paraît.

Voyons cela de plus près.

Hiram n’est plus qu’une ombre qui plane sur les ruines du Temple. Il ne se trouve plus au centre de la légende originelle, en effet, c’est en explorant les ruines que Guibulum mis à jour une trappe obturant un puit très profond. Etant le plus avisé, le plus courageux, il décide d’y descendre accompagner de ses deux compagnons, et c’est la que le mythe commence.

L’initiation dans son acception étymologique est le commencement, et chaque initiation se doit d’être un nouveau départ vers une nouvelle terre inconnue.

Cette légende rappelle le symbolisme du fil à plomb. La verticalité se situe dans un cercle figuré par le puit au fond duquel se trouve peut-être la vérité que nous cherchons depuis longtemps ; c’est-à-dire le centre de l’idée ou bien l’idée au centre…du cercle.

Ce puit est caché par une pierre, qui masque l’ouverture, symbole du soin avec lequel les initiés doivent eux-mêmes refermer dans leur conscience, ces voûtes qu’ils ont aperçues et qui leur ont été dévoilées. Sur cette pierre, un anneau rappelant la force nécessaire pour écarter les obstacles et surmonter les épreuves encore et toujours. Et comme tout Maçon rongé par la curiosité et la soif de connaissance, la soif de comprendre, je me dois d’aller plus loin malgré mon inquiétude et descendre plus loin tel Guibulum.

C’est en cela que ce degré est extrêmement puisant, complexe, et riche ou chacun peut espérer découvrir ce qu’il cherche, c’est-à-dire se trouver lui-même.

Le thème de la Onzième porte fait apparaître de nombreux symboles, nous rappelant la progression initiatique du maçon. On peut se poser la question ; cette descente dans ce puit caché, secret, sacré même, n’est ce pas la voie vitale de communication entre le haut et le bas ? Une voie menant nécessairement à mes « secrets », que sont ces peurs enfouies au plus profond de moi ; cette peur de l’inconnu, peur de découvrir, mais aussi peur de connaître.

Mais qu’inspirent les Mots Sacrés et l’arbre des Séphirot ?

Rencontrés par delà le Rituel qui explique la légende, et qui se présentent comme autant d’exercices spirituels permettant de se livrer à un travail sur soi-même, d’ordre intellectuel et moral embrassant tout le psychisme de l’individu. L’expression recouvre la pensée, l’imagination, la sensibilité et la volonté.

Les dix mots sacrés prononcés pour passer les dix portes sont autant de supports pour la réflexion.

La Kabbale avec l’arbre des Séphirot met à notre disposition un diagramme, outil qui suggère des questions et des réponses essentielles, concernant le rôle de l’homme, son devenir et l’origine de l’Univers. Les mots sacrés sont successivement prononcés pour ouvrir les dix portes. L’arbre présente les dix mots sacrés, schématisés par des cercles, reliés par des sentiers. Soit : 10 Séphirot et 22 sentiers, ou 22 est le nombre des points qui entourent chacune des figures inscrites sur chacune des portes, 22, nombre symbolisant la manifestation de l’Etre dans sa diversité et son histoire, c’est-à-dire dans l’espace et le temps.

La numérotation de l’arbre n’est pas un hasard. Elle correspond à une succession de forces qui s’équilibrent jusqu’a la 10ème et dernière Sephirah. Et à chaque N°, un mot, des attributs et une porte ; on reconnaît ici la pédagogie du symbolisme. Cette opération de liaison fait apparaître une figure connue sous le nom d’Eclair Zigzaguant qui symbolise l’étincelle divine. Etincelle qui n’est pas sans rappeler l’épée flamboyante du V M qui représente la pensée active, la volonté agissante ; elle est la création.

La 11ème Porte

Je ne commenterais pas le début du voyage tel que le décrit le Rituel, mais à l’instant ou nos trois héros se situent dans la neuvième voûte après avoir prononcé le mot Kether.

Le terme EN SOPH, mot qui ne devait pas être prononcé, porte où figurait le vase brisé, porte ou ne figurait pas le cercle à 22 points, porte dont l’ouverture a provoqué la tempête sous la voûte et l’extinction des lampes magiques.

Est-ce par mégarde, inattention, maladresse,que deux d’entre eux, les plus novices, ont prononcé le mot EN SOPH, (infini), devant cette Onzième porte ?

Mais d’abord revenons sur le symbolisme de la porte.

La porte donne la communication entre l’extérieur et l’intérieur. La porte unit ce qui est séparé. Elle relie le monde extérieur au monde intérieur. Le passage de la porte est un acte sacré, car la porte relie le profane au sacré, les ténèbres à la lumière, l’inconnu au connu. L’image de la porte se prête particulièrement bien à la fonction de symbole, car elle évoque mieux que tout autre le processus de transfert.

La Maçonnerie, nous a fait franchir des portes, dépasser des barrières, surpasser nos limites, allant jusqu’à promouvoir la transgression, étapes nécessaires pour qu’il y ait transcendance. Franchir une porte signifie donc s’élever à un nouveau niveau de conscience. Pour nos trois Architectes l’enjeu est simple : ouvrir la porte, puis la franchir, et accéder à un nouveau degré de connaissance, découvrir et posséder un nouveau Mystère.

Ils effleurent sans s’interroger, sur le symbole du vase brisé figurant sur cette porte. Le vase brisé est un mystère de mort. Si le liquide est la vie et que le contenant est brisé, alors le contenu, la vie n’est plus là. Que serait la quête du Graal, s’il s’agissait juste d’en recueillir les fragments.

Le treizième degré marque une rupture.

Le Divin comprime la Lumière, un vent furieux souffle sous la Voûte Sacrée, les lampes Magiques s’éteignent. Cette phase finale, Chaotique, ouvre la voie à une réorganisation chez l’Initié. Le monde ancien à disparu, EN SOPH marque la rencontre du souffle Divin et de l’homme. Il a perdu la Grande Lumière et comprend que le souffle est plus puissant que la Lumière. Il est au seuil de la Vie Eternelle, mais cette porte n’est pas franchissable.

Confrontation terrible, tel est l’enseignement de la Onzième porte ; Guibulum affirme « je suis ce que je suis » le Kabbaliste d’après Rabelais explique « ce que tu fais te fais », mais l’Eternel pourrait dire : « je suis ce qui est ».

Ce psychodrame nous invite à réfléchir sur le sens du Tétragramme, sur notre quête de la parole perdue ; Si le Tétragramme d’essence Divine et accessible à la seule divinité, l’initiation parfaite d’Enoch, Hiram et Guibulum, qui sont des hommes, donc des êtres finis et mortels, ne mène pas à grand-chose ; ils savent que le Tétragramme existe, ils en connaissent l’écriture, sont conscients qu’il ne faut pas le prononcer, car alors ils s’égalent à Dieu, qui les châtie.

Les Compagnons meurtriers d’Hiram, leurs juges, en particulier Johaben (ou Johaber), les compagnons de Guibulum, restent au stade d’un savoir initiatique qui montre qu’ils ont des qualités qui les distinguent, mais qu’ils ne sont pas parvenus à ce degré de perfection qui pourra les faire parvenir au stade d’initiés parfaits, comme le sont Guibulum, Hiram, et avant eux Enoch, qui a fabriqué la médaille porteuse du Tétragramme, portée par Hiram, sauvée par lui et récupérée par Guibulum. Ces initiés imparfaits en restent au stade du mot, ils pensent qu’ils pourront acquérir une connaissance, et, par là un pouvoir supplémentaire, jusqu’à ce qu’ils se trouvent emportés par le tourbillon qu’ils ont fait entrer dans la Voûte Sacrée en ouvrant la 11ème porte.

Le Tétragrame étant d’essence supérieure : il est imprononçable, il est le nom de l’Eternel, accessible au seul Eternel.

Ils atteignent à la démesure, comme illustrée par la tragédie de Sophocle : Œdipe n’écoute pas Tirésias et part à la recherche du meurtrier de Laïos pour sauver Thèbes, découvrant ainsi qu’il a tué son père, épousé sa mère et causé la malédiction de cette cité.

Johaber, Stolkin, en particulier, et accessoirement Guibulum, ne sont pas les auteurs d’une transgression par maladresse, bien au contraire, celle -ci est volontaire.

Ils ont tenté par tous les moyens d’ouvrir la 11ème porte, tous les Maçons sont des cherchant, et ne faut-il n’assigner aucune limite à la recherche de l’Absolu ? Mais cette transgression n’est-elle réservée qu’aux grands initiés ?

Transgression qui n’est pas sans risques, puisque la tradition rapporte qu’après avoir entendu Dieu, Moise devin bègue.

Les limitations peuvent s’assimiler à l’ignorance qui en est la racine et la meilleure représentation. Par opposition, dépasser son ignorance, c’est aller au-devant de la connaissance, c’est se situer au-delà de toute limite.

Celui qui a pu pénétrer l’essence des choses, qui connaît le Principe, a un certain dédain pour les valeurs rationalistes, qui ne peuvent apporter un réconfort spirituel. La science, la philosophie ne sont quelques fois qu’illusions ; La Sagesse véritable est « Ignorance Délibérée » et on la nomme « La Docte Ignorance » chère au théologien Nicolas de Cues.

Le principe même de la réalisation de l’homme est l’indentification par la connaissance.

Aristote s’est exprimé à merveille sur le sujet : « Un être est tout ce qu’il connaît ».

Pour arriver à cet état, les moyens sont multiples, et se rassemblent autour d’un commun dénominateur qui est la concentration.

La concentration dirige la recherche de l’intérieur de soi. Ceci passe par un affranchissement du temps, en délaissant la condition temporelle. La succession des événements est remplacée par une simultanéité, donnant un sens de l’éternité. Pour accéder à cette connaissance, la première étape est de se placer hors du temps et hors de l’espace, comme nos trois personnages ont tenté de le faire.

La symbolique de l’infini au centre

Le monde Profane explore les limites de l’infini, tant dans l’espace que dans le temps, avec une approche exotérique, en développant les sciences qu’il a à sa disposition. Au contraire l’initié réalise dans ses recherches que la voie de la connaissance est à l’intérieur et au centre de lui-même.

Passer du monde fini à l’infini est impossible. Etant des êtres finis, nous ne pouvons pas nous en faire une idée juste et adéquate. Etant des êtres matériels, nous ne pouvons acquérir de conception claire de ce qui recouvre le monde spirituel. Nous croyons en l’infini de l’espace et du temps, en la spiritualité de l’âme et nous en savons la réalité, mais l’idée de cet infini et de cette spiritualité nous échappe.

La puissance de l’absolu ne peut pas faire entrer des concepts infinis dans des esprits finis. C’est seulement la conscience de l’homme qui le révèle. Son savoir ne peut pas dépasser les limites de son être. Les conceptions qu’il a des autres choses et des autres êtres ne sont que les siennes propres. Le principe vivant d’un univers vivant doit être infini, quand nos idées, et nos concepts demeurent finis et ne s’appliquent qu’à des êtres finis.

Ainsi, infini, absolu et unité se rejoignent dans le centre, l’initié réalise dans ses recherches que la voie de la connaissance est à l’intérieur et au centre de lui-même. Passer du monde fini à l’infini, c’est passer du particulier à l’absolu, qui englobe dans un ensemble le domaine manifesté et le non manifesté, jusqu’à tenter d’atteindre l’universel.

Conclusion

Par leurs efforts, et ensemble, les 3 GMA vont réussir à fermer la 11ème porte. C’est Guibulum qui les exhorte à se sortir de cette impasse.

Au début de leur périple, c’est lui qui descend le premier dans le puit, qui prononce les mots de passe et qui est reconnu comme un bon Maçon par ses frères, qui leur explique l’histoire de la pierre d’agate et du mot Innéfable ; c’est enfin lui qui les met en garde de ne pas ouvrir la 11ème porte et qui ensuite la referme avec leur concours.

Ne symbolise-t-il pas le V M maître, assisté de ses deux surveillants ?

Cette remarque est confortée par l’escalier qui est au fond du puit. Composé de 3, 5, 7, et 9 marches ; 3 comme l’age de l’apprenti, 5 comme l’age du compagnon, 7 comme l’age du maître et 9 comme la batterie au 14ème.

Le chaos s’est estompé, nous avons dans les ténèbres parcouru notre propre chemin, nous sommes désormais murs pour oser et comprendre, mais malgré notre bonne volonté, tous nos efforts tendus vers un seul but de parvenir au Divin, d’effectuer le retour à l’Un, de réintégrer la multiplicité à l’unité, nous resterons devant la dernière porte car telle n’est pas notre destination finale.

L’avertissement est clair !

Ce puit symbolise la porte d’entée du voyage intérieur que le cherchant en quète de la vérité doit accomplir, c’est la suite logique, la réponse a V.I.T.R.I.O.L. du cabinet de réflexion. Ce récit du voyage souterrain est bien le signe que l’homme poursuit sa quête de la connaissance de soi, c’est l’homme debout qui marche, voyageant vers le pays promis, vers les sources de lui-même.

J’ai dit.

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