Eléments fondamentaux des dix séphirah
B∴ G∴
C’est lors d’une de mes promenades du souvenir dans ce qui reste du « Plezl » le quartier juif historique de Paris, qui s’étend entre le métro Saint Paul et les rues des Rosiers et Fernand Duval dans le 3ème arrdt, que je fis la connaissance de ce vieux bonhomme, que nous appellerons Rav Samuel (le Rav est le Maître : celui qui enseigne et transmet) avec qui, depuis quelques années, j’entretiens une relation épistolaire, et souvent contradictoire, sur différents sujets, non seulement religieux touchant au monde juif en général.
C’est donc dans une librairie du quartier, fleurant la vieille encre et le vieux papier où, tout en feuilletant du bout des doigts quelques livres, j’observais les quelques clients circulant à travers les bacs que nous fîmes connaissance.
Je ne suis ni croyant ni pratiquant (religieusement parlant !) mais, mon désir d’approfondissement d’autres traditions spirituelles que celles de la Franc-maçonnerie, mon amenés à cette recherche d’autres voies pouvant m’aider à approcher d’autres méthodes de réflexion qui doivent nous conduire, si on les applique à sa propre vie, vers un autre « Eveil », une autre « Libération de l’Esprit ».
« Que cherches-tu ? » fut son premier mot lorsque je lui fis part de mon désir d’approfondir mes connaissances sur les mystères de la Kabbale et comme toujours il répondit à ma question par une autre question : « Pourquoi la Kabbale ? ».
Ce questionnement, comme sa première réponse « Lis et étudie et tu trouveras peut-être la vérité » furent ma première approche des « mystères » de la Kabbale dont la légende dit que son étude avant la quarantaine peut rendre fou ! Mais venons-en aux faits !
Le Rituel du 14ème degré du REAA, nous confronte, au cours des voyages initiatiques du grade, aux dix séphirah de la kabbale juive.
Avant d’en venir à un éclaircissement de la signification de chacune de ces séphirah il convient, pour une bonne compréhension, de partir de la conception du monde et du destin de l’homme tels que les kabbalistes, notamment Rabbi Issac Loubia de Safed, les ont conceptué à partir du XVIème siècle.
Quelques mots sur la Kabbale.
La Kabbale est l’un des enseignements traditionnels et ésotériques du judaïsme, fondé sur un système de symboles censés représenter le mystère de Dieu et de l’Univers dont le kabbaliste doit parvenir à découvrir les clés. Au plan théorique, ces clés lui permettront de comprendre les dimensions spirituelles de la Création, tandis qu’au niveau pratique, elles lui donneront des pouvoirs de transformation à la fois physique, psychologique et spirituelle.
Le mot kabbale désigne les mystères de la tradition mystique juive. A la fois philosophie théorique et pratique proche de la méditation qui s’est développée dans le cadre la pensée médiévale du « Zohar » la Kabbale est d’abord un chemin d’élévation spirituelle. L’ensemble des concepts et idées qui y sont développés a pour but de répondre aux questions existentielles de l’homme et constitue une philosophie de l’histoire qui peut se lire au niveau cosmique comme au niveau individuel.
Il nous faut donc débuter par le début !
Commençons par « l’AIN-SOPH », « l’In-fini », ou encore le « Non-Être », qui est cet espace « où la lumière s’éclipsa pour permettre la création du monde à venir ». Cet espace n’est qu’un point sidéral infinitésimal contenant le « tout absolu », c’est-à-dire tout l’univers cosmique, mais c’est aussi l’emplacement dans lequel toute la Création va trouver place. Dans ce point de l’Infini la lumière s’est rétractée, (c’est le « Tsimtsoum » ou retrait), pour dans un second temps réintégrer l’espace sous la forme d’un rayon de lumière-énergie « l’Adam qadmon » c’est à dire l’homme primordial à partir duquel l’Univers va être créé et où vont pouvoir se développer les forces qui y seront à l’œuvre. Puis vient la « Chevira kelim » ou la brisure des vases. La lumière primordiale était contenue dans des vases qui sous la force de l’impact éclatèrent et libérèrent cette lumière sous forme d’étincelles qui tombèrent dans l’espace vide pour donner forme à un monde « cassé », c’est-à-dire encore imparfait et déficient. (Notons l’extraordinaire similitude de cette vision de la création de l’Univers par la Kabbale avec la théorie moderne et scientifique du « Bing-Bang ! »).
Et c’est à l’Adam, donc à l’homme, que va être confié la mission de réparer le monde ! C’est le « Tiqoum » ou la réparation ; « réparation », « restauration », « réintégration », la troisième phase est le processus par lequel l’ordre idéal va être rétabli et va ramener toutes choses à leur propre nature et à leur juste place. Par cette responsabilité, l’homme acquiert une place centrale et devient ainsi responsable de sa propre histoire et de l’histoire du monde. Cet acte décisif de réparation du monde définit l’homme comme un « être » dont l’éthique doit être celle de la perfectibilité. Cette éthique Rabbi Louria la résume ainsi : « Plus l’homme se perfectionne plus il se rapproche de son être propre ».
Selon le schéma fondamental de la création de l’Univers, la lumière de l’infini s’appréhende par l’intermédiaire de trois mondes essentiels distincts mais complémentaires :
Le monde du
« Sefer », monde des
lettres, du livre, de l’écriture et du nom.
Le monde du « Sefar », monde
des chiffres, des nombres, et de la géométrie.
Le monde des « séphiroth
» ou monde des dix sphères.
Nous y voici !
La théosophie juive a utilisé pour décrire la conception divine de l’Univers un ensemble de dix éléments, appelés séphiroth ou « régions », chaque séphirah représentant une modalité de la manifestation du divin et, par analogie, des actions de l’homme sur lui-même.
Le mot séphiroth (séphirah au singulier) vient de l’hébreu, langue dans laquelle il signifie « chiffre », nous sommes donc, partiellement, ici dans la symbolique des nombres.
L’arbre des séphiroth permet à tout moment de s’évader de la vie courante pour conduire la pensée vers les sphères les plus hautes de l’esprit et de redescendre ensuite sur Terre après s’être imprégné de la pensée de l’Univers ; il est également un moyen, assistée par une figure géométrique particulière, de structurer notre réflexion par la méditation.
Les dix séphirah sont « les vibrations de l’Universel » qui émanent de l’AIN-SOPH ; elles sont, selon un auteur kabbaliste « Les Portes du ciel ». Par un système complexe de liaisons binaires puis ternaires les séphiroth sont reliées entre elles et sont, en même temps, incluses les unes dans les autres, chacune les contenant toutes ! Elles se pénètrent et s’interpénètrent mutuellement sans se confondre, se conjuguent et se combinent entre elles selon des lignes de forces multiples pour refléter les diverses modalités de l’esprit humain, de l’Être réel qui est en chacun de nous.
Ces dix sphères gravitent autour de la particule centrale, du signe de l’infinie, représentation symbolique des mondes macroscopique et microscopique. (Là encore la similitude avec la structure de l’atome telle qu’elle est décrite par les physiciens un « noyau » central est des « électrons » qui tournent autour de ce noyau – et celle qu’en donne les kabbalistes est remarquable !)
Lorsque la lumière primordiale se répand sur le monde pour donner le souffle de la vie, elle diffracte sous forme de dix lumières contenant chacune un aspect de la puissance du vivant. Cette lumière qui devient multiple constitue l’unité dynamique de l’Arbre Séphirotique « représentation du monde ». Toutes les forces qui emplissent l’univers dérivent directement ou indirectement de ces dix éléments. Ils sont la puissance de tout ce qui est et assurent l’ordre de la création. Si les séphiroth représentent les différents attributs de « Grand Principe », il n’en demeure pas moins qu’en ce « Tout » demeure contenu dans l’« Un ».
Les dix Séphirah peuvent se simplifier en trois tables :
1) la table
des quanta, de l’énergie rayonnante qui vient du Soleil ;
2) la table des éléments de la nature ;
3) la table des éléments moléculaires
et des composés.
Associés aux 22 lettres de l’alphabet hébraïque, les dix séphirah constituent les « 32 mystérieux chemins de la Sagesse ».
Une Séphirah ne peut être comprise sur un seul plan, car sa nature est multiple. C’est pourquoi les kabbalistes s’expriment clairement en disant qu’il y a six mondes, ou six niveaux de hiérarchie divine.
– Le niveau
zéro c’est l’AIN-SOPH qui plane au
dessus de l’Arbre, il est « hors Monde »
; il est comparable au signe mathématique de
l’infini.
– Le niveau un, l’AZILUTH, c’est le monde des
archétypes ou monde des émanations, le monde du
divin.
– Le niveau deux est le monde manifesté de BERIAH, il va de
l’infiniment petit à l’infiniment grand.
Le monde de BERIAH est issu de l’énergie vitale
contenant l’Information ; c’est aussi le
monde de l’infiniment complexe appelé « Khorcia
», c’est-à-dire le monde des sections, des parties
du Tout.
– Le niveau trois, YETHZIRAH est le monde de
l’évolution dynamique de la matière et
de la vie ; c’est le monde de la formation et des anges.
– Le niveau quatre est le monde de l’action, c’est
ASSIAH. La parole n’a d’existence que si elle se
transforme en action (symbole maçonnique fort !).
– Le cinquième niveau est celui du monde infra- humain et
satanique, le monde de KLIPOTH.
Maintenant voyons en détail chacune de ces séphirah et leur symbolisme respectif tel qu’il a été intégré dans le Rituel maçonnique du R.E.A.A.
Tout
d’abord comment sont-elles réparties ?
Ce système fonctionne par trois canaux, colonnes ou axes par
lesquels, les séphiroth descendent et remontent toutes les
énergies de la vie.
Colonne de
droite, la générosité ou le pilier de
la miséricorde : les séphiroth de
l’énergie, Hokhmah – Hessed – Netsah
Colonne de gauche, la justice ou le pilier de la
sévérité : les
séphiroth de la forme, Binah – Guévourah
– Hod.
Colonne du centre, l’harmonie ou le pilier de
l’équilibre et des différents niveaux
de la conscience : Kether – Tiphereth – Yessod – Malkhut.
KETHER – La COURONNE exprime l’Absolu, le passage de la perfection relative à la perfection absolu, le centre de l’idée et de la pensée qui est la source de la Connaissance et l’ouverture vers la transcendance.
C’est la suprême et pure volonté qui agit sur la possibilité de recevoir « ici et maintenant » la lumière de l’infini.
HOKHMAH – signifie SAGESSE. Il s’agit ici de la Pensée créatrice, de la « Suprême Raison ». C’est la radiation de cette Lumière principielle qui éclaire toutes les intelligences. Cette Lumière brille en chacun de nous dès que nous avons su rendre transparentes les écorces corporelles qui tendent à l’obscurcir. Les purifications initiatiques font tomber le bandeau qui dérobait à notre vue la clarté de notre lumière intérieure.
L’Initié bénéficie d’une illumination produite par l’éclat de sa propre raison, rendue plus active, plus consciente d’elle-même et mieux mise en rapport avec la source centrale de toute sagesse et de toute raison. La sagesse c’est commencer à percevoir de nouvelles dimensions du monde en opérant une conversion du regard, en sachant sortir de nos habitudes, de nos modes de pensée, de nos convictions, théories, opinions ou préjugés.
BINAH – C’est la représentation de l’INTELLIGENCE et de la COMPREHENSION. C’est la faculté de concevoir les idées et les images originelles des choses. C’est elle qui revêt l’idée pure d’une forme, grâce à laquelle elle devient exprimable, après avoir été formulée. Toute idée, en effet, doit se refléter dans l’imagination, afin de s’y traduire en image, et prendre ensuite le caractère d’une entité imaginaire, mais réelle dans le domaine de l’irréalité.
Binah oppose à un intellectualisme dogmatique et étroit, un intellect libre et ouvert sur tout ce qui transcende les limites de la pensée logique.
Le grain semé germe, le blé se développe, et, lorsque la moisson a mûri, une révolution intellectuelle se trouve accomplie.
HESSED – Signifie GRACE, MISERICORDE, AMOUR.
Hessed c’est l’ouverture des formes closes, le mouvement dynamique au cœur de l’existence, du souffle vital et de l’Être ; c’est tout ce qui tend à être en accord, au sens musical du terme, avec le « Bien » et la force créatrice qui anime le vivant.
GUEBOURAH ou DIN – la FORCE, le JUGEMENT mais aussi la RIGUEUR, la SEVERITE. Tous ces mots font allusion à la nécessité de se restreindre, de se limiter, de se maîtriser soi-même. L’être n’est libre que s’il sait se gouverner et par conséquent se dominer; il appartient au sage d’économiser les forces dont il dispose. La vie échappe à qui ne sait la retenir ; elle reste au service de qui la condense en soi, pour la mettre ensuite en œuvre à bon escient.
TIPHERETH – C’est l’HARMONIE et la BEAUTE qui s’impose à nous. Nos sentiments sont ainsi dominés par l’idéal qui se dégage de nos aspirations à toujours désirer le mieux. Tiphereth nous montre la Beauté comme le résultat de l’activité vitale de l’humain.
NETSAH – signifie VICTOIRE ou TRIOMPHE ; or, pour vaincre ou triompher, il faut s’associer à la marche du Progrès, dont il importe de se faire l’agent actif et dynamique.
HOD – la SPLENDEUR, la GLOIRE RESPLENDISSANTE
La Gloire resplendissante désignée par HOD s’identifie avec la Logique, l’ordre, la coordination, la Loi, qui assurent le fonctionnement régulier de tous les rouages de l’organisme universel. Pour l’initié il s’agit donc de remplir fidèlement le rôle qui nous est assigné dans la Société ; que chacun accomplisse sa tâche particulière et qu’il fasse scrupuleusement son devoir, afin de donner la note qui lui est demandée dans le concert de l’harmonie universelle.
YESSOD – le FONDEMENT.
Tout objet matériel se compose d’éléments visibles et d’autres qui sont au-delà de nos perceptions humaines.
Lorsque les Maîtres travaillent sur la planche à tracer, ils modifient le plan selon lequel la construction devra s’effectuer. Leur action s’exerce ainsi sur un « fantôme idéal », base ou fondement de ce qui doit prendre corps.
MALKHUT – la ROYAUTE, le ROYAUME ; c’est la capacité à recevoir, donner et organiser toutes les forces reçues des sephirot précédentes.
La présence, sur la représentation de l’Arbre Séphirotique que j’ai fait circuler, d’une mystérieuse séphirah (en gris) appelée DAATH n’aura pas échappé à votre vigilance. DAATH, (cette onzième séphirah) située sur le pilier central, celui de l’équilibre sous la grande triade sommitale entre la volonté créatrice (Hokhmah) et la création pure (Binah) représente cette espérance que nous avons que l’évolution à un sens, qu’elle conduit à un aboutissement. DAATH est l’intuition, le sixième sens ajouté à nos cinq sens biologiques. Cette intuition est le reflet de KETHER dans MALKUTH, elle est le moteur de notre évolution vers plus de conscience.
Conclusion :
Si l’homme est appelé à régner sur l’Univers visible, l’initié, qui ne doit pas confondre le « Vrai », avec l’apparence des choses, doit s’appliquer à « sonder l’Inconnu en approfondissant les mystères dérobés à la connaissance du vulgaire » afin de recevoir puis transmettre la Lumière.
La Kabbale est étymologiquement une « réception ». Savoir recevoir c’est aussi savoir donner, don et réception sont intimement liés.
La présentation dynamique de l’Arbre Séphirotique inscrite dans la Kabbale doit être, pour le franc-maçon du R.E.A.A., une vision active. Elle l’initie à faire un travail sur lui- même.
Cette vision est cohérente avec l’esprit de REAA. Il serait absurde de modéliser un univers statique alors que nous savons que tout tourne, tout vibre de l’infiniment petit à l’infiniment grand ; l’univers se complexifie franchissant ainsi des paliers vers de plus en plus de conscience. Par l’Homme, c’est dans le domaine de l’esprit que cela se produit avec pour moyen essentiel la vision intérieure proposée par l’Arbre des Séphiroth et par le R.E.A.A.
Ce parcours à travers l’arbre des Séphirot évoque les dix modalités ou comportements fondamentaux de l’Humain qui, lorsqu’ils sont réalisés dans leur perfection, donnent à l’homme, qui se constitue alors dans ce qu’il a d’essentiel, le statut d’initié apte à recevoir la parfaite lumière de l’infini. Il comprend tous les principes, tous les éléments, tous les facteurs avec lesquels le monde a été créé, structuré, organisé, harmonisé.
Pour le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon l’étude de l’Arbre Séphirotique, donne une vue très claire du travail spirituel à réaliser et c’est une méthode qui peut nous accompagner tout au long de notre cheminement. Il peut allumer des lumières en nous, nous renforcer, nous vivifier. Chaque séphira permet d’ouvrir une porte vers l’Infini et la découverte d’un système cosmologique complet qui de « Malkhut » à « Kether » nous permet de remonter « l’Arbre deVie » qui n’a ni commencement, ni fin.
J’ai dit.