14° #411012

En Soph

Auteur:

B∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Phare de Gascogne - Orient : Bordeaux

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil Féminin de France

La légende du 13ème degré met en scène trois mages, trois pèlerins initiés. Guidés par Guibulum, le Maître le plus ancien, ils descendent au fond du puits situé à l’angle sud-est de l’ancien temple et franchissent une porte : Malkut. Le Maitre guide les deux autres Mages, il connait les dix mots de passe kabbalistiques, chacun exprimant l’essence du divin, qui permettent de franchir des portes et d’arriver à la neuvième voute brillamment éclairée depuis la nuit des temps.  Là, ils reçoivent l’ultime enseignement qui fera d’eux des initiés complets. Ils sont enfin au « Centre de l’Idée »  face à la « Conception Suprême » symbolisée par la pierre d’agate, posée sur l’autel cubique, qui porte gravées les lettres du « mot ineffable qui ne doit sortir d’aucune lèvre » ainsi que le nom substitué de Dieu « Adonaï ».

Ils sont maintenant devant une 11ème porte, décorée d’un vase brisé, Guibulum en interdit l’ouverture : « elle cache un mystère mais c’est un mystère terrible, un mystère de mort » dit le rituel. Pourtant, un des jeunes maîtres réussit à l’ouvrir, malgré l’interdiction, en criant par hasard le mot « En Soph », l’infini.

Dans la Kabbale, En Soph, c’est l’Essence divine, Elle demeure au-delà de toute connaissance de toute explication logique. C’est le « Mystérieux des Mystérieux »,  Ce mot représente l’aspect de Dieu non manifesté qui demeure éternellement inconnaissable. C’est la lumière dissimulée, ou l’unité indiscernable, ou la cause des choses.  En, c’est la négation, elle désigne l’être ou l’existence d’une nature qui échappe à notre compréhension à notre pensée. C’est le  Néant sans fin, le Sans, au-delà de l’espace-temps. Soph c’est la fin, la conclusion et ainsi du En, le Sans, le Néant, vers Soph  nous aboutissons à En Soph « le sans fin », l’infini. C’est ce qui ne peut être pensé, c’est la dimension transcendante de la Divinité. C’est le dieu latent qu’on ne peut concevoir avec nos mots et notre intelligence humaine. Rien n’est extérieur à l’infini, En Soph, est à la fois tout et rien, plein et vide, Unité sans limite. « L’Ein Sof est Dieu pensé par Dieu ».  Il est aporétique, puisqu’il ne se définit que par ce qu’il n’est pas, mais il peut se définir paradoxalement par « la Réalité » puisqu’il est le monde du Soi, puisqu’il est tout l’univers agencé selon l’ordre naturel des choses. C’est un état indifférencié de la plus parfaite Unité.  Selon l’auteur du Zohar, je cite, En Soph « se tient toujours au-dessus de la Sagesse elle-même. Il existe donc deux mondes divins qui en réalité ne font qu’un, unis comme le charbon et sa flamme. Le premier, inintelligible et au-dessus de toute connaissance, ne peut être imaginé qu’à travers un mot : En Soph. Le second, par lequel il est possible d’approcher une compréhension de Dieu, est le monde des Sephirot.». Il est impossible à notre intelligence humaine de concevoir l’existence véritable de Dieu.

Cette médiation par les Sephirot peut nous permettre d’avoir l’intuition, ou de percevoir quelque chose de la pensée divine. C’est à travers les Sephirot que nous pourrons appréhender un peu la manière dont l’infini se manifeste dans la création. Sefer Bahir écrit : « La créature n’a pas la force de saisir ce qui fait allusion à la pensée, En Soph. ».

La Kabbale est un système mystique et métaphysique qui permet à l’initié d’appréhender mieux Dieu et l’univers. Cette connaissance lui permet de tenter de comprendre les mystères de la Création divine révélée et manifestée. Elle conceptualise l’arbre Séfirotique pour comprendre les flux qui régissent les rapports harmonieux de chacun avec son être intérieur et intime, comme avec l’univers et Dieu. Dieu est Tout et remplit l’ensemble de l’espace. Il s’est replié sur Lui-Même  pour faire jaillir le Fini (notre monde) de l’Infini (En Soph).

En Soph Aur est l’infinie lumière, la Sagesse du commencement. Isaac Louria a écrit « le commencement est dans l’infinie lumière qui est le réceptacle de toute existence… Tout vient d’elle, tout ce qui existe, a sa source dans l’infinie lumière qui est la première matière du tout. ». Selon son enseignement, dans la lumière infinie, Dieu rentre en lui-même, l’Emanateur a excavé un trou, a créé un vide. Dans ce vide Il a projeté une ligne, un rayon concentré de lumière qui a pénétré de la périphérie vers le centre. Pour se manifester Dieu va se contracter sur lui-même par dix fois en libérant un vide permettant à la lumière divine  de remplir les dix sephirot. La lumière sans fin procède d’En Soph, le tout absolu, l’Un, l’Etre et le Non-Etre. L’arbre des Sephirot  commence avec Malkut pour se diriger vers Kether, ( la Couronne), « la cause première, inconcevable pour l’esprit humain », qui ouvre sur En Soph et qui peut être considérée comme le point de rencontre entre l’Esprit Saint de Dieu et l’esprit de l’homme, la couronne devenant l’image de l’homme transcendé. La Lumière, Le Principe, est bien présent en nous, même si nous ne possédons qu’un éclat d’En Soph. Nous portons en nous un appel vers le Soi, l’Unité, l’Absolu.

Malgré l’interdiction de Guibulum, un des jeunes Mages  prononce, par hasard, le mot « En Soph» témoignant ainsi de l’impossibilité absolue d’une connaissance intellectuelle de l’essence véritable de Dieu. En effet l’apparition de la foi, la communication avec Kether, la vision fugitive de En Soph est une illumination irrationnelle, qui trouve dans la perception des Sephirot un ordonnancement personnel qui ne peut être partagé par personne. Cette transgression déclenche un souffle violent. L’approche tumultueuse d’En Soph abolit la lumière des flambeaux. En Soph passe par l’anéantissement complet de l’être. On peut se demander comment on passe de l’Amour de Dieu à ce souffle dévastateur. Il nous faudra sans doute aller au-delà des apparences, comprendre qu’il faut encore et encore renoncer aux certitudes, accepter que notre monde est celui du fini, mais aussi que nous sommes les artisans de notre propre création, accepter que notre marche vers la perfection est nécessaire alors même que nous ne l’atteindrons jamais.

Prononcer En Soph et ouvrir la 11ème porte est un acte de transgression. Dès que nous aspirons à devenir des dieux parfaits, nous plongeons dans la nuit. L’infini, nous suggère Lacan, « est une béance ouverte et, vraisemblablement, le restera ». Pourtant cette transgression est un acte nécessaire et fondateur. Même au risque de l’éclatement et de l’anéantissement de soi, il faut oser la transgression. Il ne peut y avoir de perspective finie dans notre démarche, sinon nous sombrons dans le dogmatisme, tout le contraire de notre réflexion vers En Soph. Nous vivons dans un monde fini, défini et éphémère, ce qui rend impossible, aux humains mortels que nous sommes, l’approche intellectuelle d’En Soph, vertige de l’infini, immensité de l’univers dont  la finalité comme les origines m’échappent mais m’appellent. Infinie est la distance entre notre possibilité d’augmenter le savoir et La Vérité. Je ne peux appréhender En Soph  qu’à travers les Sephirot qui sont ses puissances fondamentales et intelligibles. Maître Secret j’ai compris que la Vérité est inaccessible à l’être humain mais que je dois sans cesse tenter de m’en rapprocher un peu plus. Pourquoi franchir la 11ème porte qui va relier le fini à l’infini En Soph ?  Si je veux progresser au-delà je dois à un moment prendre l’initiative de franchir les limites établies. Mais je ne peux effectuer cette transgression que si je maîtrise mon propre Etre, si mon « Soi » profond domine mon « Moi » superficiel. Par la transgression j’ai perdu la grande lumière et j’ai compris que le souffle est plus puissant que la lumière pour celle qui transgresse. Je suis au seuil de la vie éternelle mais la porte n’est pas franchissable. L’Unité, l’Absolu est inaccessible et  notre Temple reste un chantier ouvert, il est le réceptacle de la Grande Lumière, il est impossible avec nos facultés humaines de l’achever. « Je suis ce que je suis » dit le rituel, la kabbale explique « ce que tu fais te fait », mais l’éternité d’En Soph est une barrière immuable, « je Suis ce qui Est ».

Au 13ème degré il y a une rupture, la Maîtresse est pour la première fois confrontée à une épreuve qu’elle ne peut surmonter. Il me semble qu’on ne peut aller plus loin dans notre démarche si on s’intéresse uniquement à la connaissance, fut-elle approche d’En Soph. Il faut revenir à l’amour et à la fraternité ainsi que le dit l’obligation du 14ème degré. A quoi bon acquérir toutes ces connaissances pour tenter de s’approcher du principe s’il n’y a pas d’Amour. On peut définir la création primordiale comme un acte d’amour. Je dois sacrifier mon ego dans l’amour de l’autre, c’est le complément à la connaissance nécessaire pour participer au divin. Pour continuer mon chemin je dois appréhender l’Amour divin, c’est l’amour de Dieu et l’amour de mon Frère et de ma Sœur. Le Chevalier de Royal Arch a reconnu l’étincelle de la Lumière d’ En Soph qui est en lui, il sait que la voie de la Lumière s’enfonce dans l’obscurité de son être profond.  Il doit devenir maintenant celui qui doit donner, partager cette Lumière, transmettre et aimer. En Soph me parle d’Amour et d’Harmonie universelle entre les piliers de la Rigueur et de la Miséricorde.

Bibliographie :

La Kabbale Vivante Daniel Beresniak
Symbolique des Grades de Perfection et des ordres de Sagesse Irène Mainguy
La Maîtrise Parfaite Jean Claude Mondet                                      
Mystères de la Kabbale Marc-Alain Ouaknin

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