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Ils voyagent par toute la Terre
C∴ D∴
Lorsqu’on demande au Grand Elu Parfait et Sublime Maçon où il voyage, il répond qu’il voyage par toute la Terre. Il porte alors la Lumière en faisant connaître la Vérité et enseigne la pure morale de la Franc-maçonnerie. Mais que cela veut-il dire ?
Le grade de Grand Elu Parfait et Sublime Maçon (GEPSM) est un grade qui concerne la finition du Temple, intérieur comme extérieur, qui fut achevé au bout de 77 mois. Son chemin est destiné à porter la bonne parole, à voyager avec les pains de proposition en élevant sa pensée, pour cela il doit être bon et faire le bien pour accéder à la connaissance suprême, mais surtout il doit résister à ses pulsions. Choisir le mouvement en abandonnant la quiétude est le but de chaque Maçon, et nous voyageons constamment lors de notre initiation et lors de l’approfondissement des légendes. Il est dit aussi dans le rituel que le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon conserve dans son coeur le nom ineffable en le préservant de la corruption (IOD HE VAV HE, soit IHVE ou YHWH en clair YAVEH ou HIEOVAH, voir page 13 de l’instruction). Il quitte Jérusalem et se disperse parmi les nations de la Terre pour enseigner la vérité de l’Art Royal, c’est-à-dire de la Franc Maçonnerie, inspirée par le Grand Architecte de l’Univers.
Il connaît la mer d’Airain, symbolisé devant le plateau du Premier Grand Surveillant, qui se trouve sur les parvis, puis il descend en lui-même comme il descend dans la voûte sacrée, où se réunit la Loge Royale, pour voir ses compagnons dans le lieu sous-terrain à proximité du Buisson Ardent.
En fait le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon est amoureux de la vertu, car il la possède, grâce à son zèle et à son désir de devenir parfait, bien que personne n’y arrivera, simplement l’atteindre pour contempler la perfection. Il fait la transition entre l’ancien Testament et le nouveau, à l’aide de la Connaissance, de la Spiritualité et de l’Amour, en ce sens il accomplit son destin, il s’approprie le grade en devenant meilleur, enfin il essaye. Il progresse vers la Connaissance suprême en essayant de vaincre ses propres résistances, ses propres réticences, qu’il doit surmonter en lui-même, en élevant sa pensée vers la spiritualité, vers le sacrifice, comme Hiram a pu le faire, et les pains de proposition, que l’on trouve dans le Temple de Salomon, sont là pour l’aider à effectuer son voyage, ses voyages.
En cela le Rite Ecossais Ancien et Accepté pratiqué au sein du Suprême Conseil de France nous rappelle que le Grand Architecte de l’Univers nous garde dans la Vérité, voire même dans la Justice et l’Equité, mais cela j’en doute, car un Franc-Maçon doute, même s’il écoute la voix de sa conscience et qu’il essaye de pratiquer les vertus, il a du mal à s’élever au-dessus des contingences matérielles et de sa condition d’être humain.
Le Maçon du 14ème degré doit voyager, comme un Compagnon du Devoir, afin de se forger son caractère et fortifier son esprit. Le Monde sous-terrain est le monde des illusions, le Maître que je suis devenu l’a compris lors des instructions du Grade précédent et il essaye d’obéir aux ordres du Suprême Conseil de France, en essayant de gravir les échelons de la Montagne, dont le sommet reste malgré tout encore et toujours aussi inaccessible. L’infini de ce sommet est un espace sans limites que chacun peut appréhender comme il le souhaite, et comme l’a dit Goethe «Veux-tu marcher dans l’infini ? Cherche d’abord en tout sens le fini». Peut-être voulait-il dire « sur toute la Terre ! » et par extension « Par toute la terre ». Entre la Terre et l’Infini, il y a sans doute l’Homme, le centre de l’idéologie !!!! et comme le dit Erasme : «L’homme ne nait pas homme, il le devient». Il est donc perfectible…
Je pense que je dois être capable de deviner le mal et l’infortune qui rongent mes Frères, je dois être un manager comme un bon ouvrier, beaucoup le sont sans le savoir mais on peut sortir de cette posture avec un Coeur éclatant, car il s’agit d’un syndrome et non d’un état. Je dois m’épanouir et voyager à travers le monde pour me découvrir et pour démontrer que la Lumière, symbole de spiritualité, est une morale destinée à faire connaître la Vérité que je suis sensé aborder. Mais qu’en est-il ? dois-je la découvrir ou doit-on me l’enseigner ? La tradition nous enseigne que la Transgression est sans doute une progression !
Le Temple est aussi bien intérieur qu’extérieur, et nous Maçons, essayons de le reconstruire inlassablement en perdant les scories qui nous alourdissent, en découvrant par nous-mêmes la finalité. Johaben a voyagé en lui pour essayer de vaincre son zèle peu maîtrisé, en essayant de trouver la sagesse qui lui fait défaut, car il en fait trop. Stolkin est discipliné et connaît le Devoir, mais il lui manque l’initiative de l’action. Quant à Guibulum, il est la synthèse des deux premiers, il ressemble à Emerek, un homme vrai, un Chevalier qui représente la
Providence et l’Action, tout ce qui fait avancer le Maçon initié en fait. Je suis Guibulum, la synthèse des 2 autres qui forme les 3 bons compagnons, et je voyage au centre de l’Idée, par la voie d’une légende qui consacre le Temple, je me réunis avec vous sous la Voûte Sacrée, la Voûte Céleste, qui évoque le premier refuge, celui où l’on peignait son rite en transmettant, où l’on s’abritait et habitait pour éviter les bêtes sauvages, et où on s’élevait pour sortir par le haut, comme à la Grotte de la Sainte-Baume.
On peut considérer que le mythe de la caverne, dépeint par Platon, introduite par Socrate, où habitait Pythagore et qui fut décrit par René Guénon représente la Terre, qui est un creuset où la matière se transforme. Elle est cachée par un buisson qui symbolise peut-être l’immanence de la présence divine. René Descartes, quant à lui dénie cette réalité, pourtant si évidente, qui est le reflet de ce que la Lumière éblouissante forme sur chaque chose, qui a une ombre; d’après lui la réalité ainsi perçue est douteuse et incertaine, car tout bouge et évolue. Tel un film que l’on projette, la réalité est travestie par la Lumière qui projette des ombres sur un écran jeté dans l’obscurité, comme l’explique le philosophe Alain BADIOU. Elle ne devient alors que le reflet d’une image, le reflet de soi-même en quelque sorte. Mais comment accède-t-on à cette Caverne, à cette voûte, par une trappe carrée ornée par un anneau rond et située par le haut. N’est-ce pas une forme de clé qui ouvre cette trappe, comme si on pénétrait dans une Matrice. L’élan créateur de cette crypte, nous donne des ailes et conclue notre construction, voire notre création.
Le message de cette allégorie est sans aucun doute, celui du Taciturne, qui ne prend pas pour vraies les données de nos sens et les préjugés formés par l’habitude. Il estime qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.
Le Rituel du REAA met en évidence la difficulté des hommes à changer leurs conceptions des choses, leurs résistances au changement et l’emprise desidées reçues. La Clef qui nous est donnée est sans doute la Clef de la compréhension de cette balustrade qui nous fait obstacle et qui nous empêche de voir. Ainsi, le véritable Maçon est sensé avoir dépassé un certain stade primaire envahi par de lourds métaux tels que l’ambition, l’orgueil et les préjugés stériles.
La remontée de la grotte souterraine jusque vers le soleil, nous permet peut-être de passer de l’opinion des préjugés à la Connaissance de la réalité intelligible des idées. En cela la Dialectique doit nous y aider, comme la Géométrie, et le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon va s’habituer à la Lumière vive de la Vérité comme du monde des idées et de la spiritualité pour parvenir à l’intelligible, à l’essence même de ce qui est, et a été.
La Transmission de la Connaissance est permise grâce à ce Maçon, à cet initié que je suis peut-être devenu, un Homme libre qui obéit cependant au Suprême Conseil de France et qui organise sa sortie de la Caverne, ou de la voûte sacrée, pour propager l’idée de l’intelligence qui sublime la spiritualité. Il me faut vaincre l’ignorance du Monde, et tel est mon Devoir, comme le disait si justement notre Très Cher Frère Georges RELA, comme si nos habitudes nous alourdissaient et nous traînaient vers l’incompréhension. Elle nous rapproche des apparences et des illusions, cette réalité qui est en fait l’une de nos vérités que l’on propage à travers cette planète qui nous sert d’athanor. La morale n’est que le fruit de cette vérité, éclairée par cette Lumière éblouissante que je porte par toute la Terre, c’est-à-dire en comprenant la terre et l’eau.
Si la rigueur de l’esprit nous permet d’entrevoir ce qui est caché, le philosophe n’entrevoit que l’ombre de la réalité, et non La réalité, cette vérité qui nous sert de voyage à travers l’espace et le temps. L’école d’Alexandrie est peut-être une transmission de cette Connaissance, de cette genèse, mais le nom ineffable ne peut pas être dévoilé à tous, car la Vérité est une réalité que l’illusion et le monde des apparences ne peuvent pas comprendre, ni nommer.
Les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons considèrent certainement que la construction de l’individu mène à son perfectionnement en vue d’une action personnelle, le but restant une action collective. La légende qui nous est proposée ici nous permet d’avancer à notre rythme, vers le sacré, et les 3 étapes qui nous attendent en descendant de plus en plus profond, là où ne rayonne plus la lumière, ne permettent que de comprendre le sens caché des choses afin de les transmettre. Lors de ma descente imaginaire et de mon éducation maçonnique, lorsque je fus initié Chevalier de Royal-Arche, j’ai pris conscience alors que ma quête se situait au plus profond de moi, au sein de mon être essentiel. Puis, lorsque j’ai été Initié Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, j’ai pris conscience que mon rôle était moins de construire des édifices que de rassembler des hommes
de bonne volonté en faisant alliance avec la Vertu et les hommes vertueux. Je suis devenu moi-même, et dépositaire des secrets de la construction du Temple, sous lequel se situe la voûte sacrée, mais aussi de l’évolution de la Franc-maçonnerie. Mais avant de les porter au-dehors, par toute la Terre, il me fallait comprendre que je devais repousser sans relâche les limites de mes passions et de mes certitudes. Comme si j’étais un voyageur des bonnes mœurs.
Il me fallait comprendre que Guibulum, Johaben et Stolkin ne faisaient qu’un et que je les incarnais comme Maître Hiram au soir de mon exaltation à la maîtrise. Il me fallait prendre conscience que, fort des enseignements acquis tout au long de ma démarche initiatique, je pouvais continuer ma quête vers d’autres horizons pour « progresser vers la Connaissance suprême… ». En cela je ne devais pas prendre les mots pour des Idées, car le faux semblant est souvent un obstacle à l’émancipation de l’Esprit. Les trois initiés qui appartiennent au peuple d’Israël exilé à Babylone, après la destruction du temple par Nabuchodonosor, font un pèlerinage sur le site de l’antique cité de Jérusalem et de son sanctuaire sacré. L’exil n’est que l’oubli de l’éternel, du Grand Architecte de l’Univers, et de son nom ineffable, le voyage du Maçon n’est peut-être qu’une péripétie sur l’échelle du temps, destiné à purifier l’âme du candidat qui cherche la purification et qui revient sur ses pas afin de se transformer pour retrouver la Cité idéale, tel un Compagnon du Devoir.
Dès lors, la nature du Grand Élu Parfait et Sublime Maçon change de statut, car hors du Temple, il vient d’acquérir un statut sacerdotal. Il lutte contre l’esclavage de sa propre condition d’Humain et il se transforme petit à petit en Chevalier Vertueux, gardien du Temple et pourfendeur des injustices. Est-ce cela la pure morale de la Franc Maçonnerie qu’il cherche à transmettre ???
Le Cône ou l’ellipse, qui consiste à passer sous silence une période de temps, est peut-être une réponse, qui permet de voyager du pourtour vers le centre, il associe sa pointe à mon initiation et si le passage au 14ème degré décide de m’envoler sur la spirale infinie de la réflexion et de la connaissance, peut-être dois-je diriger mes pas vers le sublime, et enfin voyager par toute la Terre pour renaître … L’ignorant qui est passé au centre de la Terre comprend maintenant la connaissance, qu’il ne peut garder pour lui et il se doit de la transmettre à travers le monde, aidé en cela par la pureté de la Lumière, devenue un phare dans l’obscurité.
La Grotte est sans doute un symbole du monde réel, tandis que la Terre, où voyage le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, est un monde vaporeux, idéaliste et irréel, c’est en lui qu’il découvre d’abord le principe, puis il porte la bonne parole, la vérité et la spiritualité, comme un Apôtre. C’est le temps de la réflexion, de l’imagination et peut-être de la concrétisation, quand le Maçon comprend qu’il se développe. Les faiblesses de ma raison, les défaillances de ma volonté, le manque de courage et de persévérance dans l’effort sont souvent les travers que je dois affronter avant de voyager et de porter la Lumière, la quintessence. Ce qui m’amène à entrevoir la perfection, la pureté et la Connaissance, que je ne pourrais jamais atteindre, mais simplement approcher en montrant la morale que je dois atteindre. Mon véritable travail consistera donc à me défaire du superflu pour aller à l’essentiel, il faudra que je me dépouille de l’inutile pour me concentrer sur le principal, afin que je puisse démontrer mon Amour de la vertu et de l’éthique. La Lumière vers laquelle je dois tendre n’est-elle pas la flamme de ma conscience qui peut consumer l’indécis, qui me dicte le droit chemin au-delà de toutes terres qui vient sur le sentier de la vérité et de la sagesse ?? La décadence de Salomon nous rappelle que toute progression se fait par la verticalité, en entrant par le haut dans la Voûte sacrée par exemple, alors que le voyage sur la Terre s’effectue par l’horizontalité, ainsi cela nous ramène à notre condition mortelle qui nous permet peut-être d’envisager le monde sous-terrain comme une sortie.
En conclusion je dirais que l’Initié est ce qu’il est, le seul repère de l’être éclairé, que je suis sensé être devenu, est la Lumière, qui éclaire les ténèbres, comme mes ténèbres intérieures, et qui est sans doute le relais entre la conscience et l’inconscience, la raison qui entoure le profane et le sacré, quand l’espace devient un souffle divin. Peut-être appelle-t-on cela le rayonnement qui provient de mon Coeur et qui permet de voyager par toute la Terre, pour porter, pour apporter au monde le secret d’un nom gravé par Enoch. Ne faut-il pas mourir pour renaître et voyager, car c’est la vie, quitter le lieu où l’on a ses habitudes pour un ailleurs où il y a tout à refaire. Sans doute s’agit-il d’une récompense et d’un aboutissement, entre l’espoir qui m’a conduit parmi vous au sein de la voûte sacrée, j’hésite puis je réussis la démarche qui consiste à éclairer ce qui est sombre, à découvrir l’être qui sommeille en chacun de nous. Pour cela j’ai besoin de vous car vous m’aidez à me réaliser, à soumettre ma volonté et à faire de nouveaux progrès. Sans vos yeux je ne suis rien car je suis aveugle, et aveuglé par cette Lumière resplendissante qui m’empêche de voir le principal, l’essence de ce qui doit être.