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Promouvoir la justice

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Non communiqué

GLDF
Loge:
:  NC 09/2012
  


Jean le Baptiste, le précurseur, communique la révélation nouvelle. Cette révélation c’est pour le MS, aussi la remise de la clef, symbole de la rectitude dans la justice mais cette clef symbolise aussi la conscience et la connaissance. Et notre devoir est de dissiper l’obscurité, acquérir les lumières et faire en sorte de ne pas simplement appliquer la justice car elle est souvent faite passionnel et peut révéler la vengeance.

L’œil de notre tablier de MS, c’est l’œil de notre initiation, mais aussi l’œil frontal de Shiva qui induit le sens de l’éternité.

Notre serment à l’ordre se fait aussi devant l’Aigle à 2 têtes, symbole de justice qui nous amène à abolir en nous tout ce qui est corruptible, donc soumis aux ravages du temps, pour parvenir à discerner et faire éclore l’incorruptible, l’Eternel. C’est l’Action sur le Temps qui exige que la notion de devoir du MS soit universalisée. Et le devoir trouve son prolongement dans cette phrase du rituel : promouvoir la justice. L’Homme fait en sorte que ce qui est destin pour les autres devienne pénétration des valeurs hors du temps dans le temps. Devenir ce que l’on est pour que le monde devienne ce qu’il est, selon Aristote.

Jean l’Evangéliste annonce le commencement et le logos est principe. Dans le Prologue (union de JB et JE), on a la révélation d’un Passé qui n’existe plus et d’un avenir qui n’existe pas encore. JB= lumière = justice, Justice présente. JE Justice à venir.JE = lumière à ceux qui savent la donner.

De tous temps, le Rôle du prévôt fut de respecter la justice et celui du juge de la rendre.

Pour le MS, être Juste est le contraire de Bon, mais c’est aussi être la loi pour renforcer l’équilibre de la justice représenté par la Balance, son intellect étant symbolisé par l’épée. Pas de passion, même dans les sentiments mais attention à la punition car la justice ne relève pas d’un simple formalisme logique ; elle n’a de sens et de consistance que par rapport à la transcendance d’un modèle d’être et de valeur. Le MS, en possession de toutes ses ressources, va transcender ces valeurs pour être libre et pour puiser dans l’initiation la force spirituelle nécessaire pour être à la rencontre de l’absolu et du mouvement et réaliser l’unité en joignant l’éternité au temps.

Promouvoir la justice, c’est faire préexister, au-dessus du droit positif, un droit naturel, idéal, indépendant des lois humaines et axiologiquement supérieur à elles. Juste par essence, fondateur et garant de la justice, connaissable par l’homme, ce droit naturel constitue le fondement du droit positif auquel celui-ci doit être conforme. Mais la notion de droit exige aussi l’éthique laquelle induit la différenciation du bien et du mal et suppose liberté et responsabilité.

Pour Aristote, l’Homme tend vers le bien suprême : le divin et sa justice infinie. Il s’appuie sur le Réel, composé à la fois de matière et de forme. La matière est inerte, la forme constitue l’achèvement naturel de matière. L’Homme lui-même est à la fois matière et forme et possède sa propre finalité qu’il lui appartient de découvrir. Platon, lui part de l’idée. D’un côté l’ordre, intelligible, de l’autre, le désordre, l’irrationnel, qui ne peut, sous peine de dévaloriser l’œuvre divine, être compris comme une création de Dieu.

Dans le monde actuel où tant d’horizons s’obscurcissent, la justice est plus que jamais d’actualité. L’homme vit dans les ténèbres. Partout il est dans les fers. Il est possible qu’un jour il soit libre et dans la lumière. L’homme est limité, écrit Beethoven, mais sa volonté est illimitée et sa pensée source de lumière. La volonté utopique guide les mouvements de libération du Juste. C’était un Juste dit-on souvent et le juste est un homme d’espérance. Promouvoir la justice est aussi une notion d’espérance même si elle peut être utopique.

Pour le philosophe Ernest Bloch, dans le principe de l’espérance, le terme utopique n’a pas en l’occurrence de valeur péjorative mais relève plutôt de la marche naturelle des évènements.

Il est vrai que dans les Ténèbres, l’homme a besoin d’espérer, d’imaginer, de rêver la lumière. L’espoir est son paysage intérieur, un mouvement d’âme ascensionnel. “une lueur naissante qui répand le lever d’une aurore”. L’espoir ne se subit pas comme la peur. Il se crée, se veut, s’impose. La lumière des sommets fait partie de l’ascension.

Dans Fidelio de Beethoven, au fond de son cachot, Florestan le Juste survit, emmuré, interdit de tout mouvement physique. Seul lui reste le mouvement de l’âme, l’espoir. Dans une vision, il voit l’ange libérateur qui le conduira à la liberté du royaume des cieux. Pour l’homme tenu dans les fers, il y a toujours une possibilité de salut. L’utopie est au cœur de la réalité.

Promouvoir la justice c’est non seulement passer du temps humain au temps divin, c’est aussi reconnaitre en tout homme son F et lui dire : Tu es mon frère, tu es Dieu”. C’est aussi vivre pour s’obstiner à achever un souvenir.

Le Rituel nous dit :

“N’accorde à qui que ce soit une confiance aveugle, mais écoute tous les hommes avec attention et déférence ; aie la ferme résolution de les comprendre ; accueille toutes les opinions, mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre” Et la justice devient alors acte d’amour. L’amour, car il est bien précisément question d’amour dans notre communauté maçonnique. D’amour pour ouvrir un nouveau regard aux autres, par le renouvellement de la fraternité, de la justice et l’affirmation de notre foi dans le créateur, l’homme et le monde.

La loi d’amour est principe et fondement. Nous retenons comme maçons cette idée essentielle : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, car il s’agit de voir en tout homme un frère, un autre soi-même, de considérer en tout homme l’Homme et avec Jean L’Evangéliste, nous souvenir que “celui qui aime son Frère est dans la lumière… mais que celui qui hait son frère est dans les ténèbres.”

Le chemin initiatique est immense. Chaque F. doit y découvrir le sien parmi ses FF. Pour transformer l’espérance en vérité. Ce parcours fait appel à notre identité d’hommes et de FM et nous demande d’abandonner la notion d’avoir pour celle d’être, de cesser d’être objet pour devenir sujet. L’initié sort de la loi sociale pour entrer dans la loi morale, loi d’amour et de liberté. Car c’est bien de l’homme dont il s’agit, et de sa liberté d’être. « Il faut regarder humainement l’homme » disait Alain.

C’est aussi croire en la perfectibilité de l’homme et du monde car l’évolution de l’humanité possède un sens: “aller de l’inférieur eu supérieur”, et cette foi doit nous conduire à refuser la résignation, la haine, l’oppression, l’asservissement, l’arbitraire et à tout mettre en œuvre pour transcender le monde et retrouver la dimension métaphysique, morale et spirituelle de l’homme et être FF et reconnaitre cette phrase de St Exupéry: “Si tu diffères de moi mon F, loin de me léser, tu m’enrichis”. Mais le chemin est difficile : Alain disait: “la fraternité, c’est difficile de près ou c’est facile de loin”.

La pérennité maçonnique, c’est l’ouverture pour les hommes de ces voies nouvelles de vérité et de justice. Mais à l’aube du XXI° siècle, où le monde est en proie au mal parce que l’homme est malade, victime de ses propres entreprises, malade de lui-même, confondant le bien et le mal, malade d’une science et d’une technique qui ne veulent plus se soumettre qu’à l’utile et à la puissance, en proie à l’inquiétude et à la peur, à l’angoisse et au désespoir je rappellerais ce que disait Nietzsche :

“nous sommes plus libres que nous ne le fumes jamais de jeter le regard dans toutes les directions, nous n’apercevons de limites nulle part ; nous avons l’avantage de sentir autour de nous un espace immense mais aussi un vide immense. Le désert croit”.

En écho lui répond le philosophe Karl Jaspers :

“On a l’impression aujourd’hui d’apercevoir dans l’homme le chaos. Quelque chose qui n’était dompté qu’en apparence déchire la couverture acquise au cours de l’histoire.

Le MS doit répondre à cela en promouvant la justice et par la réflexion sur le devenir de l’humanité. Rien de ce qui lutte dans l’univers pour l’existence de l’homme, quelle que soit sa couleur, sa race, sa religion, sa pensée, ne doit nous être étranger comme nous ne pouvons rester indifférents à l’évolution du monde moderne. Face à un monde de plus en plus divisé et déchiré dans tous les domaines de la pensée et de la vie, il nous faut réfléchir sur cette déchirure et y porter remède, autant que faire se peut.

L’initiation, c’est la révélation du M, cet être étrange et singulier qui s’interroge et essaie de répondre aux interrogations essentielles, celle de la vie et de la mort, de la vérité et de l’erreur, de l’être et du néant, du bien et du mal, de la paix et de la justice.

C’est aussi croire qu’il n’est de vérité que dans la recherche de la vérité, d’équilibre que dans le mouvement, de progrès que dans l’action. Chercher, comprendre, agir.

“L’acte fondateur du monde est un acte lumineux. La raison éclairante qui impose la séparation des ténèbres et de la lumière pour nous guider vers le principe d’amour, de tolérance et de vie. Cette lumière “Afin qu’il puisse voir les choses invisibles à un regard mortel” comme écrivait Milton dans Paradis perdu. Il faut faire triompher la lumière, d’abord au sein de la Loge mais aussi dans le monde lui-même, maintenir les valeurs de justice, de liberté et de fraternité tout en ayant conscience que ces valeurs sont précaires et fragiles. Notre temple, havre exceptionnel pour cette recherche de la vérité est un lieu de vie, d’espérance et un espace de liberté dans lequel s’édifie peu à peu le MS passé de l’équerre au compas.

De la rectitude au cosmos, le MS s’édifie dans sa double dimension temporelle et spirituelle avec le souci constant de vérité, de justice et d’amour. “La vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder”, dit encore le rituel qui précise que le MS est devenu le gardien du saint des saints ; il est le gardien de la paix et de la justice. Couronné du laurier et de l’olivier, emblèmes de victoire et de triomphe, mais aussi emblèmes de paix et de justice, il marche vers la vérité et parcourt les mondes sacrés et profanes.

Mais l’ordre du monde est donné, il est là ; il fait partie de notre condition naturelle : l’homme ne peut que le constater, l’étudier et en découvrir les lois, alors que l’ordre de l’homme n’est pas donné. Il est à bâtir par une véritable invention, une création de l’intelligence et de l’imagination. Il faut bâtir selon le nombre, la mesure, l’équilibre et l’harmonie. “Notre corps agrandi, disait Bergson, attend un supplément d’âme”. Mais nous ne pouvons aider les hommes que par une sorte de révolution, de conversion intérieure vers le domaine de l’esprit, en donnant à la vie le désir, la direction du vrai, du juste, du bien et du beau.

Sois dans cette nuit de démesure la force magique au carrefour des hommes et le sens de leur rencontre fraternelle” (RM Rilke)

Je n’ai été qu’un homme

Parmi les hommes

Un homme sans orgueil

A sa place, à son rang.

Je n’ai été qu’un maillon de la chaine

Dans l’espace et le temps

Je n’ai vécu qu’un instant

Et maintenant, j’ai rejoint l’Eternel.

Ma foi n’a su faire couler le sang

Je n’ai point haï

Car je n’ai point su haïr.

J’ai pardonné au méchant

Parce qu’il était aveugle

Parce qu’il porte encore le bandeau

Mais j’ai voulu l’empêcher de mal faire

De détruire et de salir.

A ma place, debout et à l’ordre

J’ai travaillé de mon mieux ;

Dans toutes les heures de ma vie

Mon cœur est resté fidèle.

Je me suis dépouillé des métaux,

J’ai combattu jusqu’à la limite de mes forces

Le fanatisme, la misère

La sottise et le mensonge.

Je n’ai rien craint

Pas même ce sommeil qu’on appelle la Mort :

J’ai supporté la souffrance

Avec l’aide des miens.

J’ai dégrossi la pierre.

Accompli ma tâche

En bon ouvrier

Par l’équerre et le compas


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