16° #413012

Le Prince de Jérusalem

Auteur:

J∴ M∴ O∴ E∴

Obédience:
SCDC
Loge:
du Wouri à la vallée de Douala
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers


Rite Ecossais Ancien et Accepté


Deus Meumque Jus


Suprême Conseil du Cameroun


Ordo Ab Chao





A160-4-1























Très Sage ATHIRSATA et vous tous mes Très Excellents Frères Chevaliers Rose+Croix, je vais tenter devant vous une introduction au degré de « Prince de Jérusalem », du 16ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.



Comme vous le savez, les degrés qui viennent après la maîtrise ont été créés et empilés les uns sur les autres par divers systèmes, dont le plus pérenne fut celui de Clermont autrement appelé Rite de Perfection en 25 degrés, qui a donné le jour au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il arrivait, quelques fois, qu’un degré soit créé pour régler un problème né ou rencontré dans un précédent. C’est le cas de celui de Prince de Jérusalem.



Pour éclairer mon propos, je vais :


Présenter la genèse et le message du degré


Expliquer le thème du grade et effleurer les phases de son rituel


Parler du statut des Princes de Jérusalem


Présenter les outils de ce grade


Vous dire les enseignements que j’en ai retirés




1.La présentation du grade


A160-4-2













Historiquement, on sait que le 15ème degré, le Chevalier de l’épée, a constitué le pinacle de la maçonnerie. Celui-ci évoquait le devoir de révolte en vue de changer radicalement de sphère. C’est le sens de la « Liberté De Passer » que le franc-maçon doit conquérir à la force de ses bras. D’un bras il doit manier l’épée et pourfendre l’ennemi et de l’autre manier la truelle et apporter le beau et la concorde. Mais il est advenu que les maçons, codifiant le système, sentent un manque. Il leur manquait un degré dans lequel seraient illustrées les distinctions réservées à la valeur, à la fermeté et à la constance dans l’action des plus méritants. Comme le 15ème degré, sa référence biblique est le livre d’Esdras. Il est aussi le dernier à se référer à l’ancien testament. Il semble marquer de ce fait un point d’inflexion dans le cycle capitulaire.



Guérillot en dit :


« Historiquement, le prince de Jérusalem se présente comme un degré de circonstance, élaboré dans le but non de développer une légende initiatique, mais de répondre à un impératif protocolaire. Celui de doter les membres du Grand Conseil, dit aussi des « loges régulières », des grades éminents, d’un grade propre, auquel ils se réfèreraient en se disant « Princes Maçons »… Cependant les créateurs du degré voulurent lui donner un contenu initiatique et, comme il s’agissait d’une sorte de « second point du Chevalier d’Orient », ils firent donc appel aux livres d’Esdras et de Néhémie rapportant les oppositions rencontrées lors de la reconstruction de Jérusalem. De nos jours c’est cela qui est devenu l’enseignement ésotérique du degré… »



C’est ainsi que dans les constitutions de Bordeaux de 1762, les Princes de Jérusalem furent codifiés.



2.Le thème du grade



L’enseignement du Prince de Jérusalem se situe logiquement dans la continuité de celui du Chevalier de l’épée au point qu’ils pourraient bien ne faire qu’un, comme dans les ordres de sagesse du Rite Français. On se trouve dans la reconstruction du second temple. Les rituels du grade enseignent que :


« Le corps des Princes de Jérusalem prit naissance après la réédification du Temple. Zorobabel trouvant que parmi les membres des écossais occupés à défendre les ouvriers dans leurs travaux. Il y avait qui se distinguaient plus que les autres par leur ardeur, leur zèle et leur courage, il les honora en les emmenant avec lui dans une ambassade vers Darius, qui les ayant écouté leur accorda ce qu’ils demandaient.


A leur retour à Jérusalem le peuple fut si charmé de leur heureuse négociation qu’il leur rendit les honneurs et les reçus sous le nom de Prince de Jérusalem… »



Les Princes de Jérusalem sont donc des élus. Elus par Zorobabel qui a remarqué leur zèle et leur courage et les a amenés en ambassade. Mais ils sont aussi élus par le peuple qui les distingue, au retour de leur mission, pour les qualités dont ils ont fait montre. Ceci leur confère une double onction, une double légitimité :


Celle de leur suzerain qui les élit par le « fait du prince », sans devoir s’en justifier.


Celle du peuple (démocratique) qui est la reconnaissance des qualités clairement attestées par le plus grand nombre.


Cette double élection leur donne une égalité de devoir envers les deux instances qui les ont désigné. Cela préfigure certainement du devoir du Prince de Jérusalem d’être reconnu comme tel par les francs-maçons et aussi bien que par les profanes. C’est aussi un rappel du devoir que nous avons de résoudre les dualités : profane sacré, intérieur extérieur, spirituel temporel…



a)La réception


La réception à ce grade se déroule à deux endroits opposés. La loge est partagée en deux parties : celle d’orient représente la ville de Jérusalem et celle d’occident représente Babylone. Un passage entre la chambre du temple de Jérusalem et la salle du trône de Darius, représente le chemin qui conduit de Jérusalem à Babylone.



Le rituel dit :


« On fait rentrer le récipiendaire les yeux bandés, et on le mène dans la première partie d’où il part pour voyager, dans la seconde dans laquelle se met un Prince pour représenter le roi Darius.


Le récipiendaire commence à voyager du coin opposé à celui où est le roi et va en ligne droite vers lui en combattant le long du chemin. Quand il arrive à lui, il expose l’objet de son ambassade et lui demande justice contre les samaritains. Darius lui donne une lettre, par laquelle il ordonne aux samaritains de se soumettre. Le récipiendaire effectue le chemin de retour de la même manière, toujours en combattant. Il retourne dans la première partie vers Zorobabel qui lui fait prêter serment de garder le silence sur les misères qui vont lui être découvertes… »



Dans toutes les cérémonies, les Princes marchent par 5.


La loge d’orient est tendue de jaune et la loge d’occident est tendue de rouge.


Les frères siègent sur les « régions » et sont appelés « Valeureux Princes »


La loge est présidée par Zorobabel le très Equitable Prince. A l’occident de chaque région siègent les très éclairé Princes premier et second surveillant.



b)Le thème du grade


Le thème principal du grade est d’illustrer par allégories les épreuves auxquelles nous faisons face à la dualité, pour construire notre viespirituelle et mener à bien notre vietemporelle. Ceci est symbolisé par le combat l’épée d’une main et la truelle de l’autre. Le Prince de Jérusalem doit être prêt à se défendre contre les prédateurs extérieurs et intérieurs. Il doit avoir la faculté de discernement nécessaire pour reconnaître les frères des faux frères pour s’établir comme une construction harmonieuse et durable à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.



c)Les secrets du grade :


Comme tous les grades, le Prince de Jérusalem a les siens qui sont révélés au récipiendaire qui a victorieusement passé les épreuves :


Age : le Prince de Jérusalem a 45 ans d’expérience. On peut lire 5×9 ans ou 5×3². Ceci nous ramène aux réflexions sur le compagnonnage où aux nécessaires équilibres de l’apprentissage. 45 ans est souvent décrit comme l’age où l’homme arrive au sommet de ses facultés physique, intellectuelles et spirituelles. L’influence du 3 au carré insiste sur le juste sur l’équilibre à trouver, surtout avec l’action du 5, qui est le nombre du compagnon qui agit en bâtissant.


Batterie : Vingt cinq coup, par cinq fois cinq. Cette batterie nous rappelle le second degré qui lui-même est un degré de bâtisseurs et de découvertes. Comme le compagnon, le Prince de Jérusalem est amené à effectuer un grand voyage. Celui-ci part de Jérusalem et s’achève à Jérusalem, comme la marche du compagnon part du milieu, dévie et revient se terminer au juste milieu.


Mot de passe : TEBETH, qu’on prononce Teveth, est le dixième mois de l’année qui correspond à la rentrée des Anciens à Jérusalem.


Mot sacré : ADAR désigne le douzième mois de l’année.


Marche : elle n’est pas spécifiée, peut être, parce qu’un prince ne saurait être tenu d’une quelconque obligation parmi ses égaux.


Heure d’ouverture des travaux : Le soleil levant, l’heure où la lumière commence à éclairer les ténèbres des choses. L’heure où le maçon prend conscient de son devoir de combattre et d’harmoniser et d’ordonner sa vie intérieure et sa vie profane.


Heure de clôture des travaux : la moitié du jour. L’heure où le soleil est au plus haut et peut dissiper toute ombre sur notre action. C’est le temps où on ne peut plus se cacher des autres et où les frères vous reconnaissent et vous placent aux dessus des égalités ordinaires, si on s’en montre digne. Car en maçonnerie, on n’est Prince que par le mérite et non par hérédité. Comme le roi Arthur, des chevaliers de la table ronde, nous ne sommes que « pares inter pares », des pairs parmi des pairs. Pairs ici ayant le sens double de pairs parmi les maçons et pairs parmi les hommes.



3.Le statut des Princes de Jérusalem aux temps de l’apparition du grade :



Quoique « Pares inter pares », les Princes maçons jouissaient d’honneurs et de privilèges quasi monarchiques dans l’ordre. Ainsi Albert PIKE rapporte que les constitutions de 1762 prévoyaient que :


Article 1 : Les Princes maçons sont les chefs de la maçonnerie… Ils peuvent casser et révoquer les travaux, s’ils sont contraires aux lois maçonniques…


Article 4 : … toutes les loges inférieures sont obligées de leur rendre compte de leurs travaux et ils ont le droit d’examiner leur constitutions sans que personne ne puisse s’en formaliser. Les Princes de Jérusalem, au nombre de 5, sont juges en dernier ressort des délibérations des loges, et quand ils ont prononcé leur sentence, il n’y a point d’appel… Ils ont la tête couverte en loge et parlent au Vénérable maître sans lui demander la parole… »



Mais ils étaient aussi tenus à une haute exigence, presque une étiquette, tant dans le domaine profane que dans le domaine maçonnique :


Article 6 : les princes de Jérusalem doivent être honnêtes, justes, polis et stricts observateurs des lois, en faisant rendre la justice…


Article 7: si un Prince de Jérusalem ne mène as une vie irréprochable, ou s’il manque ou s’il manque à la probité, il sera puni par les Princes de Jérusalem, et à la majorité des voix.


Article 9 : si un Prince de Jérusalem en appelle un autre en duel, il sera exclu du conseil, son nom biffé, …


Les Princes de Jérusalem étaient constitués comme un ordre à part, une élite dans la maçonnerie de cette époque là. Comme des élus qui devaient se tenir au dessus des turpitudes maçonniques :


Article 8 : si un Prince de Jérusalem en tourne un autre en ridicule, ou se moque de lui, il sera privé d’assister à 3 conseils.


Si à une élection d’officiers, Jérusalem sollicite des voix en sa faveur ou pour quelqu’un d’autre, il sera exclu à jamais.



Comme on vient de le voir, les Princes de Jérusalem sont des maçons séparés. Leur titre dérive du latin princeps qui signifie premier. Ils ont la charge de gouverner l’ordre tout comme les princes de l’église la dirigent et les princes féodaux dirigeaient leurs vassaux. Cette fonction de prince exprime une forme de plénitude de la maitrise.



4.Les outils des Princes de Jérusalem :



Princes ils ont des outils qui permettent d’accomplir leurs fonctions :


Les outils du Prince de Jérusalem sont l’équerre le compas et la truelle. Ils permettent de passer du matériel au spirituel en même temps de mettre du liant et de bâtir des ponts où besoin est, afin de relier ces deux sphères


Il a pour armes, afin de défendre les travaux, l’épée et le bouclier. Le combat contre le vieil homme n’est pas terminé, l’épée vigilante reste à portée de main pour mettre la lumière là où la ténèbre envahit et le bouclier pour cacher le secret qui ne doit pas être dévoilé à ceux qui n’y ont pas le droit.


Le triangle équilatéral rappelle l’appartenance écossaise de ces frères.


La balance et la main de justice rappellent que ces frères avaient le droit de légiférer sur les loges en leur qualité de Prince de Jérusalem.


Le tablier : il est rouge doublé et bordé d’aurore.


Le cordon : il est aurore, liseré or. On y voit brodée une balance, une main de justice, un poignard, cinq étoiles, deux petites couronnes.



5.Les enseignements du grade :



Des jeux de question réponse qui nous sont proposés par les divers tuileurs ont peut tirer plusieurs enseignements :



a)Le voyage :


Le thème du voyage, de l’errance et de la découverte, qui avait été délaissé dans la loge de perfection, en dehors de grades d’élus, revient au centre des préoccupations, comme au degré de compagnon.



Le rituel dit :


D : êtes vous prince de Jérusalem ?


R : le chemin de Babylone m’est connu.


Cette réponse indique que le maçon a fait l’effort d’explorer la réalité côté orient et coté occident. Il a acquis la capacité de décider et de répondre par lui-même, parce qu’il est allé voir et expérimenter.



b)La mesure :


L’exigence de mesure est suggérée par le questionnement suivant :


D : Quelles sont les qualités des Princes de Jérusalem ?


R : Ils sont justes, sages et miséricordieux



Celui qui doit rendre la justice, par l’onction de son suzerain et celle du peuple, ne peut s’en remettre au hasard. Il doit posséder en lui des qualités innées et d’autre acquises. Cela passe par un travail sur lui afin de s’ouvrir à l’homme pour pouvoir le percer, se rendre compte de l’injustice, des souffrances et mettre la lumière comme l’épée avant de lire le vrai le point de justice qu’indique la balance. Ce n’est qu’ainsi qu’il montrera sa capacité d’appliquer non seulement la justice, mais surtout l’équité.



c)La transformation


L’exigence de changement de plan qu’on a vue poindre au 15ème degré est ici affirmée clairement par le changement de titre ; le maçon est nommé Prince. Ses devoirs et droits aussi ont changé. Il doit non seulement combattre, mais aussi rendre la justice en toute équité.


Ceci indique qui les enseignements qu’il a reçus et assimilés doivent être passés au plan de l’universel. Ils doivent bénéficier à tous les hommes. Il vient de s’ajouter, pour le Prince de Jérusalem, l’exigence d’être reconnu « …comme tel… » par tous les frères en humanité, du fait de son rayonnement et de l’exemplarité de sa conduite, tant dans le monde profane que dans la sphère maçonnique. Vient aussi de s’ajouter l’exigence de faire montre d’harmonie entre la vie spirituelle et la vie temporelle. Le Prince de Jérusalem doit montrer qu’il a acquis et assimilé la « Liberté De Passage » de l’une à l’autre et qu’il a abandonné le grand écart schizophrénique qui tient les maçons qui n’ont pas vaincu la dualité. Certains disent qu’il a achevé l’œuvre au blanc. « Tout est parfait… » les matériaux sont prêts, il ne reste plus qu’à y insuffler un supplément d’âme.



Très Sage ATHIRSATA et vous tous mes Très Excellents Frères Chevaliers Rose+Croix, j’ai dit !



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