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Le rapport du rite au Sacré
D∴ L∴
Le vocabulaire maçonnique est complexe et particulièrement déroutant pour le profane.
D’abord parce que la majorité des mots utilisés chez les FM revêt un sens différent de celui habituellement compris dans le sens profane, ensuite parce que chaque franc-maçon a sa propre interprétation.
Dans un premier temps, nous étudions en tant qu’initiés un nouveau langage, celui du symbolisme ; ce langage nous permet de dépasser le sens trivial et de nous donner un sens maçonnique propre aux mots et aux expressions qui s’exprime de manière commune à tous les FM quelque soit leurs rites : C’est le sens allégorique du mot ou du symbole.
Mais au delà de ce sens commun maçonnique, nous utilisonslesoutils qui nous ont été fournis à chacune de nos initiations, en nous appropriant ceux-ci. Cette appropriation des outils de la Franc Maçonnerie nous permet de voir les symboles et de lire les mots avec notre propre sens, ce que l’on appelle le sens anagogique du mot ou du symbole.
Ainsi, on peut dire que le rite, dans le langage trivial, est une espèce d’architecture spirituelle jouant le rôle d’un vecteur permettant à l’individu de pénétrer dans le sacré.
Dans le langage allégorique que nous partageons entre francs maçons, le rite est constitué par l’ensemble des pratiques rituelles qui gouverne nos réunions habituelle en loge (ou en chapitre, ou tout autre nom pouvant désigner le lieu où nous nous réunissons selon l’appellation réservée à chaque grade).
Enfin, le sens anagogique du rite est l’interprétation que chacun voit dans la pratique de celui-ci.
Qu’elle soit allégorique ou anagogique, la lecture du rite maçonnique permet à chaque adepte duREAAd’affirmerque celui-ci est lié au sacré dans la mesure où l’acception de sacré sous-entend en Franc-Maçonnerie qu’il est nécessaire de se couper du monde profane pour effectuer un travail spirituel ; cette opération se fait en sacralisant l’espace et le temps, et notamment au moyen du rituel d’ouverture et de fermeture des travaux.
Les opinions peuvent être diverses à ce sujet et notamment en loge bleues selon le rite pratiqué ; le REAA divergeant sensiblement du RFsur ce point, les adeptes de chaque rite peuvent penser différemment, mais ceux du REAA sont tous d’accord sur ce point.
En loge bleue, les supports rituels peuvent être pris dans une acception mythique ou de construction de l’humanité, et parmi ceux-ci on peut citer : Le livre, lorsque celui-ci est la bible, le GADLU le delta lumineux, la notion de temple de SALOMON, le pavé mosaïque etc.…
Dans ce cas, le terme « sacré » peut, pour l’agnostique comme pour l’athée, ne comporter aucune connotation religieuse ni principe divin mais caractériser simplement cette création de l’espace et du temps séparés du monde vulgaire et la nature spirituelle des travaux effectués en loge par les FF.
Une fois parvenu dans les grades de perfection, le FM commence à être confronté à un nouveau phénomène : En effet, au 13ème degré, la brutale confrontation à l’Ineffable le plonge soudainement le dans un paradoxe : Comment concilier cette brutale apparition du sacré dans le rite tout en conservant sa liberté absolue de conscience ?
La définition donnée au concept de GADLU dans le déclaration de principe lue avant chaque tenue de notre chapitre nous permet encore de répondre : « le GADLU est un principe créateur, recteur ou organisateur selon la conception de chacun ».
La confrontation à l’ineffable du 13ème degré peut dans ce cadre nous autoriser à penser qu’à l’issue du voyage au centre du MOI, il existe au cœur de chacun d’entre nous une parcelle de « divin » pour les croyants, ou « d’indicible » pour les autres. Ainsi, cela peut nous permettre encore de penser que le rite puisse être lié au sacré de manière unilatérale.
En fait, en d’autres mots « le rite crée le sacré. »
Néanmoins, arrivé dans les grades capitulaires, et particulièrement au 18ème degré, cette simple acception n’est plus suffisante : En effet, il y a dans ce degré, une présence très forte de symboles et d’allégories particulièrement inspirées par le christianisme : La croix reliée àl’inscription INRI, la cène, le sacrifice, les vertus théologales, Foi, Espérance, Charité, etc.….
Si, dans les degrés précédents, en loge bleue, voire en loge de perfection, on pouvait encore se contenter d’imaginer que le « rite crée le sacré » de manière unilatérale, il ne nous est plus possible, pour nous FM du 18ème degré, d’affirmer que le sacré ne crée pas le rite.
Auparavant, en considérant que le rite est unilatéralement créateur de sacré, nous pouvions concilier notre affirmation individuelle de Croyance, d’Agnosticisme, ou d’Athéisme avec la liberté absolue de conscience qui est, elle, la grande affirmation de la Franc-Maçonnerie libérale, et ceci, sans trop de difficultés. Mais le grade de chevalier Rose + Croix nous pose un problème de fond et de manière collective, puisque la pratique d’un grade chrétien et de ses oripeaux sacrés fait que, dans le cas présent, « le sacré créé le rite ».
Le 18ème degré est bien sûr, comme tous les degrés maçonniques, initiatiques : A l’instar de chaque Initiation, il nous en faut retenir les leçons. En fait, l’ensemble des messages nous sont délivrés « en vrac » le jour de notre initiation. Il appartient à chacun de faire le tri et d’en aborder la progressivité à travers la pratique des différents degrés du REAA.
L’aspect initiatique du 18ème degré est particulièrement édifiant : Tout d’abord par la très forte ré-affirmation du grand principe existentiel de la Franc-Maçonnerie : L’Altruisme, l’Amour, l’Agapè, le « A » de l’abécédaire de la FM . Ensuite la prise de conscience collective à travers l’utilisation de symboles sacrés appartenant à la religion, que le sacré puisse créer le rite sans que cela n’altère l’affirmation nette de notre Franc-Maçonnerie libérale et notamment celui de la liberté absolue de conscience.
Pour étayer cette problématique, les exemples sont flagrants dans notre grade, ainsi qu’évoqués plus haut : La Croix reliée à l’inscription INRI, les vertus théologales., et la Cène. Ces éléments ont tous un caractère sacré, surtout parla notion de sacrifice qui leur est attachée.
Si on considère la croix comme étant un des symboles forts et fondateurs d’humanité, l’inscription INRI présente au 18° degré lui confère l’aspect sacré contenu dans la symbolique chrétienne ; dès lors, l’inscription « Jesus Nazareum Rex Judeorum » rattache la croix au sacrifice de JESUS.
Quant au sens « Igne Natura Renovatum Integra », il permet de se rattacher à l’idée cosmique de l’évolution progressive par un incessant renouvellement. Cette idée se retrouve aussi dans le passage de l’ancienne loi à la nouvelle comme la mort de Christ permet de faire le lien entre l’ancien testament et le nouveau. Le sacré de la formule « Igne Natura Renovatum Integra » se retrouve 3d’ailleurs dans le vocable oiseau « sacré » employé pour le phénix, autre symbole du 18ème degré, nous rappelant ainsi que le feu, autrement dit « l’amour », transforme et rénove la nature humaine à la manière du Phénix qui renaît de ses cendres après s’être consumé ; cette connotation d’amour se retrouve aussi dans les vertus théologales.
Les vertus théologales peuvent se retrouver ça et là, à chaque degré d’initiation, notamment la Foi et l’Espérance ; En revanche la Charité confère l’esprit sacré.
En effet, la Charité qui procède étymologiquement du latin « Caritas » a perdu son sens primitif par l’inflation du langage sacré.
Elle dépasse le sens d’ « Aumône » que notre civilisation lui donne actuellement. Il y a dans le concept de « Charité » inscrit dans les vertus théologales une notion de « sacrifice » : La bienfaisance doit nous pousser jusqu’à sacrifier notre vie pour les autres.
Saint PAUL voyait la charité comme le lien dans la perfection de la trinité chrétienne, le père le fils et le saint esprit.
C’est cette charité ultime qui consiste à faire le don de soi, de sa propre vie qui a poussé JESUS à mourir sur la croix et à devenir CHRIST fils de DIEU.
La Cène est présente dans tous les rituels du grade de Chevalier Rose Croix. Elle se distingue de la cérémonie de réception, comme de la cérémonie de l’agneau Pascal, en ce sens qu’elle devrait théoriquement se pratiquer à chaque tenue, à l’instar de la chaîne d’union au grade d’apprenti dans le REAA.
Dans la « Cène Chrétienne » il y a consécration du pain et du vin, il en est de même dans la Cène Maçonnique. En effet, la consécration maçonnique du pain et du vin, à travers les paroles prononcées par le TSA et les autres FF au cours de ce rituel réalise l’union en pensée avec tous les FF Chevaliers présents ou absents, passés ou à venir.
La Cène Chrétienne est aussi le dernier repas du CHRIST, celui à l’issue duquel il sera sacrifié. La Cène Maçonnique symbolise aussi un banquet, elle s’inscrit ainsi dans le droit fil de la tradition maçonnique. Mais il y a dans la Cène Maçonnique une dimension beaucoup plus spirituelle, car nous y abandonnons tout aspect festif.
Comme l’indique le rituel, les vertus théologales « Foi, Espérance, Charité » éclairent, subliment et transcendent la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » en lui donnant tout son sens et toute sa vertu. Encore une fois, nous retrouvons non seulement le caractère sacré de la cène dans notre rite, mais, encore une fois, plus précisément son caractère sacrificiel.
Selon la définition du Chevalier JEAN, extraite du dictionnaire des symboles, « Le sacrifice est un symbole du renoncement des liens terrestres par amour de l’esprit ou de la divinité »
Le sacrifice de JESUS à l’issue de son dernier repas, s’inscrit bien dans cette définition, mais aussi de manière étymologique car « Sacrifice » provient du latin « Sacer » qui signifie « Sacré », « Consacré à une divinité », « Saint », « Vénéré », « Auguste » etc.
Pour le Chevalier Rose + Croix, le sacrifice est une offrande totale, consciente et volontaire de son être dans la foi, l’espérance et la charité, par là, il choisit d’œuvrer dans une conception suprême.
Nul doute alors que le 18ème degré du REAA, par la pratique d’un rite plus que largement inspiré du sacré religieux chrétien où la notion de sacrifice tient une part prépondérante, que non seulement « le rite fait le sacré », mais « le sacré inspire le rite »: Cette analyse du rite par le sacré, rattachée au mythe sacrificiel tel qu’il est contenu dans la Cène ne peut pas nous laisser indifférents à une analogie entre JESUS et le grand héros mythique de la Franc Maçonnerie qu’est HIRAM.
Elle nous entraîne vers un autre regard sur la légende de ce dernier. Bien sûr HIRAM en tant que responsable du chantier et par les secrets qu’il détient est garant de la bonne cohésion de l’ensemble ; alors, l’agression qu’il subit l’amène à s’enfuir pour se protéger, ce qui ne l’empêche pas de périr assassiné :
Telle est la vision traditionnelle maçonniquement acceptée de cette légende.
Notre regard de Chevalier Rose + Croix peut nous amener à penser que notre Maître HIRAM avait la prescience de son destin. Cette fuite apparente ne cacherait-elle pas, en réalité, une marche inéluctable voire volontaire vers un destin dont le but est de nous servir d’exemple ? Dès lors n’y a t-il pas d’analogie entre le sort de JESUS, CHRIST mort sur la croix et celui d’HIRAM assassiné par les mauvais compagnons ? Car en fait ,JESUS aurait bien pu abjurer sur la croix comme HIRAM aurait pu donner les mots pour avoir la vie sauve…Notre vision de la parole perdue que nous affirmons au 18ème degré n’est plus le simple mot de Maître qu’HIRAM a refusé de donner aux mauvais compagnons ; ce mot n’était qu’une simple « parole de reconnaissance », que nous avons substitué par MB, alors que la parole perdue que nous évoquons au grade de Chevalier Rose+Croix est bel et bien une parole « sacrée » qui est « parole de connaissance », laquelle est inscrite sous forme de tétragramme sur la pierre d’Agathe que nous avons trouvée dans la voûte sacrée.
Nous ne pouvons la prononcer car cette parole est le logos, la parole créatrice, parole sacrée : est –ellepartie intégrale d’une conception métaphysique divine, ou simple créatrice d’un principe organisateur tel qu’il se retrouve dans notre devise « Ordo Ab Chao » ? la réponse se trouve dans notre interprétation anagogique du GADLU.
En tout état de cause, ces interrogations ne peuvent se poser librement à nos yeux que lorsque en tant que Chevalier Rose + Croix, nous acceptons sans réserve que le sacré puisse créer le rite au même titre que le rite créé le sacré, car notre analyse du sacré, à travers son acception sacrificielle, respecte intégralement la liberté absolue de conscience…
Ce soupçon peut prendre naissance avant le 18ème degré pour certains d’entre nous, mais l’affirmation s’impose pleinement au grade de Chevalier Rose + Croix, à tel point que nous somme amenés à reconsidérer totalement notre lecture du REAA à commencer par notre initiation et même peut être avant celle-ci ?
Quand j’ai été invité, avant d’être initié, à me dépouiller de mes métaux, était-ce seulement pour m ‘expliquer l’allégorie qu’il nous faut « laisser les métaux à la porte du temple » ? Aujourd’hui ma réponse est assurément non, ou tout du moins, pas seulement : Cette invite est aussi une invitation au sacrifice, afin d’ être amené à un état de simplicité de l’être inséparable de la plénitude spirituelle et participant directement à une volonté de retour de l’unité principielle.
Cette vision des choses que je soupçonnais, particulièrement depuis mon initiation au grade de Royale Arche, m’est apparue au grand jour lors de mon initiation au grade de Chevalier Rose + Croix.
Et puisque, à l’instar du signe comme du contre-signe, « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », bien entendu pour le Chevalier Rose+Croix, « le rite est lié au sacré » comme « le sacré est lié au rite »…