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L’Ouroboros
Non communiqué
Introduction :
Pendant trois ans, j’ai regardé l’ouroboros qui ornait mon sautoir et je me suis demandé pourquoi ce symbole, que je n’avais jamais entendu traiter, à ce grade tout au moins, symbolisait la fonction du TSA.
Sur ce sautoir, on voit trois éléments. L’ouroboros encercle une lettre hébraïque le hé qui veut dire souffle – énergie vitale. Mais mon insuffisance en hébreu et l’usure du décor pourraient en faire tout autant la lettre het qui veut dire barrière. Car comme vous le savez, toutes les lettres de l’alphabet hébreu ont un sens. Et cette lettre, quelle qu’elle soit, est centrée sur une croix ancrée templière.
Cette manière peu orthodoxe de vouloir donner deux sens fondamentaux à une même lettre m’a d’abord intellectuellement perturbée mais je me suis dit que pour vous livrer ma réflexion profonde, il me fallait vous dire ce que je pense au plus près de ma vérité que je ne prétends pas être la Vérité.
L’Ouroboros et le Temps :
L’ouroboros fut depuis toujours et dans toutes les traditions un des symboles du temps, de son inexorabilité et du cycle éternel. Comme Dieu, le Temps n’a ni commencement ni fin puisqu’il est le fil dont est tissée l’éternité. L’Ouroboros est un symbole de l’énergie cyclique. Toute mort donne naissance à un nouveau commencement. Tout comme chaque nouveau commencement apporte la certitude que quelque chose a trouvé sa finitude, sa plénitude, sa mort. D’autres exemples peuvent être illustrés par les cycles de la lune, des saisons, ou de la nuit donnant naissance au jour. La forme circulaire de l’image a donné lieu à une autre interprétation: l’union du monde chthonien (Qui est né de la terre. Qualificatif appliqué aux dieux infernaux), figuré par le serpent, et celui du monde céleste, figuré par le cercle. Cette interprétation serait confirmée par le fait que l’ouroboros, dans certaines représentations serait moitié noir, moitié blanc comme le pavé mosaïque que nous n’avons pas à ce grade mais que nous connaissons tous. Il signifierait ainsi l’union de deux principes opposés, soit le ciel et la terre, soit le bien et le mal, soit le jour et la nuit, soit le Yin et le Yang chinois, et toutes les valeurs dont ces opposés sont les porteurs.
L’ouroboros, ployé en cercle, soude par pression ses deux mâchoires et sa queue (ce qui lui donne son nom en grec). En rejoignant en lui le commencement et la fin, il est entré en possession de ce qui le rend proche des choses éternelles. L’alpha et l’oméga dont je parlerai plus bas. Il apparaît donc que le sens initial de l’emblème ouroboros se rapportait surtout à la perpétuité cyclique, à cet inéluctable et régulier renouvellement des cycles dont l’ininterrompue succession forme l’éternité. C’est dit le dictionnaire des symboles, « le symbole de l’évolution refermée sur elle-même ». J’y vois là un rapprochement avec V.I.T.R.I.O.L qui nous impose cette introspection pour trouver notre pierre cachée.
L’Ouroboros et le Mouvement :
Comme je le disais en introduction, l’ouroboros est un des symboles anciens du mouvement. Par sa forme, de cercle ou de roue, les Grecs lui attribuèrent la dynamique du mouvement perpétuel. Il encercle et contient le monde comme le serpent Jörmungand de la mythologie nordique qui est l’un des trois enfants de Loki. Jörmungand a grandi à un point tel qu’il encercle le monde et peut saisir sa queue dans sa bouche, maintenant ainsi les océans en place. Son nom en islandais veut dire grand serpent qui entoure la terre.
De même, dans la tradition orientale, le serpent Ananta symbolise le développement et la résorption cyclique, mais, tout en étant gardien du Nadir, il est comme Jörmungand dans la tradition nordique, le porteur du monde dont il assure la stabilité.
On retrouve aussi l’ouroboros sur la forme de certains cadrans solaires où il rappelle à l’homme son étrange faiblesse devant la course des heures.
De ce qui précède se dégage par la notion de cycle, la notion de mouvement. Et d’ailleurs tout dans notre être n’est-il pas cyclique sans que parfois nous n’y prenions garde ? Une autre opposition apparaît dans une interprétation à deux niveaux: le serpent qui se mord la queue, en dessinant une forme circulaire, rompt avec une évolution linéaire, marque un changement tel qu’il semble émerger à un niveau d’être supérieur, le niveau de l’être céleste ou spiritualisé, symbolisé par le cercle; il transcende ainsi le niveau de l’animalité, pour avancer dans le sens de la plus fondamentale pulsion de vie; mais cette interprétation ascendante ne repose que sur la symbolique du cercle, figure d’une perfection céleste.
Le serpent qui se mord la queue, qui ne cesse de tourner sur lui-même, s’enferme dans son propre cycle, évoque la roue des existences, le Samsâra, comme condamné à ne jamais échapper à son cycle pour s’élever à un niveau supérieur d’existence : il symbolise alors le perpétuel retour sur soi, le cercle indéfini des renaissances, la continuelle répétition, qui trahit la prédominance d’une fondamentale pulsion de mort.
Je ne peux en écrivant cela m’empêcher de penser à l’hélice que j’aspire à descendre pour connaître mes états multiples, seule condition de mon évolution. Mieux se connaître n’est-il pas notre objectif ? N’est-ce pas à cette condition seulement que nous trouverons la Paix profonde, un des buts ultimes de notre quête ?
Le Cercle :
Le cercle est sur le plan philosophique regardé de toute éternité comme l’image de l’Univers, du Cosmos infini qui renferme en lui la Divinité et toutes ses œuvres.
Cette divinité, ou ce principe dirons-nous pour ne choquer personne, où est-il sur le sautoir ? C’est la lettre Hé dont je parlais au début de cette planche. Cette lettre qui veut dire souffle, énergie, qui deviendra notre E grec en se renversant vers la droite.
De quel souffle s’agit-il ? D’après le Zohar, lorsque le H vient se présenter devant Dieu, il lui fut demandé de constituer avec le waw et le yod le nom sacré, que nous connaissons sous le vocable de tétragramme sacré et de se consacrer à cette fonction sainte par excellence.
Mais si sur le sautoir la lettre centrale est le Het de la Barrière, on peut de nouveau faire appel à Annick de Souzenelle et au Zohar pour raconter une autre histoire : derrière cette barrière terrifiante se cache l’énergie suprême vers laquelle tend toute la création et l’être humain en particulier. Et que des barrières soient mises entre lui et les différents niveaux d’énergie auxquelles il accède apparaissent comme autant de mesures protectrices.
Lorsque la lettre Het s’est présenté devant Dieu pour commencer la création, il lui fut répondu ta première lettre est la première du mot qui veut dire péché, tu ne peux donc commencer la création. Mais dans l’ambiguïté de la langue hébraïque le même mot péché veut dire purification.
Cet honneur reviendra à la lettre Beth qui veut dire maison ou contenant et qui est la première lettre du mot Bereschit qui commence la bible. Elle contiendra l’Aleph qui est un des multiples noms de dieu pour les hébreux.
Du Gardien de l’Infini au très sage Thirsata :
Le serpent hybride est le gardien des trésors de toute nature. Les sages de l’Antiquité (Thirsatha) rapprochaient le nom d’ouroboros de l’autre mot grec ouroz qui signifie tout à la fois « le gardien d’un dépôt, le sauveur et le chef » ; ils transposaient l’idée d’infini dans le cercle du serpent plaçant toute chose en lui et sous sa garde. D’ailleurs les alchimistes grecs inclurent dans sa figure la devise « entopan » : le tout en Un.
En premier lieu, le Thirsata (dans Athirsata, le a est un article) ne désigne pas une fonction mais la qualité inhérente à une fonction, la sagesse, celle de gouverneur d’un groupe, d’une province – nous dirions d’une vallée. Peut-être un passeur. Le révérer, c’est entourer d’un respect sacré l’homme, indissociable de sa fonction. Car le Très Sage participe du sacré.
Pourquoi Sagesse ? l’Athirsata est celui qui est le plus proche de Kether, la couronne, l’émanation de l’En Soph, l’Infini, que l’homme ne peut comprendre ni saisir, mais qu’il peut espérer approcher. Et au premier signe du TSA, qui montre le zénith, la réponse du chevalier est réponse de prise de conscience, et indique sa condition finie. Cette condition n’est pas une fatalité, car le second signe de réponse au TSA, qui prend acte de nos limites, est un retour du geste qui montre le ciel : c’est à partir du fini qu’on peut espérer approcher l’infini.
Plutôt que d’interpréter trop géométriquement la formule « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », considérons le T S comme source de sagesse, comme celui qui montre le chemin et en rappelle les difficultés, comme le passeur de gué ou le pasteur du troupeau.
C’est pourquoi il faut faire preuve d’humilité pour accéder à l’infini que nous présente le T SA par son geste. D’ailleurs nous savons que la lumière vient d’en haut !
Du point de vue de l’Alchimie :
Marcellin Berthelot nous dit que, pris dans son acception générale et dans son sens alchimique « le serpent circulaire est le gardien du temple de la connaissance, et seul, celui qui l’avait vaincu pouvait franchir le seuil du lieu sacré ».
Je retrouve ici, la notion du sanctuaire dans lequel siège le Très Sage athirsata qui arbore l’ouroboros avec la lettre hébraïque insufflant le souffle de la connaissance au cœur de la croix templière. Ou bien comme je l’ai dit au début de ma planche la barrière. Les deux me vont, car ils font sens pour moi. Le Hé qui contient le souffle et qui compose la moitié du tétragramme ne peut pas être porteur d’autre chose que de l’esprit.
Mais la barrière n’est pas sans rappeler celle qui autrefois interdisait en loge de perfection de la dépasser sous peine de violer un sol sacré, le saint des Saints. Ce qui implique que les deux sens de ces deux lettres se rejoignent car on ne peut trouver l’esprit, le souffle qui se trouverait dans le sanctuaire sans avoir d’abord préliminairement travaillé à chercher la clé qui donnera l’accès à ce lieu. Or cette clé ouvrant la serrure du sanctuaire ne peut être qu’intérieure et donc il n’existe pas de vademecum du parfait maçon qui pourrait après avoir cherché cette clé ouvrir une serrure extérieure qui n’existe pas puisque nous venons de le dire tout est à l’intérieur de nous comme nous le rappelait naguère le V.I.T.R.I.O.L du cabinet de réflexion : ce cabinet de réflexion étant pour qui l’observe, l’étude, l’endroit premier et principal de la transmutation alchimique du candidat en initié.
Autrefois les alchimistes plaçaient dans leur apothicairerie le vitriol dans un endroit haut perché, difficile d’accès et sur l’étiquette duquel une clé était symbolisée pour indiquer la dangerosité du produit.
C’est très vraisemblablement de là qu’est venu en France l’apposition de l’ouroboros sur de nombreux heurtoirs forgés ou fondus au XIVème et XVème siècle à quoi on reconnaissait le seuil d’un initié. Maintenant on le sait, c’est devenu une mode et le sens s’est perdu.
L’Ouroboros et la Chrétienté :
La Chrétienté s’est accaparé l’ouroboros dans le monogramme du Chrisme qui représente un C et un R entrelacés, entourés d’un serpent qui se mord la queue. Elle y retrouve l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. On rejoint ici l’idée du tout en Un. Un en hébreu étant un nom, peut-être le premier Nom et le principal de Dieu d’après Annick de Souzenelle.
La fonction de TSA n’est-il pas en effet d’unir tous les chevaliers Rose-Croix de son chapitre pour en faire une rose d’Amour aux mille parfums différents ?
La Croix :
Nous ne pouvons nous étonner, en tant que rose-croix, de trouver une croix sur le sautoir du TSA, mais est-il normal de trouver sur nos sautoirs des croix différentes ? Sur mon sautoir normal figure une croix potencée, sur d’autres une croix grecque, sur celui du TSA il s’agit d’une croix ancrée. Est-ce bien important ? Le rituel nous apprend à l’ouverture des travaux que la croix est l’union des contraires, de la vie et de la mort, de l’horizontal et du vertical. Elle est l’axe du monde et l’important est qu’elle symbolise le centre d’où refleurit la rose de la Connaissance. Quittons donc la forme pour le sens.
Conclusion:
Un symbole ne s’impose jamais à nous par hasard, il m’a fallu trois ans d’observation pour me dire : « toi, je te travaillerai un jour ». Si l’ouroboros représente l’énergie cyclique, j’espère être en train d’évoluer. C’est comme une rencontre entre le surmoi qui idéalise et le moi qui vit les choses les plus intimes de l’être.
Nous sommes donc invités tout au long de notre vie initiatique invités à progresser pour espérer passer de la barrière à l’esprit de purification promis depuis l’initiation. Mais cette expérience ne peut être par définition que personnelle même si sur le chemin nous sommes « tantôt seul, tantôt en compagnie » comme on nous l’a appris.
Voilà, j’ai essayé de vous parler de mon état actuel face à ces lettres que je ne sais décrire mais qui font sens pour moi en ce moment.
Si je relie la périphérie au centre, l’ouroboros à la lettre, je peux imaginer que c’est l’esprit de la Rose qui dépasse les clivages et devient amour lorsqu’il se fixe sur le sautoir du TSA comme l’ouroboros, serpent qui se mord la queue est un paradigme de la Connaissance qui à notre degré équivaut à Force, Beauté, Sagesse et donc à Amour.
J’ai dit
C B
Bibliographie
La lettre, chemin de vie d’Annick de Souzenelle
Le Bestiaire du Christ
Le dictionnaire des symboles
L’Edda