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La Foie
A∴ M∴ S∴
Notre TSA m’a demandé d’écrire un petit texte de circonstance pour notre Banquet Pascal et, en me basant sur un livre du journaliste Frédéric Lenoir, j’ai choisi de vous part des réflexions suivantes sur une des colonnes dans le Temple au moment d’une Elévation, celle de la Foi.
D’emblée j’ai envie de poser une distinction qui me paraît essentielle, entre foi tout court et foi religieuse.Nous avons tous une forme de ‘foi’, c’est-à-dire que nous adhérons viscéralement, de manière plus affective que rationnelle, à un idéal, une personne, une valeur, qui est le moteur de notre existence.Je définirais cette foi fondamentale comme un mélange de croyance, de confiance aimante et d’espérance.Elle commence avec le bébé, qui a une ‘foi’ totale en ses parents.C’est cette adhésion de tout son être envers des personnes auxquelles il croit, qui lui permet de s’abandonner et de grandir.A partir de cette première expérience, l’homme gardera toute sa vie une forme quelconque de foi.Celle-ci peut évidemment se porter sur Dieu, mais chez beaucoup de gens, elle n’a pas une connotation religieuse : ça peut être la foi dans un idéal, en l’homme, en la vie.
Pendant tout le XIXè siècle, les gens qui quittaient les églises croyaient au progrès, et leur foi était un moteur de civilisation.Jusqu’à il y a peu, on avait foi en la patrie et on pouvait mourir pour elle.Pour avancer dans la vie, chacun a besoin, avec plus ou moins d’intensité, d’avoir foi en quelque chose ou en
quelqu’un qui le transcende.La foi religieuse est simplement la transposition de ce moteur existentiel vers un être supérieur ou un ordre surnaturel.
On ‘hérite’ la foi religieuse en naissant dans une famille chrétienne, juive, musulmane, hindoue, etc.Elle est alors une adhésion presque naturelle à des croyances surnaturelles et à des rituels auxquels on adhère parfois de force sans se poser des questions.Aujourd’hui encore, c’est ce modèle qui domine dans la plupart des régions du monde.Mais en Europe, continent le plus sécularisé de la planète, donc le plus distant de la religion, on entend de plus en plus d’individus dire : « J’ai retrouvé la foi après l’avoir perdue à l’adolescence. »La personne moderne entend choisir ‘sa’ religion.Les uns reviennent à leur religion d’origine, mais avec un esprit critique : ils gardent certains éléments, en bazardent d’autres ; les autres se convertissent à une spiritualité différente qui leur parle davantage.
Souvent on rencontre la foi après une épreuve.Lorsque tout à coup la maladie arrive, un proche décède, une angoisse nous étreint, on entre dans une église, on prie, on s’interroge.Mais la foi en Dieu peut aussi être réveillée par un évènement positif :on se sent soudain unifié, on a le sentiment de s’accomplir, on est saisi par la beauté d’un paysage ou d’une rencontre.On éprouve alors un immense sentiment de gratitude envers l’Absolu.
La foi est toujours liée à nos désirs les plus profonds.Si je dis que j’aifoi en Dieu, c’est que je souhaite de tout mon cœur qu’Il existe.Si je crois en la vie éternelle, c’est que je désire qu’il existe une vie après la mort plutôt que le néant.C’est là, pour moi, la différence entre ‘foi’ et ‘croyance’ : la première est existentielle, elle prend tout l’être, elle est affective.Alors que si je dis : « Je crois aux extraterrestres », cela ne bouleverse en rien ma vie.
Mais si la foi est le fruit d’un désir, la foi en Dieu ou en l’immortalité n’est-elle pas une illusion ?Comme j’ai dit tout à l’heure, l’enfant a une foi, une confiance innée en ses parents.Mais il va vite s’apercevoir que ceux-ci ne sont pas tout-puissants et ne peuvent pas le protéger de tous les dangers qui le menacent.Il ressent alors ce que Freud appelle un ‘désemparément’, un désarroi profond.Plutôt que de basculer dans la psychose, il va survivre en croyant de manière inconsciente en des forces surnaturelles bienveillantes.Pour Freud, il y a donc en tout homme une croyance religieuse latente, qui peut par la suite plus ou moins s’activer selon les circonstances de l’existence.Je ne sais si sa théorie est fondée ou non.A la limite, cela me semble secondaire.Si une personne puise bonheur, inspiration, générosité, courage dans la foi en Dieu, même s’il devait s’avérer que sa foi est illusoire, tant mieux !Pour moi, le critère d’une vie réussie, c’est le sens que l’on donne à sa vie, et l’amour.L’essentiel n’est pas de savoir si l’on agit au nom d’une foi religieuse, ou d’une foi ou d’une raison laïque, mais plutôt de se demander si notre vie a du sens ou si elle n’en a pas, si elle nous ouvre au bonheur de la communion avec les autres ou non.Peu importe dès lors, selon moi, que l’on croie en Dieu ou que l’on soit complètement athée.
Si nous parlons au 18e Grade de la Foi, je me demande si en termes modernes nous pourrions peut-être la traduire par ‘spiritualité’, par une recherche sincère d’une vérité – une vérité qui est valable pour moi à un moment donné.Ce n’est pas que je change facilement d’opinion, au contraire il existe dans mon moi profond des valeurs qui ne subissent pas la dictature de la mode, mais j’évolue (je dois évoluer) et mes idées suivent ce chemin.Je suis à la recherche de ce qui est universel dans chaque homme selon des critères justes et équilibrés.C’est ce ‘moteur’ qui me pousse à croire à la perfectibilité de l’homme, à cette possible
amélioration.Si je doutais de cette potentialité, il ne reste effectivement que l’Espérance.
Le philosophe danois Kierkegaard se posait cette étrange question : « De quoi se ressouvient-on dans l’éternité ? »Sa réponse est la suivante :« D’une seule chose : d’avoir souffert pour la vérité. »Je crois qu’elle dit quelque chose de profond.Ce qu’il y a de plus déterminant dans une vie, ce qui est éternel, ce n’est pas ce qu’on a dit de bien ou ce qu’on a réalisé de grand.Ce sont les moments où nous avons su rester vrais, malgré tout ce qu’il nous en a coûté.Qu’ils soient croyants ou athées, des millions d’hommes et de femmes sont restés fidèle à la vérité de la dignité humaine et n’ont pas par exemple trahi un ami ou ont refusé de se soumettre à un acte dégradant ou criminel.Voilà ce qui est beau.
Dans les XVIIe et XVIIIe siècles pour les philosophes des Lumières il n’y a rien de choquant à imaginer que la foi n’a fait que porter pendant des siècles un message qui, en soi, est profondément rationnel.Pour eux, Dieu est la Raison suprême qui a non seulement créé un monde selon des lois physiques rigoureuses, mais qui a aussi inscrit une loi morale universelle au plus profond de la conscience humaine.C’est cette foi-là que la Franc-Maçonnerie et en particulier le 18ème Grade cherchent à promouvoir et que nous devons respecter et cultiver en nous.
L’universalité et la permanence de l’attitude religieuse montrent que l’homme a besoin de rituels.Parce qu’il a un corps, il a besoin d’incarner sa croyance par des gestes et des symboles : postures de prière, encens, chants, sons, feu, eau, etc.Parce qu’il est un animal social, il a besoin de célébrer sa foi avec d’autres, par des rituels collectifs, des liturgies.Je ne crois pas à une religion du pur
esprit, totalement individualiste, qui ne s’incarnerait dans aucun geste sensible. Ou alors nous serions dans une sagesse philosophique purement intellectuelle.Et même certaines sagesses antiques et celles de l’Extrême-Orient impliquent le corps (postures de méditation, etc.) et relient l’individu à un groupe.
Pendant notre dernière séance au 18e Degré le sujet « Que peuvent-nous apporter les H.G. ? » a été discuté et nous étions nombreux à penser qu’effectivement ils nous apprennent à approfondir nos réflexions.Certains parmi nous ont des difficultés avec des références à la religion pendant l’Elévation, mais je pense que nous devons dépasser ces critères et ne retenir que les valeurs universelles.Je ne pense pas non plus qu’il faut remplacer la religion par la philosophie.Ce qui par exemple pour un Occidental est beau et vrai dans la culture grecque, n’a pas la même valeur pour quelqu’un d’une autre culture.Un Européen admettra difficilement que la valeur spirituelle généralement humaine et le message profond d’un chef-d’œuvre grec, la Vénus de Milo par exemple, ne réside pas, pour les trois quarts de l’humanité, dans la perfection de la statue, mais dans l’Image de la Femme qu’elle révèle.Si l’on n’arrive pas à se rendre compte de cette simple vérité de fait, nul espoir d’amorcer un dialogue utile avec un non-Européen.
N’oublions pas que l’être humain ne peut vivre sans avoir foi dans les autres, sans qu’il puisse, à un moment ou à un autre, s’en remettre à quelqu’un, sans croire à ce qu’il fait, sans même croire quelque peu à lui-même.Sans confiance en soi et aux autres, il n’existe ni pour lui ni pour les autres.
Je conçois parfaitement que votre attitude envers la foi soit totalement différente de la mienne.D’ailleurs moi-même je me pose toujours des questions.J’ai lu quelque part qu’il faut fuir les personnes ayant toutes les réponses, et plutôt
fréquenter les gens qui posent des questions.Ainsi, ne me fuyez pas et moi, je peux rester en bonne compagnie – la vôtre.
J’ai dit, Très Sage Arthisata