Le Voile
Non communiqué
Sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Ordo ab Chao
Très Sage et vous tous mes Frères chevaliers Rose Croix en vos grades et qualités

C’est l’instant où le voile du Temple c’est déchiré.
Ce voile a-t-il quelque rapport avec la « tenture aux couleurs de pourpre, d’hyacinthe, d’or et d’azur » ?
Qu’implique son déchirement ?
Un petit aparté, avant de commencer ce travail, pour vous faire sourire. Dans le langage populaire, on dit volontiers « Le voile s’est déchiré, et la Vérité est apparue… ».
Il ne faut pas mépriser les dictons qui viennent du fond des âges et qui sont souvent marqués par le sceau du bon sens ; parfois même ils sont issus d’une tradition très ancienne qui est venue jusqu’à nous par le miracle de la transmission.
Le commentaire à faire est tiré de l’ouvrage de notre F C Guérillot « Le Rite de Perfection », à propos du rituel du 4ème degré. Il m’a semblé que ce fur une transcription du rituel tiré du manuscrit Kloos (1) datant de 1804.
Ce qui n’a en vérité qu’une importance qu’historique, ce manuscrit issu des origines du Rite Ecossais, nous montrant cependant la richesse d’un texte beaucoup plus « coloré » que nos rituels contemporains.
Ainsi donc, dans le manuscrit Kloos, on peut noter, à propos de 4ème degré :
– Combien y avait-il de portes
au-delà du Saint des Saints ?
– Il n’y en avait qu’une dans la partie de
l’Est, qui était appelée Ara,
et qui était recouverte d’une draperie pourpre,
hyacinthe, or et azur.
– Que représentent ces couleurs ?
– Les quatre éléments.
Souvenons-nous, dans notre rituel, au 3ème degré, lorsqu’on, écarte promptement le rideau qui voilait le Débir, que voit le nouveau Maître ? Rien qu’il n’ait déjà vu. (2) Et peut être que c’est pour cela, que le nouveau Maître est resté sur sa faim.
Il est en est de même dans le rituel du 4ème degré, où tout est suggéré, voire expliqué par les paroles qu’échangent le Trois fois Puissant et les Inspecteurs.
Ici, le voile du temple est remplacé symboliquement par le voile noir transparent posé sur le visage du ou des impétrants.
– Frère
Premier Inspecteur, en quel lieu sommes nous ?
– Trois fois Puissant, nous sommes dans le Temple du
Roi Salomon devant le saint des saints.
On conseille au futur Maître Secret de ne s’approcher qu’avec circonspection du Saint des Saints, c’est pourtant là, qu’il va commencer à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle.
Mais, la Parole est perdue, elle sera, peut-être, retrouvée que temporairement à l’Heure du Parfait Maçon, au décours d’un long voyage initiatique.
Une ultime recommandation nous est faite :
« La Vérité absolue n’est pas accessible à l’Esprit humain ».
Mais alors, n’est-elle
pas cachée derrière le Voile ?
Le rituel ancien, sans doute plus christique que le notre,
répondait ainsi à la question posée :
– Qu’avez-vous
en entrant devant le Saint des Saints ?
– Des marques évidentes de la
présence Divine.
Mais, en écoutant ces saines maximes, l’auditeur pourrait croire que nous éloignons du voile du Temple. Mais en vérité, pas tant que cela, puisque quand on reprend le rituel de 1805, à la question, si vous vous souvenez :
– Combien y avait-il de portes au-delà du saint des Saints ? Il nous est répondu : – Il n’y en avait qu’une dans la partie de l’Est qui était appelée Ara et qui était couverte d’une draperie de Pourpre, d’Hyacinthe, d’or et d’Azur.
Texte dont la source est peut-être l’Exode 26 : 31 : où il est écrit : « Tu feras un voile bleu, pourpre et cramoisi. Il sera de fin lin retors, il sera artistement travaillé, et l’on y représentera des chérubins… »
Ce qui amène à dire quelques mots rapides sur l’organisation du Temple originel que nous reproduisons symboliquement dans nos loges.
Il comprenait trois pièces en enfilade, comme la loge, et était théoriquement divisée en trois appartements séparés par des voiles où des rideaux.
L’Ulam où Sanctuaire, séparait le Temple de son parvis. Suivait le Hekal, le Saint, où se trouvait la Ménorah, la table d’offrande pour les « pains de proposition », ainsi que des tentures parsemées de fleurs de Hyacinthe (3). Ces deux premiers voiles avaient pour nom MASAKH, nom qui signifie simplement « protection ». Leur couleur en est inconnue.
Enfin le Débir où Saint des Saints, était séparé de l’Hekal par la Parokhet le voile du temple, et, cette. Parokhet qui masque la porte de l’Orient, n’est plus noir, mais aux couleurs de pourpre, de hyacinthe et d’Or.
Au passage, il n’est pas inutile de noter la valeur numérique de ce Parokhet qui est de 700, le 7 étant le chiffre parfait de Dieu fait homme, accentué par la plénitude du Cent.
Comme chacun le sait, c’était l’endroit le plus sacré du Temple, que nul ne devait visiter hormis le grand Prêtre le jour du Grand Pardon. C’est là que se trouvait l’Arche gardé par le Sterkenna, ainsi qu’il est dit dans les anciens rituels (4).
– Quels sont les ornements du
Temple ?
– L’Arche d’Alliance, soutenue par deux
chérubins
qui la couvre de leurs ailes, la table d’airain, celle des
holocaustes, celle des pains et les chandeliers à sept
branches.
– Sous qu’elle forme représente-on le Sterkenna ?
– Sous la forme d’un agneau tranquille reposant sur le Livre
des sept sceaux.
– Qu’elle fut la principale Loi donnée par le
Sterkenna.
– Celle qui fut donnée sur le mont Sinaï,
gardée
depuis dans l’Arche, et qui était la
première Loi
écrite ; surmontée qu’elle
était par le
Propitiatoire, là où s’apaise la
colère de
Dieu.
Autrement dit il est
évident que cette description évoque le passage
dans un autre monde.
Peut-être même que le Saint des Saints
était il
alors considéré comme étant le Centre
du Monde.
Notons en passant que selon les rituels, du XVIII degré, on parle de voile, de tenture, voire de rideau.
Ailleurs, il est également noté que l’épaisseur du voile faisait que « Seul Dieu pouvait le déchirer » ce qui n’est pas anodin quand on connaîtra la suite.
Il s’ensuit que la Parokhet sépare l’homme de la Divinité, le visible de l’invisible. Le voile étant le signifiant, l’invisible est le signifié.
A ce propos, permettez moi de citer un passage du livre de Marc Alain Ouakim (5) à propos justement de la Parokhet :
« L’invisible, dont il est il est question n’est pas un « Arrière Monde », un monde qui n’est pas et qui ne sera pas donné à la connaissance. L’invisible, c’est une écriture en attente. La Parokhet, le voile, la texture, le tissu, c’est le texte. Le visible/Invisible, est ce qui est donné à voir dans le regard porté vers le voile ».
Ce voile donc, obscurcit la vue, comme le voile qui masque le visage du candidat Maître Secret. On pressent qu’au-delà du voile il y a quelques choses que l’on pourrait appeler la Vérité, peut-être même la Parole.
Sa déchirure nous permettra peut-être d’accéder à la transcendance.
Je fais volontairement l’impasse sur le symbolisme des couleurs que tout le monde connaît, pour m’attarder une seconde sur cette notion de couleur hyacinthe. Cette couleur vous la retrouver dans celle des jacinthes, c’est une combinaison du bleu et du pourpre tirant sur le violet et qui est sensé symboliser la « Vérité de l’Amour ».
Il est important de noter aussi que c’est une couleur sacerdotale. Nous sommes en effet devant le Saint des Saints.
Notre rituel, du XVIII, lui, et c’est a priori curieux, ne parle du voile qu’à propos de sa déchirure au moment de l’heure du parfait Maçon, et ce n’est sans doute pas sans raison. Quand aux évangélistes, ils n’évoquent le voile eux aussi, qu’à propos de la déchirure.
Je cite Marc au hasard :
« Quand ce
fut les six heures,
l’obscurité se fit sur la terre
entière,
jusqu’à la neuvième heure.
Jésus poussa un grand cri et expira. Et le
voile du Sanctuaire se déchira de haut en bas
».
Ainsi, avec une belle constance tous les autres Evangélistes
où presque, les synoptiques comme les apocryphes, parlent de
la
déchirure du voile. Seul le sens de cette
déchirure
change. Ainsi, Luc parle d’une déchirure
« par le milieu ». Mais Luc
n’était pas juif, et vous allez voir que
c’est important…
Mais tous parlent du voile du Sanctuaire. Ce voile du Sanctuaire, c’est donc bien du Parokhet qu’il s’agit il n’y a pas d’ambiguïté là dessus.
Une question demeure sur cette notion de déchirure. Oui, pourquoi cette déchirure ? J’avoue que je fus pendant des années dubitatives. Qu’elle pouvait être la signification de ce symbole ? Qu’elle était l’idée qui se cachait derrière ce symbole de déchirure ?
Il se trouve que depuis peu, j’ai une où plutôt deux explications comme quoi, il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer.
– La première, c’est qu’il existe une coutume hébraïque, méconnue des goyims, que je vais vous raconter brièvement comme on me l’a racontée.
Lorsqu’un Fils de Juif meurt, le Père de désespoir, déchire ses vêtements depuis le hautjusqu’en bas. C’est là un signe de grand deuil, que Luc ne connaissait peut-être pas, puisqu’il n’était pas juif.
Ainsi, on sait qu’avant de mourir, Jésus, le Fils, invoque le Père en tant que Seigneur Dieu Tout Puissant, celui-ci aurait donc pu, selon la Tradition Juive déchirer ce voile qui gardait le Sanctuaire, Sanctuaire qui est sa demeure, en signe de Deuil et d’Espérance.
C’est donc là un Symbole très fort.
La seconde explication, je l’ai trouvé dans un livre de Jacques Duquesne (6).
« Cette notion de déchirure du Voile serait selon certains, un « Théologoumène » (7) voulant indiquer par là que le Temple est désormais inutile pour adorer Dieu, mais elle annonce aussi l’avènement d’un monde nouveau.
Ce qui est bien en rapport avec notre rituel et notre démarche maçonnique. Le temple est en vous, c’est la Lumière que vous portez… »
A l’heure du Parfait Maçon, que l’on appelait autrefois « L’heure du Parfait Rose Croix » on nous décrit le Premier Temple ainsi. C’est l’heure où le voile du Temple s’est déchiré, où les Ténèbres et la consternation se répandirent sur toute la terre. L’heure où l’étoile flamboyante s’est éteinte, où la pierre cubique sue sang et eau, l’heure où la Parole fut perdue.
Sur ce tableau, on voit le voile, je dirais presque pour la première fois !
Il a perdu ses belles couleurs, il est de teinte grisâtre tirant sur le blanc. On pourrait alors imaginer que ces couleurs ont fusionné pour donner du blanc, qui en vérité n’est pas une couleur .Cette absence de couleur, aussi aveuglante que la Gloire du Créateur est le symbole d’Unité et d’achèvement dans la totalité.
Ainsi, au-delà de la dualité, c’est-à-dire ce monde où nous vivons, il y a le monde de l’Unité, celui d’Elohim.
Pour nous maçons, la Pierre cubique, si elle symbolise bien le Christ, figuré aussi sur la rose mystique, elle évoque aussi l’Homme maçon, parfois humilié, mais qui va devenir grâce à l’exercice du Devoir, l’homme accompli en voie de régénération.
La déchirure, c’est l’annonce de l’ouverture vers la Vérité, l’annonce de la nouvelle Loi pour les chrétiens.
Pour tous, c’est l’annonce qu’après le présent, il y a un après, un « Après Lumineux », comme le suggère d’ailleurs le tableau du deuxième Temple où tout est devenu Sérénité avec la reconstitution des outils, l’apparition de nouveaux symboles et la redécouverte de la Parole I.N.R.I, c’est la Parole !
Mais, il n’y a plus de voile ! On est en droit de supposer qu’il a disparu à jamais. La déchirure ce fut l’ouverture vers la Vérité.
Au-delà du Voile, il y a sans doute « quelque chose », comme le suggère d’ailleurs l’ancienne loi .Un après triomphant ais je dis, qui ne peut être que la Loi d’Amour, et la recherche de la Perfection.
Cette déchirure définitive du Voile, ces trois jours passés dans les Ténèbres représentent le temps passé entre le temps de la mort et le temps de la vie, entre le temps de la mort et celui de la résurrection spirituelle, le Temps nécessaire pour retrouver la Parole.
A travers cette déchirure, on perçoit que le temps des Ténèbres est derrière nous et que l’on peut désormais marcher vers cette Lumière qui se cachait derrière le voile.
Ce voile, dont la couleur désormais nous importe peu, puisque, ni les Evangélistes, ni les rédacteurs du rituel ne prennent la peine de le décrire.
Ce qui importe désormais, ce n’est plus, ni le voile, ni sa couleur, mais sa déchirure. La Déchirure, Porte ouverte vers une plus grande spiritualité.
Très Sage, J’ai dit
Note :(1) Transcription du manuscrit XXVII, se trouvant dans la bibliothèque « Kloss » de la grande loge des Pays –Bas à la Haye.
(2) Gérard Amourette. Le 4ème degré « Au regard du Saint des Saints ».
(3) Hyacinthe, pour parler de la Jacinthe. La couleur Hyacinthe était une couleur bleue tirant sur le violet. Les Nombres : V-11 Ils enveloppèrent aussi l’autel d’Or d’un drap hyacinthe et étendirent par dessus une couverture de peau violette.
(4) Les Mystères des hauts grades Maçonniques, où le Vrai Rose Croix ; Editions 1774.
(5) Marc Ouakim : Le Livre brûlé (Philosophie du Talmud).
(6) Jacques Duquesne : « Jésus »
(7) Théologoulène : C’est une image voulant faire comprendre une affirmation en rapport avec la Foi… Autrement dit, un symbole voulant exprimer une Vérité profonde.