18° #415012

La croix potencée et la croix latine

Auteur:

Y∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Rite écossais ancien et accepté
Ordo ab Chao
Suprême conseil de France

Il est clair qu’il s’agit bien là d’un travail qui relève du 18ème degré. En effet, c’est à ce grade qu’apparaissent pour la première fois ces deux croix. Pour développer ce sujet, je commencerai par une brève introduction sur le symbolisme de la croix en général, ensuite je traiterai de la croix potencée et enfin de la croix latine sans omettre la rose qui dans notre rituel, figure dans le centre de chacune d’elles.

  • Le symbolisme de la croix en général

La croix quelle que soit sa forme est un symbole très ancien que l’on trouve dès la plus haute antiquité que ce soit au Japon, en Chine ou ailleurs. En Crète (à Cnossos), on a trouvé une croix de marbre datant du XVème siècle avant J-C. Dans la Tradition, la croix fait partie des quatre symboles fondamentaux avec le carré, le cercle et le centre.

René Guénon y a consacré un livre entier auquel je vous renvoie ! Mon objectif n’est pas ici d’en rendre compte mais je veux seulement ne retenir que ce que je comprends et que j’estime utile et nécessaire pour ce qui suivra.

Considérons dans un 1er temps, les axes directionnels qui constituent la croix :

Par ses branches dirigées vers les quatre points cardinaux, la croix est la base de tous les symboles d’orientation, mais aussi des quatre éléments et, pour peu qu’on puisse l’inscrire dans un cercle elle devient symbole du temps cyclique.

Ses branches, lorsqu’elles sont perpendiculaires, sont en fait deux axes interdépendants faisant alors de la croix « le symbole de l’union des complémentaires » comme le dit René Guénon. En effet, si l’axe horizontal représente le principe passif, le féminin, le fécondable, notre nature temporelle, un degré d’existence, l’axe vertical quant à lui représente le principe actif et créatif, le masculin, le fécondant, notre dimension éternelle et la totalité des états que l’être porte en lui-même.

Considérons maintenant les axes à leur point de rencontre : le centre de la croix. Nous pouvons l’envisager de 2 façons différentes :

  • d’une part comme point de concourt là où se concilient les complémentarités et où se résolvent les contraires.
  • d’autre part, comme point d’où tout émane et rayonne.

Nous verrons ces deux aspects en parlant de la croix potencée puis de la croix latine.

  • la croix potencée

C’est elle qui apparaît en premier. Nous la découvrons lors de la première partie de l’initiation au 18ème sur l’envers du tablier des Chevaliers Rose-Croix, sur le Volume de la Loi Sacrée et sur la table carrée.

Cette croix est constituée de quatre branches d’égale longueur, chacune en forme de Tau. Nos axes directionnels dont nous parlions plus haut, sont ici, des axes finis, limités dans l’espace comme si l’exploration du monde dans sa globalité (y compris l’exploration de nous-même) à laquelle nous avions été conviés dès notre deuxième degré devait prendre fin. Serions-nous invités à faire une pause ? A nous recentrer ? A rassembler tout ce qui est épars et à faire notre miel de tout ce que nous avons rencontré ?

Le centre de la croix potencée devient alors le point où se concentre toute notre énergie, tout notre potentiel et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si potencée et potentiel ont la même étymologie (1).

C’est au centre que tous nous nous retrouvons également. Baden Powell ne s’y est pas trompé en choisissant la croix potencée pour symbole du scoutisme. Notre démarche est vraiment individuelle et collective.

Par ailleurs, c’est un ensemble de croix potencées qui forme la croix du Royaume de Jérusalem, au XIème par Godefroy de Bouillon, comme pour multiplier les forces de cohésion et rappeler au rassemblement de tous les chrétiens en un seul lieu.

Comme le dit Daniel Beresniak (2), « Il faut réunir le beau et le vrai, créer de l’harmonie ».

La croix potencée est donc un symbole d’expansion et de contraction, d’expiration et d’inspiration à l’image de la vie et de pulsation à l’image du cœur.

Lors de la 2ème partie de la cérémonie d’initiation au 18ème degré, les Chevaliers retournent leur sautoir et leur tablier : sur leur sautoir une croix potencée rouge, sur leur tablier une croix potencée noire. Ce rouge de la croix, signe de toutes les ardeurs et passions se trouve ainsi tempéré par la pureté du blanc du tablier et l’humilité évoquée par le noir de la croix du sautoir.

En outre, dans notre rite la croix potencée du tablier et du cordon porte une rose en son centre ce qui en accentue l’importance ; cette rose à 5 pétales nous ramène à la Connaissance que souligne aussi la présence de l’acacia sur notre tablier.

Cette croix potencée témoigne de la réalisation de la plénitude et fait de chacun de nous un Homme Véritable mais nous sommes toujours dans le monde de l’immanence.

Alors, que va-t-il se passer avec cette énergie recentrée, condensée au centre de cette croix, sous cette rose ? C’est lors de la deuxième partie de la cérémonie d’initiation au 18ème degré que nous avons l’explication avec l’apparition de la croix latine.

  • La croix latine

La croix latine n’apparaît donc pour la première fois que dans la deuxième partie de la cérémonie. Elle figure notamment sur le tableau de Loge de ce degré. Le rituel nous dit : « A l’Orient, dans les nuages, une croix latine en gloire, au centre de laquelle se trouve la rose épanouie à cinq pétales portant en son centre la lettre G ».

La croix latine apparaît aussi sur le bijou et est également associée au coffret contenant le mot sacré (INRI). Au contraire de la croix potencée portée par tous les Chevaliers de la Loge, seul le Très Sage porte la croix latine sur son cordon.

Ces divers éléments (le petit nombre de représentations et les endroits où elle est) nous indiquent déjà que nous sommes dans une autre dimension.

Cette croix latine est la croix que nous rencontrons le plus souvent : c’est la croix des Chrétiens. Ses deux branches sont perpendiculaires et de longueur inégale ; la branche verticale étant la plus longue. Selon l’instruction du rituel, « la branche horizontale symbolise la Mort et la branche verticale symbolise la Vie » la branche horizontale serait alors encore dans le monde de l’immanence tandis que la branche verticale nous élève vers la transcendance.

La largeur de la croix symbolise la Charité qui veut que l’on transmette ici et maintenant  notre Amour à tous tout autour de nous, même à nos éventuels ennemis. Cela il faut le vouloir et croire à son bien-fondé ; c’est une question de Foi ; le pied de notre croix doit être bien enfoncé en terre pour ancrer notre Foi qui nous donnera la force d’accomplir notre Devoir. Si nous parvenons à réaliser cela, il nous sera alors permis d’espérer approcher la Vraie Lumière et l’Espérance est déjà une porte vers la Transcendance où semble vouloir nous conduire la partie verticale supérieure. Que nos vertus théologales la Foi, représentée par l’Aigle, la Charité, représentée par le Pélican et l’Espérance, représentée par le phénix « nous encouragent, nous guident et nous soutiennent » dans cette Voie !

Nous devons tendre vers cet autre monde c’est-à-dire quitter notre condition d’« Homme Véritable » pour accéder à celui d’homme transcendant si ces termes ne sont pas contradictoires !

Au début de ce travail nous avons évoqué les 2 sens que pouvait prendre le centre et avons trouvé l’illustration du premier avec la croix potencée, ce centre où tout se concentre. Avec la croix latine nous sommes dans la deuxième signification : le centre d’où tout émane et rayonne. Remarquons que dans la croix latine le point d’intersection des deux branches que nous appelons centre est décentré vers le haut, comme un appel à toujours aller au-delà de ce que nous croyons être nos limites.

Toute cette connaissance potentialisée dans la croix potencée et passée par le filtre de la rose va pouvoir être transmise en repartant de la rose qui prend là, toute sa valeur symbolique : le rituel nous parle là de la rose comme symbole du Secret. C’est bien dans son cœur que va s’opérer le choix de ce qui vaut d’être transmis et la transmission est un acte d’Amour.

La rose de la croix latine n’est pas accompagnée de l’acacia comme l’était la croix potencée, mais la lettre G est au centre de cette rose à 5 pétales. Au 2ème degré, il nous en avait été donné cinq significations (3) et là, aucune. Ceci nous laisse encore plus libres de l’interpréter. C’est peut-être là que nous sommes le plus près de la Gnose…

Ainsi nous constatons que le symbolisme de la croix latine est tel que chacun, chrétien ou non, peut se l’approprier.

En Franc-maçonnerie, nous pourrions parler de transcendance évolutive qui se construit par notre travail en Loge, par nos actes et par la prise en compte de nos erreurs passées. Nous ne sommes pas dans le révélé mais dans le révélant.

Voilà mes FF, les réflexions que m’a suggérées ce travail. Que de chemin parcouru depuis notre première initiation !

Nous avons d’abord appris à descendre en nous-même pour nous connaître, puis à parcourir le monde pour mieux nous y situer. Ayant ensuite appris à connaître et à faire notre Devoir, nous sommes devenus libres pour devenir un « Homme Véritable ». Là n’est pas le but ultime de notre démarche et ce passage de la croix potencée à  la croix latine nous le montre bien.

C’est le chemin le plus long qu’il nous reste à gravir et qui fera peut-être de nous un jour des Homme Transcendants inscrits dans l’Amour et l’Eternité.

Je terminerai avec ces mots d’un poète soufi (4) du 10ème siècle : « On peut te comparer à la rose qui disparaît mais qui laisse son essence ».

J’ai dit.

Notes :
1) latin potentia : puissance force etc.
2) La Rose et le Compas.
3) Géométrie, génération, gravitation, génie, gnose.
4) Izzidin Al-Muqaddasi, iranien cité par Beresniak page 105.

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