18° #415012

Le Secret

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Non communiqué

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Non communiqué
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Non communiqué

Le Secret a-t-il une vertu

La vertu du secret c’est qu’il faut le tenir. Et peu importe ce qu’il est, car c’est la contrainte sur soi qui compte. Le fait de se promener dans le monde lourd d’une charge invisible apporte à l’esprit et au cœur une dimension noble et constitue un facteur d’identification sérieux. Le monde, dit-on, ne tient que par le secret. Et il est vrai que si tout était su, plus rien ne serait sacré. Car le secret est ici lié au sacré.

Seulement, en quoi consiste le secret maçonnique ? Certainement ni dans un projet, ni dans un complot. Le temps des Illuminés de Bavière et celui des carbonari est révolu à jamais semble-t-il. Non, le secret des francs-maçons, pour être sérieux, n’en est pas moins une autre conséquence que d’être un élément actif de la formation du caractère et de la personnalité.

L’épreuve est donc de tenir à l’abri des bavardages les travaux et les personnes de l’association. C’est déjà une rude gageure car la tentation est grande de céder à la vanité, et le désir de faire l’important est déjà un grand piège dans lequel tombent les ingénus qui ne se surveillent guère.

Toutefois, au-delà de ce secret formel – qui compte, et qui est en quelque sorte une éprouve sérieuse – il y a le secret de l’élaboration intime d’un équilibre qui se cherche en chacun des participants au travail collectif.

Le travail initiatique repose en effet sur l’approfondissement de la réflexion, sur la méditation et une certaine ascèse. Réflexion, méditation et ascèse qui exigent de chacun discrétion, et dont 1a tentation détruirait toute possibilité effective.

Le maçon cherche et réussit en définitive à sauvegarder son intimité dans le cadre d’un travail collectif. La communication superficielle n’aurait rien à gagner d’un trop aisé laisser-aller qui se transformerait vite en bavardage dérisoire et futile. Or, l’intimité de la conscience mérite respect, et d’abord de soi.

On n’étale pas ses états d’âme, sauf au théâtre. Et alors c’est pour en délivrer ceux qui ne taisent. En définitive, le secret maçonnique est la pierre de touche du maçon : il est sur la voie de la maîtrise quand il sait garder secret le plus précieux de son trésor : le sentiment de la présence à soi qui lui donne la force d’être.

Sur la voie de l’initiation, le secret est l’étape révélatrice de l’aptitude du jeune impétrant à poursuivre dans cette Voie. Rejeter le modèle parfait du monde dans le futur, après, au-delà…, n’est-ce pas l’aveu de l’incapacité de l’assurer ? Modèle impossible car trop prétentieux ? Le plus difficile c’est de se vaincre. C’est à dire de donner à l’image de soi que l’on forge les traits de la vie réelle, et de passer de la figuration imaginaire à l’acte.

Nous vivons selon un conditionnement dont ne percevons eu pas l’origine, mais dont nous constatons la constance. Pour modifier ce conditionnement, il nous faut modifier jusqu’au plus profond fonctions de l’organisme. Et ces modifications échappent à la. Conscience dans le détail de leur exécution. Nous parvenons globalement à imposer notre comportement apparent sans vraiment atteindre aux profondeurs où l’attitude se stabiliserait en raison de la modification très intume de notre tissu organique.

C’est sans doute pourquoi les techniques les plus sérieuses de la vie spirituelle s’ordonnent autour du vide à faire au soi, et sur l’avénement des forces inconscientes par le silence de la pensée.

Toutefois, ce n’est qu’un exercice momentané, et l’effet en est parfois éphémére. Car pour modifier de tout au tout la vision que nous avons du monde, peut-être faut-il une plus radicale opération, comme celle qui a lieu sous l’effet de la drogue ou des pratiques ascétiques les plus résolues.

Mais alors, nous sommes un autre et le changement, pour spectaculaire qu’il puisse s’avérer n’est qu’un artifice dérangeant 1’ordre établi dans notre vie. Rares sont les êtres capables de subir une mutation radicale dans le cours d’une vie ordinaire. Et ceux qui y parviennent, vivent à peu près comme des somnambules.

Faut-il donc renoncer à toute action sur soi, et même cette question a-t-elle un sens dans le cadre d’une vie ordinaire ? La question se formule, mais la réponse ne peut intervenir sans que nous fassions jouer la raisonnement.

Nous changeons parfois, mais rarement de façon concertée et lucidement orientée. Nous modifions nos apparences sans pour autant obtenir l’homme nouveau que nous voudrions être. Le modèle s’impose mais ne détermine pas l’être nouveau. La Vie nouvelle n’est pas autre chose qu’une apparence plaquée sur l’ancienne.

C’est pourquoi sans doute les êtres qui se convertissent à la vérité de la vie profonde sont rares, et remarqués, mais c’est aussi pourquoi la vie banale continue dans ses équivoques et ses a peu près.

Dés lors, la démarche initiatique s’avère un piège dans lequel nous sommes pris, faute de se justifier par une décision libre de chacun de ceux qui prétendent s’y livrer. La vie noua initie, nous donne la force de nous vaincre.

Notre volonté, en cela peut paraître comme un adjuvant, jamais comme déterminante. Prendre sur nous et faire front, c’est tout ce à quoi nous pouvons prétendre. C’est déjà beaucoup que nous parvenions à dépasser la crise qui se produit lors des affrontements entre le vieil homme et la vie.

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