18° #415012

Le Phénix

Auteur:

Y∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A183-F-1

Le Phénix (du grec ancien φοῖνιξ / phoinix) est un oiseau mythique qui nous vient de la nuit des temps ; cet oiseau fabuleux, d’origine éthiopienne, est doté d’une longévité miraculeuse (cinq cents ans ou plus, d’après certains auteurs) et caractérisé par son pouvoir de renaître après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur ; il est le symbole des cycles de mort et de résurrection le plus répandu dans le monde. Mais avant d’aborder son symbolisme, faisons connaissance avec cette étrange créature…

Sa légende…

Sa légende trouve son origine à Héliopolis (la cité du Soleil), ancienne ville égyptienne où l’on vénérait le dieu du Soleil, Râ, dont le héron Bennou (nom du Phénix en Egypte), serait une incarnation. Le phénix a été longtemps vénéré par les Grecs et décrit par les conteurs de l’Antiquité ; et si les mythes qu’il alimentait diffèrent sur quelques points de détail (la couleur du plumage, par exemple), ils relatent cependant tous à peu près la même histoire. Néanmoins, c’est de l’Égypte, où son image était inspirée du héron pourpre, que provient sa véritable légende.

Ainsi selon les récits, cet oiseau mythique a construit son nid sur les plus hauts sommets d’Égypte, d’Inde et de Chine et il ne se nourrissait que d’herbes fraîches. On dit aussi de lui que c’est un animal d’une très grande douceur, mais qu’il est tout de même très difficile, voire même impossible, de le domestiquer. Les couleurs de son plumage diffèrent selon les descriptions qui en sont faites. Elles varient du rouge feu au bleu clair en passant par l’orange, le pourpre et l’or. La disposition de ces couleurs sur le corps de l’animal varie aussi beaucoup. Par ses couleurs royales et sa grandeur, le phénix est très impressionnant, mais cette impression est décuplée lorsque l’on imagine ses grandes ailes se déployer en un majestueux vol lent.

Malheureusement, il est impossible pour l’espèce de se perpétuer par la procréation, la femelle phénix n’existant pas. Aussi, pour permettre tout de même à la race une certaine survivance, dès que le Phénix sent l’heure de sa mort approcher (à peu près tous les 500 ans), il se construit un nid d’encens et de brindilles magiques parfumées, puis s’expose aux rayons du soleil et se laisse réduire en cendres à partir de sa propre chaleur dans cet étrange lit funéraire. Une fois le corps incinéré, un nouveau jeune phénix naît à partir des cendres chaudes. Après sa naissance, le jeune oiseau porte le corps calciné de son père dans un tronc creux de myrrhe jusqu’à l’hôtel du Soleil pour être brûlé avec les plus grands soins par les prêtres. Lors de son vol jusqu’à cet endroit, le nouveau phénix était accompagné par une multitude d’autres oiseaux multicolores.

Son symbolisme dans les diverses croyances ?

Ainsi parle la légende d’Héliopolis de laquelle découlent tous les aspects de son symbolisme : résurrection et immortalité, régénération et vie, résurgence cyclique.

Associé au cycle quotidien du Soleil et au cycle annuel des crues du Nil, le Phénix était, au départ, symbole de Resurgence cyclique. Et symbole de REGENERATION et de VIE par le pourpre de son plumage (couleur emblématique de la force vitale), le feu qui le consume, la nouvelle vie qui naît de ses cendres.

Puis il devint rapidement le symbole de la RESSURECTION qui attend le défunt après la pesée des âmes et de l’IMMORTALITE de l’âme, parce que les Egyptiens croyaient fermement que l’âme devenait phénix après la mort ; pour eux, il est également le symbole de l’âme universelle d’Osiris qui se créera sans fin d’elle-même, tant que dureront le temps et l’éternité.

Au Moyen-Âge le phénix est pris comme symbole de la résurrection du Christ et même de la Nature Divine (à l’opposé du Pélican qui était l’emblème de la nature humaine), symbole de la résurrection qui est triomphe de la vie sur la mort.

Pour les Chinois, cet oiseau mythique aurait été de nature androgyne, c’est-à-dire qu’il serait mâle et femelle à la fois. Dans ce dernier cas, il représentait la félicité et l’harmonie suprême. Dans la tradition ésotérique, le Phénix est symbole de la sublimité divine et de l’immortalité. Pour les Alchimistes, le Phénix est symbole de régénération : il représente l’œuvre au rouge dans le processus de transformation, de la transmutation, c’est-à-dire le mûrissement, la régénération de l’homme ou de l’œuvre…

Mais au-delà de toute cette richesse symbolique, le Phénix a d’autres pouvoirs magiques. Par exemple, son chant aurait la capacité de donner du courage à l’homme au cœur pur et de la crainte à l’homme au cœur impur. De plus, ses larmes peuvent guérir tout être vivant, qu’il soit malade, blessé ou à l’agonie.

QUE REPRESENTE-T-IL pour le CHEV. R+C du 18ème Degré ?

Le Phénix est le 1er animal mythique introduit dans le lot de symboles de la Franc-Maçonnerie et c’est au 18ème degré que l’Initiée le rencontre ; avec le Pélican qui, lui, existe bel et bien, ils font l’objet de récits fabuleux. La documentation consultée m’a permis de découvrir qu’en fait, le Phénix n’a été introduit qu’à une époque très récente dans le Rituel du 18ème Degré ; il remplace l’Aigle qui, avec le Pélican, représentaient, au départ, les deux symboles ailés de notre Grade dit sacerdotal ou encore christique parce que justement c’est un grade voué au symbolisme de la vie, de la mort et de la résurrection, qui enseigne « le sacrifice de soi jusqu’à la mort pour qu’un être nouveau revienne à la vie à partir du sang ou des cendres du vieil homme » ; le sacrifice et l’amour « plus fort que la mort », sans lesquelles l’œuvre mystique si belle mais cependant aussi éphémère et fragile qu’une Rose ne peut s’accomplir.

Le Phénix a été choisi pour cela : grand comme l’Aigle royal, il est d’une splendeur sans égale, portant un éclatant collier d’or, le corps écarlate, le bout de la queue orné de plumes roses ; il est dit qu’il absorbe la lumière et a le pouvoir de renaître de ses cendres après s’être consumé dans son nid – bûcher. Les aspects de son symbolisme apparaissent donc clairement : résurrection et immortalité, vie – mort – renaissance à l’infini. Ce qui permet de le comparer à celui de l’œuf cosmique qui représente le passage de l’Un au Multiple, du chaos à l’ordre, de la non existence à la vie, le cycle de la naissance et de la renaissance qui continue ; spécialement au symbolisme de l’œuf pascal qui est à la fois tombeau et nid ; il est tombeau pour l’ancien : Adam meurt dans le Christ, la nature meurt en hiver, l’homme meurt au monde ; il est nid, berceau pour la renaissance du « nouveau ».

Vivre – Mourir et re-Vivre sont des étapes très importantes dans notre cheminement de F Maçonne, qui nous permettent de jauger notre avancée. La 1ère fois qu’elle doit mourir, l’Initiée s’y prête en quelque sorte passive et un peu craintive à la fois, sans trop bien savoir ce qui lui vaut cet enfermement dans ce lieu aussi sinistre qu’est le Cabinet de réflexion ; cependant, elle apprend plus tard qu’elle y est morte à sa vie profane pour pouvoir revivre à une vie nouvelle par son initiation : sa mort, ici, ne profite qu’à elle-même puisqu’elle la conduit à l’initiation. Chemin faisant, c’est le regard nouveau qu’elle porte sur sa vie, son entourage, son environnement qui va la guider jusqu’à sa seconde mort, à l’ombre de l’acacia et sous un drap mortuaire ; forte d’une première expérience, c’est avec sérénité qu’elle accepte cette nouvelle épreuve qui fait revivre en elle Hiram, le Maître, dont l’œuvre interrompue par sa disparition précoce doit se poursuivre ; cette mort-ci est telle une mue de serpent qui fait peau neuve ; et elle profite grandement à l’humanité, puisqu’elle œuvre à la renaissance d’un être amélioré, embelli, proche de la perfection. Au 18ème Degré, l’Initiée choisit de son propre gré de mourir, à l’instar du Phénix, pour la pérennité de son « espèce » : l’être vertueux, humble qu’elle est devenu pour l’amour de ses semblables, le bon pasteur, l’être parvenu à la Perfection requise pour l’amélioration et le progrès de l’Humanité.

Mais pour le Chev. R+C., l’oiseau Phénix ne symbolise pas seulement l’immortalité par son retour à la vie après la mort voulue et acceptée par lui. Il évoque également le feu destructeur et créateur parce qu’il meurt du feu et renaît de la chaleur de ses cendres ; le Phénix représente alors, pour le Chev. R+C., des symboles très forts qui procèdent du feu purificateur et régénérateur, du feu qui ravive et revigore, du feu d’où jaillit la lumière ; aussi, il est, pour le Chev. R+C, l’emblème : de la Nature qui se renouvelle par le Feu : Igne Natura Renovatur Integra ; de l’amour fusionnel : y-a-t’il plus belle preuve d’amour que de se laisser consumer et réduire en cendres pour perpétuer sa race ? aimer jusqu’au sacrifice de sa vie ? ; de la lumière qui éclaire, irradie et réchauffe.

Le Phénix est symbole de la résurrection et de l’immortalité, symbole de l’éternité de la vie, lui qui « meurt pour vivre ».

C’est là tout l’enseignement du 18ème Degré où, sous l’effet du Feu à la fois destructeur et rénovateur, sous l’effet de l’Amour inconditionnel, le Grand Œuvre s’accomplit enfin, la Rose Mystique, en gestation depuis les premiers degrés, éclôt finalement dans toute sa beauté, la Pierre brute devient enfin pur Or.

Le symbolisme du Phénix, c’est un ultime voyage de l’Initiée dans les profondeurs de son intimité où tout ce qui entrave encore son esprit et son cœur, les empêchant de s’élever, se consume, se renouvelle, se régénère pour le réveil définitif de son être essentiel, sa Conscience, qui renaît en Sagesse, en Force et en Beauté, à une vie tout autre pour un Monde meilleur.

L’Oiseau de feu représente alors, pour la Franc-Maçonne du 18ème Degré, « l’emblème de la pensée immortelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendres sur le bûcher de l’immortalité » ; n’est-ce pas sous l’aile du Phénix, à l’instant même où il renaissait de ses cendres, que l’Initiée du 17ème Degré, le Chevalier d’Orient et d’Occident, croit avoir retrouvée la Parole perdue, elle qui s’est fait serviteur de la pensée libre, éclairée par la connaissance et dirigée vers les plus hautes aspirations de l’esprit ? Le Phénix est donc pour le Chev. R+C symbole :

de l’éveil spirituel,
de la matière spiritualisée,
de la volonté de survie Vie – Mort – Vie pour l’éternité,
de la Tradition initiatique qui ne meurt jamais, mais plutôt évolue, se transmet et se perpétue d’âge en âge,
de la transmission à l’infini,
de l’immortalité.

C’est pour cela « qu’il meurt pour ne pas mourir, qu’il périt pour vivre », « Morir per non morir » « Perit ut vivat » !

J’ai dit, mes S S Chev. R+C.

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