Les Vertus Théologales
G∴ D∴
A la gloire
du grand Architecte de l’univers
ORDO AB CHAO
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du suprême conseil pour la
France,
Des souverains grands inspecteurs généraux du
33ème et dernier degré
Du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Au cours de l’aventure humaine, l’homme éprouve le besoin de repères, pour répondre au nécessités de règles communes au groupe dont il fait partie. Ainsi naitront des codes divers (d’Hammourabi, à notre code civil actuel).
Mais les lois ne satisfont pas le besoin personnel de valeurs c’est-à-dire une exigence morale personnelle, qui s’impose à chacun en complément du législatif dans une finalité transcendantale.
Naitront donc dés lors que le bien et le mal auront été définis et acceptés comme tel des valeurs séculières codifiant le comportement individuel, ce seront les vertus dites cardinales (ou naturelles) : La prudence, la justice, la force, et la tempérance.
Le Dogme chrétien, considérant que les dispositions spirituelles humaines sont en accord avec la Loi divine, et se fondant sur la nature de l’être humain distinguera entre ces vertus cardinales, et les vertus surnaturelles ou infuses, qui sont données par Dieu par le dynamisme de la Grace.
Ces dernières sont les « vertus Théologales » : la Foi, l’Espérance, et la Charité.
Elles adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine par la conséquence de la Grace. Si l’on considère que l’ordre d’énumération, détermine un rang de valeur, la Foi prime, suivie de l’espérance, et de la charité.
L’explication que donne St Paul de cet ordre énumératif est qu’à la fin des temps, la Foi n’aura plus de raison d’être pour constater l’existence de Dieu qui se sera révélé, et l’Espérance ne sera plus de mise, tout étant accompli et plus rien ne restant donc à espérer. La seule des trois vertus qui subsistera sera la Charité, c’est-à-dire l’amour universel.
C’est la charpente du Dogme qui s’entend comme un ensemble de règles à suivre, pour une finalité utopique, et tragique : (la fin des temps) ou la Foi, et l’Espérance forment le socle de ce concept et priment parce qu’elles sont la base du rapport à Dieu, et que la Charité en matérialise l’application temporelle.
Tel n’est pas l’ordre dans lequel l’Ecossisme, les considère.
Il nous en effet précisé, qu’elles sont susceptibles d’une interprétation initiatique, parce qu’ici notre quête est celle de l’homme vivant parmi ses F F, cherchant sa voie spirituelle, et pour ce faire libéré de tout formalisme étroit et de tout dogmatisme.
Nos finalités sont différentes du Dogme, parce qu’il s’agit pour nous d’une autre gestion temporelle, non pas celle de la finalité éternelle, tragique, mais de la gestion de la dramaturgie humaine, du rapport de la conscience avec le Principe Universel dans un temps limité à notre brève existence.
Ainsi l’ordre d’énumération des 3 vertus est-il modifié pour devenir : La Foi, la Charité et l’Espérance.
Comme l’indique le rituel, si la Foi reste le moteur de notre énergie vers la poursuite des plus hautes réalisations spirituelles, la Charité procède de l’unité du cosmos par la voie du renouvellement universel, et l’Espérance issue de la conscience du temps nous invite au perfectionnement spirituel et à notre dépassement.
Mais les lumières des 3 colonnes qui les portent sont éteintes lorsque les impétrants passent devant elles dans le temple Noir. Ainsi ces 3 vertus ne sont elles pas immédiatement perceptibles. Il ne reste alors aux récipiendaires qu’a se tourner vers l’Orient pour percevoir le chemin vers une perception de leur signification.
La Foi s’analyse suivant 2 composantes : un sentiment d’évidence, lié à la compréhension intellectuelle de ce en quoi on croit, et un sentiment de certitude, associé à la confiance intime dans la fiabilité de l’objet de sa foi.
Ces deux composantes se renforcent mutuellement : la certitude qui s’oppose au doute, permet de guider la compréhension et l’évidence qui s’opposent à l’incompréhension et affermissent la foi.
Pour Platon : (la République livre VI) la foi permet de connaitre certaines réalités du monde, il distingue entre le monde visible et le monde intelligible, Aristote ressent la foi comme un ensemble de convictions qui forment le socle de la réflexion et de la confiance commune.
Pour nous Maçons, la Foi doit être comprise comme une perception de l’origine de notre spiritualité.
Elle est avant tout individuelle (à l’inverse du Dogme qui est communautaire) « je crois et j’acquiesce au plan du GADLU ».
Elle implique une mise en mouvement, (donc une interaction réciproque).
Cette vision Théiste qui est celle de notre Ordre et celle selon laquelle l’homme n’est pas tiré du néant (mais du chaos). L’homme est ici conçu comme issu de Dieu. (Sorti de Dieu) par filiation, rayonnement, émanation.
Il est par NATURE (et ne serait-ce que pour une part) CONSUSTANCIEL à Dieu.
C’est à dire que l’homme pour cette part : celle de l’Esprit, a été fabriqué (et non plus crée) à partir d’une matière subtile, préexistante, dépendante et voulue par Dieu.
Par cette acceptation du Théisme, nous posons en fait le postulat suivant : Si nous sommes l’émanation d’une volonté divine, alors notre esprit contient une partie de divin qu’il nous faut rechercher dans nos profondeurs intérieures, par la contemplation, et la méditation.
C’est le chemin de l’Initiation, puis la renaissance symbolique par la métanoia, ce retournement qui permet cette révélation, c’est la Lumière qui brille à l’Orient.
Car dans le cas contraire, si l’homme n’est qu’un avatar de la création, dans une nature sans lien spirituel avec son créateur, l’univers n’est qu’une simple collection d’objets dispersés dans l’infini, avec des mouvements liés à des interférences et des causes mécaniques.
Alors l’homme reste avec sa vision primaires du monde phénoménal et la vision Ontologique de l’homme disparaît, et avec elle la F M de Tradition.
Notre vision de la Foi (d’où sa primauté) nous permet de retrouver l’unité originelle, et de se fondre en elle, rejoignant ainsi la doctrine du néoplatonisme de Plotin. C’est la force de tenir tète à la folie et au chaos du monde physique, en maintenant que rien d’extérieur à nous même ne possède une quelconque autorité sur ce que le Principe nous permet.
La Foi est la force d’accepter la nature de la vie telle qu’elle est, et d’abandonner la tache vaine et insensée de vouloir ignorer le changement qui découle de notre quête.
La Charité, c’est l’agapè,c’est-à-dire l’amour de l’autre.
Les grecs avaient 3 mots pour désigner l’amour : éros, philia, et agapè. Parce qu’éros avait un sens charnel et philia un amour « seulement » humain, agapè fut choisi par les traducteurs du Nouveau Testament et traduit en Latin par : Caritas.
Il fait référence à 3 choses :
1er) aux banquets sacrés (nos Agapes) : quand les premiers chrétiens se réunissaient, pour commémorer la dernière Cène, ils appelaient cette fête : Agape, d’où notre Agape Pascale.
2ème) : au devoir fraternel envers les pauvres, quelle que soit le genre de leur pauvreté pourvu que puissions y apporter un soutien, surtout sur le plan spirituel.
3ème) : à la conscience de l’Unité de l’Univers dans lequel l’amour pris dans sa forme la plus générale (Y compris dans les lois physiques qui nous gouvernent,) met en œuvre l’agglomération des différences créatrices de l’unité (ou d’une entité), l’inverse étant l’atomisation physique ou sociétale. Et l’atomisation de la matière ou d’un groupe humain est toujours une désintégration.
Au sens ordinaire du 2ème terme, la charité présente la faiblesse de se pratiquer souvent comme un acte agréable et utile inspiré en fait par notre égo qui se satisfait de l’image valorisante qu’il se donne ainsi de lui même.
Pour nous Maçons elle procède de l’unité du cosmos ainsi que le rappelle le rituel. C’est donc une autre conception qui nous attache à cette vertu. Il ne s’agit pas de se contenter du bonheur que l’on peut apporter, mais de d’en avoir une conception liée à l’image extrinsèque du GADLU par notre consubstantialité évoquée plus haut.
La Charité devient alors un élément de rapprochement de chacun d’entre nous avec l’Unité. Les voies de perfections qui nous sont données en ce domaine, nous invitent à chercher à donner non pas plus que nous ne pouvons mais autre chose que ce que nous pensons pouvoir donner. Cela suppose un regard d‘empathie vers les autres.
Cette notion dépasse en conscience l’aspect seulement matériel et fiduciaire, mais traduit le Devoir qu’implique notre degré de perception de la Fraternité Universelle.
En cela nous nous distinguons de la proposition dogmatique de Fénelon qui soutenait qu’il ne pouvait y avoir en nous un état habituel de l’amour de l’autre pour celui de Dieu, sans mélange d’intérêt propre (propos d’ailleurs condamnés par le pape Innocent XII en 1699).
Parlons enfin de l’Espérance.
La première question que l’on peut se poser c’est de savoir si elle est bien une vertu. Une vertu doit assurer indéfectiblement (à condition de l’utiliser) une œuvre tendant vers la perfection. Or d’une part l’espoir est- il déterminé au bien moral ? Ne peut on espérer mal à propos, c’est à dire pour un but finalement désordonné (le voleur espère ne pas être pris et donc puni).
Et d’autre part même s’il porte sur un but vertueux, espérer n’est-il pas un acte imparfait, puisqu’il implique l’absence de ce que l’on espère, et autant d’incertitude de l’atteindre ?
On retrouve d’ailleurs une analogie avec la FOI : croire n’est pas exclusif de l’erreur, puisqu’un témoin peut nous tromper.
La solution sera du même type : ce qui fait l’éminence de l’Espérance, et lui assure une perfection suffisante pour qu’elle soit une vertu, c’est sa règle, son motif formel, comme pour la Foi qui s’appuie sur une Vérité Première révélante.
Saint- Thomas définit l’Esperance comme le mouvement d’un appétit de lutte et de conquête.
Pour commencer l’espoir porte sur un bien, et cela le distingue de toute affection suscitée par le mal, telle que la haine. Ce que l’on espère est toujours bon ou du moins tenu ou pour tel.
Il faut ensuite que ce soit un bien absent et futur. Ce que l’on possède déjà on ne l’espère plus, et si c’est vraiment un bien on en jouit.
En 3ème lieu, il faut que ce bien présente une difficulté à acquérir, c’est un bien ardu. Ce qui se présente quoique futur comme facile, on peut le désirer, mais on ne l’espère pas. Voici 2 affections souvent confondues et qu’il importe de bien séparer.
L’espoir n’est pas le simple désir, il l’inclut et le suppose mais il contient ce caractère qui en fait une différence formelle, il est un élan vers un bien ou une réalisation difficile. Dans l’espoir il ya toujours de la grandeur, pas forcement dans le simple désir.
Bien futur et ardu, l’objet de l’espoir doit enfin être considéré comme possible. Ce qui est impossible on peut continuer à le désirer, mais on ne l’espère plus.
Si cette dernière note (bien futur et ardu, mais possible) me semble la plus formelle et caractérise l’objet de l’espoir, c’est qu’elle découle immédiatement de son motif : ce à raison de quoi on espère.
C’est précisément ce qui nous rend possible le bien difficile : cela peut être soit notre propre force, l’estimation de nos ressources, soit le secours d’autrui c’est-à-dire de nos F F pris au sens général de notre considération de l’humanité.
Aristote et St Thomas le disent : Ce qu’on peut avec le secours de ceux qu’on aime, on le peut en quelques sorte par soi même, car on ne fait qu’un avec ceux qu’on aime.
Et cela manifeste le rapport de l’Espérance avec la Charité, c’est-à-dire avec les diverses formes de l’amour qui précède l’espoir et le fait naitre. Il y a dans la considération conjointe de ces 2 vertus le profit d’un accroissement mutuel.
Pour conclure : L’Espérance comme la Foi peut être séparée de la Charité mais il lui manque alors pour être une vertu de ne pouvoir en ce cas rectifier la spiritualité de celui qui cherche, et de ne pas permettre de percevoir la notion d’unité du cosmos à laquelle nous aspirons.
En fait je ne peux dissocier ce 3 vertus qui se trouvent rassemblées dans le mot sacré I.N.R.I, et j’entends aussi à l’Agape Pascale lorsque le Très Sage procède à la réanimation des Lumières, mes F F dire après la réanimation de la 7ème Lumière : « Que la Foi, la Charité et l’Espérance nous soutiennent, nous unissent et nous animent ».
J’ai dit.