18° #415012

Pourquoi la quête du Chevalier Rose-Croix ne serait que désespérance ou illusion sans l’aide de la Charité ?

Auteur:

G∴ S∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
DEUS MEUMQUE JUS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
ORDO AB CHAO
Sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité

Répondre à cette question m’engagea à faire un retour sur ce que fut ma quête d’Initié jusqu’à ce que je rencontre nos riantes Vallées en même temps que la Charité du Chevalier Rose+Croix. Que fut ma quête jusque là ? Pourquoi construire tous ces Temples ? Pourquoi point de Charité jusque là ? Etais-je dans la désespérance et l’Illusion sans le savoir ? Trois Temples puis les ténèbres.

Depuis le début de mon Initiation, à l’âge de 3 ans, j’ai été tout d’abord tailleur de ma propre pierre, puis Christophe Colomb, explorateur du nouveau monde qui s’offrait à mes sens touts neufs et au levier de ma volonté toute nouvelle, au delà de ma simple individualité, puis, enfin spectateur plus qu’acteur de mon accession à la maîtrise, spectateur tardif d’un drame s’étant noué pendant que je n’étais encore un maçon mûr, avant que je ne sois parvenu à ce 3ème degré du Maître parmi les Maîtres, stade ultime de l’Initiation en même temps que réel départ, puisqu’ayant pris la place d’Hiram l’Architecte, afin d’achever le Temple, mon Temple. Mais achever le Temple ? Quelle grande histoire finalement, car ces mots substitués qui sont les miens sont-ils dignes de remplacer ceux du Maître disparu ? Et, quel Temple ? Pour quoi faire ? Me regarder un nombril substitué ?
Par 3 fois, dans le zoom fractal d’une nouvelle phase de progression symbolique, passant de la recherche de la perfection à la découverte de l’Amour qui unit les hommes, mes Frères, dans mon Initiation, un Temple sera dessiné, commencé, achevé, détruit. Poussière de Temple, tu retourneras à la poussière…. Tant que tu n’auras pas compris, petit Sisyphe maçonnique que tu es à ce moment.

Une première fois, les mots que j’ai substitués à ceux d’Hiram mort, m’ont fait achever un Temple matériel, que je pensais parfait, dans ma vacuité égocentrée de tout nouveau Maître. è Mais ce Temple, illusoire, s’effondrera avec la chute de Salomon, Sage parmi les Sages. Première chute de haut. Cette perfection n’était que de carton. Qui suis-je pour y avoir cru ?

Une seconde fois, sortant du salutaire exode babylonien, ayant ruminé mes échecs et réfléchi à la chute qui termine nécessairement l’absurde croyance d’avoir atteint la perfection, j’ai reconstruit un Temple, plus ferme, truelle à la main et épée dans l’autre, car mon monde s’est complexifié et les ennemis s’y montrent et attaquent ouvertement le travail de construction. Ce ne sont plus les fuyards honteux d’un crime immémorial qui se terrent. Il sont bien là cette fois, mes ennemis et je dois défendre l’œuvre de construction, en même temps que je dois faire plier ceux qui retombent dans l’adoration des idoles, part de moi encore trop apte à se laisser détourner du Devoir par ce qui brille.

Une seconde fois, le Temple est détruit, pris par les Romains : D’autres croyances, païennes en sont venues une nouvelle fois à bout. Ce n’est plus l’aveuglement illusoire sur soi qui en est la cause, moins aveuglé je suis…mais l’absence d’appréhension de la complexité du monde, de ce qu’est l’autre et de ce que je suis. Je suis encore auto-centré, trop matériel, insuffisamment sensible à l’autre et imperméable au subtil. Mon second Temple est un temple d’échec.

Un troisième Temple pointe son nez. Mon orientalisme empreint de la pureté rêvée du culte du Grand Architecte rencontre l’Occident, le nouveau testament, Jean le Baptiste et son baptême de repentir de la faute originelle, désobéissance aux Dieux, chute de l’Eden, meurtre d’Hiram. Toutes ces choses fondatrices de la divinité Une qui se temporalise et crée l’humanité. Le Haut rencontre le bas, Dieu l’inaccessible va dépêcher son fils, homme parmi les hommes. Un nouveau Temple est construit, modèle de l’œuvre à édifier, œuvre, cette fois, qui concerne l’humble créature qu’est l’homme, car je découvre que l’Initié que je suis est un homme, davantage qu’une fiction symbolique, machine à ruminer des temples et des tabernacles de toute beauté, mais construits sur le sable de mes illusions. L’homme que je suis et qui doit s’élever dans les hautes régions de la spiritualité doit inscrire ou plutôt, découvrir dans cette chair qui le fonde et l’inscrit dans le monde des vivants, le spirituel qui est en lui.

Tout a été dit, tout a été fait, le Temple de l’homme a été construit, modèle cette fois parachevé qu’il ne restera plus qu’à reconstruire et reconstruire, au fur et à mesure de ses destructions à venir ? Mais, un Temple de matière se voit, quelqu’en soit le degré de perfection, il demeure donc dans le domaine de l’apparence, il est fini, rigide, il ne peut s’adapter au temporel mouvant et a tôt fait d’attirer contre lui les forces de destruction. Ce Temple matériel une fois achevé devient source d’orgueil, citadelle à défendre, devient prison pour ses constructeurs, je m’y enferme dans une nouvelle illusion et une bonne dose de désespérance de savoir qu’une nouvelle destruction est inéluctablement proche.

Le Grand Architecte lui-même, fatigué de voir le relâchement des ouvriers, l’abandon de l’édifice à peine construit, le remplacement de la force et de la beauté par la discorde et le vice, détruit le 3ème Temple. Et cette fois, il va plus loin, il détruit intégralement le monde de rites et de symboles duquel ce Temple est devenu le centre, me replace dans les ténèbres primordiales, car le temps est venu de passer définitivement à autre chose.

Temple de matière reconstruit, Temple de matière détruit. Illusion, désespérance de voir la construction sans cesse mise à bas. Je n’avais pas encore tout compris. L’apocalypse de Jean va le graver en moi en lettres de feu.

Ton Temple sera spirituel ou ne sera pas. Il n’y a plus de Temps.

Le Très Puissant déclare : « Ceux qui sont nés une deuxième fois, ceux qui sont « nés d’esprit » ne doivent plus chercher à relever le Temple terrestre, une nouvelle fois détruit par la main de l’homme, mais doivent chercher à faire descendre sur terre cette Jérusalem céleste, ce Temple spirituel déjà décrit par le prophète Ezéchiel ». (page 29 du Rituel) « Il n’y a plus de temps ! »

Par 3 fois le Temple reconstruit a été détruit, mon monde est détruit, brûlé, réduit en cendres fines, l’espace et le temps antiques ne sont plus. L’ancienne temporalité dans laquelle je me prélassais à longueur de degrés n’est plus.

Ce qui ressemble à la perfection ne peut être la perfection, inaccessible à l’homme par nature, comme me le rappelait déjà le 4ème degré. Il faut croire que j’ai eu du mal à m’en convaincre.

Tout a donc été détruit, jusqu’aux symboles et au Rite lui-même. Seule, la faible lueur de l’espérance brille encore, celles de la foi et de la charité se sont éteintes, lesquelles n’étaient pas comprises, de toutes façons.

L’ancien monde n’est plus, il faut repartir de zéro, réassembler un monde nouveau, basé sur l’amour, aligné, orienté sur l’amour. Humilité, Amour, INRI !

En effet, seul l’Amour, pur, du plus humble d’entre tous, nous dit le Rite, guide alors le Maçon angoissé vers les Colonnes rédemptrices de l’Espérance, de la Foi et de la Charité, annonciatrices d’un nouveau monde, moins matériel, plus lumineux.

J’erre dans les ténèbres, combien de temps ? « Il n’y a plus de temps ». Je cherche vers le Phénix quelques raisons d’espérer. INRI (Igni Natura Renovatur Integra)

Sans amour, sans l’humilité devant la Création, le Créateur, sans l’espérance et la Foi dans la Création, le monde qui se détruit reste à jamais monde de ténèbres et se referme sur le Maçon errant. Mais l’amour, l’humilité du Chevalier doivent lui permettre de réussir à transcender les pires épreuves temporelles, jusqu’aux plus ténébreuses et d’éclairer dès lors le monde dans lequel il est, par la puissance des vertus théologales qu’il a développées, la Foi, l’Espérance et la Charité.

Toute mon Initiation passée, réduite en cendres, est toujours là. Mais la combustion divine qui m’a laissé hors de tout dans le Tout, peut me permettre d’entreprendre autre chose cette fois, et le Phénix renaissant des propres cendres de son passé usé, me suggère amicalement de renaître moi aussi de cet amas de cendres, mais de renaître Autre cette fois, un Autre dont l’atome de base servant à la reconstruction sera enfin, en toute humilité face au Tout, l’Amour qui me relie à l’Unité et m’harmonise avec les hommes, l’Autre, moi-même. Tout le reste n’est que perte de Temps, au sens propre. Il n’y avait plus de Temps, Je veux être Un dans un autre Temps, quelqu’un d’autre animé de la Foi en ce Rite effondré de ma suffisance mais qui va pouvoir se relever en moi, plus fort que jamais. INRI est la parole qui éclaircit le monde d’amour et me le rend indestructible.

L’errance dans les ténèbres prend fin, lorsque j’entends la voix mystérieuse qui me rappelle que mes Frères attendent que je retrouve la Parole « afin de faire renaître l’antique splendeur de l’Ordre », qui provoque ma Foi et en appelle à mon courage. (1)

Déclic.

Tout peut dès lors se reconstruire, mais cette fois, de façon ordonnée, orientée, Ordo ab Chao, du matériau encore brut de la perfection factice passée, réduit en cendres salvatrices, un monde nouveau est construit, pur, parfait, taillé dans la pierre d’Amour, hors de la matière, un monde spirituel.

Mais il faut encore à ce monde, quelque chose d’autre, pour qu’il ne soit pas vain, pour que cette construction spirituelle ne soit pas sèche, stérile. Il faut que ce monde, cette construction, ce Temple spirituel, s’incarne dans la réalité temporelle du Chevalier Rose+Croix qui le porte, qui le contient, et que ce dernier commence alors son travail, son devoir de transmission, son acte d’amour, de charité : « Donne à manger à celui qui a faim, donne à boire à celui qui a soif ».

Tel Dieu qui sacrifie son fils pour l’amour de l’Homme, un Pélican qui nourrit ses enfants en s’arrachant sa propre chair matérialise la profondeur de l’engagement du Chevalier Rose+Croix, fait d’Amour et qui offre cet Amour en se partageant avec l’autre.

C’est la charité du Chevalier Rose+Croix que je suis devenu, Pélican transmetteur d’un amour humble et pur qui a pris place en moi, en conscience. Chacun de nous, Chevalier Rose+Croix, peut désormais exercer la Charité, transmettre le pain, nourriture spirituelle nommée, et le vin, symbole de la connaissance (symbole car il n’appartient à personne de la décréter pour autrui), à qui en a besoin et seulement à qui en a besoin. L’Amour, l’humilité, nous permettent de discerner qui a besoin de quoi et doivent nous apprendre à ne pas donner pour briller mais donner pour offrir un pas, une indication sur la direction du chemin vers la Lumière, tout en nous effaçant pour ne pas la masquer.

La charité du Chevalier Rose+Croix est le Chevalier Rose+Croix. Sans elle il n’est plus. De la Foi qui s’est déclarée à la lueur de l’Espérance, cette 3ème vertu théologale qu’est la Charité en est le résultat, l’incarnation, la réalité du Chevalier. Le signe et le contre-signe établissent le lien entre le Haut et le Bas, entre Dieu et l’homme, entre le spirituel de la Jérusalem céleste et le Chevalier de chair. Une fois ce lien re-découvert, établi avec la force de la Foi, la Charité entre en action, l’Espérance sera toujours là. « Que la Foi, la Charité et l’Espérance nous encouragent, nous guident et nous soutiennent ! » Et les 4 vertus cardinales, (Courage, Justice, Prudence, Tempérance) sont à nos côtés, autour de nous, pour rendre efficiente et pérenne notre action de Charité.

Sans cette Charité, incarnation de l’Amour qui a ravivé l’Initié pour en faire un Chevalier Rose+Croix, le monde redevient factice comme il le fut déjà, je redeviens un humain stérile, trainant sa désespérance dans l’illusion reconstruite.

Si cet acte d’amour est factice, intéressé, manifestation d’égo plutôt que geste désintéressé pour soi mais intéressé à l’autre, l’exercice aura été vain, le Temple spirituel se rematérialisera bien vite et le cycle infernal de la décadence de l’esprit puis de la destruction du Temple et du monde qu’il aura créé autour de lui. Alors, il faudra repartir de zéro ou plutôt, de zéro plus l’éternelle petite lumière de l’espérance, atome de base de l’humanité.

Mais si cet Amour du Chevalier est réel, s’il constitue bien le Chevalier Rose+Croix que je crois être, ma quête peut s’accomplir, armé de ma baguette de pélerin pour aller partager avec mes Frères d’humanité le message d’amour et de charité qui me fait répondre à qui me demande si je suis Chevalier Rose+Croix : « J’ai ce Bonheur ».

Saint Augustin pour conclure

Je reprends pour conclure momentanément cette réflexion, une phrase de Saint Augustin tirée d’un travail que je présentai ici même en 2011 sur le thème « Aime et fais ce que tu veux ».

Saint Augustin développe la notion d’Amour dans sa composante active, dans sa composante du « Faire » par le concept de Charité : Ceux qui ont la charité sont nés de Dieu ; ceux qui ne l’ont pas ne sont pas nés de Dieu. Là est le grand signe ; le grand principe de discernement. Aie tout ce que tu voudras : si cela (la charité) seul te manque, le reste ne te sert à rien ; mais si tout le reste te manque et que tu aies la charité, tu as accompli la Loi. Qui aime son frère a accompli la Loi. dit l’Apôtre, et encore : La plénitude de la Loi est la charité ».

Chevalier, tu as pris conscience que tu es Amour, que cet Amour est ton guide pour chaque seconde de ta vie, Amour incarné en ton individualité mais qui te ré-assemble au reste de l’humanité, comme au reste du monde visible et invisible. Par l’Amour et la Charité, tu touches l’infini de ton Créateur. « Quitte la cité terrestre pour la cité de Dieu, t’exhorte Saint-Augustin, la cité de Dieu, qui n’est pas de ce monde, te donne accès à l’éternité ».

Saint-Augustin nous enseigna l’Amour et la charité. L’Initiation, l’Espérance, la Foi, guident le Franc-maçon sur le chemin qui y conduit.

J’ai dit, Très Sage.

Note :

(1) Texte prononcé par la voix mystérieuse : « Depuis que le soleil a disparu, que les ténèbres se sont répandues sur la terre, que les outils ont été brisés et que l’Etoile flamboyante s’est éteinte, les ouvriers se sont dispersés et la Parole a été perdue. La misère a accablé la Maçonnerie, et les Frères attendent que cette Parole soit retrouvée afin de faire renaître l’antique splendeur de l’Ordre.  Vous vous êtes engagés dans cette mission difficile, mais la Foi vous manque ! Prenez courage, le flambeau de l’Espérance vous éclaire Vos Frères vous attendent et vous sortirez des ténèbres ».

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