Le signe du bon pasteur et le symbolisme de l’agneau
S∴ A∴
Il parait logique d’associer les thèmes du bon pasteur et de l’agneau, tant les représentations iconographiques et les références qu’elles soient religieuses ou dans notre cas, maçonnique, sont nombreuses. Si dans ma colonne gravée il y bien évidemment deux parties distinctes à savoir, le signe du bon pasteur et le symbolisme de l’Agneau, je ne pourrai parler de l’un de ces deux thèmes sans faire souvent référence à l’autre.
Dans l’évangile de Jean il est écrit : Je suis le bon pasteur, le vrai berger. Qui dit berger, dit troupeau et je vois immédiatement cette image représentant le berger portant sur ses épaules l’agneau, cela on pourrait le penser, dans un souci de bienveillance, de protection. Chez les chrétiens, le bon pasteur est symbole du christ, berger de son troupeau qui veille à ce qu’aucune de ses brebis ne s’égare. C’est l’un des titres par lequel s’identifie Jésus et comme lui il écoute, attitude essentielle dans la relation avec autrui, il connaît dans le sens d’une connaissance profonde qui passe par le cœur, il suit c’est-à-dire après avoir écouté et connu il décide d’adhérer ou pas à ce qu’il a vu ou entendu en toute liberté. Cela me fait penser à une phrase que prononce le Trois Fois Puissant Maître après le premier voyage d’initiation au 4ème degré, je cite : vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions.
Ces qualités du bon pasteur doivent se retrouver chez le Chevalier Rose Croix. Comme lui il doit être un homme fort, celui qui défend son troupeau de tous les dangers. Comme lui il est plein de sollicitude et renferme dans son cœur la paix et l’amour. Avec ce que j’ai à ma disposition j’ai essayé de trouver l’origine du signe du bon pasteur. Dans son article « Le signe du bon pasteur », Ordo Ab Chao n°8, le frère Jean Lancier se réfère au rituel du Chevalier Rose Croix, daté approximativement de 1765, où il est décrit ce signe qui était avant tout un geste d’attouchement qui portait initialement l’appellation de bon pasteur. Le Très Sage, dans le rituel, en fait la description suivante pendant la cérémonie de réception, je cite : « l’attouchement est de croiser les bras, les deux mains posées sur les deux mamelles, celui qui attaque pose sa main à sa volonté sur la mamelle droite ou gauche… Celui qui répond fait le contraire ou l’opposé… Cet attouchement s’appelle le bon pasteur ».
C’est seulement après la cérémonie de la cène et après avoir reçu le baiser du Très Sage que les frères prennent cette posture qui serait donc devenue par la suite notre signe d’ordre. Mais cette interprétation n’appartient qu’à celui qui la propose car le Suprême Conseil de France ne suit pas du tout le frère Jean Lancier en raison du manque d’explications de certains textes dont il dispose. Toujours est-il que le thème du bon pasteur est autant présent tant dans les nombreux textes publiés comme par exemple, le rituel du Souverain Prince Rose Croix, le Tuileur Delaunaye, la Tuileur de Vuillaume, le Tuileur des 33 grades, que dans les écrits bibliques où le mot « pasteur » est associé à berger.
Le signe du bon pasteur se fait en croisant les mains sur la poitrine. Je vois dans ce geste qui peut exprimer des sentiments d’humilité et de dévotion, l’expression de la volonté d’un retour sur soi, de revenir au centre et c’est plus qu’un geste de dévotion qu’il accomplit en reposant les bras sur la poitrine.
J’imagine le Chevalier Rose Croix comme une croix latine les bras tendus, comme ceux du christ rédempteur de Rio de Janeiro. Comme le plus humble de tous qui est mort pour sauver les hommes et qui éprouve le besoin, après avoir souffert les pires maux jusqu’au sacrifice, de se ressourcer, d’aller chercher au plus profond de lui-même l’énergie nécessaire, lueur d’espoir ou étincelle divine pour que règne l’amour parmi les hommes. Ce geste de reposer les mains sur la poitrine est pour moi un geste d’amour rempli d’une grande humilité Le Chevalier Rose Croix l’accomplit comme s’il voulait se recueillir avec le désir de transmettre l’idée que notre salut c’est au fond de nous même que nous le trouverons. C’est un message de compréhension, d’assentiment avec la volonté d’amener l’autre à ouvrir les yeux sur sa potentialité, le persuader que toute la puissance créatrice que l’on est en droit d’espérer détenir nous la possédons c’est par notre amour que nous l’exprimerons de la plus belle des est à l’intérieur de nous même et l’amour doit nous permettre de la traduire de la plus belle façon qu’il soit.
Cet amour, mes bien aimés frères Chevaliers Rose Croix, est présent au fond de notre cœur et aussi au centre de la croix latine. Si dans la chrétienté cette croix symbolise la souffrance en tant qu’objet de torture, pour le Chevalier Rose Croix elle est tout au contraire, par la présence de la rose mystique présente à l’intersection des deux branches qui la composent, la représentation du passé et de l’avenir et aussi comme l’expression d’une revanche, je m’explique : Le Chevalier Rose Croix pourrait très bien dire : « Vous qui avez crucifié le plus humble de tous, qui avez fait périr sur la croix cet homme dont le seul désir était de rassembler les hommes dans un élan d’amour, et bien moi, de cette croix je vais en faire autre chose ». En son centre je vais y placer une rose en lieu et place du cœur de l’homme que vous avez exécuté. Elle sera ainsi et à jamais le témoignage de cette sollicitude qu’il témoignait aux autres hommes et de cet amour qui doit régner entre eux.
Depuis son initiation au premier degré, le franc maçon travaille sans cesse sur cette perpendiculaire qui le ramène inlassablement au plus profond de son être tout en veillant aux nivellements des valeurs. Gravir patiemment la lente et harmonieuse échelle initiatique lui a appris qu’il est désormais inutile de reconstruire ce temple matériel que les hommes se sont acharnés à détruire. Alors une autre voie s’ouvre à lui. La lumière éternelle qui brille sur le plateau du Très Sage doit à présent illuminer l’esprit du Chevalier Rose Croix. Ce dernier doit puiser la force et la volonté dans le pain, symbole de nourriture spirituelle et boire de ce vin symbole de la connaissance pour élever son esprit. Il exprime cela en quittant le signe du bon pasteur pour exécuter le signe et le contre signe. Il ouvre son cœur et la Jérusalem céleste descendue d’auprès de Dieu pénètre en lui pour illuminer son inconscient. Il devient l’un des dépositaires de l’esprit qui vient d’en haut. C’est un creuset alchimique créateur, réalisateur d’un idéal qu’il peut approcher par la connaissance des trois vertus théologales, la Foie, la Charité et l’Espérance. Cette espérance brille dans son cœur du plus bel éclat et c’est un fleuve d’amour que le Chevalier Rose Croix déverse atour de lui et qui trouve sa source au sein même de son être.
Au bon pasteur, au vrai berger on associe souvent l’agneau. Personnage solitaire, vivant en marge de la société les différentes iconographies le représente souvent avec un agneau sur les épaules ou dans les bras. Le porter dans les bras a une signification beaucoup plus symbolique. Le berger le porte contre son cœur d’où émane le feu sacré de l’amour, feu purificateur, seul outil qu’il reste au Chevalier Rose Croix pour construire son temple spirituel. Cette sollicitude du berger symbolise la tendresse de dieu pour son peuple. Elle s’exprime par l’agneau animal de douceur, d’innocence à la fois symbole d’amour et de non violence, de faiblesse, d’impuissance et le berger ou le pasteur le serre contre sa poitrine comme dans un geste d’amour et de protection.
Dans l’ancien testament il représente le sacrifice demandé par Dieu à Abraham, à la place de celui de son fils et dans le nouveau testament l’agneau est le symbole du christ, appelé Agnus Dei dans l’évangile de Jean. Il est écrit que « le seigneur est le temple et l’agneau ». Dans cette assertion se dégage une puissance, une force qui semble indestructible mais qui déborde d’amour. Pourquoi d’amour, et bien parce que par son sacrifice, Jésus qui est l’agneau le fait pour le salut des hommes au péril de sa vie. Il est l’agneau protecteur comme il est écrit dans l’ancien testament où Dieu ordonne à Moïse de sacrifier un agneau par famille et de répandre le sang sur les portes des maisons pour épargner les nouveaux nés. Il est aussi animal de souffrance comme dans le livre d’Essai (53.7) où le serviteur, homme de douleur et de souffrance lui est comparé et conduit à l’abattoir.
Le mot agneau est cité vingt huit fois dans le livre de l’apocalypse. Est-ce un hasard ou il y a-t-il une ou des raisons qui auraient vraiment un rapport avec Jésus ou l’agneau Pascal. C’est tout d’abord les 28 jours de l’avent, les quatre semaine avant noël annonçant la naissance de Jésus et c’est aussi en l’an 28 que Jésus prononce son premier sermon sur la montagne. Le sacrifice de l’agneau Pascal est étroitement lié au sacrifice de Jésus, victime innocente sacrifiée pour racheter les pêchers des hommes. Comme Jésus l’agneau a pris sur lui toutes les malédictions et par le sacrifice il sauve l’humanité toute entière. Il est le sauveur qui va réconcilier l’homme avec lui-même et avec l’humanité. C’est un pacificateur qui apaise les cœurs et les purifie de toute haine. C’est un sacrifice expiatoire qu’il accomplit dans le but d’exorciser le mal. Il veut transmettre ainsi un message d’amour qui doit contribuer à une nouvelle alliance. Cette comparaison entre l’agneau et le christ trouve une belle traduction dans les noces de l’agneau qui est le symbole de la victoire du christ dans le cœur des hommes.
L’agneau est au centre de la fête Pascale et par son sacrifice se dégage une notion de rédemption, de rachat de tous les pêchers du monde (Jean 1.29). Il est l’image de l’innocence, de la douleur opprimée. Moment de partage, à l’occasion de cette fête Pascale on puise dans la chair de l’agneau l’énergie vitale, la force purificatrice qui doit nous aider à construire notre temple spirituel. En le sacrifiant ou tue l’animalité qui est en nous. Il est le messie, agneau de la nouvelle alliance car il représente le troupeau (Essai 40.11). Il est présent pour exorciser, par son sacrifice, le mal qui ronge les hommes et transmettre ainsi un message d’amour qui doit unir les peuples. Par son sacrifice c’est le triomphe du renouveau, la victoire de la vie sur la mort.
Dans la religion juive, le sacrifice de l’agneau donne tout son sens à la Pâques. Il unit la communauté d’Israël et par son sang il en marque le salut. Il rappelle la traversée de la mer rouge et il est le symbole de la rédemption d’Israël et les juifs le célèbre pendant huit jours lors de la Pessah juive, commémoration de la libération du peuple d’Israël.
Au 17ème degré il repose sur le livre des sept sceaux, comme s’il voulait le protéger d’un acte malveillant et en interdire l’accès ou l’ouverture. Ce livre représente la loge maçonnique et seul le président peut en briser les sceaux. S’il a des vertus de douceur, de bonté et d’innocence, la soumission qui peut aussi le caractériser s’efface dans le livre de l’Apocalypse où l’agneau aux sept cornes et aux sept yeux se dresse sur le trône pour recevoir le livre. A cet instant on a une toute autre image de l’agneau car tous se prosternent devant lui : les quatre animaux (le lion, l’aigle, le taureau plus un autre à forme humaine) et également les vingt quatre anciens. Même s’il est symbole de douceur il est à présent digne par son sacrifice de recevoir la puissance et la royauté. Il devient l’agneau glorieux vainqueur de la mort et du mal. L’agneau est l’amour et le temple spirituel.
Pour conclure je dirai que l’on ne peut pas trouver mieux que l’agneau comme animal pour racheter au prix de son sang la folie des hommes. Le berger le porte dans ses bras comme une offrande étant la seule alternative à ce rachat, et je terminerai en citant cette phrase qui n’est pas de moi mais d’un de mes frères, compagnon des réunions d’instructions : Jésus est mort en agneau et renaît en en pasteur.
J’ai dit T S A