Le pont franchi, est un changement de vie, le passage de la descente en soi à la rencontre des autres
B∴ F∴
De la naissance à la mort, notre vie coule de passage en passage. Ce sont des étapes souvent difficiles, parce qu’ambiguës, contradictoires, mais, inévitables. Moments de crise, de remise en question : de soi, de ses valeurs, de ses croyances. Notre chemin initiatique n’échappe pas à la règle. De nombreux voyages, passages en avant, à l’envers, à reculons, se succèdent et ébranlent quelque peu notre foi maçonnique.
Aujourd’hui, c’est un pont qu’il importe de franchir en pleine conscience, pour aller de Babylone à Jérusalem, de l’Orient en Occident, de l’exil vers la liberté, pour transgresser nos limites et pour briser les entraves qui nous attachent au connu.
Le pont, fascinant lieu de passage, est le symbole de l’obstacle surmonté. La vie, elle-même, n’est-elle pas un pont entre deux mondes ? Le monde d’avant et le monde d ‘après, le monde de l’intérieur vers le monde de l ‘extérieur, le monde des apparences vers le monde de la vérité, notre essence primordiale ? Passer le pont ou mourir.
Le pont, est une construction qui permet de passer d’une rive à l’autre d’un obstacle quelconque. C’est un endroit de passage qui relie deux endroits éloignés. Lieu de passage qui réuni ce qui, dans l’espace est séparé, c’est pourquoi on peut voir dans le pont un symbole d’union, d’intercession et de relience.
On peut y voir aussi le point de passage de l’ancien au nouveau testament, et la préparation à l’accession au grade de chevalier R+C. Le grade de Chevalier d’Orient et d’Occident pouvant être considéré comme point de jonction par la mise en œuvre de l’Apocalypse. Le franchissement du pont offre de multiples possibilités d’interprétations, entre autres, on peut considérer que le chevalier sorti victorieux des épreuves traversées, obtient par là, la « liberté de passage » tant au plan physique que spirituel.
Dès le grade de Compagnon, le mot de passe ou mot de passage, correctement prononcé permet de passer d’une rive à l’autre du Jourdain, en préservant sa vie. A ce moment là, le combat a mener est purement intellectuel, mais, cette difficulté de passage préfigure déjà le combat physique du Chevalier d’Orient et de l’Épée.
Le Chevalier défend le travail réalisé, mais aussi le travail présent et à venir par son épée. Le passage du pont qui permet de passer d’une rive à l’autre entraîne une transformation par l’étape franchie, qui peut correspondre à un changement d’état. On peut voir dans le pont un symbole de passage, mais surtout le caractère souvent périlleux de ce passage, qui est celui de toute quête, ou de tout voyage initiatique.
Il s’agit de passer le gué, et ce passage périlleux correspond au chemin de la délivrance. René Guénon note qu’il est très remarquable que le titre de Pontifex, qui fut celui de l’empereur romain et demeure celui du pape, signifie « constructeur de pont ». Le pontife est à la fois le constructeur et le pont lui-même, comme médiateur entre le ciel et la terre : c’est celui qui rempli les fonctions de médiateur, établissant la communication entre ce monde et les mondes supérieurs.
A ce titre, l’arc-en-ciel, le pont céleste, est un symbole naturel du pontificat, et toutes les traditions lui donnent des significations concordantes, c’est le pont qui relie le monde sensible au monde suprasensible.
Après avoir défini ce qu’était le pont, et pour poursuivre notre recherche à la rencontre de la Lumière, il faut se remettre en chemin, mettre entre parenthèses notre connu, et ce que nous pensons être notre vérité, pour une autre Vérité.
Il va falloir franchir la distance et traverser le pont entre notre monde et le monde spirituel, franchir la distance entre l’origine et nous, et établir le contact. La vision du sens de l’initiation devient plus visible et plus précise, et les moyens pour la réaliser plus clairs. Il ne s’agit plus de rechercher une vérité échafaudée à partir de notre monde, mais d’aller vers elle et de franchir le pont qui nous en sépare encore.
Mais, sur ce pont, beaucoup d’ennemis nous guettent encore pour contrecarrer notre progression, car le monde profane ne veut pas que la réalité de l’initié soit plus large que celle qu’il lui accorde. Le pont met l’homme sur une voie étroite où il rencontre inéluctablement l’obligation de choisir. Il est le passage d’une rive à l’autre et le symbole du passage de la terre au ciel, de l’état humain à l’état supra-humain, de la contingence à l’immortalité.
Tout en conservant son entière liberté d’agir et de penser, l’initié devra chercher à comprendre son chemin dans sa marche vers l’absolu, car, passer le pont, c’est passer du monde historique au monde éternel, c’est échapper au temps pour pénétrer dans une sorte d’immortalité, c’est passer dans un monde spirituel, c’est passer de l’Ancienne Loi à la Nouvelle Loi.
En quête de Vérité, et ayant plus que jamais pour Devoir, de travailler à l’amélioration de la condition humaine, tant sur le plan du bien-être matériel, que sur le plan spirituel, il faut élever son être à une autre dimension, et accéder à une réalité intérieure différente pour accomplir, d’abord, le dépassement de soi, pour mieux aller vers les autres, devenir un homme, un nouvel homme, conscient, que seul l’Amour qui est sans doute un état supérieur de la Connaissance, pourra nous aider dans notre mission.
Aujourd’hui, il m’appartient de construire ce Pont, de le jeter sur l’autre rive de moi-même, rive qui m’est toujours O combien étrangère, de le traverser et de me battre pour obtenir la vraie liberté de passer, la vraie liberté de penser et la véritable liberté de conscience, pour reconstruire mon temple intérieur, qui n’a pas su résister à mes contradictions, à mes paradoxes, à mes passions, aux mauvais compagnons, encore souvent présents en moi.
Aussi, puisque la liberté de passer m’est donnée, il est de mon Devoir de le faire. Je dois traverser ce pont, trait d’union entre l’éducation morale du maçon achevée au 14ème degré et l’initiation nouvelle à recevoir au 18ème degré. On m’a donné l’autorisation de poursuivre ma démarche, remis une truelle et confié une épée.
Je devrai être à la fois bâtisseur et combattant, vaincre mes mauvaises passions et leur livrer un combat pour accéder à une plus haute spiritualité à laquelle tout maçon libre aspire afin de poursuivre sa quête de l’Unité. Mais, cette épée est aussi une introduction aux grades chevaleresques, et donne à son possesseur le pouvoir de vivre en toute liberté et de se battre en assurant la justice, pour réaliser la synthèse du Savoir et de l’Amour, pour trouver un équilibre pacifique mais dynamique entre le Temporel et le Spirituel, entre la raison et l’intuition.
Elle est le symbole de la force spirituelle, lien d’harmonie entre les nombreuses dualités qui s’affronte depuis la nuit des temps, en permettant l’intégration du particulier dans le général, en rapprochant les êtres et les choses, et en soulignant leur individualité originale en une vision du monde et de l’univers, où chacun apparaît comme élément solidaire d’un ensemble qui, certes nous dépasse, mais dont néanmoins nous sommes.
Aucun droit n’ayant dans l’histoire des hommes, été accordé sans lutte, celui de passer, nous impose une exigence d’action, un combat d’où l’on doit sortir vainqueur. Le vainqueur de VITRIOL, doit rapporter la pierre philosophale qu’il a trouvée. Il vient d’affirmer le devoir pour le maçon qui a appris de la maçonnerie, de lutter contre toutes les bonnes raisons qu’il pourrait invoquer, et de rendre à l’humanité la part de lumière reçue des enseignements de l’ordre.
Le port de l’épée n’est pas anodin, car dans l’histoire, l’épée était l’apanage des castes nobles ou franches. C’est-à-dire, disposant librement de leurs personnes. C’est dire à quel point la liberté est le thème de ce degré. Après avoir reçu l’initiation sacerdotale et pénétré les arcanes de l’esprit, le Chevalier est apte à définir et à vivre en liberté.
De la liberté, D. Beresniak dit : « si le mot liberté, au plan philosophique et isolé de l’acte est abstrait, au plan de l’enseignement Traditionnel, par contre, il est tout à fait concret. La liberté de passer implique que l’acte de passer est consubstantiel à la liberté elle-même. En même temps que la liberté, Cyrus donne aux Hébreux le droit d’aller au delà du fleuve ».
Nous ne devons pas comprendre ce passage comme une fin en soi. Car le rituel indique que Zorobabel exerce son « droit de passer » à une frontière, donc à une borne. La borne est ce qui définie la séparation des territoires, et se dit en grec « Hermeïon », qui est la même racine que Hermès, le dieu qui en toute liberté passait d’un territoire à l’autre, car il est le patron des commerçants.
Il figure aussi la transgression, en tant que patron des voleurs. On peut y lire la confirmation que l’enseignement ésotérique nous recommande de transgresser tous les interdits, d’ouvrir toutes les portes, bien grandes, et de faire entrer la lumière, là où se trouve les ombres et de n’accepter les arguments d’aucun samaritain qui voudrait nous empêcher de passer. LDP Nous fait injonction de passer librement, de traverser le pont, de franchir les bornes et les interdits, aux fins de réunir ce qui est épars, et ainsi d’accomplir le Grand œuvre. Comme le dit Beresniak, de lâcher les chevaux.
Cette idée là, rejoint le sens porté dans la légendes des rois mages du 13ème degré, quand l’insistance des jeunes initiés, malgré les recommandations de leur maître, parvient à ouvrir la dernière porte par le mot de passe « en sof ».
Mais comprenons bien aussi que les samaritains à qui nous devons la « LDP » ne sont pas étrangers à nous-mêmes. Les choix de conscience sont limités et bridés par l’éducation, les influences du milieu dans lequel nous vivons, notre histoire. L’usage de la liberté commence par la prise en compte de ces limitations et cela conduit à repousser des bornes, et à l’ouverture à de nouveaux espaces.
Car en vérité, le Chevalier d’Orient et de l’Épée ne mène les batailles connues dans la légende que contre lui-même. Ceux qu’ils défait sur le pont, ne sont que lui-même ou ses frères en humanité (épreuve du miroir à l’initiation au 1er degré). Dans le déroulement continu des grades qui conduit du profane au chevalier Rose+Croix, le maçon revêt plusieurs habits.
D’abord celui de tailleur de pierre qui participe à la construction d’un temple, puis celui d’architecte concepteur de son œuvre, avant de revêtir l’armure et la charisme d’un chevalier et d’un noble, puisqu’il est aussi appelé Prince, tout en étant également pasteur et pèlerin. Dans le grade de Chevalier d’Orient et de l’Épée, la truelle du maçon côtoie l’épée du chevalier.
Le maçon fait part, là, d’une double aptitude. L’aptitude de bâtisseur et son art de concilier les oppositions nécessaires et fécondes. Il marque aussi la réunion de deux initiations, celle par la matière et celle de l’esprit. Le maçon sort de l’état d’artisan pour devenir Chevalier et prince.
Il synthétise en lui les principaux enseignements des castes artisanales, guerrières et sacerdotales. Mais, c’est au 18ème degré que s’opère définitivement le passage du matériel au spirituel et que la réalisation individuelle intérieure, s’intègre au plan universel.
Le chevalier, conscient de la la difficulté, doit se préparer à toutes formes de sacrifices, de s’affranchir des jougs d’où qu’ils viennent. Au 18ème degré, l’interprétation ouverte que nous avons sur la Foi, l’Espérance et la Charité, ainsi que sur l’Amour du prochain, trouve sa consécration dans le partage commun du Pain et du Vin, dans une chaîne d’union substantielle et essentielle qui relie chacun à l’Universel. Liberté de passer de l’un à l’autre.
Dès le grade de maître, la notion de sacrifice est clairement exprimée par le personnage d’Hiram ? Au chapitre Rose+Croix, on retrouve la valeur initiatique du sacrifice et du don de soi. Si au grade de maître, le sacrifice génère la mort, à l’inverse, au chapitre, il génère la vie. Liberté de passer de la Mort à la Vie.
Très Sage Athirsata, et vous tous mes F F Chevaliers Rose+Croix, si en ce siècle, pour être chevalier, il n’est plus indispensable de savoir monter à cheval ou de manier l’épée, il n’en demeure pas moins indispensable d’en incarner les vertus. Car les luttes et les combats, en ces temps où triomphe le « virtuel », s’ils apparaissent moins sanglants et spectaculaires qu’autrefois, ils n’en demeurent pas moins générateur de mort, d’aliénation et de misère.
Ainsi, nous devons exercer sans complexe la Liberté de Passer des idées propres à éclairer nos semblables sur les enseignements reçus de la franc-maçonnerie. Bien sûr, la tâche qui m’attend est donc rude, mais la Foi, la Charité et l’Espérance m’aideront dans sa réalisation.
La grande Loi d’Amour qui me portera, me conduira à me dépasser, et avec Courage, Prudence et Tempérance, agir au mieux pour consoler les affligés, montrer le chemin aux voyageurs égarés, et ainsi participer, peut-être, à la réalisation d’une harmonie entre les êtres et l’Univers dont chacun est une parcelle tant matérielle que spirituelle.
Sans doute, lorsque j’ai demandé la Liberté de Passer, n’étais-je pas tout-à-fait conscient de tout cela, mais, passé le pont, j’ai compris que l’autorisation qui m’a été accordé, m’a néanmoins donné un Droit : celui de faire en tant qu’Homme Libre, mon Devoir, qui sous-entend celui de d’aller à la rencontrer de l’Autre, pour qu’ensemble, nous puissions accomplir le Grand- Œuvre.
J’ai dit.
T S A