18° #415012

Rassembler ce qui est Epars

Auteur:

P∴ O∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Francs-Macons de Rite écossais ancien et accepté
Ordo Ab Chao
Au Nom et sous les Auspices de la Grande Loge de France

Très Cher Frère Président de cette Respectable Loge et vous tous mes Frères

Le cheminement qu’entreprend celui qui est nouvellement initié est éminemment personnel, voire intime, mais aucunement égoïste.

Il pressent que le travail qu’il est invité à débuter sur lui à l’aide du fil à plomb va devoir, à terme, en raison des progrès réalisés, émerger de cette sphère intérieure et rayonner au dehors.
Ainsi entend-il, à la fermeture des Travaux, que les Frères sont invités à achever au dehors l’œuvre commencée dans le Temple, la Lumière qui a éclairé les Travaux continuant de briller en eux.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté crée les conditions de ce lent processus de compréhension personnel mais également collectif, parce que mutuel.
Rien n’est caché à l’Apprenti et s’il est attentif au rituel, de même que s’il l’a été lors de son Initiation, il a compris que l’Initiation et ses suites consistent à faire de lui un être éclairé susceptible d’en éclairer d’autres, initiés ou pas.

Les voiles sur sa compréhension levés les uns après les autres, à l’aide des outils mis à sa disposition, l’Apprenti devenu Compagnon comprend ce que signifie passer de la perpendiculaire au niveau : sa quête a un sens plus large, qui dépasse sa personne.

L’étoile flamboyante qu’il découvre lors de sa réception l’invite inéluctablement à lever les yeux vers le ciel, à dépasser son introspection, et à se projeter vers l’extérieur.  Au centre de l’étoile flamboyante se trouve la lettre G : Géométrie, Génération, Gravitation, Génie, Gnose qualifie chacune de ses pointes selon le rituel de réception du Compagnon. Sans être limitative cette énumération y est savamment définie.

La définition de la Gravitation m’a toujours interpellé : le rituel indique qu’il s’agit de l’attirance réciproque de tous les éléments de l’univers qui en assure la cohésion et, sur le plan de l’humanité, cette force est l’Amour.

Au milieu de l’étoile il y aussi l’homme, auquel le Compagnon doit s’identifier : difficile pour lui d’imaginer pouvoir être un élément d’attirance et de cohésion puisqu’il n’est qu’un Maître en devenir et, comme le rappelle le rituel de sa réception, la pointe du compas découverte indique qu’il se trouve à mi-chemin de l’initiation, plus avancé que l’Apprenti mais moins que le Maître.

L’initiation, dans sa complétude, s’achèverait ainsi par l’élévation à la Maîtrise.

Le rituel d’instruction au troisième degré confirme que les deux premiers degrés de la Franc-Maçonnerie sont destinés à « instruire et à préparer l’Initié, pour accomplir par la suite cet important dessein qui consiste à combattre les préjugés qui s’opposent au développement des connaissances humaines, pour briser le joug de l’Ignorance, du Fanatisme et de l’Ambition déréglée et pour établir de règne de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité ».

Voilà donc le Maître relevé investi d’une mission et si, à l’instar du Compagnon il voyage, il le fait pour « chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la Lumière ».

C’est donc une triple résolution qui semble être attachée au voyage du Maître et bien que le sujet de ma planche m’invite à travailler sur la seconde, « rassembler ce qui est épars », il est malaisé de ne pas aborder les deux autres.

Le rituel nous éclaire sur ce qui a été perdu : les secrets véritables des Maîtres maçons ont été perdus par trois grands coups qui ont causé la fin tragique de notre respectable Maître Hiram.

C’est la mort d’Hiram qui engendre cette perte, cet éclatement : il n’est désormais plus envisageable qu’un Maître reçoive par la transmission les secrets véritables que seul Hiram semblait détenir.

Le Mythe d’Hiram, par analogie, nous pousse à nous interroger sur la poursuite de la construction du Temple universel et de notre Temple intérieur : si sa mort entraîne l’éclatement de ce qui était précédemment uni cela signifie, peut-être, qu’il était parvenu à établir les plans du Temple de la synthèse.

Un autre récit représentatif évoque la notion d’éparpillement avec la mort : le Mythe D’Osiris et d’Isis emprunté à la mythologie Egyptienne. Isis, épouse et veuve d’Osiris assassiné et découpé, en retrouve les membres disjoints, en reconstitue le corps en le momifiant et le ramène à la vie, faisant d’elle la représentation du pouvoir créateur.

Les secrets véritables sont perdus mais la renaissance d’Hiram dans le nouveau Maitre laisse présager que la construction du Temple peut continuer : sa mort n’est qu’apparence puisque rien ne peut assassiner l’esprit.

La Parole, la Connaissance est perdue, mais le rituel nous invite à la rechercher, ce qui sous-entend qu’elle a survécu à cette mort.

Nous ne possédons que des mots substitués qui sont peut-être le vestige de cette Parole éclatée.

La cérémonie d’élévation à la Maitrise, aussi funeste soit-elle, est porteuse d’espoir pour le Maître relevé à qui il est expliqué qu’il porte en lui les racines de la Connaissance.

J’opère un rapprochement entre ce passage de notre rituel et la maxime socratique « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les Dieux» : Hiram, qui représente pour moi le détenteur de la Connaissance survit en nous, à l’image d’un trésor caché, une connaissance acquise mais que le cherchant doit découvrir, révéler.

Platon envisage que l’âme, avant de naître, a tout connu, mais que lors de son incarnation elle a tout oublié et, qu’ainsi, le travail de recherche de cette Connaissance dissimulée en nous est davantage celui de la re-connaissance.
Nous l’avons vu les secrets véritables ont été perdus, peut-être sont-ils dispersés…et s’ils le sont c’est en nous, là où nous sommes invités à voyager.

Cette triple finalité est-elle cumulative : ainsi peut-on rassembler ce qui est épars sans chercher ce qui a été perdu ? Peut-on espérer répandre la Lumière sans être parvenu à rassembler ce qui est épars ?
Il convient de s’interroger sur ce qui est épars et la raison de cette nécessité de le rassembler pour parvenir à donner un sens à ce qui semble être la quête du Maître.

Ma réponse à cette interrogation ne peut pas être uniforme car ce qui est épars l’est, selon moi, à plusieurs niveaux et surtout à des échelles différentes : celle de la terre, celle de la loge et celle de l’Initié.

La première de mes intuitions a été de considérer que ce qui est épars, avant toute chose, ce sont les hommes : en effet les facteurs d’évolution humaine depuis des milliers d’années les ont conduits à se différencier physiquement, culturellement, religieusement, etc.

Chaque facteur d’évolution constitue nécessairement un facteur de différenciation, parfois d’éloignement et, bien souvent, de conflit. L’unité a été dispersée dans la multiplicité de ce qui constitue l’être humain, son ethnie, sa langue, son éducation, sa religion, etc.

Le dialogue du Vénérable Maître et du Premier Surveillant à la fermeture de nos travaux au premier degré afin que la paix règne sur la terre et que l’amour règne parmi les hommes constitue le plus beau des projets.

Si l’initié doit répandre partout la Lumière il m’apparaît qu’il doit avoir pour ambition de la répandre sur la plus grande des dimensions, celle de la terre.

Mais la loge est un lieu où se rassemblent nécessairement des hommes différents qui ne se seraient jamais rencontrés sans la franc-maçonnerie.

La déclaration des principes du Convent de Lausanne, dont la lecture est donnée au profane au cours de son initiation, rappelle que le Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance, de toute religion.

La Franc-Maçonnerie, à l’échelle d’une loge, parvient ainsi à rassembler des hommes épars qui ont néanmoins en commun, et dès l’origine, les qualités attachées aux hommes libres et de bonnes mœurs.

Se rassembler en loge est une nécessité car, à l’instar des rituels initiatiques les plus anciens, la recherche du Franc-Maçon ne saurait être isolée, de même qu’il ne saurait seul s’initier.

Ainsi rassemblés ces hommes que tout devait amener à ne pas se rencontrer s’unissent dans le but de se perfectionner et c’est par le perfectionnement personnel de ses membres que s’envisagera le perfectionnement de l’humanité.
Ce rassemblement est universel, dépasse les frontières de nos raisons, et cette universalité est rendue possible par la fraternité.

La parcelle de compréhension, de Connaissance que nous possédons doit nous permettre de construire ce qu’avait entrepris Hiram : le temple de la synthèse de ce que chacun de nous peut apporter en loge par sa présence, ses travaux, son activité durant ou après les tenues, lors des agapes.

A l’échelle de l’Initié, j’entrevois derrière l’invitation à rassembler ce qui est épars un besoin d’unité. Apprenti nous avons déjà envisagé l’unité par le ternaire de même que la notion consistant à rassembler ce qui pouvait être épars au travers du symbole, ces morceaux d’un même objet qui permettaient à des personnes de se reconnaître en joignant les morceaux pour reformer l’objet initial.

Rassembler ce qui est épars évoque pour moi cette quête d’une unité qui a peut-être un jour existé mais qui a disparu du champ de nos perceptions.

Le travail d’introspection de l’Apprenti consiste à se lancer à la recherche de ses conflits intérieurs, à les apaiser dans le but de parvenir à une harmonie. Il ne s’agit pas là d’une finalité mais d’une condition : comment caresser l’espoir d’une unité retrouvée pour bâtir ce temple extérieur si nous ne sommes pas capables de l’établir en nous ?

Nous sommes les architectes de nos vies. La mort d’Hiram nous invite à retrouver ce que nous sommes vraiment derrière les scories de notre personnalité profane qu’il faut faire tomber tel un masque : nous sommes conscients qu’il nous incombe de retrouver le sens des choses, des gens, de l’humanité, cet idéal commun que partage les hommes de bonne volonté de toute nationalité, de toute race, de toute croyance et de toute religion.

Ce qui est épars chez l’Apprenti, ou du moins séparé, lorsqu’il est à l’ordre, c’est la poitrine qui contient le bouillonnement des passions et la tête qu’il convient de préserver. Les séparer constitue chez l’Apprenti une nécessité, mais parvenir à une alliance lumineuse du cœur et de l’intelligence, voilà certainement l’une des finalités à laquelle doit aspirer le Maître Maçon, mort, relevé et élevé.

Je mesure quotidiennement la force qu’il est nécessaire d’engager pour vivre en harmonie avec soi-même et ce bien que j’ai conscience qu’il s’agit de la seule voie menant vers la sagesse et c’est à cette seule condition qu’Hiram peut reparaitre en nous.

Alors que tout se désunit et que la chair quitte les os les cinq points parfaits de la maîtrise permettent de relever le nouveau maître en qui Hiram renait. Alors qu’elle semblait avoir disparue l’unité du corps s’est recrée.

Désuni par mes contradictions et mes dispersions mon devoir est d’être capable de trouver l’unité dans ma multiplicité : il faut réunir les différentes parties de notre être, qui nous composent et fondent ce que nous sommes, pour nous-mêmes et pour les autres, dans un ordonnancement harmonieux en recherchant Vérité et Justesse dans nos actes. La devise de notre ordre, « Ordo ab chao », prend ici tout son sens.

La mort parvient à séparer le subtil du grossier, l’esprit et la matière. Cette mort initiatique c’est notre capacité à tuer la vie à laquelle nous étions destinés et à renaître à la vie de l’esprit, à retrouver notre conscience perdue.

L’harmonieuse unité de ce qui est épars doit guider le Maître vers davantage de Connaissance, vers plus de conscience.

C’est à cette seule condition qu’il peut espérer devenir un élément de cohésion et d’attirance pour répandre partout la Lumière.

J’ai dit.

Très Cher Frère Président

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