18° #415012

« Après la description des éléments constitutifs des

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Non communiqué

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REAA
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Non communiqué
  
« Après la description des éléments constitutifs des
2 tableaux et de leurs interactions, du noir au rouge, passons du statique au dynamique »



Ce sujet proposé par notre Très Sage reprend une opinion répandue que chaque tableau d’un degré se veut être la synthèse parfaite du degré en question et que donc à lui seul il résume l’enseignement initiatique du degré.

Notons que, sauf erreur, nous sommes confrontés au 18ème degré pour la première fois à deux tableaux différents.

Pourquoi ? Que le rite veut il nous signifier ? Vers quelle réflexion veut-il nous amener ?

De même, la formulation du sujet pose aussi d’emblée de nombreuses questions : que doit-on entendre par passer du statique au dynamique ? Si nous définissons synthétiquement le mot statique comme ce qui n’évolue pas ou plus et la dynamique comme un mouvement qui doit conduire à une transformation de nous-même, est-ce à dire que les degrés précédents ne possédaient-ils pas leur propre dynamique ?

Bien sûr que non. La question est davantage de cerner plus précisément vers quelle nouvelle dynamique, vers quel mouvement, vers quelle nouvelle et profonde transformation de nous-même doit nous conduire progressivement le 18ème degré justifiant à elle seule la représentation symbolique de l’enseignement initiatique du degré par deux tableaux ? Enfin, comment aborder ces deux tableaux ? Doivent-ils être approchés de manière autonome et distincte ? Ou au contraire ne sont-ils pas la face et l’envers d’une même réalité ?

Pour tenter de répondre à ces nombreuses questions, commençons tout d’abord par replacer les tableaux dans leur contexte initiatique et symbolique du degré, puis par décrire les différents éléments pour tenter enfin d’en voir la portée et la signification.
Les éléments composant ces deux tableaux s‘inscrivent comme la plupart des éléments du 18ème degré dans la description de la mort et de la résurrection de Jésus telle relatée dans les évangiles.
Notre rite utilise des images de la passion du Christ mais y ajoute des éléments puisés dans l’Apocalypse et des éléments qui sont issus d’autres traditions ou qui lui sont lui tout simplement propres.

Tout cet ensemble doit ainsi nous conduire progressivement à une meilleure prise de conscience de ce que nous sommes, du ce vers quoi nous devons tendre mais que nous n’étions pas prêts ni disposés à vivre dans les degrés précédents même si ces derniers nous avaient plus ou moins consciemment préparés à ces symboles ou à ces prises de conscience.

Chemin faisant, notre relation à nous même, aux autres, à notre entourage et au monde va s’en trouver profondément changée.
Venons-en à la description des différents éléments des deux tableaux. Reprenant pour partie la description suivant l’heure de reprise des travaux, le tableau du premier temple est un carré long délimité par une triple bordure présentant à l’intérieur un spectacle de souffrances, de tourments, de mort, de désolation qui n’est pas sans rappeler la prophétie de Jean de Patmos et dans lequel le temps semble avoir été comme suspendu et figé. Ce retour au chaos initial, au désarroi est l’étape de de gestation nécessaire qui permet au Chevalier Rose Croix de prendre conscience de la nécessité de se dépasser et, une nouvelle fois, de se transformer.

A l’orient est inscrit le mot Sagesse, au midi le mot Force, au septentrion le mot Beauté avec la représentation de la houppe dentelée. A l’orient, dans les angles sont tracés le soleil et la lune dans un ciel parsemé d’étoiles et de nuages sombres.
Au milieu du tableau, se situe un aigle aux ailes ouvertes se dirigeant vers le septentrion mais dont le mouvement semble avoir été arrêté comme foudroyé en plein vol.

Au-dessous figurent trois cercles concentriques dans trois carrés. Dans le carré intérieur, trois triangles entrelacés. Le tout représente le mont calvaire. Le carré extérieur est surmonté d’un triangle. L’ensemble représente la pierre cubique qui sue sang et eau. Sur la pierre, figure une rose et la lettre G.

Au-dessous sont représentés les outils opératifs brisés, à l’exception du compas et de l’équerre, ainsi que des colonnes et des dalles également brisées, ultimes vestiges de nos constructions précédentes, de nos certitudes. Enfin, entre ces ruines, se trouve le voile du temple déchiré en deux parties mais dont le drapé et l’ouverture nous laissent entrevoir, à mon sens, par le mouvement qu’ils impliquent, une lueur d’espérance, une révélation, un passage nous conduisant vers un nouveau cycle, représenté par le tableau du 2nd temple, qu’il nous reste à qualifier et à comprendre par rapport à ceux que nous avons jusqu’à présent connu.
C’est ainsi que de son côté le tableau du temple rouge, reprend très exactement la forme du précédent soit un carré long délimité par une quadruple bordure mais l’ambiance y est désormais clairement apaisée parce que transformée pour ne pas dire transfigurée.

A l’Orient, passant presque inaperçu et surgissant de nulle part, une fragile colombe blanche perce la quadruple bordure et, d’un vol décidé, semble vouloir traverser le tableau de part en part jusqu’à l’occident. Sur les bordures à la Force Sagesse et Beauté qui ont jusqu’à présent été les moteurs conduisant nos travaux et nos constructions, ont été substitués à l’Orient le mot Foi, au midi le mot Espérance, au septentrion le mot charité représentant désormais les vertus qui doivent animer nos pensées et conduire nos actions.
Entourant l’Orient subsiste la représentation de la houppe dentelée à sept nœuds. A l’orient sont toujours tracés le soleil et la lune dans un ciel parsemé d’étoiles et de nuages mais désormais clairs diffusant un sentiment de bonheur et d’apaisement.

Entre ces nuages, le triangle de la pierre cubique s’est déplacé du centre du tableau noir vers l’orient du tableau rouge et mué en une croix latine au centre de laquelle nous y retrouvons la rose à cinq pétales portant la lettre G.

Séparant ces éléments des autres du tableau, apparait une chaine composée de sept têtes de chérubins qui délimite comme une frontière imperméable entre les symboles décorant l’orient et le reste du tableau.

Très exactement au centre du tableau, l’étoile à cinq branches portant la lettre G a réapparu. Au sein de ce même centre, nous y retrouvons les trois cercles concentriques dans trois carrés. Dans cette même figure géométrique se situe dans le carré intérieur, trois triangles entrelacés. Le tout représente toujours le mont calvaire. Au septentrion se situe l’aigle qui, déployant ses ailes au-dessus d’un tombeau ouvert et vide, prend son envol, pour se diriger, non plus vers le septentrion, mais vers le midi symbolisant ainsi le nouvel essor que le Chevalier Rose Croix est appelé à vivre.
Sous le tombeau se situe la pierre brute. A l’opposé au midi, se trouve un pélican se perçant le flanc pour nourrir ses petits. Sous le pélican, la pierre cubique à pointe.

A l’occident, les outils ont bel et bien repris leur forme comme annoncé dans le rituel de suspension, mais les colonnes et dalles symbolisant le temple de pierre ont disparu nous démontrant bien que l’œuvre est désormais d’une autre nature que notre action n’est plus d’édifier des temples, mais bien de faire descendre, dans l’ici et le maintenant, la Jérusalem céleste ou plus exactement de participer à l’édification « d’un Temple spirituel dont l’existence ne dépendrait plus de l’humanité et qui existerait pour l’éternité » comme nous le rappelle le rituel d’initiation.
Mais comment édifier ce nouveau Temple ? En effet, depuis le 1er degré, nous avons commencé tant bien que mal par polir notre pierre pour l’insérer dans un édifice. Nous avons entamé un nouvel essor en reprenant la construction du temple, interrompue par la mort de l’Architecte, tout en nous ouvrant à davantage de spiritualité. Nous avons cherché à agir par devoir, à développer notre libre arbitre, à être fidèle et juste, à découvrir nos potentialités et à domestiquer nos pulsions.

Nous avons appris à reconstruire puis à donner du sens à nos constructions en découvrant au fond de nous-même, aidé par la Providence, le principe qui doit nous animer tout en n’en comprenant ni l’origine et ni la portée. En exil, nous avons certainement douté mais mûri puis bataillé pour gagner notre liberté de retourner à Jérusalem et enfin reconstruire le temple. Bref, nous avons « travaillé à nous perfectionner », et pourtant, par deux fois, le temple a été détruit par notre négligence, par le fait que nous sommes crus arrivés, que nous sommes devenus oisifs, selon le rituel, c’est-à-dire statique, que nous n’évoluons plus. Alors comment ne pas nous décourager, ne pas désespérer et nous remettre à l’œuvre en nous assurant que nous ne retomberons pas dans ces mêmes travers ?

Chevaliers de l’esprit, nous sommes conscients que les temps sont proches pour faire descendre la Jérusalem Céleste et que, pour ce faire, à la Force, la sagesse et la Beauté, vertus opératives indispensables certes, mais humaines, nous devons en découvrir des nouvelles plus pérennes parce que inspirées par une tout autre nature. Il nous faut donc vivre de nouvelles et dures mais justes épreuves pour passer du statique au dynamique, du noir au rouge symbolisant un nouveau mouvement, une profonde métamorphose, une métanoia proposée par le 18ème degré et représentée par les deux tableaux.
Je m’arrêterai un bref instant sur ce concept de « métanoia » qui, à mon sens, est un fil conducteur de ce 18ème degré et que je soumets à votre réflexion. D’origine grecque, la métanoia définit une mutation de l’esprit.

Cependant, elle a aujourd’hui une signification essentiellement religieuse qui traduit un acte de repentance. Pour le Père Philippe Dautais, écrivain et prêtre orthodoxe, la métanoia signifie « au-delà de nous » au-delà de notre intellect, de notre raison rationnelle.

Mais indépendamment de sa signification religieuse, la métanoia est, sur le plan initiatique et symbolique, avant tout un revirement fondamental, une conversion, une métamorphose qui nous fait basculer dans la spiritualité en nous ouvrant « à ce qui est nous dépasse », à ce qui est « plus grand que nous » et qui pourtant est en nous.
Pour illustrer ce concept de « metanoia » au 18ème degré en dehors de tout dogme religieux, je m’appuierai sur deux éléments symboliques communs aux deux tableaux qui traduisent cette idée de métanoia, et de passage du statique au dynamique.
Pour commencer l’Aigle, cet animal énigmatique, attribut de Jupiter, symbole du Christ, de la puissance suprême d’élévation, capable à la fois de tutoyer le ciel et de fondre sur la terre.

Notre Frère P :. M :. dans un de ses précédents travail, s’interrogeait sur la signification que l’on pouvait déduire des différentes postures de l’aigle dans les deux tableaux.

Dans le premier, l’Aigle se dirige du midi au septentrion, alors que dans le second tableau, il prend son envol du septentrion au midi.

Fort de ce constat, notre Frère émettait l’idée que le premier pouvait être de mauvais augure alors que le second propice à l’image de la place des justes au Jugement dernier.

Or nous savons bien que les symboles peuvent être polysémiques, que nous pouvons les considérer de manière différente mais complémentaire.

C’est pourquoi pour ma part, rebondissant sur le questionnement de notre Frère, j’y vois aussi le symbole de cette métanoia que le Chevalier Rose Croix est appelé à vivre par le rituel.

Ainsi à l’image du récipiendaire au 1er degré qui effectue son premier voyage senestrom car ignorant les lois de la nature, l’Aigle du premier tableau en dirigeant son regard et son vol du midi, vers le septentrion, nous entraine vers le statique, alors que l’autre par son envol du septentrion vers le midi qui n’est pas sans rappeler le second voyage dextrorsum de l’initiation, nous invite à ce mouvement, ce revirement fondamental qui va nous permettre de quitter la dimension mortifère de nos anciennes grilles de lecture humaines pour nous faire basculer dans une nouvelle dynamique évolutive.
Le deuxième élément symbolique est cette figure située au centre du tableau. Il représente trois cercles concentriques dans trois carrés. Dans le carré intérieur se trouve trois triangles entrelacés.
N’entendant rien à la géométrie depuis la classe de la maternelle, j’ai pourtant l’intuition que cette complexe figure géométrique constitue l’une des clés de lecture de la metanoia du Chevalier Rose Croix.

Sur le tableau noir, le carré extérieur est surmonté d’un triangle. Le tout représente la pierre cubique qui sue sang et eau. Que dire sur ce symbole ? Sang et eau est, pour moi, l’épreuve nécessaire pour passer d’une conscience marquée par la loi physique, les déterminismes humains, le monde sensible à une conscience ouvrant vers l’absolue, vers ce qui est plus grand que nous mais qui est pourtant en nous.
Avant de conclure, je m’arrêterai une fois encore un instant sur un élément symbolique essentiel du
18ème degré mais curieusement absent des tableaux. Je veux parler du Phénix qui figure, pourtant, en bonne et due place dans les décors de ce temple et près du quel nous avons retrouvé la Parole.

Malgré tout le respect que je porte aux fondateurs de notre rite et de nos rituels, je ne peux que m’interroger sur l’absence apparente du Phénix qui devrait logiquement trouver sa place sur le tableau du second temple. Est-ce un oubli ? Une volonté délibérée de ne pas charger d’un nouvel élément, un tableau déjà fort riche ?

Pour ma part, je trouve que cet animal légendaire complète fort bien ce passage du statique au dynamique induite par la métanoia du Chevalier Rose Croix.

Se consumant et renaissant éternellement de lui-même – « Perit ut vivat » est une invitation pour le Chevalier Rose Croix à renouveler sans cesse l’expérience du passage du temple noir au temple rouge comme dans un éternel « meurs et deviens » ou plus exactement un maçonnique « meurs, deviens, meurs, deviens… »
Par cette nouvelle dynamique, que le phénix invite à renouveler sans cesse, le Chevalier Rose Croix peut porter un regard neuf sur lui-même et le monde parce qu’empreint de bienveillance et d’amour.
Ainsi, Il peut reprendre sans craindre de retomber dans ses travers, la construction de ce temple qui ne dépendrait plus de déterminismes humains voués à disparaître car il sait que son inspiration, représentée par la colombe du second tableau, vient d’en haut.

Grâce à la métanoïa, que l’expérience du Chapitre lui permet de renouveler, le Chevalier Rose Croix peut agir et construire différemment dans le monde. Pour ma part, cette métanoia, cette ouverture vers ce qui est plus grand que moi-même et que je ressens pourtant en moi-même est l’un des apports les plus significatifs du 18ème degré dans lequel j’y puise inconsciemment les fondements de mon action au service de ceux qui souffrent dans leur chair. Comme le dit le Très sage à la fin de la cérémonie des lumières : « la parole de vie, la parole de régénération est retrouvée. Comme le maître sachons la proclamer même au péril de notre vie. Allez maintenant Chevaliers, pensez et agissez en vertu de cette parole. Tous les espoirs vous sont permis ».

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