23° #420012

7ème classe – 23ème degré

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Pour faire l’historique de ce degré, très complexe et très intéressant, je vais être obligé de parler de grade et non de degré. En effet, pendant une période limitée, certains grades, en raison d’une surenchère permanente, ont joué le rôle de grade terminal, coiffant un « système » (pas encore un rite), bientôt absorbé par un autre. Le Chevalier du Soleil en fait partie. Après avoir essayé de situer l’apparition de ce grade, ce travail se fixera plusieurs objectifs : répertorier des textes, rechercher des sources et cerner la pratique de ce degré. Je terminerai en étudiant sa place dans la maçonnerie de Perfection et son influence sur la création du Rite de Perfection.

1) Apparition du Chevalier du Soleil

L’existence d’un grade de Chevalier du Soleil est attestée, dès 1751, par une lettre envoyée par le Frère Jacques Blancard, Grand Secrétaire de la Loge Ecossaise souchée sur « La Parfaite Union » à l’Orient de Saint Pierre de la Martinique, à La Parfaite Loge d’Ecosse de Bordeaux, lettre conservée dans ses archives.

Il écrit : « …nous n’avons pas le grade de Chevalier du Soleil, de Maître Secret et de Maître Parfait par curiosité, notre Maître Parfait est le Maître Irlandais… »

Il n’est donc pas invraisemblable de penser que le grade de Chevalier du Soleil existait déjà à Bordeaux, en tout cas en métropole, en 1750, comme en témoigne une lettre datant du 16 Mai 1750, adressé par le Frère Petit de Boulard aux Elus Parfaits de Bordeaux (Latomia 126).

Un autre courrier, également conservé dans les archives de la Loge Ecossaise de Bordeaux, atteste que c’est le frère Papillon de Fontpertuis qui communiqua le grade de Chevalier de l’Aigle et du Soleil ainsi que celui de Chevalier de l’Orient aux frères de sa Loge, au début de l’année 1750. Il aurait reçu ces degrés de la Loge Ecossaise de Paris.

2) Les différents rituels

Au 18ème siècle, il était courant d’attribuer le même nom, ou un nom proche à des grades différents.

Pour le Chevalier du Soleil, on s’aperçoit que l’intitulé comprend fréquemment des noms complémentaires ou des adjectifs. Ainsi on trouve des « Chevalier de l’Aigle et du Soleil », « Grand Chevalier du Soleil ou des Adeptes », « Parfait Adepte ou Chevalier du Soleil, Clef de la Maçonnerie », « Chevalier de l’Aigle et du Soleil ou le Chaos débrouillé, Dernière Clef de la Maçonnerie », « Souverain Chevalier Adepte, Empereur d’Orient et d’Occident ou Chevalier du Soleil Cabalistique ».

Tous ces rituels sont répertoriés dans les archives Nationales ou dans des fonds privés( fonds Kloss ou Jean BAYLOT, également fondation Latomia).

Quelles que soient les variantes, tous les rituels de Chevalier du Soleil obéissent dans les grands lignes au schéma suivant :

– La Loge ne doit être éclairée que par une seule lumière, et cela parce que le monde lui-même n’est éclairé que par le soleil. Le Maître de la Loge est appelé Adam et l’unique surveillant, qui tient lieu de maître des cérémonies, Frère Vérité. L’ouverture des travaux se fait quand les ténèbres règnent sur le monde alors que le soleil est à son zénith dans la Loge.

– Dans la « formule de réception », qui explique la cérémonie pour recevoir un Frère au grade de Chevalier du Soleil, le récipiendaire arrive les yeux bandés dans la Loge et le Vénérable Adam l’instruit de l’objet de ce nouveau grade. Il s’agit de devenir l’un des sectateurs de la Vérité qui, maltraitée par le commun des mortels, s’est retirée du monde. Si le candidat persiste à vouloir relever ce défi dont on lui a décrit toutes les difficultés, Adam ordonne au Frère Vérité de le conduire au centre du vrai bonheur. On mène le candidat au milieu de la Loge, on lui enlève le bandeau pour qu’il voit le tableau du grade puis le Frère Vérité lui en fait une explication qui est un commentaire des différents symboles maçonniques rencontrés par le candidat jusqu’à sa réception à ce degré. Cet itinéraire apparait comme la découverte progressive, jalonnée par les grades et les symboles, de la « Sainte Vérité ». Cette vérité est, dans la plupart des cas, un déisme, voire un théisme opposés aux religions établies.

– Le signe est de mettre la main droite sur le coeur ou l’estomac, la réponse est de lever la main droite en montrant le ciel avec l’index pour faire signe qu’il n’y a qu’un seul Dieu.

– L’attouchement est de se prendre par les deux mains et de les rapprocher les unes des autres de façon que les deux mains de l’un se trouvent dans les deux mains de l’autre.

– Le mot de passe est Stibium.

– Dans le traditionnel « catéchisme » qui accompagne généralement les grades maçonniques, l’existence de deux instructions, juxtaposées, mais de registre très différents, doit être notée comme une des singularité du Chevalier du Soleil. On trouve d’abord une « explication morale » qui est un commentaire moralisant des symboles du grade, puis l’instruction continue avec une « explication de la Loge physique pour les philosophes » qui est une profession de foi alchimique.

– enfin les rituels contiennent parfois une « obligation » ou des « statuts de l’ordre ».

On a ainsi repéré 80 copies de rituel de Chevalier du Soleil. Elles sont toutes manuscrites. On classe ces rituels en les rattachant à l’un des systèmes maçonniques qui ont structurés la maçonnerie française entre la fin du 18ème siècle et la première moitié du 19ème siècle. La notion de « Rite » étant bien postérieure à la première période de pratique des « hauts grades ».

Dans sa « Contribution à l’étude du grade de Chevalier du Soleil », paru dans les n° 91-92-93-94-95 de la revue « Renaissance Traditionnelle », Pierre MOLLIER distingue trois familles de rituels.

La famille 1 et la famille 2 sont très semblables. La famille 2 se singularise surtout par des décors et une structure de Loge plus compliqués. On a recensé 18 rituels dans la famille 1 et 4 rituels dans la famille 2.

La famille 3 présente une Loge dont la structure, les décors et les rituels d’ouverture et de fermeture sont très proches de ceux de la famille 1. En revanche, elle s’en différencie par une formule de réception et des instructions plus développées et plus complexes, ainsi que par l’existence de statuts en 17 articles.

Dans la famille 3, la réception au grade de Chevalier du Soleil est présentée comme l’aboutissement d’un itinéraire maçonnique en douze grades. Après les 3 grades symboliques, le maçon doit posséder les grades de Maître Parfait, Maître Anglais, Maître Irlandais ou Prévot et Juge, Ecossais de Paris, Favori, Maître Elu, Grand Ecossais par trois grades, et Chevalier d’Orient avant d’être reçu Chevalier du Soleil.

L’instruction moral est théiste et encore plus critique vis a vis des religions établies que dans les familles 1 et 2. Le catéchisme alchimiste est beaucoup plus développé mais a certainement été rajouté à une période tardive. Cette famille 3 compte 6 manuscrits. Elle est postérieure aux deux autres et les rituels se situent entre 1760 et 1763.

3) Sources et doctrines du grade

Deux orientations se dégagent assez clairement à la lecture des rituels de Chevalier du Soleil : une conception alchimique de la nature et une sensibilité religieuse déiste. Par ailleurs, les rédacteurs des rituels étant imprégnés de la culture maçonnique de leur époque, ils on souvent « empruntés » certains éléments à d’autres grades plus anciens.

L’expression Chevalier du Soleil existait dans l’imaginaire du 17ème et 18ème siècle. De plus, elle avait une certaine connotation de mystère.

Entre 1617 et 1626 paraît à Paris la traduction d’un roman picaresque espagnol de Diégo Ortunez de Calahorra intitulé : « L’admirable histoire du Chevalier du Soleil ». Les aventures de ce fabuleux guerrier eurent un tel succès que le sieur Torchet de Boismêlé en fait une édition en 1749 sous le titre « Histoire du Chevalier du Soleil ». Le Comte de Clermont en possédait un exemplaire.

En ce qui concerne la partie alchimique, on voit tout de suite l’étonnante ressemblance entre le tableau Type A1, représenté en fin de ce travail et la planche suivante tirée de l’ouvrage « L’Azoth ou le moyen de faire l’or caché des philosophes » de Frère Basile Valentin, datant de 1624.

A230-2-1

La première partie du livre est un long débat entre un jeune homme, Adolphe, qui s’interroge sur le but de sa vie et un Vénérable vieillard qu’il a rencontré, méditant sous un arbre. Celui ci l’invite à ne pas se laisser éblouir par les sciences officielles dont les vertus sont bien limitées alors que « la langue naturelle est proposée à tous, de même la philosophie naturelle, car en toutes choses il est loisible de contempler Dieu souverain ». Plus loin le vieillard lui parle de « notre premier père Adam » et que le véritable philosophe doit vivre dans l’adoration du verbe divin et ainsi « pouvoir regarder le soleil comme l’aigle volant en haut ». Ensuite, étant surpris par la nuit, Adolphe se réfugie « dans une certaine caverne sous terre ». Réveillé à minuit, il entend un bruit et voit approcher « un certain homme très lucide, comme aérien récompensé d’une Couronne Royale ornée partout d’étoiles qui éclairent la caverne comme en plein jour ».

Toutes ces coïncidences laissent à penser que le rédacteur du rituel de Chevalier du soleil s’est inspiré largement de l’ouvrage de Basile Valentin.

Une autre source symbolique est naturellement l’écriture sainte. Les Chérubins sont des être célestes classés parmi les anges. Leur nom est une transcription de l’hébreu Kéroubin qui désigne les génies ailés au corps de fauve et à la face humaine de la statuaire assyro-babylonienne. Gardiennes des temples et des palais, ces divinités de rang inférieur sont censés agir également comme assesseurs des dieux supérieurs. Dans les textes bibliques, les Chérubins apparaissent comme les plus proches serviteurs de Yahvé. Ils gardent son domaine : postés à l’entrée du jardin d’Eden, ils interdisent à l’homme, qui en fut chassé, le chemin de l’arbre de vie (genèse 3,24). Ils sont situés, ailes déployées, de part et d’autre de l’Arche d’alliance. Ils y ménagent le trône de Yahvé « qui siège sur les Chérubins » (1-SM4,4). Deux statues de même aspect mais hautes de dix coudées (4,50m), symbolisent ce même trône divin dans le Débir du Temple de Salomon.

Proches de Yahvé et gardiens de l’arbre de connaissance, ce profil des Chérubins de l’Ancien testament prend une certaine cohérence dans la scénographie des rituels de Chevalier du Soleil. Guidé par la Vérité, le nouvel initié réintègre l’Eden, c’est à dire la condition de l’homme primordial. Il est accueilli par l’Adam d’avant la chute et devient à son tour Chérubin, c’est à dire proche de Dieu, et détenteur et gardien de la vraie science. Dans son livre sur « La symbolique des degrés supérieurs du REAA », Raoul BERTEAUX, présente le tableau de correspondance suivant :

A230-2-2

Les 2 premières colonnes à gauche sur ce tableau se réfèrent à la Kabbale, la première énonçant les noms divins et la seconde les noms des Sephiroth.

La 3ème et 4ème colonnes du tableau, consacrées à l’angélologie, sont réservés aux noms des Hiérarchies et aux noms des Anges dominants de ces Hiérarchies.

Chaque Hiérarchie correspond à un verset du décalogue, à une région du Cosmos, à un ange dominant.

Les Hiérarchies sont composées de neuf choeurs angéliques (la dixième hiérarchie au bas du tableau concerne les âmes humaines).

Il y a huit anges par choeur, ce qui porte à 9×8=72 le nombre des anges.

La 5ème colonne du tableau concerne les noms de la cosmologie.

Les 6ème et 7ème colonnes donne les noms des couleurs correspondantes et les noms des métaux correspondants.

En ce qui concerne les Sylphes esprits de l’Air, on ne trouve pas leur trace dans les ouvrages du 17ème et 18ème siècle excepté dans un livre publié pour la première fois en 1670 et qui connu par la suite de nombreuses publications : « Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les Sciences
Secrètes » attribué à l’Abbé Montfaucon de Villard. On peut y lire ceci :

« Les Salamandres sont composées des plus subtiles parties de la sphère de Feu, organisées par l’action du Feu Universel ainsi appelé, parce qu’il est le principe de tous les mouvements de la Nature. Les Sylphes de même sont composées des plus purs atomes de l’Air… Si l’on veut recouvrer l’Empire sur les Salamandres, il faut purifier et exalter l’Elément du Feu, qui est en nous. Il n’y a qu’à concentrer le feu du monde par des miroirs concaves, dans un globe de verre. Il se forme dans ce globe une poudre solaire, laquelle s’étant purifiée d’elle même, du mélange des autres éléments, et étant préparée selon l’Art, devient en fort peu de temps, souverainement propre à exalter le feu qui est en nous, et à nous faire devenir, par manière de dire de nature ignée ».

Il ne peut y avoir que 7 Chérubins composant le Conseil, les autres membres sont des Sylphes. Ci-après la disposition du Temple au 28ème degré du REAA.

A230-2-3

4) Le Chevalier du Soleil, de la Maçonnerie de Perfection au Rite de Perfection.

Le Chevalier du Soleil se présente, dès l’origine, comme le « point de perfection » de la maçonnerie. Les rituels de la famille 2 précisent que la Loge des Chevaliers du Soleil : « recevra un Chevalier d’Orient, qui aura passé par tous les grades précédents, et qui sera attaché aux grades de Perfection, qui sont sous le gouvernement de cette Loge suprême ».

Il est remarquable qu’Etienne Morin soit l’auteur du plus ancien témoignage direct de la pratique du grade de Chevalier du Soleil. Il s’agit d’une lettre (Sharp document n°56) datée du 24 Juin 1757.

« Auprès du B.A. À l’Orient de Cayes Fond de l’Isle à Vaches Cote St Domingue le 24 du 1er mois, l’an de la grande lumière 5757.

Très Respectable Frères,

M’étant trouvé dans la ville de Cayes Fond de l’isle à vache ; J’y aurais rencontré notre R F Joseph Lagère qui m’aurait annoncé qu’il y avait dans cet endroit une loge symbolique fille de la R L Française de Bordeaux. Ce qui m’a engagé de vister autant de fois qu’il m’a été permis de le faire…

Ayant profité de leurs Travaux pendant quelque temps, ils m’ont prié de leurs procurer les lumières que je pouvès avoir dans l’Ecossisme, grades dont ils n’étaient pas encore instruits. Je n’ay pû me reffuser à leur empressement réitéré et ayant trouvé parmy eux le nombre de treize Elus, dans lesquels je croy devoir vous prévenir que j’ay fait choix des frères dont vous avez ci-bas les noms… Et leur avons conférer à tous le Grade de Parfait Elû Grand Ecossais…

Et m’étant aperçu du grand cas que ces R F Faiasaient de ce prétieux grade, je mes suis déterminé à leur accordre la demande qu’ils m’ont souvent faitte et réitérée de leur conférer aussy les grades de Chevalier de l’Orient et du Soleil et après les avoir décoré de ces Sublimes grades, j’ai pareillement et conjointement avec eux jetté le fondement d’un Conseil en règle, et les ay établis en par eux ce soumettant aux statuts.

A sa lettre Etienne Morin a joint un certificat, très explicite : Nomination que j’ay fait conjointement avec le F L de Maîtres et Officiers des L écossaises et Ch Maçons des Cayes fonds de l’isle à vaches.

Chevalier de l’Aigle et du Soleil Frère Jn Lafreneliere Adam Frère Jn Jacques Texier Véritté.

Pour les Chevaliers de l’Orient Frère Fçs Lamarque Souveraine Frère Martin Berindoague Général d’armée 1er Svt Frère Jn Jq Texier Grand Trésorier 2nd Svt Frère Jq Kerret Grand Garde des Sceaux Secrétaire Frère Jn Lafrenelière Ministre faisant fonction d’O. Frère Cholet Me des Cérémonies.

Pour les Ecossais Frère Martin Berindoague T R Frère Lamarque 1er Grand Surveillant Frère Cholet 2e Grand Surveillant Frère Balanqué Maître des Cérémonies Frère Kerret Secrétaire perpétuel.

La dite nomination faitte au consentement unanime des Res Sy dessus aux Cayes fond de l’Isle à vaches Cote Sat Domingue le 18 du 1er mois l’an de la lumière 5757.

Morin Me ec. et Chv. Maçon J/Lagère ».

La lettre de Morin et le certificat présentent donc le Chevalier du Soleil comme couronnant un système en trois « autres » grades : « Parfait Elu Grand Ecossais », « Chevalier de l’Orient », « Chevalier de l’Aigle et du Soleil ».

A cause de l’étonnante multiplication des hauts-grades dans le années 1760, le système en 3 grades propagé par Etienne Morin (Parfait Elu Grand Ecossais, Chevalier de l’Orient, Chevalier de l’Aigle et du Soleil) ne pouvait pas garder sa crédibilité, ou en tout cas sonattrait, sans intégrer une partie de ces nombreux hauts-grades. Intégration qui devait se réaliser non seulement vers le bas, (on a aboutit à un Ecossais de Perfection en dix grades) mais aussi vers le haut, et c’est probablement l’origine du Rite de Perfection.

Le 26 Octobre 1764, Etienne Morin signe : « Grand Elus Parfait et Maçon Sublime, Chevalier d’Orient, d’Occident, Prince de Jérusalem, Chevalier de l’Aigle Blanc, de l’Aigle Noir, du Soleil, K.S, Inspecteur de toute les Loges du Nouveau monde, Chef des douze tribus, dépositaire et gardiens fidèle du trésor » (J.F Smith, The Rise of Ecossais degréees, The Otterbein Press, Dayton, Ohio, 195, p.60).

Le « Vray Maître et Ecossais » s’est mué en « Parfait Elu Grand Ecossais », puis en « Grand Elu Parfait et Maçon Sublime ». Au dessus du Chevalier du Soleil est apparut le prestigieux grade de K S qui marque depuis 1762 le sommet de la carrière du maçon.

Le dernier état du système maçonnique organisé par Morin autour ou à partir de l’Ecossais de Perfection serait celui décrit dans le Manuscrit Francken daté de 1770 et recopié en 1794 par John Dunkerley et illustré par W.Gamble.

Comme le titre du recueil l’indique, les degrés sont regroupés en sept étapes et le Chevalier du Soleil constitue le premier garde de la septième et dernière étape. On ne compte supérieur que le Chevalier Kadosch et un nouveau et mystérieux « Royal Secret ».

Cette valorisation du Chevalier du Soleil se retrouve dans d’autres endroits du Rite de Perfection. Ainsi au 20ème degré « Grand Maître ad vitam » on lit dans le catéchisme : « Q : Pourquoi avez-vous un soleil sur le bijou de perfection ?

R : Pour montrer que nous connaissons la Maçonnerie dans toute sa Perfection ».

En reprenant l’expression « Clef de la maçonnerie » le titre du rituel de Chevalier du Soleil souligne l’importance du grade. Le rôle « haut de système » attribué par le Rite de Perfection au Chevalier du Soleil prolonge donc la fonction terminale que le grade assura dans la maçonnerie de Perfection dans les années 1750.

En revanche, le rituel comporte quelques innovation telle l’apparition dans la passation du signe des deux mots Alpha et Oméga. Enfin la première réponse de l’instruction alchimique longue est plus étoffée et étroitement liée à la thématique de la Perfection.

« Q : « Êtes-vous un Chevalier du Soleil ? »

R : « J’ai gravi les sept marches et les principaux degrés de la Maçonnerie. J’ai pénétré dans la connaissance de la terre, et parmi les anciennes ruines de Enoch. J’ai trouvé le plus grand et (plus) précieux trésor des Maçons. J’ai vu, contemplé et admiré le grand, mystérieux et formidable Nom, gravé sur le DELTA. J’ai brisé le pilier de la Beauté, et renversé les 2 colonnes qui le soutenaient ».

Le tableau présenté par le manuscrit Francken est très proche du type A-3 (voir tableaux en fin de ce travail) mais il possède néanmoins une spécificité : la présence de sphères à caducées de chaque coté du motif principal. Celle de droite est légendée « loge morale », celle de gauche « loge physique ».

A230-2-4

5) Conclusion

Le rituel du rite de Perfection développe une Loge Philosophique et une Loge Physique.

Le mot « philosophique » est ici employé dans son acceptation alchimique. Les Sylphes comme « l’Instruction en Loge Physique » sont d’inspiration paracelsienne (influence des planètes sur les 4 éléments et les 3 Principes Soufre, Sel, Mercure).

Le coté « moral » est, pour l’essentiel, théiste. La religion des Chevaliers du Soleil est clairement énoncée : c’est la Religion naturelle.

« Par la Bible vous devez comprendre qu’elle est la seule Loi que vous devez suivre. C’est cela, qu’Adam reçut à sa création ; ce que le Tout Puissant grava sur son coeur. Cette Loi est appelée la Loi Naturelle, et montre, qu’il n’y a personne d’autre qu’un seul Dieu ; (de) l’adorer sans aucun partage ou interprétation ».

Les attaques contre « la religion établie », sont très virulentes « Voyez, mon Frère, ce que vous devez combattre et détruire, avant de pouvoir parvenir à la connaissance du Vrai Bien et du bonheur souverain. Voyez ce monstre sous le symbole d’un serpent que vous devez vaincre,
serpent que nous détestons comme une idole, qui est adorée par les sots et le vulgaire, sous le nom de Religion ».

L’age d’or, « la première période du monde » où la Loi Naturelle assurait le bonheur est longuement développée.

La troisième Instruction qui ne porte pas de nom, allie Symbolisme et Ethique. C’est un Art de Vivre et en tant que telle une « clé humaniste de la Maçonnerie ».

Dans son livre « La rose maçonnique » tome 2, Claude Guérillot écrit : « A notre sens, c’est cette volonté de disposer d’un Haut grade acceptable pour le « parti des Lumières » qui a été, tout à la fois, à l’origine de la fortune du Chevalier du Soleil puis de son déclin. C’est aussi ce qui explique son caractère alchimique ou hermétique. L’Alchimie, surtout celle de Paracelse, avec son double aspect scientifique et spirituel, par la connaissance que l’on avait du monde physique semblait être la solution de choix pour composer un rituel.

Outre son caractère satisfaisant pour la raison, elle permettait d’échapper à la pression sociale, à l’intervention de l’Église qui était fort puissante dans le monde profane. L’apparition du Kadosh, sous sa forme templière, a précipité le déclin du Chevalier du Soleil, en tant que grade ultime. La légende du Temple était, on le conçoit, plus attrayante que l’Alchimie pour la plupart des Frères ».

Nous ne savons pas qui a écrit la version originale de Chevalier du Soleil. Comme « on ne prête qu’aux riches », certains auteurs comme Sitwell, maçon britannique installé en France, l’ont attribué à Etienne Morin (Quatuor Coronati N°40 « Early Ecossism and the Chevaliers d’Orient »). D’autres l’attribuèrent à Dom Pernety (Antoine Joseph Pernety (dom Pernety) est le fondateur d’une secte : les Illuminés d’Avignon. Ragon, Bricaud et d’autres la confondirent avec le Rite maçonnique hermétique.). L’excellent Article de Robert Amadou dans le Dictionnaire Ligou, page 933, en a définitivement écarté l”hypothèse.

Ce degré, le 28ème du REAA est appelé : Chevalier du Soleil ou Prince Adepte. On se rend compte de l’importance que revêt toujours ce degré en considérant la part que lui accorde Albert Pike dans son ouvrage « Morales et Dogmes » consacré à l’écossisme. Alors que la totalité de l’ouvrage comporte 860 pages de commentaires à propos des 33 degrés du REAA, 220 pages sont consacrées aux commentaires sur le seul 28ème degré.

A mon avis le message qui se dégage de ce degré est que la « Vérité » réside dans la simplicité, l’intuition qui vient du coeur. Cette « loi naturelle » qui nous vient d’en haut et qui éclaire notre vie comme un Soleil même s’il « fait nuit à l’extérieur pour les mécréants ». Si je suis disposé à lui obéir (comme me dit le rituel), je pourrais aller de l’avant et continuer mon chemin vers mon devenir : « l’accés au véritable bonheur ».

J-L S 22ème degré

Documents : divers tableaux de Chevalier du Soleil

A230-2-5

A230-2-6

A230-2-7

A230-2-8

A230-2-9

A230-2-A













A230-2-A

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil