Le Chevalier du Serpent d’Airain
V∴ D∴
Deus Meunque Jus, Au Nom et sous la Juridiction
du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
Le degré du « Chevalier du Serpent d’Airain » n’appartient pas au système du Rite de Perfection mis au point par Etienne Morin et Henri Francken. Bien que la question soit encore discutée, Claude Guérillot ayant contesté les travaux de Paul Naudon sur ce point, les quatre degrés allant du 23ème au 27ème pourraient appartenir à l’Ordre des Ecossais Trinitaires développés à la fin du 18ème siècle.
L’ensemble est marqué par une forte empreinte chrétienne.Auguste de Grasse-Tilly qui avait connaissance de ce système de rituels, l’intégra dans le REAA, non seulement parce que celui-ci avait une vocation fédérative alors que régnait une inflation des rituels et des rites, mais aussi parce qu’il en avait reconnu la haute valeur initiatique.
La Loge est tendue de rouge, comme au degré de Souverain Prince Rose-Croix, et se nomme Cour du Sinaï. Au dessus du trône du Très Puissant Grand Maître, on voit un tableau représentant le Buisson Ardent qui contient en son milieu un Triangle où figure le nom de Jéhovah. La Loge est éclairée d’un unique flambeau figurant une torche. Au milieu de la Loge se trouve un cône qui figure un rocher escarpé, auquel toutefois le candidat pourra accéder.
La légende du degré relate que les israélites ayant encouru par leurs crimes la punition du Ciel pendant la traversée du désert, Dieu les frappa de la peste. Beaucoup périrent. Moïse se rendit sur le Mont Sinaï où l’Eternel lui était apparu et l’implora de faire cesser les maux dont son peuple était accablé. Il aperçut alors un grand serpent qui se glissait dans les broussailles et en rejoignait un autre qui était en train d’expirer, exsangue. Moïse vit le premier frotter le second avec une herbe qui le guérit presque instantanément. Moïse ramassa l’herbe précieuse et l’administra à son peuple malade. En trois jours le fléau de la peste était vaincu. Pour témoigner sa reconnaissance au Tout Puissant, Moïse fit faire un grand Serpent d’Airain fixé autour d’une longue perche en forme de Croix qu’il promena dans tout le camp.
La légende juxtapose à ce premier récit, une deuxième partie dans laquelle cette tradition dont le Serpent d’Airain est l’emblème est conservée et transmise à des Croisés qui après la chute de Jérusalem se sont réfugiés dans le désert du Sinaï, y ont établi un couvent et se sont constitués en Ordre des Chevaliers du Serpent d’Airain sous le commandement de Jean de Ralps. La règle ordinale imposait que cent Chevaliers se relaient tous les six mois pour protéger les pèlerins de Palestine et délivrer ceux que les infidèles avaient réduit en captivité. Le reste du temps était consacré à l’étude des sciences et à des exercices de piété. En outre quatre missionnaires étaient envoyés chaque année aux quatre coins du monde pour prêcher la morale de la véritable religion chrétienne.
J’examinerai tout d’abord en les comparant, les légendes Biblique et Maçonnique, je traiterai ensuite de l’ambivalence du symbole du serpent en rapport avec la légende et je terminerai par la mission du Chevalier du Serpent d’Airain.
1 – Légende Biblique et Légende Maçonnique
Le récit biblique figure au 21ème chapitre des Nombres. Le peuple d’Israël qui fait face à de nombreuse difficultés lors de la traversée du désert après la fuite d’Egypte, qui connait la soif et la faim, qui doit repousser les attaques de nombreux ennemis tels que les Cananéens, met en doute la confiance qu’il a mise en Dieu et en Moïse : « pourquoi nous avez vous tiré d’Egypte pour nous faire mourir dans ce désert ? Car il n’y-a pas de pain, pas d’eau et nous sommes excédés de ce misérable aliment ». Il est question ici de la manne (Nombres 21.5). Dieu lassé de tant de plaintes envoya contre le peuple les serpents brûlants qui en mordant les pieds des hébreux en firent périr un grand nombre. Le peuple repentant demande à Moïse d’intercéder auprès de l’Eternel. Celui-ci consent à pardonner et dit à Moïse de placer un serpent en haut d’une perche et prononce : « quiconque aura été mordu, qu’il le regarde et il vivra ! ».Moïse fit un serpent d’airain qui sauva ceux qui levaient les yeux vers lui.
On observe que la
légende Maçonnique s’écarte du
récit biblique sur plusieurs points. D’abord il est question
de la peste et non de la morsure des serpents brûlants. Outre
que la métaphore de la terrible pandémie est
probablement plus signifiante pour l’homme du 18ème
siècle, le mal épidémique me
paraît porteur d’une signification supplémentaire
sur laquelle je reviendrai.
En second lieu, le serpent d’airain n’est, dans la légende
maçonnique que l’emblème de la
guérison et non pas son vecteur direct. Dans ce
siècle des Lumières et à l’aube du
positivisme, sans doute un hommage est-il ainsi rendu à la
raison et à la science, mais surtout le rituel
écossais a en vue de conjurer la tentation de
l’idolâtrie et de la superstition vis à vis d’un
objet théophanique faiseur de miracle. Le risque n’est pas
nul puisque le serpent d’airain devînt l’objet d’un culte
chez les israélites qui lui offraient de l’encens. A telle
point que le roi Ezéchias craignant une mise en cause du
monothéisme se décida à le
détruire quatre siècles après
Moïse (II Rois 18.3-5).
Dans la légende maçonnique, l’idée d’une guérison raisonnablement explicable est fortement suggérée dans laquelle le remède végétal souligne la relation active de l’homme avec son environnement naturel. La guérison obtenue grâce à l’intervention divine n’est pas transcendante à titre principal, la démarche intérieure, immanente, de compréhension des fautes commises et de repentance conduisant à une guérison puisée dans les forces de la nature et dans les ressources intérieures de chacun.
Il faut aussi s’interroger sur la signification des deux mots serpent et airain. En hébreu on a nakhach pour serpent et nakhachet qui signifie cuivre ou airain ou bronze. Le deuxième mot dérivant du premier, le serpent d’airain ne serait que l’effet d’une redondance, d’une répétition involontaire née d’une traduction imprécise.En réalité l’évocation de l’airain n’est pas fortuite et je reviendrai sur le symbolisme de cet alliage métallique.
Il est intéressant aussi de signaler que le récit biblique s’appuie sur le mythe grec très ancien d’Asclépios. Ovide raconte comment Hyppolite maudit par son père Thésée fut tué lorsque son char se renversa à l’approche d’un monstre marin. Asclépios (Esculape dans la tradition latine), fils d’Apollon, le ressuscita grâce à des herbes dont il avait remarqué qu’un serpent les avait utilisés pour en secourir un autre.
Pour empêcher Asclépios de dépeupler le royaume des morts, Zeus le foudroya à la demande de Pluton. Il fut transformé en une constellation qui porte le nom de Serpentaire. Ovide relate aussi dans les Métamorphoses que les romains, victimes d’une épidémie, se rendirent à Epidaure où Esculape leur apparu muni d’un bâton rustique entouré d’un serpent. Il demanda aux romains de fixer leur regard sur le serpent. Le transport du Dieu Serpent à Rome mit fin au fléau. Le mythe d’Esculape et du caducée, emblème actuel de l’ordre des médecins sont étroitement associés au serpent.
2 – l’ambivalence du symbole du serpent
Le symbolisme du serpent est marqué par l’ambivalence. Dans la Genèse, le serpent est maudit. Le « plus rusé des animaux » est l’animal tentateur qui a convaincu Eve de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Pour sa punition, il est amputé de ses membres et condamné à ramper sur le ventre, à se mouvoir sur le plan terrestre, sans verticalisation possible. La marche serpentiforme du maître secret suggère un déficit provisoire de lumière spirituelle attestée à la fois par le voile qui couvre ses yeux et l’impossibilité d’accès au Saint des Saints. Dans le Lévitique tout ce qui rampe est impur et le serpent représente l’animalité et les pulsions chtoniennes les plus élémentaires de la vie.
Mais a contrario, les adeptes de la guématrie remarquent que la somme en hébreu du mot serpent ( Nakhach ) est égale à celle du mot messie (Masiha). Chez les Ophites et les Naaséniens, communautés gnostiques qui vénèrent le serpent, l’interdit concernant les fruits de l’arbre de la connaissance , émane de l’esprit malin, le démiurge.Le serpent prétendument tentateur, révèle à l’homme son essence divine. Le serpent est porteur de la révélation, de la Lumière en lutte contre le Dieu noir qui introduit le mal dans le monde.
Le serpent maléfique de la Genèse associé à l’arbre de la connaissance se transforme en serpent d’airain enroulé sur la perche qui symbolise l’autre arbre et son image inversée, l’arbre de vie au milieu du paradis (Genèse 2, 19).
L’arbre de vie représente le monde intelligible et de l’esprit alors que l’arbre de la connaissance qui n’en est que le reflet illusoire représente la forme, la manifestation. C’est le long de cet axe central et immobile que s’enroule le serpent d’airain image du cycle existentiel. Son mouvement descendant peut conduire vers les états obscurs ou infernaux. Lors de la chute primordiale, il est écrit que la mort entre dans la vie. En sens inverse, l’image alchimique traditionnelle du serpent crucifié suggère que la mort est une mue, un changement de peau qui précède la renaissance dans l’unité première. La mort que les hébreux affrontent est l’étape sacrificielle préalable à leur guérison et à leur rédemption. Le parcours écossais est rythmé depuis le cabinet de réflexion par cette dialectique de la mort précédant les renaissances successives. L’élargissement de la conscience vers l’accès au Centre de l’être est réservé à ceux qui ont exploré le nadir le long de l’axe du monde.
Dans le degré, la peste qui est substituée au serpents brûlants de la bible représente à l’identique, la violence de l’animalité et les pulsions inconscientes qui ont chassé l’Esprit. Les épreuves rencontrées par les hébreux ont eu raison de leur Foi. La faim, la soif, les attaques des peuples hostiles ont attisé leur rancoeur et leur haine.La rupture d’avec l’Eternel coïncide avec la mort du Grand Prêtre Aaron, la disparition du Pontifex interrompant la relation entre le Ciel et la Terre. La maladie et la mort résulte de cette séparation violente entre le corps et l’esprit. Paul Diel évoque le mythe de Chiron qui porte au pied une blessure inguérissable. La plaie provient d’une flèche tirée par Apollon, Divinité Solaire. La blessure signifie « l’absence de juste mesure régissant l’interdépendance de l’âme et du corps » (dixit Diel). Guérisseur du corps, Chiron néglige l’enseignement véhiculé par l’idéal Apolinien. Cet oubli des besoins de l’âme est pour Paul Diel l’indice de la banalité, concept clé de son oeuvre.
La peste qui est une maladie très contagieuse rend compte de surcroît, me semble -t-il, mieux que la morsure des serpents brûlants, du caractère mimétique de la violence engendrée.Camus décrit dans la peste un monde du chacun pour soi, à l’opposé de l’amour. La peste devient la métaphore de la destruction du groupe, des luttes mortelles qu’on devine pour accéder à l’eau et à la nourriture devenues rares. La révolte contre Dieu, la destruction du tiers transcendant la relation horizontale entre les hommes – que rappelle par antithèse le Triangle du décor de Loge –aboutissent à une rupture de communication qui provoque le chaos et la mort.
Le mal engendré est le résultat de la division, de la dispersion de l’être dont la racine céleste a été coupée. Le mal n’est pas « du monde » pour reprendre la terminologie de Paul Ricoeur à l’encontre de certains courants du gnosticisme, mais renvoie à l’apparition du sujet humain. Il est intrinsèque à sa nature, il lui est donné « une fois pour toutes » (Ricoeur dixit). Cette thèse étrangement proche de la doctrine Augustinienne du péché originel, peut conduire à penser que lorsque le sujet exerce une volonté et une liberté personnelle égotiques qui ne s’inscrivent pas dans l’harmonie du monde dont le Principe est le régulateur, le mal est potentiellement présent.
Peut-on éliminer le mal en nous ? La mort infligée aux mauvais compagnons, ces parties obscures de notre être a pu le laisser penser. Mais en nous enjoignant de regarder l’emblème du serpent d’Airain qui présente la double figure contradictoire de l’animal maléfique et de la guérison spirituelle, la légende et l’enseignement du degré ne nous conduisent pas sur la voie de la destruction d’une part de nous même, de la vengeance ou du refoulement, mais sur le chemin ascensionnel d’une réconciliation ontologique.
La fête de Pourim qui célèbre la victoire d’Esther et de Mardochée (livre d’Esther) donne lieu à des commentaires instructifs de la bible à cet égard. L’histoire est connue, Racine en a fait une pièce. On est au temps de l’exil à Babylone, Esther a épousé le roi Assuérus. Haman, prince et sorte de Vizir, gouverne. Mardochée refuse de s’agenouiller devant lui lors de l’hommage des présents au motif qu’Haman est un idolâtre et qu’une telle posture serait un blasphème. Haman jure sa perte et obtient du roi qu’un certain jour tiré au sort le peuple juif sera exterminé. Mardochée averti, en informe Esther qui réussira à inverser la décision du roi – et au passage se dévoilera en tant que juive – Haman étant finalement pendu le jour de Pourim ( le jour tiré au sort). S’agit-il d’une victoire du peuple élu sur les idolâtres, du bien sur le mal ? La bible nous invite à plus de subtilité. Il est moins question ici de vaincre le mal que de le restaurer dans son état primordial.Le serpent de la Genèse est le support du commentaire. Agent de la chute, porteur de tout le mal du monde, il est dit que le serpent retrouvera à la fin des temps sa place dans l’harmonie universelle. La faute de l’homme sera rachetée, celle du serpent transformée et le serpent guéri. Avec la fin des temps -qui ne doit évidemment pas être entendu dans un sens chronologique et historique – vient le retour à la dimension éternelle du Principe, rétablissant contre le « shatam », le diable séparateur et diviseur, l’unité tri-dimensionnelle de l’être,et cessent en nous et entre nous les oppositions et les conflits qui alimentent le mal.
Moïse inspiré par le Divin a l’intuition que la combinaison du serpent et de l’airain, métal d’une très grande dureté qui résonne très fort quand on le frappe, restitue la violence qui échappe à la maîtrise des hommes. L’airain est un alliage d’étain et de cuivre ; L’étain est traditionnellement associé à la Lune et l’Eau et le cuivre à Mars et au Feu. Le regard porté sur le serpent provoque un choc né d’une opposition des contraires ; C’est une ascèse, une purification génératrices d’une rupture de niveau de conscience. On se rappelle la mer d’Airain dans laquelle le Chevalier de Royal Arche se purifie. Chacun, dans la liberté de son cheminement intérieur peut faire le choix de ré-intégrer et d’éclairer la violence obscure qui l’habite pour la désamorcer et la rendre inoffensive. Le serpent maléfique est aussi le serpent guérisseur. La neuvième lettre de l’alphabet hébreu Teith, représente l’ancien diagramme du serpent qui se mord la queue, l’Ourouboros. Elle évoque la perfection de la Création.Elle précède le Iod, de valeur numérale 10 qui marque le retour à l’Unité principielle.
3 – La mission du Chevalier du Serpent d’Airain
Le rituel indique que la légende du serpent d’airain se perpétua sous la forme d’une tradition qui donna naissance à un Ordre de Chevaliers qu’aurait fondé Johanès de Ralps. Ce rapprochement entre la légende biblique et un Ordre de Chevaliers du moyen âge est destiné à mettre en évidence la relation entre le serpent guérisseur de l’ancien testament et le Christ Sauveur. Il est inspiré par Jean (III 14-15) qui dit en évoquant la crucifixion : « et de même que Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit en lui, ait la vie éternelle ». Le mot de passe du degré, INRI qui est aussi celui du degré très chrétien de Sublime Chevalier Rose-Croix, appuie cette analyse. Et puis on observera que les colonnes du temple de Salomon, sont faites d’Airain. Or, l’histoire maçonnique révèle que la force de Jachin se rapporte à l’ancienne Alliance, la loi de Yaveh, stricte et quelquefois impitoyable, tandis que la beauté de Boaz renvoie à la nouvelle Alliance. Le degré enjambant l’ancien et le nouveau Testament, ne suggère-t-il pas que le pardon et l’amour constituent le remède à la violence et à la mort ?
Pour Michel Cugnet, le nom du Chevalier fondateur de l’Ordre serait une déformation de celui de l’Archange Raphaël qui est présenté comme un guérisseur dans le livre apocryphe de Tobie. L’Archange procure à Tobie le fiel d’un gros poisson pour guérir la cécité de son Père (Tobit) ainsi que son foie et son coeur pour chasser les démons qui rôdent autour de Sara, sa promise, frappée d’une malédiction qui lui a fait perdre tour à tour, chacun de ses sept précédents soupirants. Tobie est comme Job, une figure vétéro-testamentaire exemplaire de la persévérance et de la confiance en la Divinité, qualités dont n’ont justement pas fait preuve les hébreux pendant la traversée du Sinaï. L’Archange envoyé par l’Eternel, guérisseur du corps et de l’âme, a pour principal attribut un bâton de pèlerin, symbole axial à nouveau et emblème de l’autorité et de la règle qui s’impose à tous. Ce bâton, c’est également celui, prenant la forme d’un roseau, dont sont dotés les Chevaliers Rose-Croix lors de la Cène.Et c’est aussi celui de Moïse, objet magique et divin, symbole de la force intérieure et cachée, qui projeté à terre se transforme en serpent pour accomplir des prodiges. C’est un objet qui établit hors du temps une relation entre Yaveh et la Terre sacrée.
Le Chevalier du Serpent d’Airain a pour mission de se délivrer personnellement des chaines que les écueils de son ascèse révèlent et qui entravent son parcours vers la Lumière. Mais cette délivrance qui exige courage et vertu doit, pour réussir être mise au service des autres.
Lors de la réception du candidat, le Très Puissant Grand Maître s’adresse à lui : « tu vois mortel, l’état de souffrance dans lequel nous sommes tous plongés : une maladie contagieuse plane sur les enfants d’Israël, et la mort fait parmi nous d’affreux ravages. Toi seul peut nous secourir, si ton âme est pure et si tes forces sont suffisantes. Gravis cette montagne escarpée. Tu trouveras sur son sommet l’herbe salutaire qui peut seule nous rendre la vie. Te sens-tu le courage de tenter l’entreprise ? oui monte donc, il est temps ».
Le candidat essaye de monter sur la montagne-cône mais les chaines le tirent en arrière. Heureusement l’euphorbe permettra de dissoudre le métal et de le délivrer. Cette plante médicinale était autrefois utilisée pour purifier le sang grâce à ses propriétés purgatives puissantes. C’est aussi l’herbe du serpent guérisseur du récit biblique. C’est enfin la plante qui compose le Buisson Ardent « qui brûle mais ne se consume pas » grâce à ses graines dont on faisait une huile lampante dans l’antiquité. Feu qui dissout, qui brûle et qui purifie et Lumière qui guérit ; Les caractéristiques ambivalentes du serpent deviennent les missions complémentaires du Chevalier : assurer son salut en délivrant ses semblables de l’intolérance, de la tyrannie et du Chaos.
Délivrer le pèlerin retenu en captivité, consiste aussi naturellement à soutenir et aider ceux qui sont en quête de la Parole Divine et que de multiples dangers guettent toujours dans les étapes successives de leur recherche au cours de laquelle la traversée des déserts peut s’avérer éprouvante.
L’amour que vit le Chevalier Rose-croix au terme d’un processus alchimique de purification et de sacrifice de son égo, se transforme chez le Chevalier du Serpent d’Airain en communion avec ses semblables. L’inter-monde où resplendit l’amour du Chevalier n’aboutit toutefois pas à la fusion de tous les opposés, de toutes les dualités. La branche horizontale du Tau sur lequel, dans certaines représentations, le serpent s’enroule, semble marquer la limite de l’ascension du Chevalier du Serpent d’Airain. Mais le service assumé et bienveillant établit l’harmonie en lui et met fin au sein de la communauté des hommes à la violence et à la mort, que l’oubli de l’esprit avait provoqué. A distance le serment du GEVS, qui a ouvert les portes de l’arbre des Séphirot et retrouvé la Parole perdue, s’accomplit avec vigueur : « je jure de pratiquer les vertus qui élèvent l’homme au dessus de l’animalité, de considérer tous les hommes comme mes frères, quels que soient leur origine et leur rang social. Je promets de visiter mes frères s’ils sont retenus par la maladie… ». L’accomplissement de l’ancienne loi conduit à la réalisation graduelle dans la nouvelle.
Au Chevalier du Serpent d’Airain revient également, éternel compagnon, d’approfondir sous l’empire de la raison, avec humilité et piété, sa connaissance des sciences de la nature.
Enfin, la mission des quatre Chevaliers missionnaires envoyés chaque année dans toutes les parties de la Terre selon les directions indiquées par les points cardinaux pour enseigner la vraie religion, rappelle la triple enceinte druidique qu’évoque R. Guénon. Sur celle-ci les quatre traits disposés en forme de croix qui relient les trois enceintes, sont des canaux par lesquels l’enseignement de la doctrine traditionnelle se communique de haut en bas et du centre vers la périphérie. La partie centrale de la Croix correspond à la « fontaine d’enseignement, généralement située au pied de l’arbre de vie » dont parle Dante et les fidèles d’amour, et la disposition des quatre canaux qui en partent, ressemblent au quatre fleuves du Pardès, lieu où les étudiants de la Torah peuvent à force d’étude, atteindre la béatitude.
J’ai dit
Bibliographie :
R. Guénon. Symboles de
la Science Sacrée.
M.Cugnet. La quête du Chevalier dans le REAA.
D.Béresniak. Rites et Symboles de la FM ; « les
Hauts grades ».
JP. Bayard. Symbolisme Maçonnique traditionnel. Tome II.
J.Hani. Les métiers de Dieu.
J.Chevalier et A.Gheerbrant. Dictionnaire des Symboles.
Dictionnaire culturel de la Bible.
P.Diel. Le Symbolisme dans la Mythologie Grecque.
P.Ricoeur. Le Mal.
J.R. Sansen. Découvrir l’unité de l’esprit.
Ordo ab Chao. Vol. 30-2.
R.Désaguliers Les Trois grands piliers de la F M.