29° #426012

Œuvrer à la libération de l’être moral et travailler à l’avancement de l’humanité

Auteur:

L∴ D∴ K∴

Obédience:
SSB
Loge:
Camp de Cotonou

Œuvrer à la libération de l’être moral

et travailler à l’avancement de l’humanité

J’ai l’honneur de vous présenter ce morceau d’architecture en guise de travaux de passage au 30ème degré du Rite. Le thème à commenter est intitulé : « Œuvrer à la libération de l’être moral et travailler à l’avancement de l’humanité ».

Le 28ème degré réunit en quelque sorte science, philosophie et religion. Aussi rassemble-t-il tous les acquis symboliques des degrés antérieurs ; synthétise les leçons reçues afin que le Chevalier du Soleil sache ultérieurement agir avec pertinence et efficacité selon les plans terrestre et astral. Puisque par notre travail dans l’Art Royal nous sommes parvenus au point de désirer connaître la Vérité, il nous faut la découvrir à nu et lui obéir en ce qu’elle nous commandera : demeurer attaché aux devoirs, se dépouiller des métaux, user avec modération de la force des nobles passions et se dégager des ténèbres de l’ignorance et de la superstition pour tourner nos regards vers la Lumière du Soleil qui éclaire et féconde le monde… Aussi, pour agir, conformément à la Tradition, nous ne travaillerons que pour obtenir l’harmonie, la paix et le bien de l’humanité. Nous œuvrerons, à l’instar des constructeurs des édifices sacrés, à la fois dans l’intemporel et dans le contingent car désormais la raison et le cœur commanderont notre main.

Pour le développement du thème ci-dessus cité, je propose le plan ci-après :

1-Clarification conceptuelle ;

2- Œuvrer à la libération de l’être moral : « Ex tenebris Lux » ;

3- Travailler à l’avancement de l’humanité : « Per lumina ad limina » ;

4-Conclusion.

I-Clarification conceptuelle

Le thème utilisé à l’ouverture des travaux au 28ème degré comporte deux actions : « œuvrer à la libération de l’être moral » et « travailler à l’avancement de l’humanité ». Œuvrer ou travailler sont deux verbes synonymes ayant le même sujet, l’homme. Leurs objets sont, pour le premier, l’être moral, le microcosme et, pour le second, l’humanité, le macrocosme.

Alors que la première action vise l’homme à travers ce qu’il y a d’essentiel en lui, l’être moral, la seconde, vise l’homme dans sa communauté, l’humanité. Nous savons également que l’homme est constitué de corps, de l’esprit et de l’âme, et en psychologie, l’esprit a deux niveaux c’est-à-dire le niveau conscient ou rationnel et le niveau subconscient ou irrationnel. Nous pensons avec l’esprit conscient et tout ce que nous pensons habituellement s’enfonce dans notre subconscient, qui crée selon la nature de nos pensées. Le subconscient est le siège des émotions, c’est l’esprit créateur. Si nous pensons bien, le bien suivra ; si nous pensons mal, le mal se manifestera. Voila comment travaille l’esprit qui constitue l’être moral.

II- Œuvrer à la libération de l’être moral : « Ex tenebris Lux »

Le Rituel du 28ème degré précise que la devise des Chevaliers du Soleil est : « Ex tenebris Lux » et signifie : « Puisse la Lumière surgir du fond des ténèbres ».

Nous allons donc nous appuyer sur cette devise du grade pour expliquer comment œuvrer à la libération de l’être moral. Mais au paravent, une explication s’impose : Lux signifie Lumière. Tenebris fait penser aux ténèbres.

Quant à l’Ex, nous voyons deux définitions possibles. Ex, c’est-à-dire ancien, ce qui sous-entend quelque chose ayant existé avant, d’où une certaine idée de transformation. En suite Ex, après. Ici, l’idée est que ce qui vient après est différent de ce qui est avant, mais sans forcément transformation.

En se basant sur ces deux traductions de Ex, nous pourrions dire alors : les anciennes ténèbres sont devenues la lumière. Ce qui sous entendrait que les ténèbres n’existent plus ou la Lumière vient après les Ténèbres. Et comme le dit le Rituel d’ouverture (page 4) : « je viens du fond des ténèbres…pour aller à la lumière ». Voyons donc comment libérer l’être moral des ténèbres pour son illumination.

C’est un travail de longue haleine pour les initiés et pourrait se faire sur plusieurs générations.

Depuis notre initiation, nous avons appris que pour œuvrer à la libération de notre être moral, nous devons travailler sur nous-même en nous appuyant sur nos frères : c’est un travail de sublimation sur le plan astral. Apprenti, nous avons donc appris à mettre en pratique le premier devoir de l’initié : dégrossir en lui la pierre brute et se taire.

Compagnon, nous avons commencé à nous réaliser en mettant en pratique le deuxième devoir de l’initié, le Travail. A ce niveau, il nous a été remis le miroir, support quotidien de méditation qui doit nous amener à l’illumination.

Maître, la légende d’Hiram nous a enseigné que la vie et la mort sont indissolublement liées et nous a mis en garde contre les mauvais Compagnons.

Maître Secret, nous sommes passés de l’Équerre au Compas, c’est-à-dire de l’ascendance de l’esprit sur la matière. Admis au rang des Lévites, nous sommes parvenus devant le Saint des Saints. Nous avons médité en silence sur le devoir et reçu la clef qui nous a permis d’entreprendre la quête de la Parole perdue. Nous avions, avec le plus sage des Rois, versé des larmes sur le tombeau de notre Maître Hiram ; mais son meurtre restait impuni. Nous fûmes des neuf Maîtres élus par Salomon pour le venger. Dans la caverne où il se terrait, nous avons découvert le traître, symbole des vices qui corrompent notre âme et nous l’avons exécuté sans faiblesse.

Salomon récompensa notre courage en nous armant Chevaliers ; puis nous fûmes reçus Grands Maîtres Architectes afin de poursuivre l’embellissement du Temple, la Jérusalem Céleste.

Enfin, notre patiente progression dans les structures de l’Ancien Temple, nous a permis de découvrir le Triangle d’or scellé sur la pierre d’agate, de l’apporter au Roi Salomon qui, en récompense de notre zèle et de votre constance, nous créa Chevaliers Royal-Arche. Puis, ayant atteint la plénitude de la Perfection, ayant fait alliance avec la vérité et les hommes vertueux, nous sommes devenus Grands Élus, Parfaits et Sublimes Maçons.

Quand le progrès de nos connaissances et de notre réflexion nous en eut fait juger dignes, nous avons obtenu la Liberté de passer le fleuve symbolique, pour être armés Chevaliers d’Orient et de l’Épée et travailler à la reconstruction du Temple. Cette tâche menée à bien, nous avons reçu le titre de Prince de Jérusalem. Le grade de Chevalier d’Orient et d’Occident nous a donné un premier aperçu des symboles de l’Apocalypse. Ainsi préparés, nous avons été initiés au 18e degré. Ce grade capital nous invite à édifier en nous-mêmes un Temple spirituel. Il rappelle et renouvelle l’esprit de l’ancienne Chevalerie, le don de soi, poussé parfois jusqu’au suprême sacrifice.

Chevaliers Rose-Croix, nous avons retrouvé la Parole perdue. Sur le plan de l’intelligence, nous avons accédé à celui de la Foi, de la Charité et de l’Espérance. Déjà éclairés par la connaissance et la réflexion, guidés et soutenus maintenant par ces trois vertus théologales (majeures), nous brûlons de mettre en œuvre, dans l’action, les puissances dont elles sont dépositaires.

Au 19ème degré, le chevalier devient Grand Pontife. Ainsi ayant sacrifié la bête qui est en lui, il erre dans une nouvelle œuvre au noir, et, au sommet de la montagne, il est abandonné dans une retraite nécessaire, pour y refaire encore une fois usage de son fil à plomb, afin d’examiner scrupuleusement les recoins de son Temple intérieur, cette cité céleste, celle que l’on veut reconstruire. Dans la continuité du 18ème, où il est l’agneau, le Grand pontife laisse ses métaux à la porte du temple pour rétablir l’ancien Temple dans toute sa majesté, la Jérusalem Céleste, celui qui est en nous, notre quintessence de dimension cosmique, universelle, cet absolu que nous cherchons.

Ce grade est le premier des grades philosophiques, et Pontife, le chevalier construit des ponts, entre lui et le divin, entre les deux rives de sa dualité, spirituelle et matérielle.

Au 20ème degré, le Chevalier du Temple. Le rituel du 20éme degré du Rite fait référence à l’origine des Templiers dont les œuvres spirituelles et matérielles ne nous échappent pas.

Au 21ème degré, le Patriarche Noachite. Chevalier Rose+Croix, il sacrifie son animalité. Pontife, il construit un pont entre ses deux rives, entre la Terre et le Ciel, entre l’Epais et le Subtil qui sont en lui.

Le 22e degré, Chevalier Royal Hache – Prince du Liban, nous a fait entrer dans la Maçonnerie dite hermétique de notre Ordre. Sous la glorification du travail, nous sommes entrés dans l’ésotérisme du Grand œuvre et il nous a été indiqué les conditions matérielles pour l’ascension vers le divin.

Au 23ème degré, le Chef du Tabernacle. C’est celui en qui Hiram continue à vivre, relevé au 3ème degré. Tous les Maîtres sont des fils d’Hiram, maîtres du Temple de Salomon, donc Chefs du Tabernacle. C’est bien à ce degré la consécration de l’Union parfaite du Cœur et de la Volonté. Comme dans les degrés précédents, nous devons toujours faire le sacrifice de nous-mêmes, corps, âme et esprit en notre sanctuaire, celui dont nous avons les clefs. Il faut à nouveau tuer le vieil homme en nous pour renaître à nouveau.

Au 24ème degré, le Prince du Tabernacle. Dans la continuation du 23ème degré, le 24ème nous apprend qu’une croyance mutuelle envers une entité superpuissante lie tous les hommes entre eux en une confrérie internationale, les fils d’Hiram. Il poursuit la formation de son détenteur en qualité de guide initiatique en lui conférant le deuxième échelon de la hiérarchie sacrée. Le Prince du Tabernacle devient alors un intermédiaire privilégié entre le Grand Architecte de l’Univers et les Humains qui rayonne, non seulement parmi les Maçons mais auprès des humains, ses Frères et Sœurs.

Au 25ème degré, le Chevalier du Serpent d’Airain. Nous avons l’obligation à ce degré de libérer les captifs, de courir au secours des frères que la tyrannie des infidèles retient sous leur empire. La devise est vertu et courage.

Le message maçonnique parait clair. Moïse sur la montagne, c’est le Maçon dans un lieu intérieur qu’il sublime. Il implore, il réfléchit et a la révélation de la cause du mal : la matérialité symbolisée par le serpent rampant sur terre. Il voit le serpent blessé et il se voit lui-même, dont l’esprit est pestiféré et risque de mourir à cause de trop de matérialité. L’autre serpent, c’est l’autre lui-même, qui va guérir le premier. C’est l’esprit et le corps réunifiés, apaisés, joyeux. L’herbe qui guérit est l’arbre de vie, issu de la terre qui s’élève vers le ciel.

Au 26ème degré, c’est le Prince de Mercy. Ce grade conjugue à la fois le caractère trinitaire des notations et le caractère traditionnel d’une triple inspiration : religieuse, alchimique et Templière. On y retrouve trois couleurs (vert, rouge et blanc), trois épreuves, la vérité voilée, l’indication du Troisième Ciel, le signe d’appel ou de Secours. La voûte impénétrable, la science infuse, enfin, le Palladium – l’objet tutélaire, protecteur. On y parle « des eaux supérieures qui ne mouillent pas », où les alchimistes verront volontiers une allusion au mercure et où les mystiques verront une image de l’Esprit-Saint qui flotte au-dessus des eaux ou de Jésus qui marche sur les Eaux.

Au 27ème degré, le Grand Commandeur du Temple. Les trois voyages effectués dans le plus grand des silences sont un rappel des trois voyages de l’Apprenti, sauf que ceux-ci sont célestes. Aux grades précédents, il est libéré du joug de la servitude, de son égo, de sa matérialité et il devient maître de lui-même, un roi aux trois pouvoirs : chevaleresque, sacerdotal et prophétique. Obligé de rentrer en lui-même et d’accepter sa triple unité, il devient le gardien du temple, du tabernacle et en possède la clef. Nous avons en effet en nous le pouvoir d’ouvrir ou de fermer notre propre temple. De l’ouvrir à l’Amour et de le fermer à la haine, l’intolérance et les ambitions.

Au 28ème Degré, le Chevalier du Soleil, nous sommes devenus des illuminés par la Connaissance et la Lumière. Ce grade est fondamentalement alchimique : les 4 triangles du tableau de Loge représentent la terre, l’eau, l’air et le feu et les 7 chérubins représentent les 7 métaux (or, argent, cuivre, fer, plomb, étain et le mercure). Le mot de passe, « Sibium » est celui par lequel les alchimistes désignent l’antimoine, principal élément de toute chose, la materia prima avec laquelle le travail commence.

Eu égard à tout ce qui précède, nous pouvons manifestement affirmer que l’Apprenti Franc-Maçon a passé du temps à dégrossir sa pierre et à se perfectionner pour l’élévation de son esprit, l’être moral. Parvenu à ce niveau de la compréhension des choses ; voire au seuil de la Connaissance et de l’Amour, il lui faut travailler à l’avancement de l’humanité.

III- Travailler à l’avancement de l’humanité : « Per lumina ad limina »

Selon notre rituel du grade, « Per lumina ad limina » signifie : « que, par ses apports successifs, la Lumière nous conduise au seuil de la Connaissance et de l’Amour » ou encore la lumière est sensée nous conduire à la connaissance et à l’amour.

Selon la devise précitée, nous sommes arrivés des ténèbres à la Lumière et il nous faut parfaire le travail en allant de la Lumière au seuil de la Connaissance et de l’Amour pour l’avancement de l’humanité.

A cet effet, il convient de comprendre que le travail, dans l’égrégore de la tradition initiatique qui est la nôtre, s’effectue sur deux axes positifs, tout comme dans un repère orthonormé. Comme mentionné ci-dessus, sur l’axe vertical, c’est un travail à l’infini de sublimation pour la Lumière et l’Amour. Quant à l’axe horizontal, c’est un travail terrestre à l’infini de fraternité pour la Connaissance et l’Amour.

Comment devrons-nous alors travailler à l’avancement de l’humanité ?

Pour ce faire, nous devons continuer de nous consacrer aux devoirs : envers nous-même, envers nos proches, envers la société, envers l’humanité, etc.

En effet, le profane nu et errant subit les épreuves de la terre, de l’eau, de l’air, du feu au cours de ses voyages et à force de travailler sur lui-même, il découvre, telle une pierre cachée, l’espérance du renouveau, de la renaissance.

Au 28ème degré, victorieux des épreuves terrestres, délivrés des attaches matérielles, nous demandons que la Lumière nous mène vers l’amour désintéressé des hommes, à suivre toujours la loi du Devoir et le désir de Vérité.

Il nous est demandé de rendre compte de notre conduite et on nous recommande de poursuivre nos recherches dans la persévérance, par de bonnes pensées, de bonnes paroles et de bonnes actions.

En accomplissant nos devoirs, à travers les enseignements, grade par grade, nous atteindrons l’ultime Sagesse… C’est dans cette optique que la tradition chevaleresque en Franc-maçonnerie est une sublimation des valeurs : sacrifice de soi, service des pauvres, des faibles et des opprimés, générosité et noblesse du cœur, droiture et loyauté, honneur, respect et devoirs, actions justes au service du droit, de l’Humanité, etc.

La cause à laquelle nous demeurons inébranlablement attachés est celle qu’avait embrassée la Chevalerie : la primauté de l’esprit, la culture et la défense de la pensée libre, la protection des faibles, le respect de la femme, l’avènement des êtres humains à la dignité, l’abolition des privilèges de toutes espèces, la lutte contre les sectarismes, les dogmatismes et les oppressions.

Agir comme le fait le Chevalier du Soleil qui refuse de se faire courtisan des grands et flatteur des masses est bien sûr un moyen de conserver son indépendance, de garder sa liberté d’esprit et d’action, de se maintenir dans le triangle « Liberté – Egalité – Fraternité » ; en fait, d’agir en homme juste. Certes, la société actuelle ne rend pas l’application de ce mode de comportement très facile. Cette société marchande fait naître de plus en plus de nouveaux besoins qui titillent nos envies, nos passions ou notre « ego ». Elle réveille nos instincts grégaires.

Se faire courtisan des grands et/ou flatteur des masses est, en réalité, admettre d’une part l’inégalité, donc la soumission ou la domination, et d’autre part, pratiquer l’hypocrisie, voire la corruption. Le Chevalier du Soleil veut, dans tous ses rapports sociaux, se comporter comme s’il y avait égalité entre lui et son vis-à-vis. Il veut établir un rapport équilibré, un échange juste aussi bien entre le fort et le faible, qu’entre l’intelligent et l’ignorant, qu’entre le riche et le pauvre. Il veut un échange profond et généreux dans lequel l’un suppose dans l’autre, une force égale à la sienne. Il rejette toute forme de soumission ou de domination ; il veut être juste et donc penser juste.

Notre Ordre a pour mission de contribuer à construire un monde dont les idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité seraient les trois piliers : construire la Liberté de pensée, la Liberté d’expression, la Liberté de conscience ; construire l’Egalité, l’Equité, la Fraternité entre tous les hommes…Ce faisant, nous parviendrons patiemment et progressivement à l’avancement de l’humanité.

IV-Conclusion

Nous avons eu la joie d’être initié au 28ème degré et avions été conviés à approfondir notre réflexion sur tous les grades intermédiaires et c’est ce que nous avons tenté de faire dans le présent morceau d’architecture pour justifier le travail de sublimation et de fraternité.

Nous avons gravi les principaux degrés de la maçonnerie, nous sommes arrivés du centre des ténèbres et avons pu en sortir par la réflexion et l’étude de la Nature, dont les lois nous aident à vivre dans l’harmonie. Nous avons acquis une plus grande connaissance dans l’élévation de l’être moral et nous sommes à même de travailler sur nos semblables pour l’avancement ou le bien de l’humanité.

J’ai dit !

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