30° #427012

A300-4 / Il n’y a plus de temps

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Souverain Chapitre AORAI n° 1003


à la Vallée de Papeete-Tahiti


A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers


Ordo ab Chao – Deus Meumque Jus


Au nom et sous la Juridiction
 du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33è
 et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France


Très Sage Athirsata et vous tous Chevaliers Rose-Croix, mes Frères,




Ce thème de travail est tiré de la fermeture des travaux au 17è degré du REAA, où il est dit : « Il n’y a plus de temps ». Cette mention d’une apparente absence du temps doit interpeller chacun d’entre nous et attiser notre désir d’éclairer notre voie initiatique.



Le premier réflexe de tout un chacun, sur une telle affirmation, serait une perception négative vécue comme un fatalisme de mauvais aloi. En effet, comment peut-on considérer qu’il n’y a plus de temps ? C’est à croire qu’il y avait un temps où il y avait du temps. Un temps où tout était encore dans le domaine du possible et que le temps qui s’est écoulé, ne permet plus de revenir en arrière ; qu’il est trop tard pour faire les choses comme on l’aurait souhaité. En bref, que nous sommes perdus.



Puisqu’il n’y a plus de temps, il ne nous reste plus qu’à nous montrer fatalistes, de ne plus croire en la perfectibilité de l’homme, il n’y a plus d’espérance car comme dit l’adage : «  le temps perdu ne se rattrape guère ».



J’en étais là de mes premières réflexions sur le temps en  égrenant les multiples petites phrases comportant le temps comme référence. Tous les poètes, les écrivains, les chanteurs ont loué le temps : du temps des cerises à celui des philosophes, en passant par la recherche du temps perdu…



C’est l’ordre même de l’harmonie des sociétés humaines qui est rythmé, le temps est une des problématiques éternelles. C’est la mesure de la vie encombrée des uns, de l’ennui des autres.



Depuis que l’homme occupe sa place dans l’univers et dans son espace, il a toujours voulu mesurer le temps, y mettre des bornes. Ces bornes étant par nature limitées comme l’est son existence qui s’inscrit dans la précarité.



Qu’il soit le temps du monde ou le temps des hommes – durée cosmique ou individuelle – qu’il soit le temps des dieux ou le temps de Dieu – immortalité ou éternité ; le temps a donné lieu à un nombre impressionnant de calculs, de mensurations, de découpages destinés à le cerner, à l’organiser (en calendrier).



A travers les civilisations et les peuples, chacun a posé ses propres questions et proposé ses réponses devant l’alternance et le changement, du mouvement du soleil et des astres, au déroulement des saisons, de la naissance à la mort.



Puis, après ces premières réflexions sur le côté négatif de la phrase, sur le côté fataliste, ilm’est apparu qu’une seconde lecture de la phrase devait se faire autrement. Qu’il fallait rechercher ce qui était caché derrière le symbole. Ne nous enseigne-t-on pas dans notre cheminement à chercher l’idée sous le symbole ?



Le temps est-il une ligne, lancée en direction d’un avenir qui est ailleurs, vers une espérance qui est devant, ou bien le temps est-il une roue sans fin, sans projet, ni progrès envisageable ? Ces deux conceptions du temps, diamétralement opposées, ont suscité à leur tour quantité deréflexions, de recherches, de spéculations de la part de tous les penseurs, philosophes, mystiques et autres.



Et si la phrase : « Il n’y a plus de temps » n’était pas à prendre comme une négation fataliste, mais comme un constat existentiel. Un constat établi par une entité supérieure, une entité qui déclare dès le début : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… » et qui poursuit son oeuvre en créant à l’aube des temps les deux luminaires pour  que les hommes aient des limites au temps, à leur existence, pour qu’ils puissent inscrire leur durée dans un instant.



Sachant qu’au moment de la Création, de l’acte premier, il n’y avait pas de temps, puisqu’il n’y avait pas de « déchéance » et que la notion de temps n’existait pas au « Paradis (Pardes) ». Par définition, étant dans l’infini, je ne peux mesurer ce qui est fini.



L’Etre divin, par définition est Infini, Eternel. Il n’est donc pas limité par le temps. Il n’y a plus de temps. Il est celui qui est (en hébreu : « Ehieh asher Ehieh »), celui qui n’a plus de temps, au sens de plus de limite. Et les deux significations de la phrase sont apparues. L’une liée au temps des hommes, l’autre au temps divin qui par essence n’en possède pas (de temps).



Mais du fait de l’enceinte dans lequel nous nous trouvons, une troisième lecture plus rituélique s’impose. Au 17è degré du REAA, à l’heure d’ouverture des travaux du Grand Conseil, il est dit que ceux-ci ont repris car : « les temps sont proches ». A l’heure de la fermeture des travaux, il est dit : «  Il n’y a plus de temps ». Pour le Chevalier d’Orient et d’Occident, il y a du temps quand il commence ses travaux, mais les temps sont proches.



Nous retrouvons cette référence dans l’évangile de Saint-Jean, dans le dernier verset du Nouveau Testament (Apocalypse, XXII, 6-14) : «  Et l’ange me dit : ces paroles sont certaines et véritables ; ….mais il me dit : ne scelle point  les paroles de la prophétie de ce livre ; car le temps est proche. Que celui qui est injuste soit encore injuste que celui qui est souillé se souille encore ; et que le juste pratique encore la justice, et que le saint se sanctifie encore. Et voici que je viens bientôt, …pour rendre à chacun selon son oeuvre. Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ».



Ainsi se termine le nouveau Testament et ainsi débutent les travaux du Grand Conseil. Il n’y a plus de temps quand le Grand Conseil les termine.



Il convient de rappeler qu’au 18è degré, il n’y a pas d’heure de reprise ni de fermeture au sein du souverain Chapitre de Rose-Croix (les travaux à ce degré ne sont jamais fermés mais seulement suspendus) et de ce fait le dernier moment, le dernier espace temps, le dernier instant temporel, fini, se situe au 17è degré.



Que s’est-il alors passé dans ce degré pour le temps ? C’est par la lecture du rituel qu’il faut revenir aux fondamentaux.S’il n’y a plus de temps, c’est que nous sommes à la fin des temps.



Mais, cette fin ne signifie pas la même chose pour tous.Il y a ceux pour lesquels le temps est cyclique, et ceux pour lesquels le temps est linéaire. Il est tentant de croire que tout a déjà été avant et qu’«  il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». Toutes les religions, toutes les croyances issues du croissant fertile parlent de l’éternel retour.



Tous les peuples de l’Inde assurent qu’ils reviennent sur cette terre pour faire ce qu’ils ont fait jadis. Pourtant les hébreux, après avoir tournés 40 ans dans le désert, ont posé leurs tentes ainsi que la tente d’assignation dans un lieu unique et ont fini dans la Terre qui leur a été promise. Même à l’issue d’une période d’exil en Babylonie, ils sont revenus sur la Terre Promise, la Terre Primordiale, à l’issue d’un cycle temporel. Cette délivrance vers un objectif réapparaît d’une manière récurrente et justifie pour certains, dont les messianistes, la loi du retour.



Pour le Prince de Jérusalem (16è degré), celui qui connaît le Chemin de l’exil, à Babylone, le temps des travaux s’écoule « du soleil levant » à « la moitié du jour » dans le temps des Hommes.



Le problème du temps est celui de l’adéquation entre l’homme qui est un être à trois dimensions, qui doit vivre dans un monde qui en possède plus de quatre (le temps étant la quatrième).



Il a fallu des siècles pour  que la relativité du temps soit mis en équation. Il a fallu un nouvel esprit pour que surgisse une nouvelle vérité : le temps n’est pas le même pour tous, il est mouvement. « Il n’y a pas de temps hors du mouvement, du devenir », selon Einstein.



Le temps est cyclique pour les Brahmanes et les Upanishads. C’est la base du principe de l’Inchangé dans le changement. C’est un des principes de l’immortalité  puisque que l’on revient sans cesse dans notre vallée de larmes, la mort est forcément douce.



Tout le monde antique croyait au temps cyclique. Les Egyptiens embaumaient leurs généraux et les pharaons de peur qu’ils aillent dans une autre incarnation servir les ennemis Hittites et vaincre le pharaon.



Jusqu’à Moïse, le fondement de tous les mysticismes est le principe de l’éternel retour. On naît, on meurt, on renaît, on part, on revient. Quand Moïse invente le temps linéaire, tout change. La mort prend un caractère définitif.



Jésus surmonte l’angoisse du monde en posant le principe de la résurrection, à l’identique des Hindous : tout recommence et tout est à recommencer. Il n’y a plus d’histoire, plus de temps puisque tout recommence toujours.



La scission entre la vision mosaïque pour qui le temps est linéaire et pour l’Orient pour qui le temps est cyclique, (c’est le principe de l’Eternel retour ou de la spirale) s’impose.



C’est l’opposition entre deux croyances : l’une où le monde a une fin avec une fin des temps (c’est la croyance issue des peuples du Livre) ; et une croyance où le temps est le lieu de la multiplicité, de la dispersion.



L’attitude face au temps est une des options décisives d’une existence. Les récits apocalyptiques sont là pour nous préciser la fin des temps par le malheur. Seuls quelques rares privilégiés auront accès à une montée, une ascension qui les mettra hors du temps, dans un temps où ils auront accès à la lecture des temps futurs (Moïse, Esdras, Baruch, le Christ, Isaïe,…).



Les Grades capitulaires posent comme principe la liaison entre les valeurs de l’Ancienne et de la Nouvelle Loi. Pour le peuple du Livre, les exils se succèdent : Babylone, la Perse, la Grèce, Rome. Un de ces exils est repris dans la tradition maçonnique qui nous refait revivre la fin des temps linéaires, issus de la tradition judéo-islamo-chrétienne, mais aussi des événements reviviscents, qui reviennent, font retour et sont circulaires.



La fraternité initiatique au 18è degré nous a présenté la Parole Retrouvée « I.N.R.I » par « Igné natura Renovatur Integra (la nature est renouvelée tout entière par le feu) ». Au 17è degré, nous sommes des Chevaliers d’Orient et d’Occident, c’est-à-dire des êtres situés entre deux mondes, entre deux grands rêves de l’humanité. Entre l’espérance de voir se réaliser enfin la fusion entre l’Occident et l’Orient, ces deux moitiés d’un monde éclaté.



Nous recherchons l’ordre dans le chaos « Ordo Ab Chao », la fusion de deux Lois. Ce rêve au-delà des temps, d’autres, profanes ou initiés l’ont eu : d’Alexandre le Grand à César et Cléopâtre, à Julien l’adorateur du soleil, sans omettre Napoléon Bonaparte ou Lawrence d’Arabie et bien d’autres…



Cette volonté de dépasser le temps et de réunir les deux mondes de l’Occident et de l’Orient nous amène à intégrer les deux notions du temps : celle cyclique et celle linéaire.



En loge bleue, le temps commence à midi et subitement s’arrête à minuit. Le temps est arrêté et progresse subitement. Mais à l’intérieur de la loge, le déplacement se fait autour  d’un schéma cyclique et le cercle s’ouvre au 4ème degré à la recherche de la Parole perdue. Le temps s’écoule entre « l’éclat du jour qui a chassé les ténèbres et la grande lumière qui commence à paraître » et de nombreux autres cycles : le cycle salomonien «  à huit heures, à deux et à sept heures ; du point du jour à la septième heures ; du point du jour au moment où le jour s’obscurcit ; de cinq heures du matin à six heures du soir,… ».  



Puis un cycle mène de Babylone à Jérusalem. Ce cycle fait bien référence au 17è degré, au fait que les travaux se terminent quand il n’y a plus de temps. Et nous réalisons ainsi  une synthèse du temps et de l’éternité puisque, ensuite, les travaux ne sont jamais fermés mais suspendus au 18è degré.



Ainsi, nous entrons dans une phase où « Il n’y a plus de temps ». Le temps passé en loge, n’est plus la valeur primordiale, nous sommes dans l’intemporel, nos pensées doivent se poursuivre au dehors, nous sommes ouverts au temps, au monde. Nous évoluons dans l’intemporel, nos pensées et nos actions se poursuivent au-delà du temps.



Il n’y a plus de temps pour le Chevalier Rose Croix, il est hors du temps, dans un monde de charité, d’amour et d’espérance où l’action ne se mesure pas au long égrènement d’un sablier, mais au rythme du coeur, des actions charitables, ordonnées selon le devoir d’Amour. Une autre dimension est donnée dans la nouvelle loi d’Amour (Agapé). Elle n’est plus linéaire, nous sommes au-delà du temps. Nous sommes appelés à vivre la durée située entre notre naissance et notre mort dans l’Amour des autres.



C’est ainsi que nous devons construire une nouvelle éternité, pour nous Etres ne possédant qu’une vie, nous sommes des voyageurs du  temps, nous devons nous inscrire dans un temps où il n’y a plus de temps, sauf celui de l’Amour Eternel.



J’ai dit Très Sage Athisarta.



R CF

Papeete, le 04 Avril 2007, réactualisé le 18 Février 2008

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