30° #427012

De l’abandon des métaux au pouvoir sans vouloir, la quête de l’humilité

Auteur:

J∴ M∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Ordo Ab Chao – Deus Meumque Jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil
Pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du
33ème et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Résumé

Aux trois premiers degrés :

Les métaux sont souvent symboles de puissance, de richesse et de position sociale. On en prône le dépouillement comme condition nécessaire à toute quête d’humilité car ils sont les vecteurs de notre ego. Il faut renoncer à l’enveloppe pour commencer à appréhender sa vérité.

Au 4ème degré :

Les métaux ne sont plus systématiquement synonymes des scories et leur statut évolue On peut les associer à des thèmes symboliques. Toutefois lorsque dans la Loge de perfection, la notion de métal s’efface le champ de vision s’enrichit de la clé d’ivoire qui invite à l’ouverture. Le voyage de l’humilité reprend.

Aux 13ème et 14ème degrés :

Le maçon poursuit son travail de collaboration et d’auto-socio-construction avec ses Frères dans la valorisation de l’œuvre à l’unisson. Le voyage continue. Il vivra avec la descente puis la remontée le doute, la tentation, le trouble. Mais sa prise de conscience à la fois individuelle et collective va lui permettre de commencer à donner un sens aux passages de l’ombre à la Lumière, celui de l’humilité.

Au 18ème degré :

Le pèlerinage prend un caractère d’intériorité. Le Chevalier R+ dans son voyage immobile développe son idéal christique et partage sa nourriture spirituelle avec ceux qui en ont besoin à l’exemple du plus humble de tous.

Au 30ème degré :

Du Pouvoir sans Vouloir…au…Vouloir sans Désir on aboutit au…« Pouvoir sans désir ». C’est-à-dire à l’agir avec autrui et pour autrui sans y introduire d’intérêt personnel.

Avoir toujours en conscience la noblesse de la tâche à accomplir et l’accomplir noblement.

Dans la formulation de ce thème de travail : « De l’abandon des métaux au pouvoir sans vouloir, la quête de l’humilité », nous devinons bien l’intention qui est de faire ressortir la dynamique de notre démarche tout au long des degrés maçonniques que nous avons acquis.

Aux trois premiers degrés…

Lors de l’initiation : Le Vénérable Maître s’adressant à son Trésorier lui demande « Avez-vous perçu les métaux représentant les droits d’initiation ? » C’est la toute première phrase qui introduit cette cérémonie !

La troisième phrase est : « Frère Expert, allez vers le postulant, dépouillez-le de ses métaux, accordez sa vêture…etc… »

On comprend déjà que le terme « métaux » n’a plus le même sens !

Quel que soit le Rite (REAA / EMULATION / FRANÇAIS…) Cette notion existe lors de la cérémonie d’initiation à quelques variantes près.

« Les métaux, dont on vous a demandé le remise avant d’entrer dans ce Temple, symbolisent tout ce qui brille d’un éclat trompeur ». « Mais ces métaux convenablement maniés peuvent servir aussi à faire le bien ». Avec un développement sur la Charité pas tout à fait dans l’esprit de celui du 18ème degré mais nous n’en sommes plus à un paradoxe près dans nos rituels !

Dans d’autres rites (Emulation par exemple). On va même plus loin puisque le Vénérable Maître demande au néophyte à la fin de la cérémonie d’initiation : « Avez-vous quelque chose à donner pour ceux qui sont dans la détresse ? »… (Thème de la Charité bien sûr !) …et devant le désarroi du néophyte… « Vous aurait-on dépouillé de tout… ? » Et c’est là qu’intervient un mélange, à mon sens, entre les notions d’objets de valeur…et métaux… (o. de v. & m. dans le texte)

Dans ces cas, les métaux sont toujours symboles de puissance et/ou de richesse. N’oublions pas, non plus, que la maitrise du métal, c’est aussi la possession des armes ! Là encore il faudrait regarder les multiples aspects des armes / Violence, certes, mais aussi position sociale (Noblesse par exemple par opposition avec Bourgeoisie…etc…) et une foultitude d’aspects symboliques. N’oublions pas non plus l’épée du Couvreur et celle de l’Expert.

Il est à souligner un aspect constant, que l’on retrouve dans les mythes, à savoir la sacralité des métaux et surtout le caractère ambivalent et mystérieux qui s’y rattache. Le dépouillement des métaux est un rite initiatique ancien qui n’est pas propre qu’à la maçonnerie !

On peut le rapprocher du mythe de la déesse babylonienne Ishtar, contrainte au cours de sa descente dans le monde infernal de déposer successivement ses parures pour franchir les 7 enceintes avant de paraître nue devant sa sœur, la redoutable Souveraine du royaume des morts.

Pour les peuples de l’Antiquité les métaux étaient souvent considérés comme maléfiques, ainsi les Pyramides, par exemple, ne contenaient pas de fer, métal pourtant bien connu à l’époque de leur édification !

Ce métal fut aussi proscrit lors de la construction du Temple de Salomon… Je vous rappelle le livre des Rois qui relate : « Lorsqu’on bâtit la maison, on se servit de pierres toutes taillées, et ni marteau, ni hache, ni aucun instruments de fer ne furent entendus…etc… »

Il est vrai que le texte dit qu’on ne les entendit pas…mais pas qu’ils ne furent pas utilisés !

Avant de clore ce thème aux trois premiers degrés : Un paradoxe, un de plus ! Une des colonnes est en Airain…et au 3ème degré : TUBALCAIN ! Celui qui inventa l’art de travailler les métaux !

Où l’on retrouve omniprésente la dualité Bien-Mal…Actif-Passif…etc…(L’airain par exemple qui a servi à fabriquer des canons (la mort), mais aussi des cloches (la vie) !

Les richesses matérielles, les distinctions, les honneurs nous aveuglent souvent. Ils développent notre ego, mais uniquement dans cette illusion que nous renvoie le regard de notre entourage. Face à ces métaux, la démarche maçonnique nous propose l’humilité et la clarté, qui conduisent à la véritable Lumière. Au vieil homme succède l’homme nouveau, au chaos l’harmonie, aux ténèbres, la Lumière.

Un peu plus loin…au 4ème degré…et plus

On recherche l’idée sous le symbole…

Soit les métaux comme nous l’avons donc vu sont synonymes des scories dont il faut se débarrasser, soit au contraire nous pouvons les associer à des thèmes symboliques comme par exemple la petite équerre d’argent sur notre front lors de notre réception au 4ème degré.

(Et beaucoup plus loin par exemple à leurs valeurs symboliques ne serait-ce que lors la montée ou de la descente de l’Echelle mystique !)

Nous ne parlerons pas, dans ce travail, des corrélations symboliques possibles, puisque notre thème c’est l’abandon des métaux, et « de facto » il n’y a pas lieu de faire allusion aux systèmes symboliques, néanmoins très porteurs associés aux métaux, mais de ne garder que le coté « dépouillement des scories » et quête vers l’Humilité.

Dans la Loge de Perfection, il n’est à mon sens plus questions des métaux.

Bien sûr, on retrouve la petite équerre, comme je viens de l’écrire, et 3 épées.
Gardien et Expert bien sûr, mais aussi, et plus surprenant celle du Trois Fois Puissant Maître. (Dans les anciens rituels, il était question d’une épée flamboyante dont la symbolique est bien particulière, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui en 2011).

Il y a analogie entre le choc vécu lors de l’initiation au 1er degré et celle vécue au 4ème degré. Il y a changement de monde : D’un monde profane on avait été projeté dans le monde initiatique-symbolique, et de ce monde on va au 4ème degré basculer dans une autre dimension plus spirituelle celle-ci. Le confort que nous avions acquis par l’expérience des trois premiers degrés est remis en cause. Il nous faut réapprendre : bien sûr nous ne partons pas de zéro, nous avons de l’expérience, et celle-ci va nous permettre probablement d’intégrer plus vite ce nouveau système. (Nous qui pensions tout savoir… Peut être que l’humilité commence par là… Ou continue ?)

On va d’une certaine façon tout reprendre mais d’une autre manière. Jusqu’au 11ème degré nous allons poursuivre notre légende Hiramique avec une intégration autre. Ce qui nous fera, entre autre, appréhender les trois premiers degrés avec une vision différente. L’étude des symboles, fussent-ils multi-interprétables, est riche, mais que dire de l’étude de la démarche initiatique. La symbolique est une étape… il va falloir maintenant appréhender le sens… La philosophie de cette démarche.

Outre les grands thèmes déterminés par les sentences, l’accès au 4ème degré nous a fait vivre une dimension de plus. Contrairement aux apparences nous entrons dans un système « ouvert » et en tout état de cause beaucoup plus ouvert qu’aux trois premiers degrés. Ce système malgré la perte du ternaire au 3ème degré s’articule sur trois fondations qui sont : LE DEVOIR / LA JUSTICE /…ET LA LIBERTE.

Peu ou pas question de métal donc…et si j’osais : même la clé !…

La clé : Elle est faite d’ivoire. Elle est composée donc d’un élément organique et non de métal. Cette clé, fragile donc, n’est pas un outil, elle est un signe, elle n’ouvre pas, elle est l’ouverture. Elle traduit l’intention de son porteur d’ouvrir le Saint des Saints c’est à dire lui-même pour se découvrir et se créer.

Au 9ème degré notre ego en prend un rude coup ! (faute, erreur, transgression ?)

Aux 13 et 14ème cela recommence, notre ego vole en éclat !

Le 13ème développe pleinement le thème de la substitution du Nom, thème qui est esquissé dès le 3ème degré. Le 14ème degré couronne (voir l’image du compas couronné) les enseignements initiatiques de la Loge de perfection. La cérémonie est une consécration, une commémoration.

Et si le thème du 13ème est le même que celui du 14ème…

Le rituel du 13ème est un rituel : ACTIF (vécut) / ALLUSIF / DESCRIPTIF…(un peu) !
Le rituel du 14ème est un rituel : PASSIF / DESCRIPTIF (très) / EXPLICATIF (surtout) !

Du 4ème au 13ème L’ensemble des rituels invite à la réflexion et déstabilise l’assurance.
Le 14ème rassure (un peu) mais n’apporte pas la vérité. (Je sais que je ne sais pas !)

Le problème n’est pas de descendre au plus bas pour « rebondir » mais de vouloir descendre au plus bas pour mériter de remonter au plus haut, c’est l’humilité tout simplement. Je sais que je ne sais pas ! « On entrevoit dans ce rituel comme dans tous, une suite : Tous les rituels annoncent de façon voilée ce qui va se produire à l’étape suivante : Ne serait-ce pas l’humilité ? »

La condition de la réussite de la descente des Mages est qu’ils ne soient pas seuls. Ils sont trois et ceci n’est possible que si le Maître « ancien » n’arrête pas son travail. Mais plus important encore que la poursuite de sa recherche personnelle est le travail à l’unisson. Les meilleurs Maçons, sont ceux qui s’entendent le mieux avec les autres. Cette affirmation revêt dans ce grade toute sa signification. Elle est « LA » condition pour pouvoir descendre et donc aussi remonter.

Arrivés au terme notre voyage, nous ignorons que le but est atteint. Ayant pris connaissance du mot ineffable, nous pensons que nous sommes devenus les Maîtres du monde. Détournés de l’essence de cette révélation par la griserie d’un pouvoir neuf, soupçonneux à l’égard du vieux Maître et avides d’une richesse supplémentaire, nous manifestons notre incapacité, notre impossibilité à assumer et à maîtriser spontanément le sens de cette connaissance.

Nous doutons, même, de l’intégrité morale du Maître et pensons que ce dernier veut garder l’ultime secret pour lui. Ainsi recommence l’éternelle tentation. Les deux plus jeunes se révoltent contre le vieux Maître et essaient seuls de poursuivre le chemin. Il parait étonnant que dans un tel lieu de telles pensées puissent jaillir. Mais en réalité cette réaction était tout à fait prévisible. La marche des voyageurs vers le centre de l’idée était inspirée par le désir de connaître. Mais connaître implique reconnaître, et donc comprendre.

Ce retour vers la lumière va donc s’avérer beaucoup plus difficile, retour plus difficile donc, mais plus gratifiant dans la mesure où il correspond à une prise de conscience à la fois personnelle et collective.

Ce retour vers la lumière au sein des ténèbres a une valeur qualifiante car c’est lui qui confirme l’accès au centre de l’idée.

Sans un mot, les Mages repartent dans une profonde méditation, mais plus riches et plus humbles. (Aux pas lents des chameaux ?)

Et maintenant un dernier regard aux acteurs de cette légende :

Le guide a accepté dans un calme intérieur que ses jeunes compagnons se soient un moment désolidarisés de lui parce qu’il savait que cette épreuve représenterait le prix à payer pour leur accès total à la vérité, leur aboutissement au centre de l’idée.

On devient toujours plus fort lorsque l’on fait soi-même la découverte d’une réalité difficile, lorsqu’elle surgit de notre propre expérience.

Alors, cette réalité prenant le corps d’une certitude, nous pourrons au sein d’un acte de méditation personnelle,

1/ Vivre une cohérence et une paix intérieure parce que le statut de l’erreur aura pris un sens.

2/ Intégrer cette expérience à notre démarche pour continuer à construire l’édifice de notre progression.

3/ Affermir notre pas et notre cœur sur le chemin que nous parcourons chaque jour.

De Malkuth a Kether, la boucle est accomplie… Mais doit-on dire est accomplie ? Tout grand élu de la voute sacrée ne doit- il pas savoir régulièrement redescendre en Malkuth pour remonter en Kether. C’est à dire se remettre en question. Au dessus de la leçon sur l’union, celle de la descente et de la montée, et bien d’autres encore, la leçon n’est elle pas celle de la simplicité et de l’humilité ?

Encore un peu plus loin…au 18ème degré…

Etre Chevalier Rose Croix est un état, ce n’est pas quelque chose en mouvement, même s’il y a du mouvement en dedans, mais Brownien, intérieur. Ce n’est pas un chevalier qui court après quelque chose, il a obtenu ce qu’il cherchait il est dans un état de Ch.R+ et en réalité commence son pèlerinage intérieur. C’est une marche, ou une démarche solitaire d’intériorité. C’est un pèlerin qui marche seul vers le lieu de son pèlerinage. (Nous ne sommes plus dans la même notion de partage que celle développée dans les 13 & 14èmes degrés).

Nous avons atteint l’état de Chevalier Rose Croix, Chevalier de l’aigle et du pélican, nous faisons notre pèlerinage intérieur, nous avons le sceptre du pèlerin mais cette baguette n’est quand même pas une canne pour nous soutenir c’est vraiment une baguette symbolique, elle est souple et fine, ce n’est surtout pas un appui, c’est au contraire un élan, une alliance entre la matérialité et la spiritualité.

La dynamique de notre Rite passe de l’apprentissage de la connaissance ou plutôt du savoir, à l’exercice de l’amour, avant d’en arriver à l’action. Il nous faut accéder à cet état préalable de Chevalier Rose Croix pour dynamiser notre quête et nous rendre prêt à parcourir le monde pour transmettre à ceux qui le désirent, à ceux qui en ont besoin.

Par une forme de méditation, dialogue intime avec l’Etre, il nous faut continuer d’affiner nos choix à un stade où choisir n’est plus éliminer mais aboutir d’avantage.

La permanence des vertus accompagne l’éthique des Chevaliers Rose Croix. Le terme vertu réfère d’abord à un état d’esprit, une force intérieure qui lui permettent d’aller plus d’avant pour transmettre. La descente au fond de soi même est un état de voyage immobile. Rappelons ces vertus : FOI / CHARITE / ESPERANCE.

L’espérance est un mouvement sans commencement ni fin, le moteur qui nous oblige à nous renouveler sans cesse. C’est le souffle Divin qui passe au travers de nous et nourrit l’intelligence du cœur. C’est aussi l’ouverture des portes les plus fermées et la prise de conscience de l’Invisible. (Le 13ème n’est pas si loin !)

Dans la perspective de la Connaissance, découvrir et/ou retrouver sont des actes qui sont les mêmes. L’imaginaire et la raison sont deux facultés que le Chevalier doit porter en lui. Il aura ainsi à corporaliser l’esprit et à spiritualiser la matière.

Le Chevalier Rose Croix est capable dans sa quête, de descendre au plus profond de lui même pour assurer sa préparation spirituelle guidé par l’Invisible en lui. Son pèlerinage conduira sans cesse son action de l’intérieur à la conscience active d’autrui, cheminant ainsi en accord avec l’idéal qui l’anime.

Plus humble et plus fort de cette intériorité, source de richesse à partager, il consacrera toute sa vigilance à l’observation des hommes et développera son acuité afin de reconnaître ceux qui sont prêts à recevoir.

Le degré de Chevalier Rose Croix acquiert donc une dimension d’ouverture, de travail avec autrui et de nourriture partagée, cette nourriture qu’il a reçue et qu’il distribuera selon les besoins, au cours de ses rencontres et de ses expériences de vie ; cette nourriture échangée et construite par une Chaîne d’hommes de bonne volonté.

Il se placera ainsi au service de futures alliances, en tant que médiateur conscient de répondre par une exemplarité toujours désirée et approchée à l’appel de son Idéal.

Le Chevalier Rose Croix, homme d’écoute, de conviction et de discernement se construit en tant qu’individu capable de relier des consciences, de réunir ce qui est épars et de vivre ainsi le destin de l’aventure humaine.

La baguette que nous portons est un emblème modeste : En roseau.

Elle est d’une banalité « navrante » (si j’ose dire), le plus humble des bouts de bois que l’on puisse trouver ! Elle ne donne donc pas extérieurement une représentation d’un pouvoir ou de quelque chose d’autre. Elle ne représente pas, non plus, de par sa fragilité, la force d’un point d’appui…ce n’est pas une « béquille » d’ailleurs nous n’en avons plus besoin arrivé à ce niveau. Symbole de commandement, est-il précisé, oui mais de commandement sur soi-même bien plus que sur les autres. Au 18ème degré nous atteignons un pouvoir fictif, nous ne sommes pas des hommes d’action. Nous ne possédons ici aucun pouvoir de type prophétique, ou royal, encore moins celui d’exercer la justice, mais par notre démarche intérieure, vers notre propre centre, nous avons acquis un pouvoir sacerdotal. La vigilance dont il est fait état doit servir à dynamiser la « rencontre ». Le tout n’est plus de progresser mais de maintenir « LA RENCONTRE ».

Bien sûr cette baguette est symbole du voyage, mais il ne s’agit plus de pèlerinage au sens classique du mot mais bien ici d’un pèlerinage intérieur. J’ai atteint l’état de Chevalier Rose +, je fais mon pèlerinage intérieur. Je ne cours pas après quelque chose, j’ai atteint ce que je cherchais, mon but maintenant est de le conserver. Si mouvement il y a, il n’est qu’intérieur. Au 18ème degré, on a trouvé. Alors qu’est-ce que l’on recherche encore dans le pèlerinage intérieur : Son propre centre : Emmanuel, c’est à dire Dieu en soi.

En fonction de ma vie de tous les jours, même assis dans mon fauteuil, sans marcher, il va se passer des événements qui me font réagir. C’est à dire que le paysage dans lequel j’agis n’est pas le même. Il évolue, et modifie la façon dont moi, j’ai retrouvé la parole, dans un paysage complètement différent à un moment donné.

Le travail que j’ai à faire est de mettre en concordance, en permanence, mon MOI, mon rapport à DIEU, mon rapport à la manifestation au sens très large du terme, mon rapport aux hommes et à la nature et surtout comment réagir pour me construire dans l’humilité !

(Le Maître de l’humilité est le Maître de l’Amour, Dieu et, tout particulièrement pour nous au 18ème degré : l’Agneau. Christ ressuscité devient un Frère qui nous ouvre et nous montre le chemin, son chemin : dans le respect et l’obéissance. Clément d’Alexandrie, dans sa première épitre écrit : « Le Christ apparait aux humbles, non à ceux qui se dressent au dessus. Quelqu’un apte à exposer la Connaissance…doit être d’autant plus humble qu’il parait plus grand et chercher l’intérêt commun et non pas le sien en particulier ». Si nous avons soif de cette eau, nous partagerons avec lui le centre de la croix, union des mondes horizontal et vertical, le centre de toute vie, extension ou concentration du secret Divin. Le plus éclairé des hommes est bien le plus humble, et le plus humble est bien celui qui est au service des autres.) (Mis en italique pour ceux qui pensent qu’au 18ème degré il n’y a pas ou peu de connotations Christiques mais…)

Beaucoup plus loin…au 30ème degré…

De l’abandon des métaux au pouvoir sans vouloir, la quête de l’humilité. Savoir se simplifier est-il le chemin pour se connaître ?

Nous venons d’étudier la notion d’humilité du premier au 18ème degré et vous avez constaté mes Frères qu’elle est polymorphe, mais quand même avec un fil conducteur qui pourrait être appelé « simplicité » Savoir se simplifier, si on part du principe que se connaitre c’est l’acquisition de l’humilité.

Nous sommes au 30ème degré maintenant et dans le jeu des questions réponses tant à l’ouverture des travaux qu’à leur fermeture deux concepts attirent mon attention : « Le pouvoir sans vouloir » (Ouverture des travaux) ; « Le vouloir sans désir » (Fermeture des travaux).

Assez loin des deux notions qui sont :  « Je veux et je construis » (Quand le « génie parle » quand même ! Au 12ème). « Vouloir et oser » à la consécration au 30ème.

« Le pouvoir sans vouloir » et « Le vouloir sans désir ». Doit-on lier ces deux concepts avec une forme d’humilité ? Oui certes mais avec une connotation encore une fois fort différente que l’on peut résumer en une locution latine : « Non Nobis, Domine, Non Nobis, Sed Nomini Tuo Da Gloriam » (Mon prof de Latin des années 1964 – 65 – 66 – 67 serait horrifié que l’on puisse appeler cela du « latin »).

On est passé dans une autre dimension. Fini la « construction individuelle » : Aujourd’hui je suis au service de…et surtout pas pour moi ! Alors pour le coup la notion d’égo vole en éclat…ce n’est que la troisième fois d’ailleurs…et peut être la dernière !

Je fais partie de la milice du Temple, je me trouve dans un monde intermédiaire, pas le Monde Divin, je suis redescendu de l’échelle, plus tout à fait celui de l’homme. Je suis dans un monde intermédiaire, médian. Je ne suis pas le chevalier sans cheval, pèlerin du 18ème degré, je suis maintenant un chevalier armé ! Attention, donc, à la manipulation de tels concepts, cela peut devenir dangereux pour ceux qui seraient mal préparés ! (Attention par exemple que l’effet ne s’inverse pas, et que mon égo ne pète comme un joyeux feu d’artifice ! Tout ce que je touche se transformant en or…par exemple !)

Le Chevalier Kadosch est au service. Il n’existe que par l’Autre avec un « A » bien sûr ! Ce n’est plus tout à fait le « A » d’amour du 18ème degré mais celui d’« Action » maintenant au 30ème. (Les deux ne sont d’ailleurs pas opposés !)

A moins que par « Autre » nous n’entendions aussi le Grand Architecte ?

Que de chemin parcouru par rapport à ces notions d’oppositions entre pouvoir et autorité. Le Pouvoir qui se donne, se prend, se vole, se conquiert…etc…en opposition avec l’autorité qui s’acquiert, se mérite…etc… Mais ne sommes nous pas au 30ème degré dans la « solution des binaires » ?

Savoir se simplifier, si on part du principe que se connaitre c’est l’acquisition de l’humilité. Reprenons quelques phrases essentielles de notre Rituel tout simplement : Et essayons de les entendre avec humilité…voire une oreille neuve et attentive !

« Pas pour nous, … »

Bien sûr je ne vais pas reprendre toutes les phrases, même importantes, mais au gré de mon intuition, ne retenir, que celles qui m’attirent le plus dans l’esprit du thème de notre travail d’aujourd’hui. (Cette démarche sera forcément subjective.)

Ouverture / Ferméture des travaux

Que cherches-tu ? …La Liberté.
Quelle Liberté et pour qui ? …Pour ceux qui ont franchi les obstacles.
Cherches-tu autre chose ? …Le Pouvoir.
Pour qui ? …Pour ceux qui peuvent tout et ne veulent rien.
Notons la différence implicite entre Pouvoir (commandement) et pouvoir (savoir-faire) en quelque sorte.

As-tu franchi la Limite ? …J’ai été au-delà du royaume des formes.
Quelle était ton arme ? …Le vouloir sans désir.
Mes droits, j’ai bien dit mes droits, consistent à ne pas me soumettre aveuglement aux décrets de la Loi divine, mais d’y collaborer !
Si on se place dans un contexte temps-culture, vous en conviendrez mes Frères, cette locution est quand même un peu « subversive » ! (Quid de l’humilité ?)

Quels sont tes devoirs ? …J’ai pris l’engagement de ne point subir les événements, mais de les transformer.
Et là notre « fibre Alchimiste » reprend des couleurs, si j’ose dire !

« Initiation » au 30ème degré

Que sollicitez-vous ? …Je sollicite votre pain et votre eau.
Grand classique si j’ose dire du thème du « pèlerinage ».
Attention on n’a pas dit « pain et vin » …Ce n’est pas pareil !
(On est dans un Pèlerinage physique plus vraiment celui du 18ème degré !)

Tu es une volonté…Maîtrise la matière.
Et là notre « fibre Alchimiste » en reprend encore !

Tout ce que tu toucheras du bout de cette arme se transformera en or !
De quelle arme s’agit-il d’ailleurs : Du caducée de Mercure…Ah bon !
Alchimie quand tu nous tiens !

Marche, va dans le monde… La route est libre.
Pèlerin inconnu tu connaitras le Monde et personne ne te connaitra.

Au 30ème degré il faut précisément lutter contre un sentiment d’autosatisfaction. Il faut réitérer par un choix actif et responsable l’événement de la descente de l’échelle mystique, du retour sur soi. En haut de l’échelle comme au centre de la croix, nous embrassons l’univers et nous prenons conscience de cet instant fugace de l’œuvre du Grand Architecte de l’Univers. En redescendant, la tradition cautionne notre réalisation et le passage du flambeau de l’espérance à ceux qui attendent et espèrent la main tendue.

La descente de l’échelle nous permet de vérifier la force de l’intégrité de notre propre cheminement spirituel, une fois confronté de nouveau aux facilités et aux tentations du monde sensible.

Pour l’échelle mystique il faut l’avoir montée et redescendue pour continuer à construire cette notion de synthèse. Tout compte fait il n’y a plus de montée et de descente, il y a la globalité de l’itinéraire.

La rencontre divine ne saurait nous tenir lieu de fin qui ouvrirait un état de béatitude contemplative. Nous devons continuer à agir dans le monde avec nos pairs, et revenir toujours auprès des hommes pour accomplir notre mission de transmission sur un itinéraire dont le but nous a été révélé mais dont le terme ne nous appartient pas.

Est-il réellement question d’humilité au 30ème degré. Je ne le crois plus, nous dépassons ce concept. Notre action est fusionnelle, nous sommes au service de…

De « l’Autre », du Vrai, du Beau, du Bien…

Dépassons-nous le concret, pour devenir des combattants de l’idée ? Probablement et en ce cas je n’existe que comme une force potentielle et plus en tant qu’individu « stricto sensu ». Je n’existe, donc, que comme un des maillons d’une force collective.

Nous sommes dans la révélation, l’illumination, l’abandon total du soi, et enfin le don pur et simple sans limite ni retenue. Pas pour nous, pas pour nous…

On est, à mon sens, au-delà de ce qu’il est habituel d’appeler humilité !

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