30° #427012 Faut-il préférer la recherche du bonheur à la recherche de la vérité ? Auteur: R∴ L∴ Obédience:G O D F Loge: Non communiqué Voilà la question qui m’est posée aujourd’hui !Nous allons essayer de définir le bonheur ainsi que la recherche de la vérité. Ensuite nous essaierons de mettre en parallèle les deux axes afin de trouver une réponse à la question posée.Jean Giono en son temps, a écrit « il n’est pas de condition humaine, pour humble ou misérable qu’elle soit, qui n’ait quotidiennement la proposition du bonheur : rien n’est nécessaire que soi-même » Il semble beaucoup plus facile pour nous de répondre à la question : qu’est-ce qui me rend heureux ? Qu’à l’interrogation suivante : « qu’est-ce que le bonheur ? ».Je peux vous dire que je suis heureux lorsque je me trouve en votre compagnie, lorsque je suis avec mon épouse et que nous partageons des moments de vie paisible, que je peux écouter de la musique que j’aime. Lorsque je suis parvenu à améliorer ma mobilité et que pendant quelques instants j’oublie mon handicap. J’éprouve de la joie en aidant quelqu’un à sortir de la tristesse ou du malheur. Lorsque j’ai pu, à un moment, donner un peu de répit à une personne qui, comme moi, a subi les aléas de la vie.Je peux dire aussi que je suis heureux lorsque je peux œuvrer au bénéfice de mes frères en loge comme ils l’ont fait pour moi à un moment de grande détresse.On peut sûrement bien vivre, et se sentir heureux, sans se poser la question du bonheur, de ce que peut être notre avenir, laisser passer le temps !Ce serait le cas si nous vivions dans un monde que je qualifierai de structuré dans lequel la question du bien-être individuel ne se pose pas, où l’on reçoit le bonheur des mille et une expériences de la vie quotidienne, en étant à sa place, tenant notre rôle au sein de la communauté à laquelle nous appartenons. Il faudra alors accepter sans plainte son lot de souffrances.Notre bonheur ne me semble pas immédiatement relayé à l’instant présent de la vie quotidienne et sociale. On peut essayer de le trouver en poursuivant l’exercice de notre liberté, il dépend plus de nous-mêmes ainsi que de la satisfaction de nos nombreux désirs. C’est le prix de notre autonomie.Trouver un juste équilibre dans nos choix, accepter que la vie nous apprenne à modérer nos aspirations profondes, nos peurs, nos envies, nos pulsions enfin tout ce qui pourrait nous faire ressembler aux mauvais compagnons du chantier d’HIRAM.Le bonheur ne semble pas être une émotion furtive qui peut être agréable ou désagréable mais un état qu’il faut envisager comme étant dans une certaine globalité et sur une durée inconnue. Il est essentiel d’avoir conscience de son bonheur pour être heureux. Il faut avoir réfléchi à sa propre existence.Le bonheur est un sentiment qui semble être du domaine de l’humain, lié à la conscience de soi. Il faut apprécier le privilège ou le don que représentent les bons moments de l’existence et la félicitée. Ne pas être esclave des dogmes d’une religion, ne pas s’enfermer dans les carcans idéologiques, ne pas s’attacher aux préjugés et laisser son cœur libre.Est-ce que l’on trouve le mot bonheur dans nos rituels ?En effet, Au XVIIIème degré, le T S A Demande au frère Grand Gardien : s’il est Chevalier Rose + CR Ce dernier lui répond T S A « J’ai ce bonheur ».Toutefois il n’y a aucun commentaire, tout est possible et envisageable !Est-ce suffisant pour décrire le bonheur au sens plein du terme ? Est-ce qu’il est possible d’agir sur lui ? Peut-on le rendre plus fort, plus durable, plus grand et moins dépendant des aléas de la vie ?Répondre à ces questions nous amènerait à essayer d’appréhender le contenu du bonheur. Ce qui serait sans doute hors sujet. De plus, il serait difficile de trouver les voies de compromis pour que nous soyons tous d’accord.On pourrait poursuivre en regardant avec Aristote et Épicure, qui sont des penseurs grecs ayant fait du bonheur un des thèmes centraux de leur pensée.Aristote, a été le précepteur d’Alexandre le Grand pendant quelques années et surtout le disciple de Platon pendant une vingtaine d’années. En 355 avant notre ère, âgé de 49 il a quitté l’académie de son maître pour fonder à Athènes sa propre école « le lycée ». Il a écrit l’un des ouvrages les plus abouti sur la question du bonheur « l’éthique à Nicomaque » dédié à son propre fils. Il souligne que « le bonheur est le seul but que nous recherchons toujours pour lui-même et jamais pour une autre fin ». Le bonheur serait pour lui le « souverain bien ».Il estime que nous pouvons rechercher l’argent pour le confort, ou le pouvoir pour être reconnu, alors que le bonheur est un but en soi. La question est encore sur la nature même du bonheur. Cette réflexion nous conduit au constat que le plaisir est au centre de l’idée.Il est temps, maintenant, de voyager en définissant la deuxième partie du sujet : « la recherche de la vérité ».La recherche de la vérité va nous conduire sur le chemin de la philosophie, vous l’avez bien appréhendé car qui mieux que les philosophes Grecs ont étudié le monde de la pensée.Les philosophes modernes ont abandonné cette quête en ayant opté pour les mathématiques, la physique moléculaire, la physique quantique… Cette philosophie commence par un étonnement qui fait que les choses ne vont plus de soi. Le chemin du questionnement nous fait demander mais « Est-ce bien vrai ? » Un doute s’installe dès qu’il nous fait atteindre un certain seuil de l’angoisse, alors commence le questionnement que beaucoup jugerait comme étant une forme de folie. S’étonner de tout, être atteint de ce que Sophocle appelait « un haut mal », la folie de la vérité. Mais cette folie ne nous conduit telle pas à la sagesse ?Ne faut-il pas que nous perdions confiance dans le monde tel qu’il nous mis à la vue est pour commencer à le regarder différemment, ne nous conduit-il pas à penser autrement ?En fait, ne faut-il pas comme Descartes, affirmer ma propre liberté de connaître par moi-même au risque de subir les foudres de toutes les institutions qu’elles soient : Académiques, politiques, sociales, religieuses ou même provenant de notre famille, de nos amis.Rechercher la vérité, c’est alors se souvenir, voir, se rappeler que ce qui m’est, de sentir ne se donne pas sans voiles, mais ne se laisse deviner que voilé. Comme l’impétrant lorsqu’il va recevoir l’élévation au quatrième degré symbolique du R E A A, par exemple.Se souvenir que la nature aime à se cacher, comme dirait Héraclite qui nous met sur le chemin de la vérité. Il ne saurait y avoir de mise en route vers ce qui est vrai sans cette réminiscence terme, cher, à Platon. Le vrai se manifeste ainsi dans le réel, la réalité n’est pas la vérité. Elle constitue sa simple trace, Il nous faut suivre dans une chasse jamais satisfaite. On peut dire que le réel se masque tout autant, ainsi le cherchant ne doit jamais oublier que la réalité est trompeuse voire parfois même menteuse. Il faudra ne jamais se satisfaire toujours douter. Il en va ainsi de la condition humaine.S’engager à la recherche de la vérité condamne à ne jamais s’arrêter, a toujours se rappeler que ce que je tiens pour vrai n’est qu’une réalité qui voile la vérité vraie.Le philosophe Leibniz nomme « principe de raison suffisante » ce principe par lequel ce qui m’est donné à voir ne suffit pas à mon désir de vérité.En effet, pour lui il n’y a rien sans rien, tout a une cause. Seule l’origine de toute chose est sans cause à moins d’être la cause d’elle-même. En ce sens, il rejoint Spinoza qui a complété cette idée en y rajoutant la déité.En franc-maçonnerie, la recherche de la vérité se réalise par un éclairement progressif allant des ténèbres, assimilées à l’oubli de l’être des choses, à la lumière qui n’est jamais violente et qui laisse deviner le chemin de la raison, l’entendement. Les choses elles-mêmes se donnent à voir et à comprendre.La recherche de la vérité est donc bien un combat contre les ténèbres, tout autant qu’elles soient en nous qu’en dehors de nous.Quel chemin s’offre à nous ? Une telle quête est-elle la seule possible ?Sans nul doute, le chemin de la raison en prenant soin de veiller à ne pas commettre d’erreur sur le sens du mot raison.Platon lorsqu’il a dit « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre ! » Il faut comprendre cette expression comme mettant en évidence la force de la raison sur le monde de la technique, ce qui compte c’est notre faculté à mettre à notre disposition le monde des idées. La raison philosophique ne saurait se confondre avec la raison instrumentale même si dans l’imaginaire être cartésien, c’est être penseur des choses vérifiées, de matérialiste et pragmatique. Nous avons souvent accusé à tort Descartes de mathématicien idéaliste.Nous devons prendre garde à la dogmatique idéologie, d’une croyance qui pourrait être falsifiable érigée en fausse vérité. Être sur le chemin de la vérité c’est prendre le chemin d’une constante initiation qui ne cesse de commencer de recommencer. La recherche de la vérité n’est pas de l’ordre de la satisfaction ou du contentement mais du désir, désir qui constitue notre humanité, c’est-à-dire notre finitude dans toute son humilité et sa dignité.Socrate qui fut désigné comme le plus sage des hommes, accoucheur d’idées, un humble qui a déclaré ne savoir qu’une chose c’est qu’il ne savait rien. Il nous a bien fait remarquer qu’il ne fallait pas confondre, croit savoir et savoir.Nous-mêmes franc-maçon ne citons nous pas sa célèbre devise « connais-toi toi-même » nous saisissons ainsi toute la portée de ces mots. Ils nous rappellent que nous sommes que des hommes et non pas des dieux, que notre savoir est aussi limité que notre condition qui est finie. Rester digne car nous ne sommes jamais qu’en partielles connaissances du savoir. Être homme c’est désirer le vrai tout en sachant que la vérité nous échappera. Être homme c’est partir sur un chemin sans repos à la recherche de la vérité alors que ce dernier n’aura pas de fin. La joie de l’homme est le souci de la vérité. S’accepter tel que nous sommes, conscients de nos faiblesses et aussi conscients de ce que l’humain est en capacité de réaliser.Nous devons garder en nous confiance en l’humain, de sorte que le vivre ensemble s’effectue dans le respect et l’harmonie pour chacun.La recherche de la vérité constitue pour le franc-maçon un but ultime et primordial, il faudra alors renoncer à être raisonnable pour se bâtir comme être de raison.Le 18ème degré nous éclaire sur la voie d’un humanisme conscient du vivre ensemble, proche les uns des autres, à l’écoute !La voie de l’amour c’est une écoute quand le cœur est en déroute, qui jamais ne se permet de juger, ni de peiner, elle peut tout partager de nos joies, de nos secrets que ce soit la nuit, le jour. Elle vole en notre secours. Impalpable comme le vent, forte comme l’océan. La voie de l’amour c’est de l’or que l’on garde comme un trésor.S’il faut préférer la recherche du bonheur à la recherche de la vérité c’est peut-être choisir de vivre seul au milieu de la multitude. Si rechercher le bonheur l’est dans le souci de le partager, c’est une voie possible. La recherche du bonheur a un côté qui me dérange quelque peu, c’est de faire naître en moi un sentiment d’éphémère. Je n’ai pas la conviction qu’il puisse s’inscrire dans la durée. Son caractère fugace m’inquiète !La recherche de la vérité, est une quête philosophique tendant à élever notre conscience du vivre ensemble, en ce sens elle pour moi une source d’inspiration créatrice de bienfaits, par sa nature. Elle peut durer toute une vie, en ce sens elle me parait avoir du sens.Ce peut devenir une passion vertueuse, si elle demeure dans la raison. En franc-maçonnerie ne l’associons nous pas à la recherche de la parole perdue ?J’ai dit ! 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