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Le danger de toute forme d’idolâtrie – 24ème degré.
Non communiqué
Que de chemins parcourus par cet apprenti « qui était dans les ténèbres et qui désirait recevoir la lumière », qui a appris « que ce n’est pas toujours devant soi qu’on rencontre des ennemis », qui est devenu, par son travail, Chevalier Kadosch, et qui pourtant se voit toujours confronté aux préjugés qu’il est censé combattre.
Ces chemins empruntés se mesurent à l’aune de ses connaissances, acquises graduellement, « La maçonnerie l’a libéré de l’ignorance, des préjugés et des superstitions, elle l’a tiré de la servitude et de l’erreur ». Quel parcours passionnant !
Et si l’éternel apprenti que je suis se retournait un instant, que verrai-t-il ?
Maitre, il est sur la voie, « je suis passé de l’équerre au compas », se dit-il. Il passe du monde matériel et de ses idoles, au monde de l’esprit. Il est devenu libre de penser, d’analyser, de construire sa propre philosophie de vie et son propre code de conduite.
Maitre Secret, il lui est enseigné : « Tu ne te forgeras point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion ». Ce qui lui est suggéré, c’est la découverte de ce qu’est la pleine conscience d’un être humain, sa liberté première. Que nous devons nous défaire de tous préjugés et de tous jugements de valeurs. Qu’il nous faut évaluer par nous-même, et seulement par nous-même, ce qui est juste et bon, beau et sage, tout en suivant la loi universelle qui est : « ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ».
En synthèse, décide par toi-même de tes opinions, de tes actes.
Toujours à la recherche de la vérité, je suis devenu conscient que je ne progresse que par mes propres erreurs, que je m’initie moi-même. C’est une remise en question de mes certitudes, je prends conscience que le contraire de la sagesse n’est pas la folie, mais la volonté de puissance, même si « celui qui vit sans folie n’est pas si sage que ça » disait La Rochefoucault.
Cette volonté de puissance est souvent néfaste, elle peut être barbare, brutale, stupide ou raffinée. D’ailleurs, elle est associée à la conquête, à la rivalité, à la domination. Pourtant, être puissant n’est pas seulement vaincre le faible, c’est être à même de dominer ses propres faiblesses, de dominer ce qui nous dépasse.
Cette forme de puissance là requiert de la prudence, qui n’est pas faiblesse. L’homme prudent est celui qui ressence les dangers possibles, qui discerne le vrai du faux, le bien du mal, ce que nous rappelait déjà le coq dans le cabinet de réflexion. Prudence que Joaben oubliera dans la caverne en laissant libre cours à sa vengeance.
Et puis, Grand Maitre Architecte, l’étude de la mathématique va me permettre de transformer mes savoirs et de mettre en application le « bien voir, bien comprendre, bien agir », que je retrouve aujourd’hui sous d’autres formes, comme « savoir, aimer, agir », ou encore « connaissance, amour et action ». J’ai gouté à la liberté de pensée, au dépassement et je me suis laissé guidé par mes intuitions.
Enfin, en parvenant au centre de l’idée, l’initié complet que j’étais alors, encore ébloui par cette grande lumière, limite encore infranchissable, avait non seulement à sa disposition tous les outils, tous les savoirs, mais il avait aussi appris à s’en servir, en commun, fraternellement. Et il savait qu’utilisés à mauvais escients, ils pouvaient aussi engendrer la destruction.
C’était le temps de la prise de conscience que c’est surtout par son apport personnel, par son potentiel individuel, solidaire avec ses frères, certes, mais solitaire, que c’est son amour de la vérité qui va le guider dans sa construction future.
Chevalier Rose Croix, il va alors combattre l’orgueil, l’égoïsme, l’ambition, pour faire régner la charité, le vrai, le bien le juste. Depuis qu’il a été fait Chevalier d’Orient et d’Occident, il n’y a plus de notion de temps, il est disponible et libéré intérieurement, il peut et doit lutter contre les forces du mal et ainsi promouvoir un monde meilleur.
Fin de l’effet miroir, les limites ont été précisées, il va falloir les dépasser !
Entre le chapitre et l’aéropage, il y a quelques semaines seulement pour moi, le Chevalier pèlerin s’est transformé en Chevalier philosophe, non plus errant mais en quête de sagesse.
Mon but est désormais de transcender toutes les imperfections de notre nature humaine.
Je suis armé pour ce combat de la vie, puisqu’il est dit : « Tu connaitras le monde, personne ne te connaitra ».
Je ne crains pas les ténèbres puisque je ne connais plus de limites, si ce n’est mes propres limites. Je suis un « veilleur » à la recherche de l’équilibre, de l’harmonie, entre spiritualité et matérialité.
Pour cela des étapes essentielles à ma construction vont se succéder, toutes riches spirituellement, que je vais synthétiser en me concentrant sur le thème abordé au 24ème degré que je dois développer : le danger de toutes formes d’idolâtrie.
En devenant Grand Pontife, 19ème degré, j’acquiers une fonction sacerdotale, celle d’un prêtre, médiateur entre ciel et terre, un pont vivant en quelque sorte. Je deviens la réalisation complète du Chevalier Rose Croix, je suis son achèvement et son aboutissement. Celui qui « connait l’alpha et l’oméga, qui a conscience de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui devrait être ».
Celui qui imaginait qu’enfin il était au terme du voyage ne serait pas un vrai maçon, parce qu’on exige toujours plus de moi : être exemplaire et de transmettre mes acquis.
Acquis qui seront complétés au 20ème degré, degré de l’accomplissement de la maitrise. En effet, on y apprend que Cyrus le libérateur et Zorobabel le libéré sont comme les 2 faces d’une même personne. On peut donc en conclure que tout être est prisonnier de lui-même, que seule sa détermination peut lui permettre de parvenir à sa libération intérieure. Le Zorobabel que je suis est à la fois résistant, libérateur, guide et maitre d’œuvre du second temple. A méditer !
Doué de conscience, je vais m’engager, au 21ème degré, sur la quête de ma véritable identité. « Dites-moi qui vous êtes et je vous dirai qui je suis ». Car non seulement j’ai un besoin de reconnaissance mutuelle, mais surtout, tant que ma recherche n’est pas achevée, j’ignore encore qui je suis moi-même. Cette quête de l’humilité est celle qui me permet de savoir reconnaitre mes erreurs, de prendre les bonnes dispositions pour y remédier, de faire mon mea culpa, de chasser les mauvais compagnons. Mon moi est toujours fragile !
Chevalier Royal-Hache, dans la continuité du précédent degré, je dois chercher à rétablir l’alliance rompue en œuvrant à la reconstruction du temple. Gloire au travail ! les réalisations et les conquêtes du travail humain sont sans limites, et le travail confère la noblesse de l’âme par la réalisation d’un idéal élevé tout en développant l’intelligence conceptrice. Il s’agit de rétablir l’alliance par le travail, en toute discrétion, humilité, foi et obéissance. Je le sais, la multiplicité est éparpillement, déconstruction, alors que je dois rassembler ce qui est épars. Le cercle est réunion, partage, communion. Je retrouve là la notion de syncrétisme que j’avais développée dans de précédents travaux.
Le 23ème degré, prolongement du degré de Maitre secret, me place à la fois dans un rôle de service dans ma fonction sacrificielle et de transmission en tant que guide initiatique. Je dois me consacrer à la recherche de ma liberté sur le plan moral, social et spirituel.
Le chef du Tabernacle est conscient du danger des superstitions, des préjugés. Il recherche tout ce qui peut garantir sa liberté personnelle contre les abus de pouvoir de l’autorité dirigeante ou de ces représentants. En effet, toute autorité doit être d’essence spirituelle, elle ne peut donc recevoir sa légitimité que d’elle-même.
Être cet homme vertueux demande de passer par cette éthique sacrificielle, où notre devoir de maçon est de faire offrande de notre personne à notre Ordre. Ce sacrifice est alors considéré comme un acte de communication avec un état supérieur, comme un combat spirituel où chacun s’efforce de vaincre les illusions de son égo. Ce don de soi passe par le détachement au service d’une juste cause.
Et pourtant, ce qui nous dépasse nous impressionne, là est le danger de l’idolâtrie.
Rappelons-nous que l’idolâtrie avait valu à Salomon, à la fin de son règne, de se couper de toute inspiration de Dieu.
Qu’après la mort d’Hiram, élu au rang de Lévite, puis élevé à la dignité de prêtre, j’ai pu accéder au Saint des Saints. Et que, tout en me réclamant de la sagesse accordée initialement à Salomon, je suis très conscient de la versatilité, de l’instabilité et de la fragilité de notre nature humaine.
Salomon est bien la preuve, par sa désobéissance à Dieu, de la fragilité et de l’instabilité de tout être humain, même pour l’un des plus éclairé, dès que nous sommes à l’écoute de notre égo. Et que demeurer dans la voie de la vérité, de la lumière, de la connaissance est un combat permanent.
Tout mon parcours me laisse cependant censé être pénétré de la grandeur, de l’omnipotence et de l’omniscience du principe créateur, je suis conscient de mes obligations et de mes devoirs. Je me considère aujourd’hui comme un médiateur privilégié entre les hommes et le GADLU.
Par mon travail, j’ai obtenu le titre de Prince du Tabernacle, intermédiaire privilégié entre les hommes et le principe, union parfaite entre le cœur et la volonté, et j’ai le devoir de progresser dans la voie de la sagesse et de me défier de toute forme d’idolâtrie qui me détournerait de l’unité, de préserver la justice, la raison et la vérité.
Je garde en mémoire la colère de Moise, redescendant du mont Sinaï, porteur des tables de la loi, découvrant que son frère Aaron avait sombré dans l’idolâtrie et qui avertit ainsi le peuple d’Israël, « Tu ne fabriqueras aucune idole, tu ne t’inclineras pas devant des statues de ce genre, tu ne les adoreras pas ». Et plus tard : « Fuyez le culte des idoles et ne croyez qu’en un Dieu unique ».
Ces avertissements résonnent alors que le peuple d’Israël se détourne de son véritable chemin pour idolâtrer le Veau d’Or, menant à la soumission, à l’argent corrupteur et à la soif aveuglante de pouvoirs.
A travers les peurs que génèrent nos ignorances, l’idole nous rassure et nous entretient dans un confort relatif. On ne veut surtout pas se remettre en cause, la résistance au changement est tenace, et ce confort devient lui-même idolâtrie.
Alors, les coupables furent châtiés par les lévites, eux-mêmes récompensés de leur dévouement en étant consacrés au service de l’éternel, faisant d’eux des élus de Dieu, des intermédiaires placés devant la balustrade infranchissable du Saint des Saints.
Infranchissable, non, car le Prince du Tabernacle, devenant pleinement responsable de sa destinée, accède à une forme d’unité au service d’un idéal qui le dépasse et transcende son action, lui ouvrant ainsi la porte du Saint des Saints. Il est, je suis, serviteur de l’esprit !
Rappelons-nous les sentences données au maitre Secret : « ne vous forgez point d’idoles, ne prenez pas les mots pour les idées, cherchez l’idée sous le symbole, n’acceptez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie. »
Le tabernacle est le lieu d’intériorité de chacun de nous à l’écoute de l’inspiration du Très Haut. C’est cette inspiration qui nous sert de levier pour transcender spirituellement notre action. Nous sommes invités à rechercher la nourriture spirituelle de l’âme et à fuir les ténèbres de l’erreur. Et ainsi guider nos semblables sur le chemin de la vérité. Ce chemin se fait par la voie du cœur, c’est un combat contre soi-même pour accéder aux vérités révélées.
La marche à reculons exécutée lors de la cérémonie de passage à ce degré est bien le rappel de ce combat permanent, de la nécessité de faire des allers et retours sur soi, semblables à des phases de construction et destruction. Le temps futur ne peut se construire que sur les fondements du passé, sur l’expérience, l’expérimentation, et la nécessité de se retourner parfois pour avancer.
Le chandelier à sept branches, Ménorah en hébreu, présent dans le tabernacle, nous rappelle que ce n’est ni par la puissance, ni par la force, mais par notre esprit, que nous pourrons lutter contre les forces obscures et écrasantes de la matérialité. Le temple achevé ne doit en aucun cas servir à adorer de faux dieux. En cela, la lumière du chandelier représente le rayonnement de la parole qui éclaire les ténèbres, pour faire sortir l’âme humaine de ses errements. C’est la clairvoyance et la lucidité qui nous permettront l’approfondissement de notre chemin vers la vérité. Et c’est en se connaissant mieux soi-même que l’on peut aller vers la connaissance de l’univers, on le sait, la maitrise extérieure est intimement liée à la maitrise intérieure.
Terminés « les faux dieux que l’homme crée et qu’il adore, oubliant qu’il se soumet ainsi à ses propres désirs, à ses rêves, voire à ses défauts », merci Nietzsche. Terminées ces idoles « illusions superstitieuses en lesquelles on imagine pouvoir se rendre agréable à l’être suprême par d’autre moyen qu’une disposition morale », merci Kant.
En ayant progressé jusqu’au sommet de l’échelle, en ayant ainsi maitrisé et résolu mes oppositions, j’ai acquis cette liberté hors de toute contrainte. J’ai dépassé ce stade de l’illusion en accédant à l’unité, le franchissement de la limite m’a amené à la découverte du « Un ».
Je poursuis mon chemin, avec plus de vertu et de courage, pour réussir l’union du cœur et de l’esprit. Toujours à la recherche de la vérité, j’ai approfondi la tradition hermétique. Je me suis arrêté un temps sur les quatre devoirs, qui sont raison, vérité, vertu et droit. Grâce à eux, j’ai eu le moyen de trouver le chemin de ma propre liberté en me préservant de l’erreur.
Ce parcours initiatique m’a conduit au savoir dans un premier temps, puis à aimer dans un deuxième temps, aujourd’hui est venu le moment d’agir.
« Défendre coûte que coûte la cause de la vérité », car confronter au mal, nous devons lutter en permanence contre toute oppression, tyrannie, fanatisme.
Le Chevalier Kadosch est un guerrier, il sait vaincre les dangers de l’idolâtrie. Sa mission est de faire triompher le devoir et la justice, en défendant des valeurs nobles et désintéressées.
Chevalier de l’esprit, il sait franchir la limite, son arme est le vouloir mais sans le désir. Son nomadisme évoque le détachement et la liberté par rapport aux attaches matérielles, sa véritable richesse n’est pas dans l’avoir mais dans l’être. Et sa nécessaire mobilité est un atout pour lutter contre toutes les formes de tyrannies et d’oppressions et ainsi accomplir sa fonction de justicier, qui reflète l’état de simplicité dans lequel il doit s’efforcer de vivre.
Cette fonction chevaleresque implique des qualités telles que la lutte contre le mal, la maitrise de soi, ou encore une éthique d’excellence qui seront exercées par la mise en pratique de sentiments nobles et élevés, parmi lesquels la générosité et la grandeur d ‘âme, mis au service du malheureux et de l’opprimé.
Se protéger de l’idolâtrie, c’est être à même de se mêler aux agitations de la vie profane sans en être affecté et d’agir en toute sérénité. C’est tendre vers la perfection en se plaçant au-dessus de ses intérêts personnels. C’est savoir prendre le sens de la mesure, et éviter les pièges liés à l’excès.
Pour cela, je me dois de conserver en toutes circonstances un parfait contrôle mental, de la patience, de la persévérance, de l’endurance, du calme et me comporter avec discernement et lucidité.
Cela étant, par notre rayonnement personnel, nous pourrons susciter un intérêt pour l’ordre, en assurer sa pérennité, et concourir à l’évolution spirituelle de l’humanité, le tout dans un idéal d’unité, d’harmonie et de sagesse qui rejoint notre devise : savoir, aimer et agir.
Nous avons donc une responsabilité envers autrui et envers l’humanité, le but de notre action est l’amour de la justice dans la réalisation d’une œuvre dont l’objet est le beau, le bien et le vrai. Il est alors évident que si nous nous sommes bien gardés des dangers de l’idolâtrie, ce n’est pas pour devenir à notre tour objet d’idolâtrie.
Sachons rester humbles, même si « en tant qu’apprenti, nous étions entrés par la porte des hommes, Chevalier Kadosch nous en sortons par la porte des Dieux », puisqu’auteurs de notre propre réalisation ascendante, nous sommes parvenus à la plénitude de l’état humain en réalisant nos potentialités personnelles.
Car attention, cette identification à l’Absolu a fait de nous des chevaliers sans noms et non des sujets de dévotion. En ayant intégré l’unité principielle, nous devenons en lui tous les noms, libérés des noms qui nous emprisonnaient et nous limitaient dans notre ego.
Agir à bon escient demande d’être capable d’amour et de compréhension, ce qui est incompatible avec l’idolâtrie. Agir nécessite de savoir choisir, pour lutter contre l’obscurantisme, les préjugés, les tyrannies, les fanatismes. Notre univers est binaire, il nous faut donc savoir discerner le positif dans le négatif et le négatif dans le positif.
Notre regard doit être suffisamment perspicace pour distinguer l’intériorité de l’autre. A l’image de l’archange Michel, nous devons terrasser les agents des forces obscures et les mettre en déroute. Notre cheminement vise la perfection, nous cherchons la vérité et la justice en fonction de ce que notre devoir nous impose et notre conscience nous dicte.
Notre action se fait dans la réflexion et avec la raison, dans la voie du juste milieu.
Notre combat ne se situe plus seulement sur le plan spirituel pour accéder à la Jérusalem Céleste, mais aussi dans la cité terrestre contre toute oppression, tyrannie ou injustice. Ce n’est que le reflet du combat céleste, celui de la lumière contre les ténèbres.
Entre conviction et responsabilité, il nous faut trouver l’équilibre. Les vertus acquises durant notre parcours initiatique ont fait de nous un soldat qui poursuit son action hors du Temple. Ce combat, universel et intemporel, nous le menons contre toute forme d’asservissement, par l’application de notre devise « fais ce que dois, advienne ce que pourra », sans espérer ni récompense, ni reconnaissance.
J’ai dit.