30° #427012

Quelle est la place du 21ème degré dans l’évolution spirituelle de l’Initié?

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
REAA
Loge:
Non communiqué



« Quelle est la place du 21ème degré dans l’évolution spirituelle de l’Initié ? Y a-t-il des rapprochements avec le 14ème degré ? ». Tel est le titre du balustre soumis à ma réflexion au moment où la nuit commence. Pour y répondre, je me propose d’organiser ma réflexion autour d’un plan structuré en trois (3) parties. Une présentation générale du 21ème degré va constituer la première partie. J’aborderai, dans une deuxième partie, la place de ce grade dans l’évolution spirituelle de l’Initié. Dans une troisième partie, il sera question de voir les rapprochements avec le 14ème degré. Enfin, une conclusion mettra un terme à notre réflexion.

I – Présentation générale du 21ème degré

Le 21ème degré encore appelé Noachite ou Chevalier Prussien étant un grade qui n’est plus pratiqué mais seulement communiqué, il nous paraît opportun de le présenter succinctement à travers sa légende et son symbolisme.

Rappel succinct de la légende du grade.

Les Noachites (ou Noachides) sont les fils de Noé. Les Maçons honorent de longue date ce Patriarche qui, bien avant l’apparition des religions révélées, fut un Juste devant l’Eternel, et fut le père de l’architecture navale. Selon la légende du grade, ses descendants, oublieux de l’Alliance contractée avec l’Eternel, symbolisée par l’arc-en-ciel, et craignant un nouveau déluge, ou voulant escalader le ciel, firent construire la Tour dite de Babel, ou de confusion. A la pleine lune de mars, en effet, l’Eternel provoqua la dispersion des ouvriers par la confusion des langues. Phaleg, le maître d’œuvre, se retira en Prusse pour y faire pénitence.

Symbolisme du grade

Le 21ème degré est aussi dit « Noachites » ou Chevalier Prussien par opposition aux grades désignés comme « Hiramites ». C’est un degré nocturne comme le 9ème, le 18ème et le 30ème degré mais à la différence de ces trois degrés il est éclairé par la lumière de la pleine lune. L’Atelier des Noachites se nomme Chapitre et se tient en un lieu éclairé d’une seule lumière figurant la lumière de la lune comme nous l’avons dit plus haut. Le Président se nomme Chevalier Commandeur Lieutenant, ou Lieutenant Commandeur et représente Frédéric II, Roi de Prusse, fondateur mythique de l’Ordre (Car, selon Paul Naudon, ce degré avait l’ambition de constituer isolément un Ordre). L’Arc-en-ciel symbolise la multiplicité dans l’Unité. C’est le pont qui relie non seulement la terre au ciel mais aussi l’âme individuelle à l’âme universelle.

Le 21ème degré se distingue par deux bijoux. Le premier, qui se porte sur le 3e bouton de la veste est une médaille ronde en argent qui représente la pleine lune, symbole de la lumière dans la nuit. Au revers, un bras armé d’une épée au centre d’un cercle avec la devise : « Fiat justitia, ruat coelum » que l’on peut traduire ainsi : « Que la Justice soit faite, même si le monde doit périr ». Cette devise signifie que la Justice doit être rendue indépendamment des conséquences qui en résultent…. Le deuxième bijou, suspendu au cordon est un triangle équilatéral, traversé par une flèche d’or pointe en bas. Il symbolise l’humilité requise et nécessaire pour dompter ses passions, acquérir une certaine sagesse, comme Phaleg qui s’est repenti. Le tablier et les gants sont jaunes, couleur qui rappelle l’or, ce métal précieux. Le cordon est noir et se porte de droite à gauche. Mot de passe : Phaleg qui signifie « séparé et distingué ». Mots sacrés : Sem, Cham et Japhet, les noms des trois fils de Noé.

II – Mais quelle est la place du 21ème degré dans l’évolution spirituelle de l’Initié ?

Le 21ème degré Noachite ou Chevalier Prussien fait partie des grades de la 6ème classe comprenant ceux du 20ème au 26ème degré. Ils se rapportent à la Connaissance objective du Sublime Aréopage dont le triptyque Connaissance, Amour, Action constitue la clé de voûte. Le 21ème degré occupe une place importante dans l’évolution spirituelle de l’Initié au regard de la richesse de son contenu initiatique dont la tour de Babel en constitue le thème central. Ce récit relaté dans l’Ancien Testament au livre de la Genèse (Chapitre 11 versets 1 à 9) ouvre également un nouveau cycle de confusion.

Mais que nous inspire ce récit de la Tour de Babel ?

Tout d’abord, la tour symbolise le point de rencontre de la descente de l’ordre cosmique et de l’élévation de l’esprit. Elle correspond à une forte aspiration à la verticalité. A l’image de l’échelle, la tour est un symbole d’ascension. Quant-au mot Babel, il est ambivalent : « Bab-el » signifie « Porte de Dieu », mais en hébreu « Babel » veut dire également « confondre ».

La Tour de Babel c’est l’exaltation de la vanité et de l’orgueil des hommes, qui, éloignés de l’Orient et de leur lumière spirituelle, ont voulu construire un édifice dont le sommet pénètre les cieux. Cet orgueil fera l’échec dudit projet. L’épisode de l’Ancien Testament doit nous rappeler que celui qui veut progresser dans sa quête initiatique doit se positionner par rapport à la Création. Et le REAA que nous pratiquons nous le rappelle opportunément dans sa Déclaration de Principe du Convent de Lausanne de septembre 1875 lorsqu’il déclare, je cite :

« La Franc-maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers » Fin de citation. En érigeant cette tour, les hommes de Babel se crurent aussi puissants que Dieu ; Or, se croire aussi puissant que Dieu c’est renier sa condition humaine. Les hommes de Babel par manque d’humilité se sont pris pour le Créateur. Ils ont inversé le sens des valeurs en confondant l’élévation par la matière (la tour) avec l’élévation par l’esprit (la lumière divine).

On peut également voir dans la Tour de Babel une forme de contrefaçon du Temple de l’esprit. En effet, l’initié sait depuis le 17ème degré, Chevalier d’Orient et d’Occident, que la truelle du bâtisseur doit laisser la place à l’épée du chevalier car le Temple matériel a été détruit, et l’espérance réside désormais dans la construction d’un Temple spirituel semblable à la Jérusalem céleste de la vision de Jean exilé dans l’île de Patmos. La seule véritable édification qui restera durable est celle d’un sanctuaire de lumière, dans le cœur de l’initié, qui correspond à une authentique réalisation spirituelle.

Mais que nous suggère la confusion des langues dont il est question dans le récit de la Tour de Babel ?

La confusion des langues est une chance et pas une punition. Elle introduit la diversité qui permet à l’Homme de prendre conscience de l’existence de l’Autre. Et, si le texte dit que les langues furent confondues pour que les Hommes ne puissent plus se comprendre les uns les autres, il faut bien voir que les Hommes de Babel avaient l’illusion (parce qu’ils parlaient une même langue et pensaient de même) de se comprendre mutuellement alors qu’ils ne le faisaient pas. Confondre les langues c’est provoquer cette prise de conscience. Le Franc-maçon dans sa quête de l’Unité ne doit pas se laisser abuser par la langue unique parlée à Babel, elle ne permet pas d’accéder à la Connaissance. Confondre les langues humaines c’est les frapper d’impuissance pour faire comprendre aux Hommes que ce n’est pas le langage qu’il faut utiliser ; à charge pour l’initié d’en utiliser un autre, la langue humaine étant limitée à cause de l’orgueil des hommes. L’initié doit comprendre que l’Unité n’est pas l’uniformité et qu’il ne s’agit pas de faire de l’Humanité un tout monolithique mais d’apprendre à voir les liens invisibles qui nous unissent les uns les autres, et au Grand Architecte. Cette langue c’est la langue primordiale, la langue sacrée des initiés qui, par les langages analogiques et symboliques, échangent dans la diversité en parlant une seule et même langue.

En définitive, si l’orgueil perdit les Hommes de Babel dans leur quête insensée, la pratique qui s’impose alors à tout initié est celle de l’humilité. Mais alors qu’est-ce-que l’humilité ? L’humilité est une qualité, mais une qualité qu’il n’est pas toujours facile à réaliser.Saint-Augustin le rappelait : « L’humilité ne nous demande rien d’autre que de nous connaître en vérité ». L’exemple d’humilité qui nous est proposé est celui du Christ, le plus humble de tous. Celui qui était le plus éclairé et qui savait que toute inspiration vient d’en haut. Celui qui était deux fois né, comme disaient les anciens Grecs et qui avait abandonné sur la croix, lors de sa mort à la matérialité, cet orgueil qui sous-tend les actions de la plupart des hommes. L’Homme humble est celui qui accepte l’Autre dans sa transcendante altérité, c’est-à-dire avec la conscience que l’Autre est toujours plus grand que la connaissance voilée que l’on a.

III – Quels rapprochements avec le 14e degré ?

Au 14ème degré Grand Elu Parfait et Sublime Maçon, Salomon, si sage et si vertueux devint sourd à la voix de l’Eternel. Fier de se savoir le plus grand Roi de la terre, fier d’avoir bâti un Temple qui faisait l’admiration de l’univers, il oublia la bonté de Dieu et se laissa aller à la licence. Il offrit aux idoles l’encens qui aurait dû être brûlé dans le Temple. Devant ces crimes, Dieu inspira à Nabuchodonosor, Roi de Babylone, d’assiéger Jérusalem et de la détruire. C’est la chute, le Grand Roi a transgressé par idolâtrie et orgueil. Et sa faute va entraîner des conséquences collectives importantes : guerre, destruction de la ville et du temple, massacre du peuple, captivité à Babylone : c’est l’exil contraint, rupture dans la progression. Au plan de l’individu, c’est une triple mort analogue à celle d’Hiram qui, lui non plus, n’avait pas éliminé ses ennemis intérieurs.

Au 21ème degré, Noachite, les descendants de Noé transgressent également par orgueil lorsque oublieux de l’Alliance avec l’Eternel (symbolisée par l’arc-en-ciel) ils entreprirent de bâtir une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux. Là encore, Dieu mettra un terme à leur projet. Phaleg, en tant qu’architecte de la Tour de Babel se coupe volontairement de la Tradition primordiale, symbolisée par la perte de la parole.

Cette coupure a pour conséquence la confusion des langues et une nouvelle chute du genre humain, que l’on peut considérer comme une forme de déchéance par rupture de l’alliance établie par le Principe. Phaleg reconnaît sa responsabilité, il s’est repenti. C’est pourquoi il se condamne dès lors à une retraite solitaire jusqu’à la fin de ses jours, dans une contrée désertique légendaire. Son ascèse et son humilité ont pour objectif de retrouver la grâce de l’Eternel. C’est l’exil volontaire pour Phaleg qui va opérer une descente en lui-même pour méditer et se reconstruire. On peut voir dans le pardon accordé à Phaleg un rétablissement de l’alliance. Cette réparation peut se comprendre comme la restauration de la lumière qui permet la victoire de l’Ordre sur le Chaos. Car, Phaleg est passé par l’autel des sacrifices, il s’est lavé les mains à la mer d’Airain et a pris conscience de sa faute. En revanche, la Tradition primordiale n’est pas restaurée pour autant et la confusion des langues perdure.

Pour conclure, disons avec Saint Benoît dans sa Règle Monastique et en préambule à ses douze degrés de l’Humilité que, je cite : « On descend par l’élèvement, on monte par l’Humilité ». L’humilité est donc la porte unique et indispensable qu’il faut franchir dans la quête de la Lumière. Elle en constitue le terreau qui permet à la graine de la connaissance de pousser en l’homme. Car, quels que soient les progrès sur la voie de la Connaissance et de l’Amour, il y a un voile que nous ne pourrons jamais déchirer sur cette terre. Alors, comme Phaleg, prenons conscience de nos limites et de nos fautes, ayons la ferme volonté de les réparer et souvenons-nous que toute inspiration vient d’en haut et que l’Initié ne doit pas présumer de ses forces, qu’il doit demeurer humble. C’est justement ainsi qu’il obtiendra des résultats qui sont refusés à la présomption du profane.

J’ai dit.

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