31° #428012

Pour ne pas craindre

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Pour ne pas craindre d’être partial,
j’ai oublié son titre distinctif



Lors de mon accession au 31ème degré, l’une des choses qui m’a le plus frappée, bien que maintenant j’y adhère entièrement, fut l’absence de nom, de titre distinctif, au Souv Trib. Et comme le dit le rituel, cette absence est justifiée ou expliquée par la crainte de partialité que pourrait entraîner son identification.

Je vais donc dans une première partie essayer de définir le nom ou le titre distinctif, son oubli et ensuite
j’essaierai de traiter de l’impartialité qui sied à tout tribunal afin qu’une justice équitable soit rendue.


Peut-être aussi aborderai-je le thème de la justice et d’équité.


Donc, point de nom, point de titre distinctif au tribunal. Quelle explication en en donne le 2ème Grand Inspecteur ?


Autrefois, le SouvTribportait le nom deTribunal des Neuf.

J’ai pensé que c’était pour cette raison
que l’on dit qu’il ne se réunissait, à titre exceptionnel seulement, pour juger, mais avec neuf juges.
(Bayard). Maintenant, bien que le rituel dise encore parfois que le Tribunal se réunit en neuvième,
l’obligation de n’être que neuf a disparue dans le rituel et le Tribunal qui pouvait se réunir partout n’est plus que symbole puisqu’il y en a un dans toutes les super-régions et encore composé de plus de neuf membres.



La reconnaissance par le titre, notamment dans une organisation initiatique intègre l’individu, le fixe
dans ladite organisation à condition qu’il soit reconnu par ses pairs. (cf. les ordres monastiques où le novice prend un autre nom, les convertis à l’islam, etc… Cette reconnaissance passe par la prestation du serment qui fait passer de l’individuel au collectif. Ce qui nous renvoie à l’humilité du départ symbolisée par la Porte basse. On est rien sans la reconnaissance de l’autre.



Le nom fixe, évite la dispersion. C’est un alchimiste
.


Le fait que notre SouvTribn’ait pas de titre distinctif parce qu’on l’a volontairement oublié prouve que la dissolution nécessaire après toute fixation permet de garantir l’impartialité des jugements qui pourront y être rendus.


Alors le fait que le 1er Grand Inspecteur ait volontairement oublié le titre distinctif du tribunal prouve qu’il a dépassé son nom, qu’il lui a dépassé la forme pour se rendre capable de juger en toute impartialité et sans haine.
Qui dit qu’il a oublié son nom ? Le Grand Surveillant qui en réponse prétend être Un Maçon. Autrefois nous avions depuis le début de l’initiation une qualité mais cette qualité n’était que reconnue. Pour la première fois, le maçon affirme directement ce qu’il est. Il a dépassé la forme pour atteindre le fond

Pour Simone de Beauvoir « Le nom, c’est ma présence totale rassemblée magiquement dans l’objet » (La Communication).
Le titre distinctif comporte en lui une puissance énergétique créatrice de la personnalité. On ne peut vivre, exister sans lui. Mais en même temps, il limite en individualisant. Il est donc restrictif. C’est une enveloppe, une écorce dans le temps comme dans l’espace. Pour René GUENON, le nom, même initiatique, est une limite pour l’être limité aux Petits Mystères. Dès que l’être passe aux Grands Mystères, il n’a plus de nom, ou bien il les a tous, puisque le nom qu’il se choisit lui est en quelque sorte accidentel puisqu’il peut en changer comme il veut.


Pour GUENON toujours, l’être qui a dépassé la FORME, ici nous parlons d’un Tribunal, celui-là devient véritablement anonyme parce qu’en lui le Nom a dépassé la Forme.

Pour Serge Boulgakov, dans son livre sur la philosophie du Nom, ceux qui passent au-delà de la
FORME, qui renaissent, peuvent choisir leurs individualités comme s’il s’agissait de simples vêtements. Ces êtres-là n’auraient plus à proprement parler d’individualité propre car ils les auraient toutes. Ces individualités-là, (ces noms-là) ne sont plus alors que de simples vêtements.


Par là on comprend ce que le changement de NOM signifie vraiment. Changer de nom, c’est faire peau neuve.



Ainsi donc voilà une piste pour expliquer l’absence de titre distinctif au Tribunal.


Si en n’ayant point de titre distinctif qui donc le restreindrait dans l’espace, le définirait, le limiterait, le Souv.•. Trib:. en les ayant potentiellement tous, pouvait se réunir partout et garantirait à ses Juges l’impartialité nécessaire à tout jugement. L’Inspecteur s’autoproclame : JE SUIS UN MACON. En en parlant avec une de nos sœurs, j’ai compris que cette auto-proclamation signifiait : je suis en totalité ce pourquoi je suis là quel que soit le nom que l’on veut bien me donner.


Qu’est-ce qui garantissait, lorsqu’il portait le nom de Tribunal des Neuf son impartialité ? On peut imaginer que les neuvièmes sont Neuf juges venant de régions différentes ou ne connaissant pas les présumés justiciables d’où une garantie d’impartialité plus grande.



L’oubli :
Pourquoi devoir oublier ?


Le titre distinctif désigne, distingue, sert de référence. Et en désignant il situe.C’est un alchimiste. L’oubli du titre distinctif garantit l’impartialité car il dissout l’identité géographique du nom.


Qu’est-ce que l’oubli ? Dans notre monde moderne marqué par une maladie qui fait craindre la perte de la mémoire, l’oubli a une connotation négative.

Mais dans le sujet nous préoccupe, il est nécessaire, positif.
On a besoin pour juger de s’isoler dans un monde calme et serein où les parasites de la vie, les a priori, ne viennent pas altérer notre jugement. Or le nom, le titre distinctif en situant, délimite la chose et peut prendre le risque de figer son jugement sans que soit pris en compte tous les éléments de l’Equité. Au Tribunal, l’oubli est indispensable car comme pour les autres degrés c’est la condition nécessaire pour créer le temps sacré. Le temps profane n’existe plus et les passions disparaissent. Doivent disparaître. Les passions disparues, on peut juger sans haine.


Autrement qu’est-ce qu’un titre distinctif : un nom ? En quoi le nom, le titre distinctif, peut être sujet à a priori dans le jugement ? Cela me rappelle le précédent « son nom fut autre et le même pourtant ». Pour être Kadosh, il faut avoir été au moins initié aux grades inférieurs.



L’Impartialité
:


Pourquoi l’inspecteur redoute-t-il d’être partial ? Parce qu’il a conscience qu’avant d’être Juge, il est d’abord un Maçon, mais membre d’un Souv Trib où l’on peut être amené à considérer les choses dans leur entier et dans leur complexité. Pour cela il faut être impartial. C’est la condition première d’un bon jugement. Or j’ai dit plus haut que le nom était un alchimiste, qu’il fixait et évitait la dispersion. Il dénomme, il distingue.



Nous sommes membres d’un Souv
Trib anonyme. En fait, pour ne pas risquer la partialité, il peut porter tous les noms ce qui fait qu’on ne peut le distinguer de manière profane et que sa non dénomination est une garantie de qualité, d’objectivité, car il a endossé comme autant de vêtements toutes les personnalités qu’on pourrait lui attribuer. Le nom fixant et distinguant, le souverain Tribunal sublime en effaçant tous les particularismes.



Je pense, au risque de dire une bêtise, que le Souv
Tribn’ayant point de titre distinctif, il pourrait, à condition d’être réuni en neuvième, siéger partout. Imaginerait-on une Cour d’Assise ne délibérant qu’avec des juges et des jurés ayant inconsciemment, parce que connaissant les prévenus, en bien ou mal d’ailleurs peu importe, un jugement a priori risquant donc d’entacher leur partialité. La partialité évoque le parti pris, et donc une possibilité d’erreur dans le jugement juste.



Donc le jugement qui évoque la justice doit être accompagné de l’indispensable Equité qui pondérera le
jugement rendu. On rend la justice au nom de principes communs reconnus par les deux parties, et on pondère par l’équité.


La notion d’Equité a peu de choses à voir avec celle d’égalité. Prenons un exemple : Partageons un gâteau en moitié, ce qui veut dire deux parties égales, et donnons à deux personnes, l’une qui a faim et n’a pas mangé depuis un mois, l’autre bien en chair et repus du précédent repas. L’égalité prêche pour les deux parties égales, l’équité pour la proportion en accord avec le besoin de chacun. Les deux plateaux de la Balance ne sauront équilibrées que dans ce dernier cas. Chacun ayant eu selon sa faim. La personne qui fait le partage dans ce sens agira avec justesse.


La notion d’Equité est supérieure à celle de Justice sans être pour autant différente.

Justice et Equité
:


Le sujet que j’ai traité, m’a apparemment, éloigné de la justice et de l’équité qui sont les ossatures du grade.
Justinien repris par Cicéron écrivait déjà: summum jus summa injuria Justice suprême devient injustice.Et la devise de notre ordre comme celle des chevaliers Anglais, qui viennent de chez nous, n’est-elle pas « Deus meumque Jus ». Dieu et mon droit. L’Ordre se met sous la protection de la divinité pour essayer de ne pas commettre d’injustice dans ses jugements. L’Inspecteur ne dit-il pas à l’ouverture des

travaux en réponse au TPPqui demande si la clarté est suffisante « Je peux lire le livre de la

Loi » ?

Enfin je conclurai par
:


N’oublions pas non plus que le Tribunal est composé en neuvième. Et que le travail de travail indique qu’il est l’heure de la Vérité en action. Pas de plus belle définition pour un jugement impartial. Cette Vérité en action que semble être la Justice et l’Equité sont des vertus qui, présentes dès notre premier voyage d’accession entre les colonnes d’or, nous indiquent le chemin à suivre dans le Tribunal. L’impartialité doit être notre règle de vie, ne nous laissons pas influencer par nos amitiés, ni par nos inimitiés. Surveillons les plateaux de la Balance, son fléau. Et gardons en nous assez de rigueur morale pour pouvoir transcrire en actes les beaux principes d’Equité que l’on nous a appris, inculqués, finalement depuis très longtemps.

Mes T
ESet TEF, j’ai eu du mal à traiter cette planche et vous me pardonnerez son

imperfection. J’ai autrefois, au 1er degré, planché sur le Nom. Difficile de traiter maintenant de l’Anonymat.


Puisse notre SouvTribtravailler à cultiver la justice et l’équité qui nous permettra d’avoir une

distance vis-à-vis des jugements à porter qui nous permette de les porter sans haine.



C B

Bibiographie :
Le Nom, sa philosophie Serge Boulgakov
René Guénon : Etudes traditionnelles
Les degrés ultimes : Claude Guérillot
Les différents tuileurs de hauts grades Bayard, Naudon, Vuillaume, Delaulnay
Psaume 89 :15 – Exode : 26 :37 et 36 :36
Ethique à Nicomaque, Livre V, chap 14, 1137a-31-1138a3

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