31° #428012 La devise du 31ème degré Auteur: C∴ G∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué La devise du 31ème degré est : Justice, Équité, Responsabilité.Mais avant de vous élever sur un plan nouveau, vous allez vous interroger : Qu’est ce qui est juste? Est-ce ce que la loi prescrit ?Qu’est ce qui est juste ? Juste peut avoir plusieurs sens, et notamment en premier lieu, équitable, qui est conforme à la justice, à la morale, à la raison, à la vérité. Mais il peut également signifier exact.Attachons-nous donc au terme juste, dans son sens équitable mais aussi au sens de la justice. Et donc, qu’est-ce que la justice ? Une définition assez courante : la justice est un principe moral de la vie sociale, fondé sur la reconnaissance et le respect des droits des autres qui peut être le droit naturel ou le droit positif. La justice est donc intimement liée au concept de droit.Le droit naturel repose sur l’équité, mais aussi l’évidence. Il est l’ensemble des droits que tous les humains sont supposés posséder et possèdent en raison de leur commune nature, abstraction faite de toute institution conventionnelle. Le droit naturel est donc l’ensemble des droits possédés du fait de son appartenance à l’humanité et non de par la société dans laquelle on vit. Les droits naturels sont innés, inaltérables, universellement valables.Les principaux droits naturels : le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit de propriété. Ce sont normalement nos droits minimaux, même si nous savons que si nous avons dès la naissance le droit à la vie, nous n’avons pas tous le droit à la liberté, ni à celui de la propriété. La notion de droit naturel sert de base aux règles édictées par le droit positif : la loi. Elle est l’ensemble des règles juridiques en vigueur dans un état ou un ensemble d’états.Dans notre culture, la première référence au droit apparaît dans le système démocratique athénien. Le droit, l’axia pour les grecs,est le moyen de distribuer à chacun sa part de récompense, son dû par rapport à ses mérites ou son travail. Chez les romains, il faut arriver à Cicéron pour entendre parler de « jus», qui est pour lui la traduction d’« axia»,volonté constante d’attribuer à chacun le droit qui lui est dû ; rappelons nous la devise inscrite sur le blason du Suprême Conseil : « suum cuique jus » : à chacun selon son droit.Le droit positif est un produit complexe de l’histoire. Droit coutumier, puis écrit, il change avec les guerres, les révolutions, les soubresauts de l’histoire. Notre système juridique garde des souvenirs du droit romain, du droit féodal, des grandes réformes napoléoniennes. Qui a le droit de décider de ce qui est juste ?Cette question, à elle seule, en pose bien d’autres, car elle porte plus particulièrement sur la personne, l’institution ou l’autorité qui dit ce qui est juste ou injuste. Est-ce que tous ceux qui décident du juste en ont forcément le droit ? Quelle est la légitimité de celui qui dit le juste ? Cette légitimité s’appuie-t-elle sur le pouvoir ?Les fondateurs de cités, les conquérants, les rois ou les empereurs ont le droit, dans l’histoire, de décider de ce qui est juste en fonction de leur pouvoir sur les hommes. De nos jours, ce sont les législateurs qui font les lois, et les juges qui les appliquent : en démocratie, ils en ont le droit au nom du peuple : c’est alors celui-ci qui fonde leur légitimité. Alors que dans l’histoire, c’est souvent la force qui donne le droit de décider des lois ; Pascal exprime clairement cette idée : « Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste».Faut-il comme Rousseau refuser que la force puisse se transformer en droit, ou comme Hobbes affirmer que c’est le pouvoir absolu du Léviathan, c’est à dire de l’état, qui décide de ce qui est juste ? Nous voyons bien qu’il nous manque un troisième terme : des valeurs éthiques supérieures au pouvoir et à la force. Alors, a le droit de décider du juste celui qui respecte ces valeurs et les suit, et qui limite sa propre force ou y renonce au profit de la justice. C’est ainsi que le droit doit lui-même s’inspirer de notions premières du juste.La loi est-elle juste ? Existe t-il des lois injustes ?Nous avons constaté que le droit a été instauré dans le but d’établir une société juste et pour répondre au besoin de justice. Sans loi, il n’y a point de justice, ce qui nous amène à dire que les lois sont théoriquement et intrinsèquement justes. La loi est en effet un contrat entre les hommes, elle exprime la volonté générale pour le bien de tous ; elle fait régner l’égalité et la sécurité.Dans l’éthique à Nicomaque, livre V, Aristote écrit : « …le juste en soi sera ce qui est conforme aux lois et à l’égalité. Ce qui est prescrit ou permis par la législation est légitime; et l’on peut affirmer que cela est en même temps juste». Dans un paragraphe suivant il nous dit : « C’est surtout parce que la justice est l’exercice d’une vertu parfaite, qu’elle est elle même parfaite».Nous ne sommes pas personnellement, intimement persuadés que la justice soit parfaite.D’une part dans un procès, il y a toujours a minima, deux personnes : une en demande, une en défense-et chacun pense qu’il a raison et est dans son droit- et le jugement rendu n’en satisfait évidemment qu’un seul (et encore pas toujours…), l’autre trouvant souvent,voire toujours, que la décision est injuste…donc imparfaite !D’autre part, si le texte est édicté, il est toujours soumis à l’interprétation..le droit, si l’on peut dire, ne fait jamais 2+2=4. La justice est rendue par des hommes et chacun a son ressenti propre.Rappelons -nous du procès d’Outreau, pour prendre un exemple récent, au cours duquel des vies ont été brisées, des gens emprisonnés, pour in fine être acquittés…Alors, alors la justice est-elle parfaite ?Par ailleurs, la loi est-elle toujours juste ? Nous avons dit que la loi représente les règles juridiques en vigueur dans un état. Encore faut-il que l’état, créateur de la règle, soit lui-même juste ou justement constitué. Si dans la démocratie, le pouvoir est détenu ou contrôlé sans qu’il y ait de distinction dues à la naissance, à la richesse, à la compétence, qu’en est-il lorsque le pouvoir est confisqué par un petit nombre, imposé par un tyran, voire des fanatiques ? Que dire des lois qui protègent une liberté de propriété ou une liberté d’entreprise totale, au détriment de l’égalité et de la protection des personnes ? Que dire de ces lois mal faites et inapplicables, ou encore dépassées, discriminatoires, contraires à l’émancipation des mœurs ?Nous pouvons nous demander aussi, si dans une société comme la notre, la loi ne crée pas parfois une certaine iniquité : les soins médicaux, l’égalité devant l’enseignement( frais exorbitants dans la poursuite de longues études).Les exemples ne manquent pas. Sans compter les lois qui dans certains pays nuisent à une minorité raciale, ethnique ou religieuse, ces lois politiques qui veulent appliquer l’égalité absolue par la force au détriment de la liberté ?« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » nous disait Pascal. La loi est-elle seulement juste que pour ceux qui font partie de l’état qui la crée ? Enfin, il est un caractère de la loi qui veut qu’elle soit évolutive.Le 25 mai 2012, Socrate,lors d’un procès fictif, a été rejugé : deux avocats pour sa défense, dix juges internationaux : Socrate est acquitté, avec cinq juges qui le jugent coupable et cinq innocent, car aucune majorité ne s’étant dégagée, le doute profite toujours à l’accusé. Ainsi la loi, bien que toujours athénienne, a évolué. En droit français, il existe un grand principe qui est la non rétroactivité de la loi pénale : d’une part ce qui est sanctionnable aujourd’hui ne l’était pas hier ; donc la loi évolue. D’autre part, même si l’on a commis hier une infraction aujourd’hui punissable, on ne peut pas en être condamné puisque que la loi n’existait pas encore.Cependant la loi évolue t-elle toujours vers un plus grand sens de justice ? Il ressort que si nous convenons que le droit naturel est un idéal de justice et qu’il ne crée pas de toutes pièces le droit positif, il contribue-en le critiquant- à l’améliorer. Les juristes eux-mêmes considèrent qu’il peut y avoir, en certains cas, abus du droit. Cicéron l’a dit ainsi:celui qui va au bout de son droit, celui-là n’est pas vraiment juste : « Summum jus, summa injuria» : comble de droit, comble de l’injustice…Ainsi donc, revenons à notre questionnement : qu’est-ce qui est juste, est-ce ce que la loi prescrit ? D’évidence non, ou, pas seulement…Car le droit naturel est juste, au sens de reconnaissance et respect de l’autre, et il ne repose sur aucune loi. Donc, il n’y a pas que la loi qui soit juste.A la lumière de notre interprétation, et compte tenu de notre première approche sur le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur, comment ce dernier peut-il s’accomplir, à notre sens, dans la devise Justice, Équité, Responsabilité ?Nous nous permettrons une remarque préliminaire avant de développer ce thème. Si éminente que puisse paraître la dénomination de « Très Éclairé» donné aux frères du trente et unième degré, nous devons nous rappeler qu’au seizième degré « Prince de Jérusalem», la loge est présidée par Zorobabel, appelé « Très Équitable Prince» et les deux surveillants « Très éclairés Princes». Sur leur tablier sont figurés une balance et une main de justice. Le Prince de Jérusalem doit toujours conduire le peuple avec équité. Ces détails annoncent-ils le 31ème degré, Grade « ajouté» comme nous le savons ?Cette appellation de « Très Éclairé» semble nous suggérer qu’à travers son parcours le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur a totalement intégré les notions de justice, d’équité, et de responsabilité, à tel point qu’on lui attribue le droit de faire la justice…Notons au passage que la caractéristique du Chevalier Kadosh n’est pas de faire la justice, mais de combattre l’intolérance et toutes les injustices, l’injustice étant précisément l’impossibilité qui nous est faite de faire valoir nos droits.C’est le rôle du Chevalier Kadosh de réparer les injustices, justement grâce à la justice. Le rituel de Chevalier Kadosh précise que les aspects « positifs» de sa mission, est d’intégrer connaissance et sagesse dans de justes lois pour régir la société humaine.Nous sommes bien dans notre sujet : des lois justes, et qui doivent être appliquées équitablement.Nous citons à nouveau Aristote dans l’éthique à Nicomaque, livre V : « l’équitable en effet, tout en étant supérieur à une certaine espèce de justice, est lui-même juste: le juste et l’équitable sont donc une seule et même chose, et l’un et l’autre sont bons, mais l’équitable est le meilleur des deux. L’homme équitable est celui qui, dans ses déterminations et dans ses actions est porté aux choses équitables, celui qui sait s’écarter de la stricte justice et de ses pires rigueurs. Cette disposition, voilà l’équité : c’est une sorte de justice et non une disposition différente de la justice.».Voilà nous semble-t-il une dimension dont doit s’emparer le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur : l’équitable est comme une amélioration de ce qui est juste selon la loi. C’est en même temps un élément régulateur et éclairant de la justice légale. Être juste, ce n’est pas seulement respecter les règles établies, mais exprimer le sentiment profond et actif de la dignité humaine. Pénétré de cette conception, le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur peut alors exprimer ses sentiments vers l’humanité, son respect à l’égard de la nature humaine, témoigner de l’« agape» transmise au 18ème grade.Et cette équité n’est-elle pas l’application de l’exercice du droit naturel dont nous avons parlé ? « Équité, conscience et mesure» nous dit le rituel du 31ème degré : sans conscience il n’y a ni droit naturel ni équité, la mesure n’étant que la résultante et l’équilibre de ces deux termes.Serait-ce là que nous trouverions-comme l’affirme notre rituel- l’accomplissement de notre destin et l’aboutissement de nos luttes ?En guise de conclusion provisoire Trois éléments nous paraissent importants pour accomplir la devise du Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur :Connaître ou chercher à connaître et comprendre : C’est ce qui touche à la justice : il nous faut l’étudier, comme on le fait pour la morale, s’attacher à en comprendre avec une grande lucidité toute sa complexité.S’interroger : c’est le niveau de l’équité : la justice de la société dans laquelle nous vivons, les lois qui la régissent, sont-elles équitables ? Il faut savoir, ou du moins chercher à savoir, ce qui dans les lois crée ou peut créer, dans le temps, de l’iniquité. Ici encore il nous faut vigilance et honnêteté. C’est un peu le domaine de la recherche de vérité.Agir : c’est le domaine qui engage la responsabilité. Avant d’accéder au 31ème grade, nous sommes chevaliers Kadosh ; nous avons appris à combattre les inégalités et les injustices. Notre responsabilité nous engage dans le combat contre toute forme d’iniquité. Ce combat se fait en loge, en groupe, où « notre personnalité sera désormais vouée au service exclusif de l’ordre, lui-même au service de l’humanité ». Sans oublier la devise du Grand Orient de France : « Liberté égalité fraternité », qui nous place dès le début de notre cheminement sur la voie de l’équité.Vaste programme, surtout si l’on complète ce combat par cette citation de Ricardo Mella, anarchiste espagnol : « liberté comme base, égalité comme moyen, et fraternité comme but ».J’ai dit,Très Parfait Président. 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