Les armes du Chevalier Kadosch
M∴ D∴
« Chevalier, vous voici armé pour le
combat. Votre arme n’est point le poignard du sicaire, la
hache du bourreau, la flèche empoisonnée du calomniateur
: votre action se situe sur un tout autre plan. Votre arme
symbolise l’épée flamboyante de Saint Michel, la
lance inflexible de Saint Georges, le caducée
d’Hermès. Celui que vous toucherez de sa pointe doit
en être anobli et se ranger à vos côtés au
service de la cause pour laquelle vous combattez ».
Nous voici donc arrivé au terme de notre parcours. NEC PLUS ULTRA nous dit-on, soit « rien au-delà – nous n’avons plus d’autres enseignements à vous donner ». Mais voilà, aussitôt, nous est affirmé clairement que même à ce niveau : « toute initiation n’est qu’un point de départ ». Il est donc clair que si nous sommes arrivés au terme d’un enseignement, à la compréhension d’une méthode, le sens profond de son contenu ne s’en dégagera qu’après avoir été éprouvé et mis sur le chantier. Le cheminement initiatique se poursuit et du savoir à la connaissance nous pourrons agir en conscience guidé par l’Amour.
Chevalier Rose croix nous savions déjà que la charité devait guider nos actes et nous avions bien compris qu’il s’agissait d’Amour. Et c’est encore d’Amour dont il est question ici, lorsque cette échelle mystérieuse, qui procède des plus anciennes traditions pour symboliser toute ascension spirituelle, nous est présentée.
Mis en
condition par le
dialogue énergique des poursuivants blanc et noir – évocateurs
de l’incontournable dualité qui accompagne notre
démarche – le récipiendaire va progresser vers
la connaissance et encadré par les 2 montants « Amour
de Dieu » et « Amour duprochain »,
il va franchir les 7 échelons, dont l’ensemble constitue
les neuf vertus ou qualités attribuées au Kadosch parfait.
Depuis le début de notre parcours, nous avons connu des phases
d’acquisition et des phases de réalisation, il en est de
même ici, l’échelle mystérieuse par ses deux
parties, montante et descendante nous indique clairement que la mission
du Kadosch se situe sur « la terre des Hommes »
après avoir réaliser en soi les vertus
évoquées dans la phase montante. Et c’est par la
mise en œuvre des arts libéraux, ceux déjà
connus par le Compagnon M, mais ici, imprégnés de cette
dimension spirituelle perçue au sommet de l’Echelle
mystérieuse que va s’opérer cette subtile alchimie
qui délimitera le champ d’action du futur Chevalier, grand
Elu, grand Inspecteur.
Ainsi en alliant raison et sensibilité, il trouvera la juste
mesure, le juste équilibre entre les forces antagonistes qui
seront en présence. C’est ce que semble indiquer la
référence au caducée d’Hermès, qui
libère son pouvoir de guérison lorsque les
serpents qui entourent la baguette de laurier ou d’olivier se
font face et sont en parfait équilibre. Ce qui n’est pas
sans rapport, avec la pratique des fils d’Hermés qui lors
des opérations du Grand Œuvre, transformaient en or toute
matière souillée ou imparfaite, autrement dit
libéraient ce qu’il y a de plus pur en elle. Petit
pas de côté certes, mais après tout ne nous est-il
pas recommandé au 13ème degré, lors de
l’évocation de la légende des trois mages,
d’explorer d’autres enseignements pour approfondir le sens
initiatique de nos propres références ? Ainsi la descente
sous les voutes du Temple d’Enoch n’évoque-t-elle
pas également l’arbre des sephirot qui de Kether
« la couronne » le domaine des
potentialités, du non manifesté, va en 3 ternaires nous
conduire à Malkuth, le « royaume »
des formes, synthèse parfaite des séphiroth ou
qualités nécessaires à notre
construction. Manifestation Divine ou densification d’une
énergie issue d’EN SOPH l’Absolu inaccessible
? N’y a-t-il pas là une volonté de
spiritualisation de la matière ? Mais ici,
présentée dans sa forme inversée, il nous
était suggéré de tourner notre regard de
l’extérieur vers l’intérieur et d’aller
de la manifestation vers la cause. Soit une plongée au
cœur de notre Etre là où réside le plus
précieux des trésors, cette lueur vacillante mais
persistante qui nous relie à la source. Jacob Boehme le
présentait ainsi : « Dieu est en toute chose, mais
la chose ne le sait pas ».
Par
sa sagesse HOCHMAH et
son intelligence BINAH Guibulum a
retrouvé le mot
ineffable et démontré qu’il était « B M». Mais
ce n’est que, plus tard, parvenu au sommet de
l’échelle qu’il réalisera cette unité
cosmique, et prendra conscience de son appartenance à un
TOUT. Cette unité principielle perçue comme une
évidence et qui va marquer la nécessité
d’être en tous points en accord avec elle, en accord avec
les plans du GADLU. C’est alors et seulement que
l’accès à l’ultime perfection sera
possible.
Par TEBOUNAH 7ème marche
de
l’échelle : la compréhension
Car notre
Chevalier de Royal
Arche ignore encore qu’au-delà de l’acquisition de
l’outil, viendra le temps de la transmission et que celle-ci – qui
s’apparente à la mission du Bodhisattva dans le Bouddhisme –
implique une parfaite réalisation
intérieure. Réalisation qui ne peut
s’opérer que grâce à une montée
progressive dans les degrés du Rite, et par la
réactivation de ses facultés intuitives. Allier art et
méthode afin de percevoir la juste mesure de ce qui mettra
l’adepte sur le chemin de l’éveil. Chevalier Elu des
neuf puis des quinze, c’est cependant le sort qui nous a
désignés, comme si nous faisions partie d’un plan
dont la finalité nous échappait encore, mais dans lequel
chacun a nécessairement sa place. Elu car potentiellement
reconnu apte. Cette confiance nous est manifestée
dès notre entrée en LP et nous est accordée, comme
à tous les Initiés, pour être tous passés
par le cabinet de réflexion, avoir vécus les mêmes
interrogations, émotions et difficultés. Puis le
passage par la porte basse nous a clairement signifié que la
condition essentielle pour entamer ce processus de transformation
était l’humilité. Qualité essentielle
qui nous sera rappelé lorsque parvenu au NEC PLUS ULTRA l’injonction
nous sera faite de « n’en concevoir aucun orgueil
».
Bien des tâtonnements ont jalonnés notre parcours, comme
ce fut le cas pour les mauvais compagnons qui ont
détourné les outils de leur destination et les ont
utilisés pour tuer Hiram; et plus tard Johaben qui oubliant
la clémence de Salomon au 6ème degré
n’en respectera pas mieux, au 9ème, les instructions
et tranchera lui-même la tête du meurtrier
d’Hiram.
Certes la pulsion de transgression nous a poussé à
avancer, innover et s’adapter, et c’est
généralement par ce schéma d’essai/erreur
que nous avons progressé ; et si « combattre
l’ignorance, le fanatisme et l’ambition » est
le premier devoir du M M, si le crime ne peut rester impuni,
ce
n’est pas en « sicaire » qu’il nous
faut agir. Le comment combattre ne se dévoilera que
progressivement et il convient de ne pas oublier trop vite le signe
d’ordre de l’apprenti première arme qui nous est
donnée pour contenir ou combattre nos passions.
Aussi : SEBELla 6ème marche de
l’échelle mystérieuse nous exhorte à la
patience.
Patience et
détermination. Les assassins d’Hiram sont
retrouvés et exécutés. La vengeance est
accomplit. Les M « hommes vrais en toutes
circonstances » reçoivent en récompense
leur épée de Chevaliers, marquant ainsi une étape
importante dans la progression du bâtisseur, devenu inspecteur
puis Chevalier, prémices d’une destinée hors du
commun. Prémices car si ce titre apparaît ici pour la
première fois ce n’est que pour pointer à nouveau
des valeurs potentielles qui vont pouvoir désormais se
révéler. Mais à nouveau
détournement. Salomon, ce roi si sage, si vertueux, se
laissa aller à la licence et malgré leurs efforts, les
GEPSM ne purent détourner les hommes de
l’impiété et du
sacrilège. Conséquence, Nabuchodonosor,
incité par Dieu, fit raser les murs de Jérusalem,
détruisit les fondations du Temple et emmena tous les habitants
en captivité à Babylone.
Comme au temps où Hiram fut tué, pour ne pas
révéler le secret des M, ici Galaad gardien de la Voute
Sacrée, va se sacrifier pour ne pas révéler
l’emplacement du plus précieux des
trésors. L’accomplissement du Devoir porté
jusqu’au sacrifice prend ici toute sa dimension dramatique. Les
GEPSM vont détruire toute marque de l’existence de ce
trésor et promettre de le conserver en leur cœur afin
qu’il soit préservé de toute corruption. Puis
ils se dispersèrent parmi les « nations »
pour enseigner l’Art Royal ; et c’est leur
comportement qui fit l’admiration autour d’eux et suscita
bien des vocations. Ce qui permit à la FM de se
perpétuer de génération en
génération.
Période de retrait nécessaire pour le peuple captif
à Babylone, sorte de respiration pour intégrer
l’expérience et en retirer la quintessence, mais en
solitaire pour le GEPSM qui doit rester ouvert sur le monde pour agir
(seul) sur son environnement immédiat. Mais si le retrait
s’impose il nécessite un retour. Cyrus, roi de
Babylone permit aux Hébreux de retourner à
Jérusalem, et pour obtenir la « Liberté de
passer » et combattre ceux qui tenteraient de s’y
opposer il les fit armer Chevalier d’Orient et de
l’épée. C’est ainsi, que
l’épée d’une main la truelle de
l’autre, ils entreprirent la poursuite des travaux,
rétablirent l’alliance avec Dieu et devinrent « Princes
de Jérusalem », administrateurs des
territoires.
Le terme de
chevalier est de
création récente (10ème S) et
caractérise un combattant professionnel, un cavalier appartenant
à une élite. Pour illustrer leur hardiesse et leur
générosité s’est développé une
littérature médiévale qualifiée « d’amour
courtois ». Ainsi dans «lalégende
du Graal », sont relatées les aventures des
Chevaliers de la Table ronde partis à la recherche de leur
Graal. Aventures parsemées d’embûches qui, dans
la phase de christianisation de cette épopée, introduisit
le fait que lorsque le Chevalier se laissait tenter ou écarter
de sa route, les pires malheurs lui arrivaient ; et ce n’est
qu’en réactivant sa Foi en son Guide qu’il
parvenait à reprendre sa Quête.
EMOUNAH, 4ème marche de
l’échelle :
Où la Foi
du chevalier
est réactivée régulièrement par
l’Espérance placée en la grandeur de l’Amour.
Dans ce périple seul Galaad va, à l’aide de la
lance mystérieuse, réussir à guérir le
« Roi pêcheur » de sa langueur et redonner
vie à son royaume. Cette guérison ouvre la voie de
l’Orient et Galaad devient roi de la terre de Sarras, ville
mythique qui correspondrait à Tyr. Mais là, parvenu
au terme de sa Quête, il meurt et ses compagnons, témoins
de la disparition du Graal, se retirèrent et
abandonnèrent les terres d’Orient. Perte du Graal, qui
marque en fait un autre détournement, historique celui-ci, celui
de la 4ème croisade, au cours de laquelle, pour
satisfaire les ambitions matérielles de leurs commanditaires
vénitiens, les croisés détruisirent
Constantinople, signant ainsi le commencement de la fin de la
présence occidentale en Orient. Déjà à leur
création ces « pauvres Chevaliers du Christ »,
ces moines/soldats posèrent problème au regard de
l’église et ce n’est que lorsque Hugues de Payns
repris l’idée de Bernard de Clairvaux, « tuer
le mal en l’Homme et non l’Homme lui-même », qu’il
obtint, au concile de Troyes, l’approbation de ce nouvel ordre
dit « Templier ».
Cet éclairage nous renvoi au texte : « votre
arme symbolise la lance inflexible de St Georges… ».
Arme qui comme le caducée d’Hermès détient
le pouvoir de guérison ou de transformation des énergies
négatives en positives. A l’aide de sa lance il
sépare le subtil du vulgaire et libère ce qu’il y a
de meilleur en l’homme. Déjà perçue
avec la lance de Galaad, le Chevalier Kadosch doit redonner force et
vigueur aux principes et idéaux dont il est le gardien, mais
glaive en main gauche, soit coté cœur.
MOTHEK, 3ème marche
de l’échelle : agit avec douceur mais fermeté.
L’Ordre du Temple ayant accumulé en près de deux
siècles, richesses et pouvoirs, va inciter le Pape
Clément V à réformer l’Ordre. Mais le
roi Philippe le Bel, grâce aux « aveux »
obtenu par Nogaret, va faire arrêter tous les Templiers et
demander à Clément V de supprimer
l’Ordre. Nous connaissons la suite, Jacques de Molay et
Geoffroy de Charnay, après avoir rétracté leurs
aveux furent brulés vifs.
SCHOR LABAN 2ème marche de
l’échelle qui évoque la force des Templiers et leur
innocence.
Bien que ne pouvant prétendre être les continuateurs de
l’Ordre Templier, nous pouvons cependant nous en inspirer et
prendre en compte les échanges qui eurent lieux entre les
différents courants ésotériques de ces
régions et l’herméneutique servant à leur
transmission. Les Chevaliers d’Orient et d’Occident se
sont côtoyés suffisamment longtemps pour, au-delà
de leurs affrontements guerriers, s’accorder une reconnaissance
mutuelle. Mais l’accès à ces confréries
initiatiques ne justifie pas pour autant l’ignominie du
procès qui a été fait à l’Ordre des
Templiers et en particulier le supplice imposé à Jacques
de Molay. Mais peut-on combattre Roi et Religieux si ce
n’est au niveau le plus
élevé ? C’est donc en héritier des Chevaliers
de l’Esprit que le Kadosch
réclamera Justice.
TSEDAKAH 1ière marche de
l’échelle.
« La
justice, vertu
majeure du Kadosch, qu’il devra tempérer par la
Charité du Chevalier R+C ».
Tout au long du Rite, nous avançons progressivement vers la
Lumière ; mais dès qu’une étape est
franchie, et l’enseignement qu’elle contient apparemment
intégré, nous assistons à des détournements
dans l’usage des moyens et des connaissances transmis. Mais
pour atteindre le ciel ne faut-il pas passer par
l’enfer ? Ainsi de la mort d’Hiram au supplice de
Jacques de Molay, tout démontre qu’il nous faut
constamment maintenir en éveil notre
vigilance ; vigilance évoquée dès le
cabinet de réflexion avec le Coq, et réactivée
avec le Chevalier de l’aigle au
28ème degré. Bien qu’étant
descendu sur la terre des Hommes, armé pour le combat,
c’est à sa propre perfection que le Chevalier Kadosch doit
continuer à se consacrer, et pour cela Il va s’en remettre
à la vigilance de l’Aigle qui, symbole de l’esprit,
plane au-dessus du monde terrestre, et peut à tout moment,
plonger armé de son glaive, porter aux Elus, aux Initiés,
l’inspiration nécessaire à la réalisation de
leur mission. Glaive à deux tranchants pour unir dans une
même action « Foi et Raison ».
« Allez dans le monde, seul, univers complet, responsable devant votre conscience, riche de connaissance et d’amour ».
Le
Chevalier était seul
pour trouver le chemin de l’Unité au cœur de
lui-même. Parvenu au sommet de sa réalisation
spirituelle, devenu « passeur de Tradition et d’Espoir »
c’est à nouveau seul qu’il doit
retourner dans le monde des Hommes accomplir sa mission. Qui
à ce moment n’a pas ressenti comme une forme de panique
devant un tel engagement ? Aigle où
es-tu ? Des hauteurs où tu te trouves
montre-moi
la route… Et c’est là qu’il me murmure
à l’oreille : « tant que vous agirez en
conformité avec nos principes, vous ne pourrez pas vous tromper
».
Seul donc, car « n’ayant plus de mot
d’ordre à recevoir », le Ch. Kadosch
va travailler à cimenter l’union entre les FF, animer les
énergies, stimuler les ardeurs et les faire converger vers le
but assigné qui est, au-delà de la défense de
l’Ordre, de combattre pour ce qu’Il représente et ce
qu’Il sert. Tel l’Archange St Michel
qui, semblable à Dieu, est seul à être
autorisé à agir par lui-même, ce soldat de
l’Eternel et de l’Universel, qui a su séparer le pur
de l’impur et contenir le mal, sait qu’il vaut mieux le
convertir que le détruire. Il va combattre contre tout ce
qui asservi l’Homme et dénature la seule arme qui conduit
à la Vérité pleine et entière, la
méthode dispensée par le REAA qui, elle-même, est
en parfait accord avec le mot de Villiers de l’Isle Adam «
je n’enseigne pas, j’éveille ».
J’ai dit,