30° #927012

Vouloir et Oser

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Non communiqué

ALGDGADLU
Au Nom et sous la Juridiction du
Suprême Conseil National de France des
Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier
degré du REAA
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS

T Pt G M, et vous tous mes F Ch K.

Au début de la cérémonie de consécration au 30ème degré dans le rituel que nous pratiquons dans notre Sublime Aréopage, le Très Puissant Grand Maître confère par communication les 11 degrés séparant le Chevalier Rose-Croix du Chevalier Kadosh.

Arrivé au 29ème degré, Grand Ecossais de Saint André, le récipiendaire apprend que ce degré n’est plus uniquement spéculatif, qu’il est consacré à la défense du Vrai, du Bien, du Juste. C’est donc un degré actif mais limité à des actions défensives.

Et le T P G M annonce déjà : « au Grand Elu Chevalier Kadosh, seul, appartient le Droit d’Initiative ».

Peu après lorsqu’il accueille les nouveaux Grands Ecossais de Saint André qui demandent la faveur d’être accueillis parmi nous, il leur rappelle le contexte de leur évolution dans notre ordre, et leur précise notamment que :

« Jusqu’à présent, vos actes n’ont été que la manifestation de votre vie intérieure. Le travail intellectuel, la méditation, furent les moyens de votre perfectionnement. Vous avez mis en application les deux grands principes initiatiques :

Se taire et savoir.

Vous allez maintenant en appliquer deux autres :

Vouloir et oser ».

Avant de développer plus avant les quelques réflexions que m’inspire cette dernière affirmation, peut-être convient-il de la replacer dans son contexte.

Relevons tout d’abord que l’on retrouve là sous une forme un peu différente un thème de la Tradition Initiatique, qui veut que sur le socle en granit du Sphinx tétramorphe (ce qui veut dire constitué de quatre parties : un visage d’Homme, un corps de Taureau, des ailes d’Aigle et des griffes de Lion), était gravée dans la pierre la fameuse devise : « Savoir, Vouloir, Oser, se Taire », que l’on retrouve ensuite chez Zoroastre, chez les alchimistes, comme illustrant les colonnes du Temple de Salomon et donc dans notre propre tradition maçonnique.

Le rappel de ces principes est propre au rituel « Ordo » que nous pratiquons majoritairement (1) au SCNDF, dans le droit fil des choix effectués dans une vie antérieure vers une perspective « hermético-occultiste » comme la qualifiait le T Ill F Pierre Escande dans un remarquable article de Tradition Ecossaise.

Il se situe à une étape tout à fait particulière de la démarche Maçonnique, au moment où, parvenu au 30, le Kadosh, le saint, arrivé à la fin d’un cycle initiatique, marqué par une progression ascendante, parvient au degré terminal. Il a « maintenant la possession pleine et entière du Grand Arcane (2) », affirmation un peu trop péremptoire si on pense que, comme le dit Saint Augustin : « Nous chercherons donc comme si nous allions trouver la Lumière, mais nous ne trouverons jamais qu’en ayant toujours à chercher » (3). Mais admettons que le Ch K, par son effort pour atteindre l’absolu, par sa prise de conscience, par sa volonté, soit parvenu au sommet, à l’initiation maçonnique suprême, « armé pour le combat de la vie », doté « du glaive flamboyant de Saint-Michel, de la lance inflexible de Saint-Georges, du Caducée de Mercure » (4). Il doit maintenant accomplir une mission qui vise sa propre perfection, en « travaillant pour affranchir les hommes du joug qui pèse sur eux et les contraint de plier la tête devant l’injustice et l’oppression ».

Il sait qu’il ne suffit plus de savoir, de connaître, mais qu’il doit « répandre les enseignements qu’il a reçu, afin qu’une pleine lumière éclaire la route », en un mot qu’il doit transmettre. Pour ce faire il va lui falloir dès son initiation « franchir la limite » en appliquant les principes évoqués plus haut :

Vouloir et Oser

La volonté se définit comme :

La faculté de déterminer librement ses actes en fonction de motifs rationnels ; pouvoir de faire ou de ne pas faire quelque chose.

Une disposition de caractère qui porte à prendre des décisions avec fermeté et à les conduire à leur terme sans faiblesse, en surmontant tous les obstacles.

Les citations abondent ; Sénèque dit : « Disposons notre âme à vouloir tout ce que les circonstances exigent » Epictète encore : « S’instruire, c’est apprendre à vouloir chaque événement tel qu’il se produit », vision stoïcienne dans laquelle je me reconnais le plus, mais nous y reviendrons.

La tradition chrétienne va accorder à la volonté une place prépondérante. Ainsi dans De Trinitate, St Augustin distingue trois facultés mentales : la mémoire, l’intellect, et la volonté qui correspondent aux trois dimensions du temps : le passé, le présent et le futur. La mémoire et l’intellect sont passifs et contemplatifs (Savoir et se Taire), la volonté les unit et les rend actifs (Vouloir et Oser). La distinction entre l’intellect et la volonté conduira un temps à une séparation entre les objets de l’entendement (la faculté de comprendre ou le pouvoir de penser) et les projets de la volonté, que la nature polysémique (5) de la volonté dans la démarche initiatique du R.E.A.A va chercher à réconcilier. Ainsi la volonté peut suppléer la faiblesse de l’entendement, remplacer la compréhension du but ultime de la quête tout en ouvrant la possibilité de l’atteindre.

On peut noter d’ores et déjà que derrière chaque acte de volonté on trouve une pensée directrice et qu’un tel acte n’a de sens que dans la mesure où il s’exerce dans une logique d’action-réaction, guidé par cette pensée directrice, faute de quoi on tombe vite dans un comportement velléitaire.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans sa progression par degrés de connaissance élargie, fait constamment osciller la volonté entre deux pôles faussement antagonistes : d’un côté la volonté comme expression d’une liberté personnelle qui suppose une autonomie de décision laquelle permet l’engagement mais n’exclut pas les erreurs, et de l’autre l’abandon de soi à une volonté supérieure dont l’ordre maçonnique serait le relais car il initie et instruit en vue d’une réalisation qui dépasse la dimension individuelle du néophyte à qui le dépôt initiatique est transmis.

A ce stade il me semble utile pour illustrer la nature multiple de la volonté au R.E.A.A de revenir sur les mentions de ce mot dans nos rituels.

Tout d’abord la volonté se situe dans une logique d’engagement : ainsi que le rituel du 1er degré le rappelle, c’est après que la patience et le courage du néophyte l’ont fait sortir enfin victorieux de ce long combat entre l’homme profane et l’homme initié, que celui-ci peut prêter son serment de « sa propre et libre volonté ». Les serments du compagnon et du maître reprennent pratiquement les mêmes mots. Une formule voisine est utilisée au 9ème degré quand les intendants des bâtiments qui sont introduits pour l’élection doivent répondre positivement à la question : « vous a-t-on amené ici de votre plein gré ? ».

Parallèlement dès le 1er degré le Rite insère la volonté de façon dynamique dans notre démarche initiatique : ainsi à la question du vénérable maître « que venez-vous faire ici ? », il doit être répondu : « vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la maçonnerie » (6).

Le degré de maître secret qui est le premier des degrés Salomoniens et ouvre la longue séquence initiatique de la recherche de la vérité et de la parole perdue, comporte dans le rituel qui s’y rapporte, une mention de la volonté au moment : « De même que la Lumière que vous portez et que vous ne voyez qu’imparfaitement, la Vérité est la Lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et qui veut regarder. Le Devoir y conduit sûrement ».

Le 12ème degré est sans doute le degré qui introduit le plus complètement la notion de volonté dans toutes ses acceptions dans notre démarche : le Grand Maître Architecte travaille dans un atelier qu’on appelle la boulomie, l’endroit où l’on veut. Le rituel indique qu’il veut et qu’il construit, qu’il commence les travaux quand le génie parle en lui, qu’il les cesse quand il se tait. Le Grand Maître Architecte a poursuivi dans l’école d’architecture créée par Salomon le travail d’acquisition des savoirs inauguré au degré de compagnon et poursuivi notamment à celui d’intendant des bâtiments. Ce vaste savoir le met désormais en position de déchiffrer les plans du créateur. La volonté déployée pour percer les mystères de l’univers lui donne la liberté d’agir et de construire non plus en tant que simple ouvrier d’exécution mais en tant qu’architecte, c’est à dire de co-créateur de l’édifice. Mais le plan n’est pas donné et écrit par avance. Si le Rite Ecossais est spiritualiste, il n’est pas finaliste, et il n’existe pas de déterminisme des causes finales au sens d’Aristote. Par conséquent, le Grand Maître Architecte conserve sa liberté et peut affirmer la singularité de son action qui peut se définir comme une participation à la re-création du monde. Le contenu initiatique du rite est ainsi porteur d’une alliance et non d’une soumission au principe. La liberté, fruit de la volonté du G M A est celle que confère l’approche de la connaissance absolue dont les lumières irradient son intelligence quand le génie parle. Bientôt, malgré la lumière encore intermittente du génie, il sera prêt à connaître le Centre de l’idée et à retrouver le Tétragramme inscrit sur le triangle d’or, enfoui dans la crypte sous le Saints des Saints.

Le chemin parcouru depuis le 4e degré est immense : à celui qui ne voyait pas bien et ne comprenait pas bien succède celui dont la fière devise est : « bien voir, bien comprendre, bien agir ». Devise qui annonce les préoccupations de notre présent travail, le lien entre la compréhension et l’action étant bien évidemment la volonté…

Mais notre voie initiatique n’ignore pas les aspects négatifs de la volonté, certains parleraient de côté obscur…

Ainsi le 9ème degré, Maître Élu des Neufs, nous apprend d’abord qu’être volontaire ne suffit pas. Le zèle non maîtrisé de Joabert le conduit à exercer une vengeance qui n’est pas la justice. En transgressant l’interdit, en tuant Abaïram qui est une partie de lui-même, il s’inflige une mort initiatique. C’est par l’intercession d’amour de ses frères et le pardon accordé par Salomon, seul habilité à exercer la justice, que cette difficile épreuve sera surmontée. En réalité, le chemin initiatique n’a pas vocation à masquer ou à détruire les fantômes qui nous hantent mais à les intégrer, à les ré-ordonner. C’est une condition préalable à la réalisation.

Au 30e degré, l’ambiguïté de la volonté est mentionnée dans le dialogue de la tentation entre le poursuivant blanc et le poursuivant noir.

Le poursuivant noir dit : « tu es une volonté – maîtrise la matière » ; Le poursuivant blanc répond : « Tu es une âme clamant de l’abîme ». Tout au long de l’échelle mystique qui constitue le thème central du 30ème degré et que gravit d’ailleurs par degrés successifs le Rite tout entier, on peut mesurer par cette séquence du dialogue entre les poursuivants, la maturité spirituelle espérée du chevalier Kadosch. A l’inverse de Joabert, cédant à la violence, celui-ci est invité à surmonter toute colère et frustration, à refuser la toute-puissance illusoire en réconciliant les contraires.

Incapable de choisir l’une des deux options proposées par les poursuivants, il se voit chassé du temple. Mais rappelé par le Très Puissant Grand Maître il est invité à « s’élever à un plan supérieur » pour « contempler la dualité et la résoudre ».

Cet effort, cet élan du chevalier vers son principe va lui permettre de déjouer les pièges des archontes lors de la montée de l’échelle mystique et d’aller au-delà du royaume des formes à la rencontre de la manifestation informelle. Ce n’est pas pour lui-même qu’il aspire au Principe mais c’est l’amour du Principe qui guide son élan.

« Là où vous avez accédé, vous êtes à la place de l’homme, dans la liberté de la créature, siège de sa volonté, au centre de l’ambiance des possibilités de la forme, du changement, du désir et de la mort. Parmi les trois mondes, l’homme est placé au plan médian. Il relie le fait visible au Principe Invisible par la connaissance de la Loi. La nature de l’homme participe de l’absolu et du relatif », phrase du rituel manifestement inspirée par Pic de la Mirandole (7) qui donne la parole au Créateur qui s’adresse à l’homme en ces termes : « Si je t’ai mis dans le monde en position intermédiaire, c’est pour que tu examines plus à ton aise ce qui se trouve dans le monde alentour : si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures qui sont divines… Toi seul tu peux grandir et te développer comme tu veux tu as en toi les gènes de la vie sous toutes ses formes ».

Il devient ainsi acteur de la manifestation divine dont nous savons qu’elle est volonté et création. La descente va le confirmer puisque le chevalier Kadosch, libéré de la matérialité, conscient de ses responsabilités et des rapports qui le lient au Créateur doit retourner dans le monde pour témoigner de la Vérité unique et universelle dont il est empli.

Mais pour cela il va devoir sous l’emprise de la volonté agir et oser franchir la limite, surmonter l’obstacle, affronter l’inconnu et accepter le risque, en un mot faire preuve d’audace :

Vouloir et Oser

« Pour réussir dans le monde, retenez bien ces trois maximes : voir, c’est savoir ; vouloir, c’est pouvoir ; oser, c’est avoir ».

Il est vrai que lorsqu’Alfred de Musset dans Barberine énonce ces principes, il ne pense pas particulièrement à de hautes et nobles actions…quoique, mais ceci est une autre histoire.

En ce qui nous concerne, cette exigence est rappelée dans le dialogue entre les poursuivants : le poursuivant noir dit : « Si vous voulez savoir – osez ! Ignorez ce symbole et avancez sans crainte. Hardi ! Preux Chevalier. Regnum Coelorunm Violenza Pate (8)», ce à quoi le poursuivant blanc répond : « La violence est l’arme des faibles. Je ne piétine rien, car toute chose créée est sacrée. Je ne foule même pas le sol, j’y appose mes pieds ». À noter que la citation de l’ordre du poursuivant noir fait l’objet d’une traduction approximative… Le paragraphe en entier dit « Le Royaume des Cieux souffre la violence de l’ardent amour et du vif espoir, qui triomphent de la divine volonté ; non point comme l’homme l’emporte sur l’homme, mais ils triomphent parce qu’elle veut bien être vaincue parce que, vaincue, elle est victorieuse par la bonté », ce qui relativise la notion de violence liée à l’injonction osez…

Au R.E.A.A. l’initiation, l’entrée dans…signifie bien souvent le franchissement sous l’emprise de la volonté d’une limite et cette limite se révèle une transgression. Notre rite voit ainsi dans les barrières successives élevées tout au long de la démarche maçonnique l’apparence sensible de la transcendance du Principe. Il faut un obstacle pour que la valeur de l’idée et de la volonté qui l’actionne se révèle.

« À vous maintenant d’employer cette audace généreuse qui est le propre des belles âmes. Soldats du Vrai, du Bien, du Juste et du Beau, c’est à vous qu’appartient le droit d’initiative ».

Initiative vient du latin initiare, initier, commencer, c’est l’action de celui qui propose ou organise le premier quelque chose. L’initiative demande effectivement la conjugaison de vouloir et oser.

Oser : tenter avec hardiesse, risquer, ce qui implique courage et force de caractère. Il faudra au Ch K accepter de s’exposer à un danger plus ou moins prévisible et ce dans l’espoir d’en tirer parti ou bénéfice. Ceci étant « Le danger, dès qu’en face on l’ose envisager, avant d’être a déjà cessé d’être un danger (9) », et le Ch K n’est pas inconscient, il sait le danger mais guidé par sa volonté et la prudence qui s’appuie sur une analyse acceptée du risque encouru il est prêt à aller dans le monde pour combattre « toutes les tyrannies, tous les abus, toutes les ignorances ».

Il devra accepter « les difficultés, la souffrance, le rejet, la marginalisation, oser être soi-même, oser rejeter les dogmes, oser le doute, oser dépasser les lieux communs, oser la raison parce qu’elle est la règle de toute liberté et initiative, pour aller vers l’inconnu en sachant rejeter le connu » comme l’a précisé dans son exposé notre T P G M.

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles (10) ».

Dès lors le Ch K est ainsi encouragé symboliquement à exercer sa libre volonté, son libre arbitre pour poursuivre sa quête de la lumière, d’un absolu, d’une transcendance qu’il va chercher partout où elle est manifestée, en lui-même comme dans le monde.

« Une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d’après laquelle elle est décidée : elle ne dépend donc pas de la réalité de l’objet de l’action, mais du principe du vouloir d’après lequel l’action est produite sans égard à aucun des objets de la faculté de désirer (11) ».

La volonté que nous évoquons n’a de sens que parce qu’elle est précédée dans notre démarche par la prise de conscience de ce qu’est notre devoir, à savoir « faire profiter l’humanité de notre sagesse, sinon tous les efforts fait pour les acquérir auraient été vains ».

Cette conscience de notre devoir, cette capacité à reconnaître le bien du mal va ainsi légitimer l’action de la volonté. On comprend dès lors que l’acte de volonté ne consiste pas vouloir n’importe quoi (car alors il n’y aurait plus de connaissance), mais uniquement ce que notre volonté perçoit comme vrai ou bien.

« Le destin conduit qui y consent, disait Sénèque, il entraîne qui résiste ».

Il n’y a là aucune passivité. S’il est vrai qu’il faut se soumettre au destin, cette soumission est elle-même un acte volontaire, qui en inclut beaucoup d’autres. Notre volonté de nous soumettre au destin, c’est certes accepter tout ce qui arrive; mais c’est aussi de ne pas subir les évènements et jouer notre rôle pour les transformer du mieux que nous pouvons. Entre liberté et fatalité, il n’y a aucune opposition. Toute action est fatale, qu’elle soit libre ou serve; l’action libre guidée par la Volonté n’est pas celle qui échappe au destin (c’est évidemment impossible) mais celle qui s’y soumet en connaissance de cause et qui y participe activement.

Au moment où nous pouvons craindre que l’affirmation « je veux et je détruis » ne domine le Monde, il est plus qu’indispensable que les Ch K, hommes d’action par excellence, réaffirment leur vocation première : « combattre à outrance et protéger tous les hommes libres et de bonnes mœurs dans leur saint pèlerinage à travers ces vallées de misère ». Cette démarche n’est pas sans risques : la démarche écossaise ne se conduit pas par une marche sans tentation vers son but, elle se révèle dangereuse difficile comme la vie qu’elle figure, aux limites du pur et de l’impur.

Le malentendu, la séparation constitue la nature humaine. La volonté universelle de tout comprendre qui la caractérise représente d’emblée une transgression des règles opposant ordinairement les religions à l’humaine volonté de savoir : l’ambition de pénétrer les arcanes du monde signifie que l’homme, sortant des limites sacrées qui lui sont imposées, désire égaler les dieux ; c’est ce que les Grecs appelaient le péché d’hybris (la « démesure »). Nous sommes là pour collaborer aux décrets de la loi divine, pas pour nous y substituer. Et pourtant la « liberté pour l’homme consiste à faire ce qu’il peut, comme sa raison consiste à ne pas vouloir tout ce qu’il peut »…(12)

Une spiritualité authentique mène toujours au risque de se perdre. De là les chutes de tension, les moments de doute et d’égarement. C’est à ce moment-là que la fraternité apporte son assistance afin de permettre de surmonter l’épreuve en osant aller plus loin. Telle est notre quête, telle est notre destination : la quête de la Vérité, la quête de la parole perdue… Mais dans une vie qui repose sur un éternel pari, le risque assumé peut-être un éternel bonheur : « Il n’y a pas de liberté sans risque, sans ignorance, sans aventure. (13) » et je conclurai mon travail en rappelant avec Alain que « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté ». Osons l’optimisme, mes F.

J’ai dit, T P G M.

R de C

Note

(1) Le Sublime Aréopage Marc-Aurèle pratique le rite « Lutetia » au SCNDF.
(2) Toute opération hermétique dont le secret ne doit être connu que des seuls initié.
(3) De Trinitate IX,1.
(4) Rituel « Lutetia ».
(5) Caractéristique d’un mot ou d’une expression qui a plusieurs sens ou significations différentes.
(6) Rituel Hiram, formule qui figure qui figure de manière plus systématique à l’ouverture des travaux dans le rituel 1802.
(7) Oratio De Hominis Dignitate.
(8) Dante Le Paradis XX 94 Au royaume des cieux la violence en pâtira…
(9) Publilius Syrus ; Sentences.
(10) Sénèque.
(11) Kant.
(12) Rivarol.
(13) J. Attali.

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