11° #408012

La Croix Cosmogonique

Auteur:

J∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
06:2010
Trois fois puissant et Vous tous, mes F et mes S, Maîtres Secrets




Sur la planche d’invitation est écrit : » étude des 10ème et 11ème degrés à travers le morceau d’architecture : la croix cosmogonique ».



Cette association me laisse perplexe : d’un côté la croix, croisement de 2 lignes, l’un des symboles fondamentaux avec le centre, le carré et le cercle, de l’autre côté l’adjectif cosmogonique qui me renvoie aux mythes expliquant la formation de l’univers et à « cosmos » c’est-à-dire l’univers considéré comme un système bien ordonné. De quelle croix s’agit-il ? (croix grecque, croix de St André, croix latine, croix en Tauet leurs variantes) Et de plus, Il faut rattacher cela aux 10è et 11è  degrés! les connexions ne se font pas !



Reprenons les rituels : au 10è degré, les 2 assassins d’Hiram sont arrêtés, jugés suppliciés pendant 8 heures, non pas sur une croix mais un poteau ( peut-être peut-on y voir l’image d’un gibet, piloris de mort inventé bien avant l’époque romaine) et on leur fend le corps en faisant une croix. Le cycle vengeance – justice se termine. L’harmonie règne à nouveau.



Sur le tablier une croix, ou plutôt 2 (MONTRER LE DESSIN) : une fleur en forme de croix de St André et une croix templière : j’avais une photo en noir et blanc donc je ne connais pas la couleur) mais aucune explication (livre d’I Mainguy)


Passons au 11è degré ou grade de sublime chevalier élu : le terme « chevalier » apparaît pour la 1ère fois et sur le tablier il y a une petite croix rouge à 4 branches égales qui évoque les Croisés et les Ordres de Chevalerie. Est-ce une piste ?



Qu’évoque cette petite croix grecque sur le tablier du 11è ?



Ordres de Chevalerie et EMERK


Berteaux écrit qu’au 11ème degré on rencontre la croix cosmogonique (croix orthogonale à branches égales sur laquelle est écrit verticalement CAS et horizontalement KAA, point !!!


Guérillot lui cite la même croix mais les lettres sont différentes : verticalement CAE et horizontalement KAS puis il donne l’instruction du grade selon le manuscrit Francken :


« F, expliquez moi le sens des 5 lettres »


« le C est l’initiale de Civi qui veut dire s’agenouiller, le K celle de Ky qui veut dire se relever, le E celle d’Emerk (ou Emerek) qui signifie l’Homme vrai, le S celle de Salomon et le A qui est au centre est celle du mot ADONAI. »


Il ajoute qu’en hébreu on lit verticalement « un homme » et horizontalement « est ton offrande ». Cela renvoie certainement au Christ qui s’est offert sur la Croix en sacrifice.



Nous sommes à la fois dans le symbolisme de l’Ancien Testament et dans celui de la Chevalerie. Emerk ou Emeth « l’homme vrai en toutes circonstances », le sublime chevalier élu s’agenouille devant Adonaï (GADLU), Salomon le relève et il reçoit le prix dont il a été rendu digne par son zèle et son travail.


Cette petite croix grecqueest la forme commune des croix des ordres de chevalerie au Moyen Age. Croix des Templiers (croix pattée rouge), ordre militaire, ce qui explique l’épée et la devise « vincere aut mori », croix des Chevaliers de St Jean de Jérusalem puis croix de Malte, ordre caritatif ( croix blanche à 8 pointes symbolisant les 8 Béatitudes ou la récompense des vertus évangéliques, communes aux hommes de bonne volonté).


Que peuvent représenter les 4 branches égales : les 4 vertus cardinales : justice – prudence – force – tempérance. C’est notre rituel au 4ème. Ou les fonctions chevaleresques qui impliquent la lutte contre le mal, la maîtrise de soi, une éthique morale et la Charité, nouvelle vertu qui apparaît à ce grade.
Emerk se doit d’être vrai en toutes circonstances, n’obéissant qu’à la loi de sa conscience, cherchant à avoir un comportement équitable envers chacun et à veiller à ce que tout aspect de sa propre dualité soit transformé en complémentarité : ayant trouvé le centre, son centre unificateur, il se tient à la croisée des chemins où il trouve l’Harmonie et la Sérénité.



Suivons une autre pisteen associant les symboles fondamentaux


Carré Croix Cercle Centre : où est la Placede l’Homme ?



Cette croix grecque présente dans l’Empire byzantin (Ste Sophie de Constantinople), puis en occident à l’époque carolingienne et ensuite dans de petites églises (Germiny des prés) ou chapelles templières (Laon –Metz…) me permet d’associer carré, croix et cercle.


A partir d’un carré, je trace les diagonales qui se coupent à angles droits et j’obtiens la croix puis avec le compas je trace le cercle circonscrit à ce carré . Le centre de ces 3 figures est le même, à la fois point, axe, cœur de l’Homme, cœur d’Hiram, étoile polaire, étoile polaire, centre absolu autour duquel, éternellement, pivote le firmament, le Principe.



Le carré symbole de la Terre, rattaché au nombre 4, symbole du monde stabilisé et de la matière; la Croix, rattachée au nombre 5 dont le centre évoque la quintessence des alchimistesreprésentée par une figure comme l’étoile à 5 branches ou la fleur à 5 pétales ; le cercle, extension du point, symbole du ciel cosmique et de l’esprit.


Pour passer du carré, élément statique au cercle, il faut passer par l’élément dynamique qu’est la croix (elle se redressecomme l’homme capable de passer d’une dimension à l’autre, du matériel au spirituel).



Pour illustrer cela, j’aime parler sur le plan architectural des églises qui ont une coupole sur un plan carré : pour les réaliser les constructeurs passaient par l’octogone, c’est-à-dire le nombre 8 , nombre de la Résurrection, cher aux Templiers : le passage du monde terrestre au monde céleste se réalise par la transformation de plus en plus fine du carré au cercle, soit autant de possibilités d’états multiples de l’être, sans jamais atteindre la perfection de celui-ci.


Le centre de la coupole se projette sur le centre du carré évoquant un pilier virtuel qui est l’axe de la croix (Foi dans le Christ qui pousse à rejoindre le ciel).



Cherchons une Interprétation maçonnique



Si je reviens sur cessymbolescroix cercle j’y vois une image du travail que nous essayons d’effectuer depuis l’initiation. Le point par extension en suivant les rayons devient cercle. Force centrifuge qui nous pousse à sortir de nous pour aller vers le monde, vers l’action mais cercle qui marque une limite, un butoir et nous renvoie vers le centre. Force centripète qui nous pousse à ne pas nous éparpiller mais à nous recentrer sans cesse pour nous ressourcer et dominer la matière que représente le carré.


La croix serait-elle l’image de l’initié, le centre en est-il le cœur, je pense à l’urne contenant le cœur d’Hiram !



Autre aspect : si je redresse la croix elle forme le pilier entre la terre et le ciel et nous invite à la fois à un mouvement descendant (retour dans la caverne pour maîtriser l’ego) et à un mouvement ascendant pour rejoindre le Divin. Ne s’agit-il pas de retourner sans cesse sur soi une volonté de justice et un désir de purification pour faire briller la petite flamme qui est en nous et au cœur du cabinet de réflexion. Idée du Beau, du Bon, du Vrai selon Platon qui est en nous, que nous avons perdue et que nous devons retrouver par une ascèse spirituelle.



Suis-je loin de la croix cosmogonique, je n’en sais rien. CHERCHEET TUTROUVERAS



Lors de la dernière tenue alors que j’évoquais avec mon F Grand Inspecteur la rose des vents, croix à 8 branches égales, il m’a dessiné une autre croix octogonale , une croix potencée : la croix grecque dont les branches sont limitées par 4 segments de longueur égale à ces branches ou croix formée par 4 Tau orientés selon les points cardinaux. Le Tau, selon le dictionnaire des symboles, symbolisant le serpent fixé à un pieu, la mort vaincue par le sacrifice : n’est-ce pas là aussi une allusion à la Résurrection et à la Justice (nombre 8). Je retrouve le symbole de force centrifuge et centripète mais plus netet ramenant l’homme à la matière alors que le cercle offre une image d’infini : en limitant les bras de la croix, de cosmique, l’homme redevient humain mais il a trouvé sa place dans le cosmos.



Au 10ème degré la justice est rendue, la paix règne, l’harmonie est rétablie. J’aime développer cette notion d’harmonie qui nous vient des Grecs et cette croix, lien entre la Terre et le Cosmos est une image qui m’est chère. Pour les Grecs le Cosmos représente le Divin, le monde harmonieux, juste et bon. L’important pour l’homme est de parvenir à s’accorder, s’ajointer à l’harmonie du monde afin d’y trouver la juste place qui revient à chacun dans le Tout. Une fois fondu dans le Cosmos, une fois sa vie mise en harmonie avec l’ordre cosmique, le sage comprend que nous petits humains nous n’en sommes qu’un fragment, un atome d’éternité, un élément d’une totalité qui ne saurait disparaître de sorte qu’à la limite la mort cesse d’être un problème parce qu’elle n’est plus rien de véritablement réel mais un passage d’un état à un autre.



Revenonsà cette croix à 4 Tau. Si je déplace mes segments vers la droite ou vers la gauche j’ai l’image de la roue ou de ce symbole meurtri par l’Histoire, le swastika si important dans la symbolique orientale (jaïne – hindoue – bouddhique). Image d’une roue qui tourne autour d’un centre immuable, de la roue cosmique, symbole des cycles, des recommencements, des renouvellements.. Peut-on y voir un cycle d’évolution refermé sur lui-même comme le symbole de l’ouroboros : oui si la roue est dans un plan mais la croix est verticale donc on peut y voir, des niveaux, des degrés comme sur une échelle si bien que chaque tour de roue est animé d’un mouvement comme celui d’une spirale. Au mouvement pulsatif évoqué précédemment s’ajoute un mouvement de spirale. Image de notre démarche : nous avançons par cycles revenant sans cesse sur les 3 premiers grades . A un cycle de destruction et d’obscurité succède un cycle de reconstruction. ORDO AB CHAO.


Nous provoquons nous-mêmes le chaos mais nous devons travailler à l’ordonner pour qu’il devienne cosmos en nous élevant petit à petit d’une spire, d’un degré de conscience à un autre.



CONCLUSION



J’ai suivi des voies qui se recoupent. Ai-je parlé de la croix cosmogonique ?


J’ai relu encore le livre d’I. Mainguy et regardé les photos de tablier du 10è et du 11è . Si je les mets l’une sur l’autre j’ai une image (ou un mirage !)et je retrouve les éléments dont j’ai parlé et qui se trouvent matérialisés en partie dans la croix de Conques.



Trois Fois Puissant j’ai dit.



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