Les Grades d’Elus
E∴ R∴
Notre évolution dans la Franc-maçonnerie est marquée par les différents grades et degrés que nous franchissons et dont les enseignements nous façonnent au fil du temps. N’avons-nous pas été déjà choisis dans les loges bleues pour accomplir cette mission noble que nous propose la Franc-maçonnerie ? De quelle élection s’agit-il ? Est-on élu car nous sommes perfectibles et capables d’améliorer l’être humain et le monde dans lequel il vit ? Les grades de perfection seraient un approfondissement de ces acquis au 3ème degré et qui nous permettraient de nous rapprocher davantage de cet idéal de vie que nous recherchons. Quels sont réellement ces grades d’Elus ? Pourquoi ont-il été conçus et comment parviendrons-nous à accéder aux objectifs de ces grades qui nous ont été conférés ?
Les grades d’Elus sont composés de trois degrés, soient les 9, 10 et 11 ème degrés dans les grades de perfection. Dans ces grades, les travaux de la construction du Temple sont interrompus car les meurtriers d’Hiram sont en vie. Notre recherche de la Vérité et de la Parole perdue serait vaine si nos meurtriers et nos vices demeuraient bien vivants sur le chemin que nous empruntons. En tant que Maçons, ne devons-nous pas rendre justice et venger celui qui nous a apporté la source de vie ? Il est donc de notre devoir d’accomplir une action noble, celle de la justice pour détruire les racines du mal afin que la sève de l’espoir puisse librement renaître et s’épanouir.
Au 9ème degré, nous devenons Maître Elu des Neuf. Sur ordre du Roi Salomon, nous avons été choisies parmi les Maîtres pour aller à la recherche du meurtrier de notre Maître Hiram et avons suivi un Inconnu, notre guide. En incarnant le personnage de Johaben, le téméraire, le curieux, notre détermination et notre instinct nous conduisirent dans cette caverne où reposait le meurtrier, un poignard à ses pieds. Johaben se saisit du poignard et frappa le traître au front, puis au cœur. Il lui coupa enfin la tête. Par excès de zèle, Johaben a outrepassé sa mission substituant la vengeance à l’esprit de justice. Grâce à ses frères et la sagesse de Salomon, Johaben obtint le pardon du Roi.
La légende se poursuit au 10 ème degré, dans le deuxième acte des grades d’Elus. Nous sommes désormais les Illustres Elus des Quinze, choisis par le Roi Salomon pour poursuivre notre mission, toujours celle de la justice pour combattre les deux autres mauvais compagnons. Nous découvrîmes les scélérats dans une caverne mais cette fois-ci ils furent enchaînés et conduits à Salomon. Attachés par le col à deux poteaux, leurs corps furent ouverts depuis la poitrine jusqu’à l’os pubis. Les mouches et les insectes vinrent se repaître de leur sang et de leurs entrailles. Leurs têtes furent coupées et exposées au Sud, à l’Est et à l’Ouest et leur corps jeté par-dessus les murailles de Jérusalem.
Le dernier acte des grades d’Elus s’achève au 11ème degré où Salomon décida de récompenser 12 des 15 Elus pour leur zèle, leur travail et leur constance car la justice a été enfin rendue, la vengeance des trois assassins a été accomplie. Ils deviennent ainsi les Sublimes Chevaliers Elus.
Que nous enseignent réellement ces grades où l’esprit de vengeance semble dominer tout le processus ? la méthode est illustrée par des actes barbares, cruels et violents mais aussi une descente dans les profondeurs des ténèbres symbolisées par la caverne. Pourquoi ? Toujours à la recherche de la Vérité et de la Parole perdue, nous devons accomplir notre Devoir par l’assimilation de ces nouveaux grades qui seraient un approfondissement de nos acquis. La méthode préconisée par les grades d’Elus requiert beaucoup de courage et d’audace. Avons-nous déclaré une guerre violente contre nous-même pour nous remettre sur le chemin de la Vérité ?
Au 9ème degré, nous avons vaincu notre premier ennemi intérieur. Maître élu des neuf guidé par l’inconnu, par l’instinct, par notre clairvoyance qui nous pousse à aller au-delà de nos limites connues, à dépasser le champ de nos connaissances, nous prenons notre courage à deux mains pour vaincre notre ignorance et nous nous hâtons à retrouver le meurtrier. Cette voix venant de nulle part nous conduit dans la caverne symbolisant les profondeurs de notre inconscience où vraisemblablement sommeille notre moi destructeur, coupable de tous les méfaits du passé, du présent et certainement du futur si aucune action de rupture n’est engagée. Nous sommes à la rencontre du mal qui nous anime et qui nous ronge, celui qui entrave notre évolution. Quel serait notre combat ? Le rituel nous offre un nouvel outil et nous rappelle les principes de la dualité. Grâce au poignard, arme de pénétration, je m’introduis violemment par la tête et le cœur dans les méandres du moi profond. Cette descente dans les profondeurs est un véritable choc, car elle nous secoue, nous oblige à voir la réalité en face, celle de nos blessures et de nos traumatismes que nous préférons dissimuler au fin fond de nous-même, tel le meurtrier couché dans sa caverne. Ne sommes-nous pas enfin liés à nos émotions refoulées dans les ténèbres de l’inconscience ? Rien est irréversible car la lampe qui brûlait à l’intérieur, la source qui coulait dans la caverne sont symboles d’espoir pour celui ou celle qui accomplira son devoir dans la justice. En coupant la tête, avons-nous fait preuve de justice ou le côté animal de notre être a dominé notre lucidité ? La dualité que nous vivons constamment dans les épreuves est encore une fois illustrée par le personnage impétueux de Johaben et la clémence et la sagesse du Roi Salomon qui a accordé son pardon. C’est réellement dans les ténèbres de l’inconscience que renaît la lumière du conscient. Pour reprendre une S, la conscience de l’être ne peut être éclairée que par la lumière de l’esprit. Nous avons franchi une première étape victorieuse, en étant maître élu des Neufs, le neuf symbolise le couronnement des efforts, la germination vers le bas soit les recherches fructueuses dans le monde matériel, la recherche des assassins d’Hiram. Hélàs, tout reste à accomplir. Le voyage se poursuit ainsi au 10ème degré…
En effet, ces grades nous rappellent le rituel du 3ème degré où pour la première fois nous étions confrontés aux mauvais compagnons. Ici, c’est le renouvellement de notre serment de les combattre et surtout le passage réel à l’action pour les annihiler définitivement. Nous sommes désormais les Illustres Elus des Quinze. L’acte de justice doit être achevé pour vaincre les deux autres scélérats, nos vices qui nous sont rappelés violemment dans ce rituel. Le choc s’intensifie et secoue nos nerfs les plus infimes pour nous remettre au travail. Cette dualité qui nous anime est plus sensible au 10ème degré car bien que nous soyons assoiffés de vengeance, nous maîtrisons nos actes, plus mesurés vers un acte réel de justice. Nous ne tuons pas les deux meurtriers sur le champ, ils sont ramenés à Salomon pour être jugés. Nous ramenons cette force intérieure ou ce mal destructeur à la surface pour qu’il ou elle soit exposé(e) à la pleine lumière de la Conscience sous le regard de nos FF et SS. Avons-nous gagné une deuxième et troisième victoire en libérant enfin notre être ? Une libération douloureuse certes mais une vraie libération de soi qui nous met sur le chemin du perfectionnement de soi et ce grâce au concours de nos compagnons de route. Cette libération est aussi intrinsèquement liée au nombre 15 qui retrace l’évolution du personnage de Johaben que l’on a introduit au 6ème degré et au 9ème degré, 15 étant la somme de 9+6, état de germination par le haut comme le mentionnaient certaines analyses maçonniques sur le sujet. Johaben se transforme, l’homme impulsif qui par les épreuves, se métamorphose en homme d’esprit et de lumière.
Nous devenons ainsi Sublime Chevalier Elu. Salomon récompense 12 des 15 Elus pour leur zèle et le devoir accompli. Quel message faut-il retenir ? Ce degré nous invite à méditer davantage sur la notion de justice. Pourquoi 12 des 15 Elus sont seulement récompensés ? N’est-ce-pas de l’injustice après tant d’engagement et de dévouement pour tous ceux qui ont défendu le Temple ? Est-ce vraiment une récompense pour ces nouveaux Sublimes Chevaliers Elus ? Dans ce degré, notre égo est mis à l’épreuve pour que nous soyons conscients que nous sommes tous égaux au regard du devoir à accomplir et que nous devons faire preuve d’humilité pour réellement intégrer la classe des Elus. Et surtout, en punissant les 3 scélérats par la mort, châtiment extrême, les Maîtres Elus libèrent les 90 Maîtres de l’infamie causée par ceux qui pratiqué le régicide. Par cet acte rédempteur, cette récompense rejaillit sur Tous et permet la continuité du travail. Par ailleurs, il est aussi important de noter que nous n’avons pas été élus mais tirés au sort, prédestinés à poursuivre cette voie. Nous avons été élus par la force des choses. Tout Maître peut devenir élu tant que la justice, l’humilité, la sagesse et la dignité sont des valeurs qui l’animent. Ces valeurs sont sa force et qui le conduiront sereinement sur le chemin de l’Amour et du bonheur. Sublimes Chevaliers Elus, nous sommes empreints de loyauté pour servir nos engagements !
Quelles leçons pratiques peut-on tirer de ces grades d’Elus ? Ce voyage intérieur dans ces trois degrés nous interpelle et nous montre la voie à suivre. Il nous invite à faire cette descente intérieure jusqu’au fond de nos entrailles pour identifier et décoder clairement nos blessures émotionnelles, nos souffrances du passé, le rejet, l’abandon, la trahison, l’injustice, des sentiments négatifs qui nous alourdissent et qui sont à l’origine de nos péchés. Reconnaître nos blessures nous donne l’opportunité d’évoluer car nous ne fuyons plus face à ces souffrances mais surtout nous nous les approprions. Ainsi, nous décidons de sortir de notre zone de confort, de faire tomber le masque de protection, ce masque de notre fausse identité afin de guérir et de nous libérer.
Nous pourrons ainsi jouir pleinement d’une nouvelle voie, celle de la justice et de l’humilité, celle d’Emerek, l’homme Vrai en toute occasion.
Enfin, je
terminerai sur cette citation de Mahatma Gandhi: « Je
ne veux, pour rien au monde, étouffer cette petite voix, qu’est ma
conscience, ou l’expression de ce qu’il y a de plusprofond en moi. »
J’ai dit