11° #408012

Le sublime chevalier élu

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: Écrin de Lumière - Orient de Versailles

INTRODUCTION

Sublime Grand M et vous tous Grands M Architectes, je propose de vous présenter ici les points qui me semblent les plus importants, ceux qui m’ont particulièrement touché dans le grade du 11, Sublime Chevalier Élu, en les restituant dans le contexte du rituel.

LES GRADES D’ÉLUS

Au 9° Johaben un des élus des neuf retrouve un assassin d’Hiram et le tue avec trop de précipitation, par zèle inapproprié. C’est un acte de vengeance et non un acte de justice. Il doit apprendre à dominer sa colère et comprendre que l’on ne doit pas faire justice soi-même ; Salomon fait preuve de compréhension et de clémence à son égard ce qui le conduira à réfléchir sur le fait qu’il doit en finir avec l’homme ordinaire qui est ancré en lui.

Au 1O° l’élu des quinze poursuit la mission de recherche des deux autres assassins, ils sont capturés et présentés à Salomon, il les fait châtier violemment en place publique. Cette cruauté et cette violence des 9° et 10° grades, nous marquent comme un acte voulant faire exemple.

Au 11° la punition accomplie, justice est rendue. Ce grade nous remet sur la voie de notre quête, comme le nouveau Maître le fut au 3°, il faut lutter encore et encore contre les mauvais compagnons et les vices qui leur sont associés : l’ignorance, le fanatisme et l’hypocrisie. Salomon récompense le zèle et la fidélité des 15 élus partis à la recherche des deux derniers meurtriers d’Hiram. Par tirage au sort il en distingue douze parmi les 15 et leur donne le titre de Sublimes Chevaliers Élus. Salomon leur montre les trésors enfermés dans le tabernacle. Parmi ces trésors figuraient les cinq choses précieuses : l’arche d’alliance, la boite en or dans laquelle étaient conservés le coeur du fidèle, les deux palmiers représentant les karoubim (les chérubins bibliques), le chandelier à sept branches et le voile du Temple le séparant du Saint des Saints maintenant, partiellement entr’ouvert.

Puis, il les arme de l’Épée de Justice. Ils formeront le Grand Chapitre destiné à commander les 12 tribus d’Israël. Le nombre 12 représente l’universalité, les douze tribus symbolisant ici l’ensemble de l’humanité, présentent en Salomon comme divers aspects de notre Être. Chaque chevalier sera donc chargé de rendre la justice à la tête d’une tribu d’Israël afin d’en rassembler les éléments épars, de les délivrer du danger, de les protéger et de les enseigner.

Le Chevalier est le symbole de l’Être qui, par sa force, son énergie, sa droiture et son idéal, va prendre possession de sa monture et de sa terre pour réaliser concrètement les vertus qui sont les siennes et servir le seigneur du royaume.

Symboliquement c’est mettre de l’ordre dans sa vie, être capable de l’équilibrer et d’y maintenir paix et sagesse.

LES GRADES DE JUSTICE

Ces 3 grades, qui peuvent correspondre à la fin de l’oeuvre au noir alchimique, forment un tout et nous amènent à méditer sur la notion de justice et la mise en oeuvre des vertus opposées aux 3 vices : connaissance, tolérance, honnêteté.

La justice humaine ne peut être que limitée et faillible, il nous faut prendre de la hauteur dans notre compréhension du monde. Comprendre que la conscience de la justice est déjà en nous et fait partie de notre essence originelle qu’il nous faut purifier de ses conditionnements et mécanismes automatiques et profanes. Il s’agit de faire la différence entre la justice plutôt concernée par le droit à « l’avoir » et celle, spirituelle qui concerne le droit à « l’être ».

Pour cela il nous faut sortir du monde de l’illusion et des apparences afin de réaliser ce « saut » de conscience. Autrement dit tenter d’abandonner le nombrilisme humain, assumer et dépasser son état animal, et au-delà de toute dualité permettre l’accomplissement de son aspiration vers la lumière.

Tirage au sort : Récompense ou Épreuve ?

Ce choix arbitraire nous met face à la difficulté de devoir accepter ce tirage au sort qui paraît ne pas être juste mais être l’effet du hasard puisque les quinze ont accompli leur devoir. Pourtant Salomon représente la sagesse, le Grand Maître Architecte, alors est-ce vraiment le hasard ? C’est une mise à l’épreuve qui touche l’égo, une épreuve à surmonter aussi bien pour ceux qui n’ont pas été choisis que pour ceux qui l’ont été.

Symboliquement la règle du tirage au sort, les place sous le niveau. Ce tirage au sort nous exhorte à promouvoir l’humilité en lien avec l’égalité et la justice, et non seulement le mérite car tous les Élus sont égaux en mérite. C’est l’acceptation par chacun de la place qui lui est donnée et des devoirs auxquels, de ce fait, ils seront soumis. On peut penser que ceux qui ne sont pas choisis, seront les témoins et même le miroir de leur frères élus. Ils sont trois ce qui n’est pas anodin comme un rappel de la recherche de l’Un primordial en référence au ternaire. De plus, loin des tensions et dangers du pouvoir, ils bénéficient ainsi d’une possibilité de progression supplémentaire sur la voie initiatique (les douze élus seront plutôt gestionnaires).

LES VERTUS DU CHEVALIER

La Chevalerie au XI Siècle est surtout un combat cavalier, vinrent ensuite les croisades et elle se sacralise sous l’influence de l’église. C’était une éducation au métier des armes, qui outre les qualités du corps nécessitait celles du coeur et de l’esprit et au terme de laquelle on était fait chevalier par adoubement avec pour mission de défendre son seigneur et le peuple et de maintenir la paix. Des qualités et des règles de comportement étaient requises.

Dans notre loge de perfection, le terme « Chevalier » apparait au 11° pour la 1ère fois, cela sous-tend la mise en oeuvre de nombreuses vertus et renvoie à ses très hautes qualités ; courage, sens de la mesure, loyauté, sens du devoir, maîtrise de soi, éthique morale, générosité…

Notons que le terme Sublime accolé à celui de Chevalier en renforce le sens ordinaire, et lui donne un sens alchimique avec une idée de sublimation pour celui qui a franchi un seuil et s’est élevé en esprit après être descendu au fond de lui-même dans les profondeurs de son inconscient. Le chevalier en nous a la responsabilité de faire régner les plus hautes valeurs dans tous nos comportements, pensées ou sentiments. Son combat est d’ordre spirituel. Il se doit de maîtriser sa monture, de brider et de discipliner son ego.

La croix du Chevalier

Le Sublime Chevalier porte sur son tablier une croix rouge construite en 5 carrés dont 4 pourraient symboliser les 4 vertus cardinales rencontrées au 4° : Justice – Prudence – Force – Tempérance, associées à « E » pour Emerek.

Sa couleur rouge symbolise la force de vie, la puissance qui incite à l’action. C’est l’oeuvre au rouge où s’opère la régénération de l’Homme. Mais cette croix rouge recèle d’autres indications : elle porte les initiales de cinq mots : en haut la lettre C de CIVI, à gauche K de KY, au centre A pour ADONAI un des noms de Dieu, à droite S pour SALOMON, qui correspond à la sagesse et en bas le E de EMEREK pour homme juste. Cette croix se dresse sur sa base à la verticale, et symbolise l’élévation vers le haut ce qui donne un sens à l’action du Chevalier. De plus Civi signifie s’incliner, s’agenouiller et Ky, se relever, qui se réfèrent à la cérémonie d’adoubement. Cette génuflexion ici n’est pas un acte de soumission du Chevalier mais est axée sur sa promesse et le fait de se relever inscrit sa loyauté et l’acceptation de son engagement. C’est la prise de conscience de son allégeance au principe, au Verbe, comme le chevalier d’antan à son seigneur.

Le serment d’allégeance

Le terme Allégeance est anglais et implique obligation de fidélité, d’obéissance. C’est une démarche personnelle, le serment d’un homme libre. De même, le Sublime Chevalier Élu libère son esprit des entraves ordinaires et, accédant à un autre niveau de conscience fait serment d’allégeance au Principe, au GADLU, afin de servir la justice et la vérité.

Les 4 directions de la croix orientent son action et précisent avec Adonaï en son centre, sa recherche spirituelle.

Les grades d’élus démontrent que c’est en nous qu’il faut rechercher l’ennemi, notre esprit ne peut devenir vraiment libre qu’en ayant conscience de ses propres imperfections et en luttant contre afin de connaître un calme intérieur lucide pour préserver la paix en nous-mêmes et autour de nous. C’est une exigence sur la route du devoir et de notre quête.

Le Chevalier a des combats à livrer à l’intérieur de lui-même pour se transformer et sublimer les mauvaises tendances qui font obstacle à son progrès initiatique. L’action juste du chevalier sera en elle-même sa récompense.

L’ÉPÉE DE JUSTICE

Compagne du chevalier, l’épée préserve sa vie, elle n’est pas une épée ordinaire, mais une épée sacrée. Certaines sont même idéalisées et ont un nom propre comme dans la légende Arthurienne des Chevaliers de la table ronde où Excalibur devient un élément indispensable dans la quête du Graal, de l’idéal chevaleresque. L’épée est le signe de l’état guerrier et de ses vertus : la force, la puissance, le don de soi entre autres.

Son usage métaphorique ici sera de trancher les illusions, en effet, l’épée de justice que l’on remet au 11° au Chevalier élu, lui permettra de trancher ce qui n’est pas à la hauteur du comportement chevaleresque : la haine, la jalousie, la vengeance n’ont plus lieu d’exister chez le nouvel élu. De ce fait, l’épée de justice lui permettra de séparer en lui-même le subtil de l’épais. Lors de l’adoubement le TFP Maître ne transmet pas seulement à l’initié, une série de connaissances et ne l’ordonne pas uniquement dans son futur état, mais lui donne le feu sacré et divin qu’il devra manier avec justesse et sagesse.

Mais l’épée a deux tranchants, d’un côté elle détruit, de l’autre elle crée, d’un côté elle protège, de l’autre elle sanctionne, de ce fait elle symbolise aussi la dualité qui est en chacun de nous, le bien, le mal, enfin, l’être humain dans toutes ses contradictions.

Est-ce là l’épée qui transperçait l’urne qui, placée au sommet de l’obélisque renfermait le précieux coeur de Maître Hiram ? Au 5° il est dit que cette épée était placée ici tant que justice ne serait pas rendue, je n’ai pas de réponse à cette question…mais effectivement à présent justice est rendue, et le Chevalier Élu va devoir intérioriser l’énergie rayonnante qui lui vient du coeur d’Hiram. Rendre la justice, défendre le faible et l’opprimé, la veuve et l’orphelin est sa mission.

EMEREK : HOMME VRAI EN TOUTES CIRCONSTANCES

Le nom substitué Emerek, donné par Salomon, signifie « Homme vrai en toutes circonstances ». Être nommé, c’est en quelque sorte recevoir la vie, ici l’Homme véritable nait. Ses actions et sentiments sont nobles et élevés au service du Verbe et de la justice universelle. Vrai dans le sens d’authenticité, de vérité, d’actes justes, il doit devenir ce qu’il doit être.

Générosité, loyauté, allégeance au Principe, ne doivent plus être des attributs de façade mais complètement intégrées par le Sublime Chevalier Élu. Toutes ces nobles qualités devront réellement faire partie de son être dans une totale authenticité car venant du coeur. Cela sera possible si ces qualités sont mises en oeuvre dans le monde profane comme dans la vie spirituelle. Cette évolution de conscience, ces vertus et une justice tempérée par l’amour peuvent permettre d’agir dans le chaos de notre monde actuel.

C’est le devoir, la responsabilité du Chevalier, il se doit d’être exigeant afin de réaliser la « quadrature du cercle » approchée au 5°, l’union du ciel et de la terre, du matériel et du spirituel.

Cherchant à s’élever vers plus de spiritualité, il travaille à cette réconciliation en lui-même, pour s’approcher de la lumière qu’il perçoit en son centre. Il fait silence en lui, médite et contemple, mobilise son intuition, et cherche à affuter sa clairvoyance.

UNE VOIE DE PERFECTIONNEMENT

Au 11ème degré, sans faillir, justice étant faite, une voie de perfectionnement est mise en oeuvre, le Sublime Chevalier Élu va tendre vers ce but, chercher sa réalisation spirituelle, en toutes circonstances comme le dit le Rituel, car c’est au plus profond de son être, qu’il a rencontré, cette étincelle divine. Cet éclat de lumière lui donne la force de continuer son cheminement vers plus de dévoilement, pour s’orienter vers ce changement qui est son aspiration profonde. Il se sent capable d’accomplir sa mission et de porter haut le rameau d’olivier en continuant sa quête malgré les obstacles sur le chemin de la Vérité.

Le Sublime Chevalier Élu considère que toutes les étapes sont difficiles à franchir, que cela implique à chacune d’elles de nouvelles responsabilités et beaucoup de persévérance comme l’indique la devise du grade : « Vaincre ou mourir ». Il s’agit là de vaincre les ennemis sournois de l’intérieur qui pourraient corrompre le coeur de son être.

Délivré de ses passions, mauvaises pensées et colère, purifié par les épreuves des grades précédents, il lui faudra conserver une vigilance aigue et se garder des agitations et bavardages de son mental pour se tourner vers l’Unité de son être.

L’espoir de parvenir à cette transformation intérieure est là et le Temple tendu de noir parsemé de coeurs enflammés comme sur son cordon symbolise cette ardente aspiration spirituelle.Mais comme il est difficile d’atteindre le 11ème degré de notre cheminement initiatique !

On espère être digne de ce titre de Sublime Chevalier Élu, mais accéderons-nous jamais à l’harmonie que nous devons réaliser en nous-mêmes ?

Pourrons-nous poursuivre, la construction de notre temple intérieur, jusqu’à son achèvement ? Le 11° est un grade d’apaisement et de récompense mais semble aussi marquer une charnière… Certains auteurs parlent du nombre 11 comme symbolisant l’excès, la démesure, d’autres celui de l’initiative individuelle.

Pour ma part je vois ce 11° grade comme une transition dans le cheminement initiatique, avec une reconnaissance de mes acquis mais aussi une mise en mouvement, de toutes mes énergies « maitrisées » pour accéder au 12ème degré où je pourrais dire « je veux et je construis ».

A l’âge de la responsabilité universelle, constats et expertises scientifiques ne suffisent plus à solutionner les problèmes de notre époque, une réelle dimension éthique et spirituelle est à présent nécessaire. Le Sublime Chevalier élu peut apporter son aide quelque soit son statut dans la société profane.

Écoutons notre frère GOETHE l’exprimer :

« Que ta soif d’absolu soit suivie d’actions enthousiastes, que tes aspirations soient imprégnées d’amour, que ta vie te signifie : agir ! »

CONCLUSION

Consciente de l’importance de l’ouverture de la voie du coeur, je conclurai cette planche en renouvelant mon allégeance à notre Ordre Initiatique Maçonnique qui, par sa précieuse transmission me guide dans mon cheminement vers la Lumière, à la recherche de la Parole Perdue.

CK

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