De l’éveil à la connaissance de soi
E∴ G∴
Pour les philosophes grecs, la Connaissance de Soi même est synonyme de Sagesse.
Celle-ci permettrait selon eux, de prendre conscience de ses propres limites, de se libérer de ses défauts afin de pouvoir développer ses propres qualités.
Puis-je alors trouver ma véritable identité ? Comment y parvenir ? Est-ce réalisable ?
Je m’interroge sur ma propre Ignorance et prend conscience que je peux la combattre par la Connaissance mais également par la Volonté.
Pour SOCRATE « L’Homme doit prendre soin de son âme pour connaître l’idée du Bien et donc de la Justice. Cela permettrait de tendre vers la Sagesse. ».
Mais L’introspection suffira t –t’elle à répondre à mon attente.
Qui suis-je réellement – de quoi est fait mon Moi profond – mon Moi intérieur.
A l’évidence non, car la Connaissance de Soi ne peut être immédiate. Elle demande travail et réflexion et nécessite une prise de conscience qui nous ramène à l’essence même de notre ETRE intérieur.
« Je suis voyageur et navigateur. Et tous les jours, je découvre un nouveau continent dans les profondeurs de mon âme. » (Khalil GIBRAN)
Quelle belle image à travers cette citation. Cela a éveillé en moi le temps des voyages, des découvertes, des tentatives, des réussites et des échecs.
Cette cérémonie au 12° m’a rappelé l’époque où j’étais COMPAGNON.
En effet comment peut-on aller à la découverte de Soi si l’on demeure assis, en silence sur la colonne Nord. A l’évidence l’introspection n’est qu’un élément de la recherche.
Comment parler d’EVEIL et CONNAISSANCE de SOI si l’on n’aborde pas le grade de COMPAGNON.
Pour moi l’éveil du G.M.A. a débuté sur la colonne du Midi.
Je me souviens, les outils, les cartouches, les voyages, le bâton, l’étoile flamboyante, les portes du Temple qui s’ouvrent sur le chemin menant à la rencontre de l’Autre, cet autre.
Mais qui est cet autre ?
Grâce au pas de côté, j’ai pu expérimenter, apprendre, façonner, tailler, mesurer, comparer, m’enrichir de l’autre.
J’ai pu également prendre conscience de mes erreurs lorsque je n’arrivais pas à manier le levier avec souplesse et équilibre. Les conséquences étaient néfastes pour moi et mon entourage.
Heureusement que le 5ème pas était là pour me rappeler que je pouvais toujours revenir « à la Maison » dans ma loge bleue sur la colonne du Midi.
A l’époque, cela était encore flou pour moi car devenue COMPAGNON, je me sentais dans l’action, dans la parole, dans l’échange. Je pensais savoir manier les symboles et les outils. Je croyais avoir compris. Mais compris quoi ? Je travaillais à mon amélioration.
En réalité, j’agissais uniquement sur la Matière et dans l’instant présent. J’accomplissais des gestes, des actions afin de façonner cette Matière. Mais quelle matière ?
Je me souviens de la pierre cubique à pointe. Symboliquement parlant c’était ma représentation dans le Temple. Je l’ai longtemps fixée tachant de comprendre comment elle pouvait s’insérer dans le Temple.
Cette
dernière aurait dû éveiller mon esprit avec sa pointe tournée vers le
haut, de même que l’Etoile Flamboyante me montrant le chemin à suivre.
M’éclairant dans ma démarche.
Et que dire du compas, de la règle du niveau et du fil à plomb.
Tous ces symboles, toutes ces expériences en tant que COMPAGNON m’ont permis d’aller à la rencontre de l’Autre en essayant de faire preuve de mesure et de discernement en toute chose, avant d’agir.
Au second
degré les portes s’ouvrent. Le monde profane nous interpelle pour
mettre à profit le maniement de ces outils et confronter nos
idées, nos expériences avec l’AUTRE.
Chacun peut y aller de ses connaissances acquises. La parole est libre
et la matière peut être façonnée de manière différente .Mais y a-t-il
une bonne façon de faire ou de dire ?
Contrairement à ce que disait LEIBNIZ qui affirmait que :
« Nous sommes des automates les trois quarts de
notre vie. »
L’éveil né
au grade de COMPAGNON m’a poussé à changer mes habitudes, à modifier
réflexes ou réactions et porter un jugement nouveau sur mes
acquis par rapport à mon éducation.
Au Second degré la Matière est appréhendée, la germination a
lieu en terre puis la croissance s’effectue en pleine lumière avant que
de mourir sous la chaleur du soleil. Il faut dire que cela a
déjà commencé dans le cabinet de réflexion.
Le cycle des saisons se répète et tout semble immuable.
Devenue
G.M.A., je dois maintenant puiser dans mes connaissances, mes
souvenirs, mais aussi mes actions pour forger ma propre
volonté. Et agir.
Je pourrai alors peut-être changer le cours des choses.
L’élévation au 12ème degré passe par un long rituel qui est en fait une lente instruction semblable à celle du COMPAGNON. Il y a dans cette cérémonie un ordonnancement harmonieux qui permet de mettre en adéquation nos idées, nos connaissances et nos actes. D’où la devise :
« Bien voir – Bien comprendre – Bien agir ».
G.M.A. je sais que je dois aller au-delà des apparences et de ma propre perception.
Je dois aller au-delà de mes propres sens. Ceux-là même mis en exergue au second degré.
Il n’y a pas que l’action, que la taille de la pierre, Il y a aussi la réflexion, le temps de l’assimilation pour enfin passer à la réalisation de sa propre construction.
G.M.A. je ne peux me contenter d’affirmer. Je dois pouvoir exposer mon point de vue, développer mes idées, tenir un raisonnement et être capable de faire des choix en toute connaissance de cause.
Je dois pouvoir dérouler un plan et enchainer les idées dont une principalement qui me servira de fil conducteur. Tel mon travail de ce soir.
J’aime à penser que Le COMPAGNON est encore un Bâtisseur tandis que le G.M.A. est devenu un Constructeur, apte à passer du plan terrestre à la construction intellectuelle d’un Temple intérieur ou Temple de l’Humanité selon que l’on se réfère au Microcosme ou au macrocosme.
Tous deux œuvrent à la construction du Temple. De notre Temple. En tentant de se rapprocher de la Perfection.
J’ai appris à mettre de l’Ordre dans mes idées dans le respect des règles qui m’ont été enseignées.
Mais la Connaissance est un ensemble de choses, de données connues par une ou plusieurs personnes que l’on nomme les initiés, tel SALOMON. On l’appelle aussi SCIENCE.
Elle permet de structurer un groupe d’individus afin d’assurer sa survie par la transmission.
N’y aurait-il pas alors confusion entre la notion de Connaissance et de Savoir ?
Le voile du M.S. a été écarté, permettant ainsi d’arriver à la vraie Connaissance, à l’idée sous le mot, Au vrai sens caché des choses.
L’inscription au fronton du Temple de Delphes repris par SOCRATE est peut-être une marche vers la liberté, cette liberté intérieure qui ne peut s’épanouir qu’à travers la Sagesse.
Connais-toi toi-même…n’est qu’un passage, une étape.
Suis-je devenu Perfection ? Allons ne rêvons pas. J’ai appris à raisonner. A faire la part des choses et à exprimer mon opinion tant par la parole que par le tracé.
Le G.M.A. a traversé nombres d’épreuves. Il tente de poursuivre l’œuvre d’Hiram. Il a essayé de bien agir, avec discernement et a franchi tous les degrés intermédiaires.
La formule ORDO AB CAHO prend ici tout son sens.
Connaître, se connaitre, apprendre à se connaitre et agir dans le respect de la JUSTICE, de la LOI. Vœux pieux ou réalité ?
Mais avant de pouvoir pénétrer dans sa nature profonde qu’est la connaissance de lui-même, le G.M.A. a poursuivi le travail de bâtisseur, a perpétué la tradition en approfondissant les Sciences, les Arts, la Gnose.
Tel l’Intendant des Bâtiments veillant à la conservation du Temple. Bien que les travaux aient été interrompus.
Malgré tous ses efforts et sa volonté le G.M.A. n’a pu ignorer la vengeance, telle la loi du Talion. Or Vengeance n’est pas Justice. Les tentations sont grandes de retomber dans ses travers. La mort de l’un des 3 Mauvais Compagnons donnée par le Maitre Elu des Neuf démontre la fragilité avec laquelle nos actes demeurent totalement irréfléchis et altèrent notre jugement.
L’épisode de la caverne ou du retour dans le cabinet de réflexion par JOHABEN montre combien notre être est ambigu. Combien il est fragile. Mais oh combien nécessaire pour tuer en nous notre « mauvais côté », l’autre côté du miroir.
Ce retour à la terre, à la mort est peut –être le moyen de garder raison face à nos pulsions ou passions.
Après tout ce chemin parcouru, toutes ces étapes franchies le F.M. acquiert alors une certaine Sagesse.
Ainsi dans le rituel du 12°, Salomon récompense 12 Chevaliers Elus sur les 15, pour gouverner les 12 Tribus d’Israël. Or ne dit-on pas que gouverner c’est pouvoir et par extension c’est aussi vouloir. Alors « je veux et je construis ». Le moment est enfin arrivé.
Mes voyages semblent être terminés. G.M.A. j’ai acquis la conviction que je peux maintenant achever mon Temple intérieur avec Ordre et Harmonie retrouvés.
J’ai dans mon étui tous les instruments de précision nécessaires à la réalisation d’un plan parfait bien ordonné (3 compas, 1 équerre, 1 fil à plomb, 1 règle et un rapporteur).
J’ai évolué, je me suis élevée au fil des marches gravies ; j’ai fait miens les différents Ordres architecturaux correspondant aux différentes époques traversées .J’ai franchi les épreuves et me suis rendue compte que l’on ne pouvait enfin apprendre à se connaître qu’en conciliant le monde de l’idée, de l’esprit ou de la philosophie avec le monde des Sciences, de la Gnose ou de la Terre.
Le G.M.A. est le parfait exemple de cet équilibre, de cet Ordre retrouvé après le chao qui a suivi la mort d’Hiram.
Ce dernier est en fait le symbole de l’esprit Humain.
Tous les obstacles, toutes les épreuves ne sont que le reflet des imperfections de notre Nature. Terre et Ciel, Matière et Esprit, Corps et Ame .Ces éléments en apparence opposés sont en fait complémentaires et indissociables.
L’un ne va pas sans l’AUTRE. La synthèse semble réalisée. Je peux donc affirmer haut et fort que : Tout est en MOI. Je suis à la fois le Haut et le Bas. Le MOI et le TOI. Le MOI et l’AUTRE.
Au 12ème degré la Géométrie est la Science de tout raisonnement, d’où la rectitude du tracé.
Toutefois le plan tracé peut être modifié au gré des émotions, des ressentis. Ainsi le G.M.A. doit apprendre à corriger à rectifier afin de se rapprocher de la Perfection morale. Difficile à atteindre la Perfection. Est-ce réellement possible ?
Ayant atteint l’âge de la plénitude, je continue à perfectionner ma Connaissance dans le but de développer ma propre Volonté.
Mais suis-je en capacité de le faire ? Vais-je passer à l’acte ?
Je me dois de le faire car la Volonté est le socle de l’action et de la pensée raisonnée selon moi.
Je réside maintenant dans un lieu où règne la constante volonté.
Rappelons-nous que Le F.M. doit agir dans le monde profane afin de concourir au perfectionnement de l’Humanité.
Pour cela, le travail en loge lui permet de savoir où est son devoir et quelles épreuves il doit franchir pour enfin agir à son tour avec discernement.
Alors, je suis tantôt COMPAGNON tantôt G.M.A. à la recherche de la vérité dans les profondeurs de ma NUIT comme à la cime de mon ARBRE. Mon arbre de vie.
J’ai appris en maniant les outils que la perpendiculaire et le niveau étaient inséparables dans la construction. Rien ne les oppose en fait. Ils sont reliés de manière indissociable.
Il semble que je sois en capacité aujourd’hui de reprendre les Travaux interrompus à la mort du M. Hiram.
Je ne suis certainement pas au bout de ma construction mais je sais que je peux y parvenir en reprenant l’œuvre du M. sans avoir retrouvé la Parole Perdue.
Ce devoir de recherche, cette priorité qui était la mienne, a-t-elle disparue ?
Est-elle nécessaire à l’achèvement de mon Temple ?
Mais je subodore un nouveau chantier et de nouvelles étapes à franchir. L’AUTRE sera-t-il près de moi ? Cet Autre c’est Vous, C’est Moi.
Comme l’a écrit BERGSON :
« Il faut agir en H. de pensée et penser en H. d’action »
Et EPICTETE d’affirmer :
« Le tourment des hommes ne vient pas des choses, mais des idées qu’ils ont des choses. »
Devenue
G.M.A. j’ai maintenant les moyens d’agir. Il est l’heure et
j’ai l’Age.
« Je veux et je construis » dit
le rituel.
Suis-je
parvenue au stade de l’achèvement ? Je ne le pense pas. La
mort n’est jamais bien loin.
Je terminerai mes propos par deux citations, l’une de MACHIAVEL (le
prince) : « Là où la volonté est
grande, les difficultés diminuent ».
L’autre de Victor HUGO :
« La volonté trouve, la liberté choisit ; trouver et choisir c’est penser ».
J’ai dit