Devenir sage est l’idéal de tout homme
Non communiqué
Profane, on pense que la Sagesse puise une partie de sa source dans l’éducation qu’on reçoit, dans l’expérience de la vie, du vécu de chacun, succession d’expériences, des confrontations de son égo avec la société. Etre apte à tirer les leçons du passé et de l’histoire pour construire le futur.
Donc, « plus on est vieux, plus on doit être Sage… ». Et, pour la Bible, ce ne peut être qu’une qualité d’homme : (l’Eglise n’ordonne toujours pas les femmes !!).
L’imagerie populaire voit la Sagesse incarnée par de vieux ermites, dans le désert, la montagne ou la forêt, longue barbe et cheveux blancs…et pourtant…l’histoire est remplie de vieux monarques, tyrans ou dictateurs qui n’étaient pas des modèles de Sagesse…
C’est Erasme qui renvoie dos à dos, la folie du Sage, à la Sagesse du Fou…on verra même des rois, pour de grandes décisions, après l’avis de leurs conseillers, consulter leur fou favori…
Mais qu’en est-il de l’Initié ? Qu’en est-il du Maçon qui a pour idéal le modèle du SageSalomon pour qui, selon le bon Rabelais, Sapience n’entre pas en âme malivole…
Essayons de découvrir ce que fut la Sagesse de Salomon et par quel moyen nous pouvons espérer en avoir quelques miettes !!
Je place cette planche sous le signe du Sceau de
Salomon, symbole de la Sagesse humaine – « Place-moi
comme un sceau sur ton cœur »,
(CAN VIII-6) – le Sceau de Salomon est
constitué de 2 triangles équilatéraux
superposés : un vers le haut (le feu,
l’homme), un vers le bas (l’eau, la femme).
Il symbolise l’élan entre la Terre et les cimes
paradisiaques, l’harmonie des contraires, reflète
l’ordre cosmique, les cieux, la trajectoire des astres, le
flux perpétuel entre le Ciel et la Terre, entre
l’Air et le Feu.
Il incarne donc la Sagesse surhumaine et la monarchie de droit divin, d’Adonaï, ou « Yod-Heh-Vav-Heh ».
Il incarne aussi la Sagesse humaine, transmise par SALOMON, fils du roi David, dont le nom dérive de Shalem – la mystérieuse Salem de Melki-Sedeck, nom originel de Jérusalem, Shalom, en hébreux moderne, qui signifie paix et sagesse, et que les Arabes traduisent en Salam…
Salomon – « Roi
modèle/modèle des Rois »,
fit de Jérusalem une capitale de justice et de paix
grâce à un long règne marqué
par la paix, la prospérité et
l’abondance. La culture matérielle du royaume
d’Israël soutenait la comparaison avec celle des
grands royaumes d’Orient. Le Temple, le palais du roi et les
fortifications furent ses grandes réalisations. Cette
prospérité s’écroula
à la fin du règne, mais c’est une autre
histoire…
Et oublions sa « vie
privée » : ses 7
00 épouses et 300 favorites…
(Modèle difficile à suivre surtout de nos
jours !!!
Mais d’où vient cette Sagesse ?
Dans (Ps 87.4), Salomon cite « l’Egypte et Babylone parmi celles qui me connaissaient ».
Babylone
Il faut remonter à Hammourabi, grand prince
de Mésopotamie, qui réalisa
l’unité politique et religieuse en
réformant la religion polythéiste, et faisant de
Mardouck, le Dieu principal.
Cette première étape vers le
monothéisme devait trouver un écho favorable
auprès d’Abraham.
Le Code d’Hammourabi (gravé 9 siècles avant Salomon) est d’après l’auteur très pieux, d’inspiration divine. Ces paroles, gravées presque 1000 ans avant Salomon, renferment toutes les qualités que l’on attribue à la Sagesse, et qui sont essentiellement basées sur la Justice.
Après avoir fait alliance avec Dieu, Abraham se sentant investi d’une mission divine, conservera cette Sagesse, qui aboutira jusqu’à Salomon, par la tradition orale.
L’Egypte
Je laisse Patrick NEGRIER, dans « La Bible et l’Egypte », analyser la source égyptienne : « On trouve dans la littérature (écrits de sagesse, poèmes, récits…) des anciens Egyptiens, une source importante des écrits bibliques ». Une mise en parallèle des textes égyptiens et bibliques a été faite. N’oublions pas la vie des Hébreux en Egypte, Moïse et la fuite vers Canaan…
Cette Sagesse égyptienne, venant des
pharaons, est-elle aussi d’origine divine ?
C’est ce que laisse entendre la Tradition.
Mais revenons à Salomon.
Dans le 1er Livre des Rois (V, 10) :
« La Sagesse de Salomon surpassait la Sagesse de tous les fils de l’Orient, et toute la Sagesse de l’Egypte ».
Mais pourquoi ?
Détenteur des deux vertus cardinales d’un souverain – l’Intelligence et la Science – qui permettent de distinguer le Bien et le Mal, il sait appréhender l’Univers.
Supérieur aux dieuxégyptiens et orientaux : Dieu lui aurait dit en songe : « Je te donne un tel esprit de Sagesse et d’Intelligence, que ton pareil n’a pas existé avant toi – ni ne sera aprèstoi (I Rois III 2). Quelques versets plus loin, on détaille ce songe prophétique de Salomon :
« L’Eternel lui apparut, offrant de lui accorder tout ce qui lui plairait ».
Salomon ne demanda que des grâces
spirituelles : c’est la Sagesse
qu’il implora du Ciel. Le vœu fut
exaucé et tout Israël en
bénéficia pendant la plus grande partie de son
règne. Le reste, la richesse et la gloire, lui furent
données de surcroît.
Les Références écrites, concernant
Salomon sont nombreuses :
*Je cite Paul VEYSSET, 33e (T P S G C du SC F) : Salomon,
le Sage, le Juste, le Pacifique, Salomon le fastueux, le constructeur,
investi de la royauté universelle, est un personnage central
de l’histoire sacrée, commun à tous les
rameaux issus d’Abraham : judaïsme,
christianisme, Islam,
*Et le philosophe arabe Muhyi-D-Din Ibn Arabi
« de la Sagesse de la Béatitude
miséricordieuse dans le Verbe de Salomon ».
« La science de David était une
science reçue (c’est-à-dire une
connaissance réfléchie, devenue humaine), tandis
que la science de Salomon était la connaissance divine,
à l’égard de telle chose, en ce sens
que Salomon s’identifiait au jugement divin… ».
Elles jalonnent l’Ancien et le Nouveau Testament :
*le Christ évoque la splendeur du
règne de Salomon et rend hommage à sa Sagesse
*les Livres sapientiaux (Proverbes,
Ecclésiaste, Sagesse) lui sont attribués « Il
prononça 3000 Sentences et ses Cantiques
étaient au nombre de 5000 ».
(I Rois, V ;
11°,12°,14°).
_On vint de tous les peuples pour entendre la Sagesse de Salomon,
même la reine de Saba ! et il
reçut le tribut de tous les Rois de la terre, qui avaient
ouï parler de sa Sagesse…
Dans notre parcours au REA
A, du 1er au 12e degré, avec
des titres variés : VM, T FP M, TVM et. Les
présidents représentent, incarnent le Roi Salomon,
le rendent présent au sens physique et littéral.
Salomon représente le G A D L’U, le Principe,
et nous sommes – tous – potentiellement –
capables de tenir ce rôle, donc d’incarner la
Sagesse… Vaste programme. Il faut en être
capable… Comment acquérir cette Sagesse ?
Notre rituel nous en donne des clés
(non pas les clés). Nos travaux sont
dédiés à Salomon : son Livre
des Rois est la référence, ouverte à
nos yeux. La Clé d’Ivoire est censée
nous ouvrir les voies de la Sagesse, cette clé qui
a fait l’objet de nombreux travaux.
Mais qu’est cette Sagesse, cette
Sagesse divine, ou humaine, symbolisée par le Sceau
deSalomon, et qui est la
quête permanente du Franc Maçon ?
* La sagesse divine,
donnée par écrit à Moïse dans
les Tables de la Loi, conservée par le peuple
hébreu sous l’Arche d’Alliance puis par
Salomon dans le Saint des Saints du Temple, est la première
référence.
* La sagesse des hommes,
salomonienne ou d’inspiration divine.
C’est un vieux mot : Sh-V-F-Y-A ou SVFYA, qui
donnera un grec ancien SOFIA ou SOPHYA.
Les Grecs anciens l’avaient représentée sous les traits d’Athéna : c’était, pensivement appuyée sur sa lance que la déesse guerrière, née toute armée du crâne de Zeus, surgissait au regard des mortels sous la vision des peintres ou des sculpteurs. La reine des batailles tenait un rameau d’olivier à la main : la Sagesse politique enseigne que la paix n’est jamais que la récompense du plus fort…
La déesse incarnait également
l’intelligence, car la Sagesse et la Raison cheminent de
pair. On peut faire le parallèle de la naissance
d’Athéna avec la première triade de
l’arbre des Sephiroth :
Kether : la couronne, la volonté initiale,
Hochmâh : la sagesse, la semence de toute chose,
Binâh, associée au cœur.
On voit se profiler les piliers de la Sagesse. Sont-ils 3 ? 5 ? 7 ? Ou plus ? Les nombres et Pythagore ?
Nombreux sont les livres ou les études à travers les siècles, de l’Egypte à Babylone, des Pharaons à Gilgamesh, de Salomon à Laurence d’Arabie…, on ne compte plus les livres de Sagesse, sans oublier les spiritualités d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique…
D’après les Kabbalistes, « le monde fut créé par (avec) 22 lettres ». Au cours des siècles, les penseurs juifs, les Kabbalistes chrétiens, ont considéré qu’ils étaient la source inépuisable d’un savoir et d’une connaissance traditionnelle. Après les Nombres, la voie des Lettres devient une voie de Sagesse.
Sagesse et Raison cheminent de conserve. C’est le Judaïsme qui transforme les Célestes en Ecrivains. « Le bénéfice le plus précieux que l’art de la politique a retiré de cette association, a été de permettre au sage de paraître confier publiquement au ciel lui-même le soin de rédiger par la main de ses fidèles secrétaires, le précepte de la morale élémentaire et pratique, qui assure la bonne marche des sociétés. »
cf. – Les Tables de la Loi,
à Moïse,
– La
Sagesse divine, transcrite par Salomon,
–
Jésus ben Syra (l’Ecclésiastique), qui
explique que la Sagesse vient du Seigneur, son principe est la crainte
de Dieu, elle forme la jeunesse et procure le bonheur (la
félicité, la jouvence des vieux
Sages…).
« Les Sages, dont le modèle est Salomon, profèrent des paroles jaillies des profondeurs du néant, qui est l’Hôte secret de leur conscience », ce qui impose une séparation entre la forme pratique de la Sagesse d’une part, et la hauteur visionnaire d’autre part.
Prosaïquement, d’un côté le Code Civil, qui incarne la Sagesse théorique, et le Juge qui incarne la Sagesse pratique !! L’exemple connu est le fameux jugement de Salomon qui concerne l’enfant revendiqué par deux mères :
La hauteur visionnaire : rendre
l’enfant à sa mère charnelle, le
pratique matérielle, menacer de couper l’enfant en
2 pour déclencher une réaction instinctive).
Il est dit que le Sage devra posséder un
cœur capable de discerner le Bien du Mal (I Rois
III ; 9).
SAGESSE DIVINE ? – SAGESSE DES HOMMES ?
La distinction traditionnelle entre un Bien et un Mal, autrefois prédéfinis de manière immuable par la divinité, deviendra de plus en plus illisible par les prophètes ou assimilés : la sorte de Sagesse trop bien apprise et qu’un long usage a fétichisé, sera disqualifiée.
« Toutes les sociétés croient se consolider à se donner pour armure un corps de préceptes rigoureux et éternels qui soumettront les consciences à la poigne d’un ritualisme sévère. C’est ainsi que meurent le sens et la finalité véritable des lois ».
L’Histoire passée et actuelle fourmille de ces tristes déviances : régimes dictatoriaux, Inquisition, lois et états religieux, Charia ou Tribunaux religieux ou politiques… En termes feutrés, on dirait de nos jours que les lois – meilleures soient-elles – sont dénaturées par les décrets d’application ou la jurisprudence.
Les scribes se verront accusés de suivre des voies toutes humaines, et qui changent en mensonges, la loi de Yaveh (Jér, VIII, 8) ; ils préfèreront leur propre vue à celle de la divinité :
« Malheur à ceux
qui sont sages à leurs propres yeux, avisés selon
leur sens propre » (J3 ; V-21)
« Leur Sagesse tournera court
(Isa, XXIX, 14).
On pourrait multiplier les citations, montrant comment les hommes ont dénaturé l’idée même de Sagesse qu’ils étaient censés transmettre.
Il faut que nous, Maçons, ayons conscience que le combat est difficile : on sait combien sont trop nombreux, les Frères qui se sont égarés…
« Les raideurs du sens littéral donnent un vêtement simpliste à la Sagesse, et la font paraître d’autant plus convaincante aux ignorants qu’elle sera momifiée davantage. »
« Désacraliser
la sottise et Diviniser l’intelligence».
Jésus et Paul ne feront que reprendre
le combat contre les scribes…
Notre REAA nous impose le silence pendant notre apprentissage, en loge bleue. Pour notre initiation au 4e degré, le sceptre du Roi Salomon vient clore nos lèvres pour nous inciter au Secret, appliquant ainsi les préceptes de (l’Ecclésiaste 20-7) :
« Le Sage sait se taire jusqu’au bon moment, mais le bavard et l’insensé manquent l’occasion »
Ou (Ecc. 20-8) :
« Celui qui parle trop, se fait détester, et celui qui prétend s’imposer, suscite la haine ».
LA SAGESSE PERSONNIFIEE
Cette évolution, cette révolution, va dédoubler la divinité en personnifiant la Sagesse.
Elle devient un être autonome, une sorte de déesse qui reliera la parole céleste, la sapiencesera une bien-aimée qu’on cherchera avidement : (Sir. XIV, 22s) une mère protectrice : (Sir XIV, 26 s) une hôtesse hospitalière : (Prov IX, 1.6).
C’est cette image que nous, FM, lui avons donnée en la représentant en effigie à l’Orient de nos Temples (cf celui de la rue du Trottoir) ou sur nos documents, en la statufiant sous l’appellation de Marianne, ou de porteuse du flambeau de la Liberté, selon l’idée de Bartholdi.
A ce titre, le Christianisme comblera
d’honneurs, la Sagesse, cette nouvelle
Athéna, elle habitera le Ciel (Sir XXIV, 4)
où elle partagera le trône de Yaveh :
(Sag. IX, 14) et vivra dans son intimité (Sag VIII, 3) :
elle préfigurera le Saint Esprit des
Chrétiens…
Dans notre parcours, on nous cite en modèle,
les « Grands
Initiés », porteurs de Sagesse :
Confucius, Lao-Tseu, Socrate, Bouddha, Jésus…
Est-ce-à-dire que les « non
Initiés » ne pourront jamais
arriver à la Sagesse ? et pourtant nous avons
côtoyé Martin Luther King, Mandela…et
nous côtoyons des petits, des incultes, des sans grades, qui
essaient de pratiquer la Sagesse au quotidien…/vaste
question !!!…
La maçonnerie salomonienne nous donne des
clés, des repères, des outils pour nous
aider :
Le pilier Sagesse est celui du VM, qui incarne Salomon. Le VM
siège sur son trône, à
l’Orient, d’où vient la
Lumière.
Il est « censé
posséder » la Sagesse de Salomon pour
diriger lestravaux : ce
n’est pas seulement du Théâtre, un Jeu
de Rôles : c’est une énorme
responsabilité devant ses FFet
sa Conscience !!
Et chacun d’entre nous se doit –
non pas de « jouer » ce
Rôle, mais de le Vivre –intellectuellement,
affectivement.
En loge de Perfection, nous approfondissons la perception du personnage de Salomon et les suites du meurtre d’Hiram, nous réfléchissons, en fait, sur le drame de l’Esprit et del’Intelligence créatrice, aux prises avec l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition.
C’est le livre des Rois : l’Esprit de Salomon, qui éclaire nos travaux.
Devenir Juste:c’est son message : rendre la justice, en suivre les lois…c’est l’idéal des « Amar Yav », sublimes Chevaliers élus…mais ceci est une autre histoire.
Et c’est là le défi,
c’est là l’Ecole, pour nous,
Maçons du REAA, qui devons rechercher à la
fois, cette caution, et cette protection, de la Sagesse
Idéale, notre Maîtresse à tous.
Nous pensons que seule, « la
démarche initiatique permet à chaque homme de se
révéler à lui- même »,
c’est-à-dire
d’accéder à un certain niveau de
spiritualité, dans la lucidité et la
liberté, donc d’accéder
à une certaine forme de Sagesse.
« Marcher dans les pas de Salomon » :
c’est le sens de notre travail en Loge, de notre réflexion commune.
« Espérer acquérir la Sagesse de Salomon… »
il y aura toujours une interrogation !!
c’est un chantier ouvert sur soi –même, inachevé, inachevable !
Considérer avoir acquis la Sagesse n’est pas une parole de Sage !!!
TFP GMA et vous tous mes FF GMA
J’ai dit.