12° #409012

Géographie Sacrée

Auteur:

K∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
a la gloire du G.A.D.L.U.


Ordo ab chao, Deus meumque jus


sous la Juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
 du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et accepté pour la France


Sublime Grand Maître, et vous tous mes frères grands maîtres architectes



Introduction

Au contraire de l’homme profane, l’homme religieuxpense que l’espace n’est pas homogène. Pour celui-ci, une terre devient ordo quand il s’y est passé quelque chose. Lieu frappé par la foudre, montagnes, rochers et grottes deviennent un centre du monde sur lequel on plante alors un bâton , une croix ou un autel qui déterminent la géographie environnante. Mais que s’y est-il passé ?Eh bien un phénomène « étrange » au sens de Louis-Claude de Saint-Martin, une épiphaniequi correspondrait à un terme céleste invisible que l’on nomme le sacré et qui construit le monde physique alentour.


Nous faisons en loge une géographie sacrée



Au 1er et 2ème degré, nous sommes dans la loge, l’abri de travail des ouvriers, donc au seuil extérieur du temple. C’est pourquoi l’on voitles colonnes B et J. On a donc une voûte étoilée comme plafond et tout est déjà dit là.
D’abord sous le pavé mosaïque dans le cabinet de réflexion, le postulant arrive à la lumière qu’il reçoit: il ira vers l’orient, le Delta lumineux, le « sans forme » pour dire la déité au sens de maître Eckart. Hormis cette finalité, notre circumambulation se passe autour du tableau de loge qui nous représente et qui est placé sur la terre. Nous sommes donc dans un espace géocentrique: la terre, centre de l’univers (au sens ante-copernicien ) n’étant pas une réalité bien sûr mais une représentation géographique qui nous permet d’avancer spirituellement.


Arrivé debout lors de mon élévation au 3ème degré, je suis allongé dans un cercueil puis relevé avec les pieds près du compas, donc du côté du ciel : je suis à l’envers sur un axe vertical, un axis mundi. Depuis cette metanoia, le maître est dans un espace héliocentrique et non plus géocentrique. Il est dans une pièce qui est la chambre du milieu, c’est-à-dire un milieu intermédiaire entre le ciel et la terre : ce n’est pas une chambre du temple de Salomon. Il n’y a plus B et J, il y a deux surveillants et un VM. Le maître est au centre du cercle. La circumambulation quiau 3ème degré ne doit plusse faire de manière anguleuseest une cosmisation de l’initié. En trois degrés, nous avons donc réalisé un pèlerinage enfer-terre-ciel, du chaos au cosmos, pardon… du chaos à l’Ordo.


A partir du4ème degréon voyage autour de cet axe verticaldont le ciel est le tableau de loge comme représentation de notre géographie sacrée, le TFPM l’intercesseur et l’Adonhiram, récepteur et miroir. Cette géographie continue au 5ème degré dont le Maître Parfait connaît la quadrature du cercle, au 6ème degré qui voit se reconstituer le ternaire du Delta lumineuxdont les pôles sont Salomon, Hiram et le secrétaire intime puis au 9ème qui nous propose un buisson semblant en feu comme un arc-en-ciel dit le rituel , arc-en-ciel qui nous le savons lie le ciel et la terre. On devient au 11ème ‘homme vrai’, au comportement dont la détermination est chevaleresque: un chevalier n’a plus les pieds à terre.Il aura les yeux tournés vers le ciel. Pendantces degrés, l’initié voyage sur les rayons du cercle dont le centre est cet axis mundi, tous les points de ces rayons étant visibles du centre que l’on ne peut alors perdre de vue. Le maître ne s’égare pas. C’est un point de vue ontologique: celui du REAA. C’est un point de vue pratique:Le langage du centre est-il tenu dans mes activités extérieures, familiales et professionnelles ?


Notre 12ème degré est une œuvre au blanc après avoir fini l’œuvre au noir. Nous devenons le Maître lui-même, collaborateur du divin. Le génie parle, notre propre nature est générée. C’est pourquoi la boulomie est ouverte car le myste attire par son aura personnelle et parce qu’il a le langage du Centre, ceux qui dans le cercle ont la même aspiration afin qu’ils nous rejoignent au sein du grand courant universel dit le rituel. Mais c’est aussi un degré dangereux tellement il est joyeux de par ses aspects. Comme Icare on est au plus près sur cet axe vertical qui va vers le soleil.


Tournons-nous alors vers les décors de loge du 12ème qui comporte 7 étoiles ainsi que l’étoile polaire. En fait ce chemin vers les étoiles était déjà évoquée au 3ème degré: la verticale axiale sur laquelle je suis constitué maître par le Vénérable est ducôté nord, sur un axe colonne beauté- lune,du côté de l’axe polaire. L’étoile polaire est la seule étoile fixe de l’univers qui fait avec l’axe écliptique des 1er et 2ème degrés un angle de 23°27′. Elle signifie la connaissance de l’ange, entérine notre progression spirituelle, elle guide le maçon qui travailledans la nuit. En résumé, nous ferions la marche de Pharaon: trois pas, celui de la terre, celui du soleil et enfin celui de l’étoile. Vers Compostelle, Campos Stella, le champ de l’étoile ! la connaissance ne serait pas solaire, mais stellaire, le seul axe permanent qui ait une odeur d’éternité. On retrouve cette cosmisation sur les peintures étagées des tombeaux égyptiens: la plus haute rangée est archétypique, les médianes, sont celles qui sont astrales, stellaires ou astronomiques, larangée du bas est l’inscription dans le monde formel. Ceci est une géographie sacrée. Elle est le chemin du Grand Maître Architecte vers les étoiles…
Etre Grand Maître Architecte nous autorise à regarder maintenant…


Quelques traditions de géographie sacrée


En occident, l’Ordre cistercien est un exemple d’élaboration d’un modèle spatial pour la construction d’un monastère sans aucune règle architecturale écrite. Un monastère, c’est à l’ouest l’accès des laïcs, au sud les éléments (l’eau donc la nourriture), au nord le cimetière opposé au lieu des éléments de nature. A l’est un jardin, la fertilité du côté où le soleil se lève l’est étant aussi l’orientation de l’église vers la Jérusalem céleste. Les circulations dans le monastère sont protégées par un critère précis qu’est le savoir. A chaque lieu sont associés comme au REAA des niveaux de parole plus ou moins interdits ou hiérarchisés qui produisent aussi un labyrinthe horizontal à travers les bâtiments, le cloître, le Chapitre et trouvant son aboutissementgénéralement par le transept sud au centre de l’église, au centre-autel. Ce serait un parjure qu’un laïc prenne ce chemin: c’est pour lui l’axe de la mort qui irait directement au nord-cimetière car il ne pourrait stationner au centre. Comme le labyrinthe, on fait un pèlerinage horizontal dans ses bâtiments pour arriver à la sortie verticalisée de l’autel. Labyrinthe ou mandala sont des moyens ésotériques de réaliser notre angélité.


Le centre du temple grec de Delphes est sur le croisement de deux lignes: soleil couchant dusolstice d’été et soleil levant du solstice d’hiver d’une part, soleil levant du solstice d’été et soleil couchant dusolstice d’hiver d’autre part. Le point de rencontre des deux lignes est l’Omphalos, le nombril du monde sur lequel s’asseyait la Pythie en mâchant du laurier. Il s’établit à partir de ce centre un système zodiacal géocentrique puisque des villes et îles environnantesavaient des caractéristiques d’un des animaux du zodiaque terrestre établi à partir des orientations du temple de Delphes: la tête du bélier attribuée à Céphalonie (céphalée);Olympie et ses chèvres qui se situe dans le capricorne du zodiaque de Delphes; Athènes dans la vierge car Parthenos veut dire vierge,etc..). L’expansion de la Grèce ne se comprend qu’avec un encouragement de la Pythie associant directions zodiacales etnoms géographiques. Par la géographie zodiacale, le dieu est maître des directions de l’espace terrestre. Il s’agit de diviniser la surface de la terre, de la rendre semblable au ciel, donc au zodiaque, donc aux étoiles du ciel qui ont noms d’animaux (zodios veut dire animal).


Notons que les textes de la Pythie sont de nature onirique donc codés. Il est étrange qu’un des livres étudiés ici commence aussi par un rêve de l’auteur qui le met en marche dans son devoir d’écriture.


Paris porte aussi une géographie sacrée dont le centre est l’Ile de la Cité. Colonne Sagesse avec le Palais de justice, Force avec l’Hôtel-Dieu, Beauté avec Notre-Dame. Autour de ce ternaire, se déroulent des cercles de fortifications anciennes, de boulevard ou de périphérique qui ne peuvent que marquer une cohérence et des axes certains est-ouest et nord-sud.


La lecture de la terre se redit encore aujourd’hui. Constatant ces extensions signifiantes des espaces terrestres, Pierre Teilhard de Chardin quiparticipa à la découverte des origines de l’humanité, ajoute en substance: l’humanité couvre la terre d’un tissu socialisé à un rythme qui va s’accélérant. Cette conscience n’est pas un accident, elle fait irréductiblement grandir la matière en progrès, le multiple. C’est la biosphère, première enveloppe entourant la terre. Mais alors que l’on pourrait dire que la terre va exploser, une force est là qui oriente cette conscience vers la noosphère, – je diraissemblable à la conscience de chaque frère évoluant au long des degrés que lui propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté -. Le « vous serez tous des dieux » s’incarne, créée et agrandit la noosphère, deuxième enveloppe entourant la terre. Au centre de la noosphère, se trouve la théosphère: sur cet axe de cosmogenèse, se construit le final de la pensée terrestre, l’Esprit, le point oméga qui est l’essence de nos personnalités. Le multiple est attiré par le « déjà un ». Ce qui vient d’être dit, que confirme complètement la mécanique quantique, est un constat atomique, là où la matière devient lumière.


Conclusion
Ces quelques éléments de l’espace terrestre que j’ai cités depuis quelques minutes sontdonc mis en forme dans une géographie coordonnant l’existence des hommes mais ex-primant par surprise une logique hiérophanique. Cette géographie est l’écriture de la terre. Elle n’est pas une géométrie sacrée qui mesure rationnellement des angles et figures, elle est forcément irrationnelle.
Loin de l’obsession fantasmatique ou des accès incontrôlés, l’irrationnel est pour nous une sensation de l’âme qui pousse la pensée rationnelle à se modifier. Cet irrationnel-là est poésie-création, elle connaît les rêves de la Pythie, le langage des oiseaux. Héraclite dit « la sibylle qui, de sa bouche délirante – ce que je fais maintenant- prononce des paroles graves et sans fard, traverse de sa voix des milliers d’années, grâce au dieu qui l’anime ». A force de travail intérieur et d’avoir tué les mauvais compagnons, l’homme est doté désormais de la Parole créatrice qu’il laisse passer à travers lui. Il est troué par la Parole.

Je pense à Jung qui n’a pu que constater cette étrangeté nous habitant.Elle n’est pas une notion, elle est une expérience, une sensation. Je reviens à mon introduction: il s’est passé quelque chose qui fait que vous avez planté un totem en vous: il a produit sa géographie.

J’ai dit, Sublime Grand Maître

G d

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