12° #409012

Je veux et je construis

Auteur:

D∴ G∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Etape après étape me voilà arrivée au 12ème échelon. Je dois avouer que la cérémonie de passage du 4ème degré au 12ème m’a laissé dans un brouillard épais. L’abondance des personnages et la complexité des situations, le déroulement interne aux mythes, l’absence des décors de chaque grade et la rapidité avec laquelle je me suis trouvée propulsée à ce grade, ne m’ont pas permis dans un premier temps d’en comprendre la portée. Je me suis sentie plus spectateur qu’acteur mais heureusement différents manuels d’instruction, en particulier celui de Claude Darche, m’ont permis d’y voir plus clair. Je comprends mieux aujourd’hui vers quoi me conduisent ces différentes marches que je gravis.

En tant qu’apprenti il m’a été demandé d’apprendre dans le silence à me connaître et j’ai mesuré la complexité de la quête. Puis Compagnon, plus au fait de l’utilisation des outils qui m’ont été donnés, j’ai poursuivi ce travail intérieur, non plus seul face à moi même, mais à l’aide des autres et de l’image qu’ils me renvoient.

Passé Maître, c’est dans l’action, en prenant des responsabilités que je chemine. Confrontation à moi-même et aux autres dans un aller et retour incessant, mais aussi la nécessité de mourir pour renaître. Mourir à ses certitudes, à ses démons intérieurs, à ce qui empêche de… Voir la mort en face et comprendre qu’elle n’est qu’un passage. Accepter d’aller y voir pour mieux voir Ça !

Désirant poursuivre ce chemin qui s’ouvre une peu plus largement me voilà Maître Secret. Il m’est demandé avec insistance de connaître la rigueur du Devoir : « à chaque heure de notre vie…le devoir est pour nous un impératif » et comme le souligne le Rituel : la caractéristique du 4è degré est : « la recherche du Devoir et la ferme volonté de l’accomplir quel qu’il soit, sans songer à une récompense, pour la seule satisfaction de sa conscience ». Mon exploration intérieure se poursuit avec plus de fermeté…

Au 5ème degré où les honneurs funèbres sont rendus à Hiram on me fait prendre conscience du devoir de mémoire.

Au 6ème degré celui de Secrétaire Intime, je vais être amené à prendre conscience de la nécessité d’acquérir ou de développer une curiosité intellectuelle doublée de courage et surtout de persévérance. (Ce qui me fait parfois défaut) mais aussi de discernement.

Le 7ème degré, celui de prévôt et Juge m’incite à trouver un équilibre entre cœur et raison, et entre compassion et rigueur (soit les deux piliers de l’arbre de vie dans la Kabbale). Si gouverner c’est prévoir on ne peut gouverner sans justice.

Le 8ème qui est celui d’Intendant des bâtiments est plus dépouillé et me fait comprendre combien le travail intérieur est long.

Les Trois degrés suivants (9ème, 10ème, 11ème), les degrés des Elus m’amènent à réfléchir sur la notion de justice. Je me suis souvent demandé quelles seraient mes réactions devant le meurtre d’un de mes enfants ou d’une personne que j’aime. Je crois que dans un premier temps ce serait la vengeance. Faire vengeance moi même sans souci des conséquences. Ce n’est que par un travail de raison, en prenant du recul, aidé par des proches que j’accepterai de laisser la justice suivre son cours. Je ne sais si je serai digne d’être reconnu authentique Franc Maçon.

Justice rendue, la sérénité retrouvée par un long travail intérieur, il va falloir reprendre la construction du Temple. Cette construction largement commencée aux trois premiers grades ne peut se poursuivre que si l’on est renforcé par les épreuves de la vie. C’est parce que nous savons mieux relever les défis, avancer avec courage et lucidité, calmer nos ardeurs et faire confiance que l’on peut achever et décorer le troisième étage de l’édifice. Je m’arrête un instant car ces trois étages m’interrogent… Pourrait-il s’agir des trois enveloppes qui composent, dans certaines traditions, l’être humain à savoir : le corps physique perceptible par nos sens, le corps psychique siège des sentiments et des émotions et le corps spirituel ? Je n’ai pas de réponse pour le moment…

De simple apprenti maçon œuvrant sur le chantier armé d’un maillet et d’un ciseau afin de dégrossir la pierre brute, ayant atteins l’âge de la Plénitude, il m’est demandé de poursuivre l’achèvement du Temple avec cette fois ci, comme outil un étui mathématique, qui contient rappelons-le, une équerre, un simple compas, un compas à quatre pointes, une règle, un aplomb, un compas de proportion et un demi cercle. J’ai tout en main pour parfaire la construction du Temple symbolique. Et c’est là dans ce lieu, dans cette archiloge ou boulomie ce lieu de constante volonté, que j’affirme pour la première fois le « je », c’est-à-dire cette présence à moi-même. C’est par ce pouvoir de penser par moi même que j’ai la possibilité de choisir et donc d’être responsable de mes actes. Car c’est en toute liberté de conscience, en toute connaissance des implications de ce choix que j’exprime « je veux ». J’exerce pleinement mon libre arbitre. Dans cet Ici et maintenant il n’y a plus de place pour le doute ou l’hésitation. Ce « je veux » est impératif. Il me fait penser au « yes we can » d’Obama. J’ai enfin la certitude de pouvoir mener à terme les travaux commencés dès mon entrée en Loge bleue et suspendus par la mort d’Hiram et la recherche de ses meurtriers. Si jusqu’à maintenant j’accomplissais des tâches simples, tâches dévolues dans tout apprentissage : balayer, délayer l’encre et coller les papiers sur la planche, ayant surmonté les épreuves qui jalonnent toute quête, je peux poursuivre le grand œuvre avec force, sagesse et beauté. Non seulement je peux mais je veux. D’après une des définitions donnée par WIKIPEDIA, « avoir la volonté, implique la ténacité c’est-à-dire la détermination et la persistance dans une succession d’action poursuivant un même objectif ». Cette détermination je l’ai forgé tout au long des degrés gravis comme le pèlerin guidé par son étoile. J’ai mesuré ma persévérance depuis le 8ème degré en maintenant mes pas dans ce chemin tracé par les anciens. C’est cette volonté créatrice qui fait de l’homme un bâtisseur, un bâtisseur de rêves et non un simple rêveur. S’engager avec cet idéal immensément fou : bâtir le Temple de l’humanité ! Comme l’écrit Khalil Gibran : « les fleurs de printemps sont les rêves d’hiver racontés, le matin à la table des anges ».

C’est dans le silence et la méditation, dans ce temps suspendu que le maçon trouve en lui les ressources nécessaires pour continuer dans cette tâche. C’est dans cette écoute particulière de son Moi intime qu’il peut entendre le génie qui parle en lui, cette intuition foudroyante qui donne une clé immédiate à une problématique donnée.

Mais il n’est pas seul. Le rituel de ce grade le précise avec grande clarté… A la question : « travaillez-vous seul ? » la réponse est la suivante : « Tantôt seul, tantôt en compagnie, dans une Archi-Loge. Mais que je sois seul ou en compagnie, j’ai toujours des collaborateurs. Les éléments que je mets en œuvre ont été élaboré par d’autres et le produit de ma pensée sera matière première pour de futurs ouvriers ». Nul d’entre nous ne peut envisager de bâtir un Temple, une Cathédrale ou tout autre œuvre d’art architecturale sans l’aide d’autrui. Nous avons besoin des uns des autres pour parachever ce grand œuvre, les connaissances des uns enrichissant les connaissances des autres. Chaîne d’union des maçons !

Toutefois, notre mission ne s’arrête pas là car outre la construction de l’édifice il nous est demandé d’exercer un rôle de transmetteur pour les futurs ouvriers. Lourde tâche qui exige de nous d’être en adéquation avec ce que nous prônons.

C’est sur la planche à dessin, planche intérieure que je m’efforce de tracer les ponts, les piliers les arcs qui vont soutenir harmonieusement la voûte de mon édifice. J’ai pour cela le champ des Connaissances humaines, ce champ illimité qui s’offre à moi comme à tout homme et dans lequel je peux puiser et construire « mes systèmes ». Le projet est grandiose ! Et puisque j’en ai la volonté il est temps de le poursuivre, guidé par l’étoile polaire et Jupiter.

Ce travail se fait en toute sérénité, en toute confiance puisqu’il n’y a plus de couvreur à ce stade. Plus de secret ou du moins ce secret est à partager avec ceux qui en ont la compétence et le désir. J’y trouve là un encouragement à inciter les maîtres des Loges bleues, s’ils le souhaitent bien entendu, à venir travailler sur ce chantier car il est nécessaire nous l’avons vu, d’œuvrer ensemble. Sans dévoiler les « mystères » qui jalonnent ce parcours, ne serait-il pas possible d’ouvrir d’avantage les portes en apportant nos témoignages ? Le rituel ne stipule pas : « serait-ce un mal, qu’un homme en état de nous comprendre surprit notre secret ? Ce serait un grand bien, car cela ferait un G M A de plus… » ? Certes, la vulgarisation ne suffit pas et tout ne peut pas se comprendre par simple communication immédiate. Connaître et transmettre ne peuvent se faire qu’avec le concours du temps et des pratiques convenables. Mais n’est-ce pas à nous de transmettre le désir d’ouvrir d’autres portes ?

Entré jeune apprenti, je me voici parmi les G M A, attelé à parachever la construction du Temple ! Réalisation, qui aujourd’hui me paraît oh ! Combien lointaine mais l’important n’est-il pas le chemin et non le but ? Si, comme l’écrit Jean Mourgues : « c’est pour savoir où je vais que je marche » il me semble que maintenant ma marche devient plus aisée puisque guidée par l’espérance et la richesse des différents rituels rencontrés jusqu’à ce jour.

Jai dit.

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