Le FM peut-il prétendre acquérir une Sagesse semblable à celle de Salomon ?
E∴ V∴
semblable à celle de Salomon ?
Thème de passage au 14°
Salomon se rendit à Gabaon. Là, Dieu lui apparut en songe et lui dit « Demande ce que je dois te donner » et Salomon répondit « Tu as témoigné une grande bienveillance à David, mon Père et celui-ci a marché devant toi dans la fidélité, la justice et la droiture du cœur…tu as permis qu’un de ses fils soit aujourd’hui sur son trône » (…) Donne à ton serviteur un cœur plein de jugement pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait gouverner ton peuple qui est si grand. Le rituel d’initiation au 4ème degré rappelle, en l’édulcorant, ce passage du Livre des Rois que l’on appelle le songe de Gabaon (I Rois III‑8) : « …accorde donc à ton serviteur un coeur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal… »
« Dieu, YHVH, donna la Sagesse à Salomon » (I Rois, V-26) et il est dit plus loin qu’à la suite de ce dialogue entre Salomon et l’Eternel « YHVH donna à Salomon une Sagesse et une intelligence extrêmement grandes et un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer. (dans la traduction de Chouraqui : « Elohim donne sagesse et discernement à Chlomo, très fort; un coeur large comme le sable sur la lèvre de la mer »). La Sagesse de Salomon fut plus grande que la sagesse de tous les fils de l’Orient et que toute la sagesse de l’Egypte. Il fut plus sage que…(etc…) et l’on vint de tous les peuples pour entendre la Sagesse de Salomon ». Salomon ou Suleiman ou encore Schlomo, est donc, aux yeux de tous, l’incarnation de la Sagesse. Mais qu’est donc cette sagesse ? : l’habileté de l’Homo sapiens ? un savoir hors normes ? La Sophia des grecs qui enfantera la philosophie, c’est-à-dire la recherche de la Sagesse ?
Lors de la Création nous enseignent les textes, tout ce qui allait advenir était en suspens dans la pensée du Grand Architecte…tout allait surgir du point originel et notamment une chose inaccessible enfouie dans la pensée et appelée Sagesse (Moïse de Léon). La sagesse dans l’Ancien Testament, dans la Bible hébraïque, a trait au secret et l’existence même de Dieu (la Bible chrétienne est Charité). Or, aucun humain ne peut accéder à la réalité supérieure, divine, à la Vérité… Aucun humain, pas même Salomon. Il a donc fallu créer une sorte de Sagesse inférieure, théoriquement accessible et c’est justement cette Sagesse qui est dite de Salomon : elle lui permit de connaître ce qu’il devait savoir… Envisagée de la sorte, il semble évident que le F M ne puisse prétendre acquérir cette sagesse. Son désir et sa quête sont soumis à la volonté de Dieu qui seul, décide et accorde une parcelle de sa transcendance.
L’évocation de la Sagesse est une constante de notre rite et de nos rituels, le pilier du M : « Que la sagesse préside à la construction de notre édifice » dit le V M au 1er degré à l’ouverture des travaux, tandis que nous sommes invités au 2nd degré à avancer dans les voies de la Sagesse. Même si elle n’est plus nommée par la suite, elle sous-tend notre progression, au 3ème et plus. La sagesse de Salomon est décrite comme grâce divine, et le texte est clair : Salomon est unique, sa sagesse aussi, de par la volonté de Dieu, et les traditions chrétiennes et musulmanes poursuivront sur la même ligne : Salomon ne détient-il pas, comme, symboliquement, le T F P M les trois puissances : royale, sacerdotale et prophétique. Salomon est sage, sage d’une sagesse humaine et non d’une sagesse divine : il est sage non seulement à travers ces fameux jugements (les deux femmes et le nourrisson), mais dans la conduite de la chose publique : ouverture de son royaume aux autres peuples, échanges matériels mais aussi échanges spirituels, autorisation de pratiquer d’autres cultes…questions d’ailleurs parfaitement d’actualité dans notre monde qui, malheureusement, ne comprend guère de nouveaux Salomon… Contrairement au Roi et au Juge, le sage ne s’occupe ni du bien ni du mal. La sagesse ne juge pas, ne punit pas. Salomon, en montrant sa capacité d’ouverture, a en fait largement transgressé : il n’a pas strictement suivi la Loi (notamment en autorisant d’autres religions…) et son royaume en ressortira divisé après sa disparition… Souvenons nous que Salomon n’est pas un saint comme en témoignent les circonstances de son accession au trône et son appétit pour les choses matérielles. Salomon ne fut pas toujours sage, comme en témoigne le récit mythique de la geste salomonienne… Salomon voulut connaître le Bien et le Mal…comme Eve et Adam somme toutes…mais la différence est peut-être que Salomon demanda… Salomon le sait, le voit, en jouit, mais continue d’espérer et de croire en une amélioration possible…si l’on peut y croire, alors cela devient possible. Le Temple sera détruit : Salomon laisse quelque chose de matériel, qui sera déconstruit, mais il a reconstruit de l’immatériel, n’est-ce pas l’essentiel : son œuvre sera sublimée…
Salomon était une puissance disséminante. « Ils viennent de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chlomo, tous les rois de la terre qui ont entendu sa sagesse ». Salomon avait pour principale perspective la dissémination d’où ses connaissances aussi nombreuses que « le sable qui est au bord de la mer ».
Ainsi, un aspect fondamental de la sagesse salomonienne est sa dimension initiatique : il est dit que Salomon a écrit de très nombreux textes : les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques. Mais il ne s’agit peut-être que d’une toute petite partie : un verset lui attribue 3000 paraboles et 1005 cantiques, dont le Cantique des Cantiques qui ne serait que l’un d’eux. En fait, la Sagesse de Salomon est assez pessimiste : Vanités des vanités, tout est vanité ou plutôt, comme le dit le texte originel (Bible de Chouraqui) : « fumée de fumées, tout est fumée… » et plus loin « Toutes les paroles lassent, l’homme ne peut pas en parler. L’oeil ne se rassasie pas de voir, l’oreille ne se remplit pas d’entendre. Ce qui a été sera, ce qui s’est fait se fera : il n’est rien de tout neuf sous le soleil. Il est une parole qui dit : « Vois cela, c’est neuf ! » C’était déjà dans les pérennités, c’était avant nous ».
Dans ces conditions, le F M peut donc, doit donc, prétendre à cette Sagesse, sans qu’il ne s’agisse d’une prétention excessive. Salomon a reçu la Sagesse lors d’un rêve : il s’agit d’une réalité virtuelle et non d’un acte matérialisé…il s’agit donc d’un récit symbolique. Que faisait Salomon à Gabaon sinon dialoguer avec lui-même, approcher la divinité, prendre conscience de l’existence d’une autre conscience, transcendante. Le peuple qu’il veut juger, n’est-ce pas son peuple intérieur, celui qui habite chacun de nous et nous constitue et que nous devons nous efforcer d’élucider et d’élever ? Le F M doit exercer sans relâche sa Vigilance et sa Persévérance et son Devoir est de tendre vers l’acquisition de la Sagesse, par son travail, sa méditation et en tournant son regard vers cette Lumière qui brille au fond de nous. La Sagesse est au fond de nous et les Ténèbres ne l’ont point comprise… Travaillons pour que le Divin nous accorde cette Sagesse que nous possédons déjà au fond de nous-mêmes, à la sortie de notre propre labyrinthe, travaillons à cette nouvelle naissance, travaillons pour tenter de franchir cette nouvelle porte, vers le Divin et le Transcendant, et espérer parvenir à la perfection, cette perfection qui peut être approchée mais ne peut être atteinte… Le Maç le sait bien, pour qui seul compte le chemin et qui sait que le but n’est jamais atteint tant sont infinies les possibilités de connaissance… Comment chercher son propre savoir ? Un maître soufi, Farid ud-Din (‘Attar) raconte qu’un disciple avide de rencontrer Dieu dit « Seigneur, quel est le plus court chemin vers toi ? » et une voix tranquille venue du Ciel lui répondit : « C’est très simple, il suffit que tu passes par-dessus toi et tu y es ». Il faut s’enjamber soi-même, ce qui rappellera quelque chose à tous les MM maç On prête à Lao Tseu cette phrase : « Connaître les autres, c’est Sagesse ; Se connaître soi-même, c’est Sagesse supérieure ». La connaissance de soi nous rappelle le 7ème degré, Prévôt et juge, qui grâce à ses connaissances et à la clé d’or qui ouvre la cassette d’ébène qui contient les plans du Temple, devient apte à juger sereinement. Il faudra encore au F M désireux de percevoir le bien et le mal, être conscient de soi et apprécier la valeur de ses actions à la lumière de notre éthique : le savoir et l’agir sont donc indissolublement liés. Au 11ème degré, le M élu des neuf apprend que s’il peut juger, il ne peut se faire justice soi-même. Il est dit à ce degré que l’on ne peut prendre connaissance des réalités de la vie qu’à travers l’intelligence du cœur (L’essentiel est invisible pour les yeux…dit le petit Prince…).
Dès lors, le regard que nous portons sur nous-mêmes, le regard tourné vers l’intérieur, ce que l’on appelle la conversion du regard, est possible. « Que nos regards se tournent vers la lumière… » dit le V M à l’ouverture des travaux au 1er degré…peut-être alors faudrait il fermer les yeux à ce moment précis…pour tenter de voir quelque chose à l’intérieur, vers notre Or intime, personnel. Découvrir ce que l’on est, exercice très difficile pour lequel nous avons besoin des autres, des pensées que nous prêtons à l’autre qui nous regarde. Notre capacité d’introspection suppose un référentiel et donc la nécessité de se confronter aux autres : c’est bien le sens de notre F M, école mutuelle, rappelons nous ce terme contenu dans la déclaration de principes du Convent de Lausanne. Apprécier nos actes, observer nos propres actions : c’est presque un processus de duplication mentale, de schizophrénie : agir et être capable de juger ses actes… Axel Kahn, biologiste, nous dit qu’il s’agit là des racines mêmes de la nature humaine. Descartes nous a dit nous avons besoin de l’autre pour développer la conscience de nous-mêmes, car c’est de notre capacité à reconnaître la valeur d’autrui que découlent des règles de comportement. Connaître l’étranger, connaître l’Autre, c’est découvrir un continent inconnu, lui aussi édifié au sein de sa culture et de société propres. Donnes-moi la première lettre et je te donnerai la seconde… Aucun d’entre nous n’est capable de s’humaniser sans le concours des autres, en qui nous puisons une force. Il faut donc accepter, pour prétendre à une Sagesse semblable à celle du roi Salomon, de sacrifier son ego, de verser jusqu’à la dernière goutte de son sang, pour se lier avec les autres, nos F F développer l’altérité. Sacrifier son ego, se découvrir en se dévoilant : on le fait un peu tous certainement, comme je le fais ce soir devant vous, au milieu de vous, mes F F. Nous sommes confrontés à nous-mêmes mais en réalité notre pensée est irriguée, ramifiée par la réflexion et le travail des autres. L’homme seul ne possède pas spontanément le savoir de ce qu’il doit faire : on découvre la conscience de soi à travers les autres, en se mettant au service des autres : « Autrui est intermédiaire entre moi et moi-même » disait Sartre. Le début de la libération passe par la connaissance de soi, par tourner son regard vers l’intérieur de nous-mêmes : travailler sur soi, corriger ses défauts, modifier nos réactions et notre impulsivité…c’est la volonté et l’effort qui conduiront vers la sagesse. Et, si j’osais…à chacun sa Sagesse. Il faut, en faisant connaissance avec soi, apprendre à vaincre ses peurs et ses pulsions, à lâcher prise, à se détacher des choses matérielles pour échapper à notre condition habituelle de servitude volontaire.Dans l’intitulé de la question, il y a prétendre pris au premier degré ce mot peut paraître antinomique à notre démarche : quelle prétention peut on avoir lorsque l’on combat sans relâche l’ignorance et l’ambition déréglée ? La question n’est pas d’acquérir la Sagesse de Salomon mais une Sagesse semblable à la sienne : chacun pourra acquérir une sagesse à sa dimension, si l’on peut dire…mais même moindre, elle peut être semblable…ce que l’on peut démontrer à l’aide du compas de proportion contenu dans notre étui de mathématique… Chacun de nous est unique : on peut s’en approcher mais il est impossible de réaliser une équivalence parfaite, l’étude de la quadrature du cercle, au 5ème degré nous l’a enseigné. On retrouve cela avec la notion du Tsimtsoum dans la Kabbale : il s’agit d’une sorte de rétraction de Dieu qui, lors de la création, restreint sa Lumière pour l’adapter à chacun, selon les capacités de réception de chacun.
Sur notre chemin, nous ne pouvons que tendre vers la sagesse, et l’important alors, si nous acquérons cette Sagesse, ne sera-t-il pas de savoir qu’en faire…car la Sagesse est un moyen et non un but en soi… Etre sage, ce n’est pas avoir, c’est être. Le sage ne possède pas la Vérité (ce qui est impossible) mais il tente d’être vrai. En termes plus profanes, je dirais que dans notre quête de la Sagesse, il nous faut tenter d’être, en toutes circonstances, à la hauteur de ce qui nous arrive. N’est ce pas le travail d’Emerek, le sublime chevalier élu du 11ème degré…l’homme vrai en toutes circonstances… ?
Jean Mourgues, F M, mort en 1990 : « Fais ce que tu veux si tu le peux. Mais prends en charge ton destin. Il n’a dépendu que de toi d’être en cette vie quelqu’un ou quelque chose ».
G M A et vous tous, mes Fr G M A
J’ai dit.