La tradition opérative du 5ème au 12ème degré
Non communiqué
Quand le Frère 1er inspecteur m’a proposé ce travail, après avoir balayé d’un grand sourire compte-tenu de mes fâcheux antécédents profanes d’autres travaux tels que « la quadrature du cercle », ou « je connais parfaitement ce que renferme un étui de mathématiques », je me suis dit que je n’avais rien compris à mon élévation au 12ème degré, ni aux planches des frères Grands maîtres Architectes qui m’ont précédé à ce pupitre.
J’avais cru comprendre, et je l’avais dit, le Maître secret quitte la terre pour commencer une élévation spirituelle. Les 3 fois 27 ans accomplis, 3 élevé à la puissance 4 donnaient au Maître Secret une nouvelle dimension, il était passé d’un espace matériel à 3 dimensions à un espace nouveau à 4 dimensions.
J’avais écrit lors de ce travail passé que – je cite – « nous étions passés du matériel au spirituel et que nous n’avons plus besoin, en tout cas à mon niveau de connaissance, d’outils venus de nos origines opératives ».
Que diable vient donc maintenant refaire la Tradition
opérative sortie par la grande porte de
l’élévation au sublime grade de Maître
qui rentrerait par la petite porte d’une obélisque
située à l’angle Nord-Ouest d’un
mausolée de marbre noir et blanc construit en neuf jours par
Adonhiram, organisateur des funérailles d’Hiram dans la
légende du Maître Parfait, au 5ème
degré. J’ai alors commencé à errer
à la recherche d’outils, en commençant par ce que
contient un étui de mathématique,
c’est-à-dire, rechercher la
spiritualité du symbolisme caché dans une
équerre, un compas simple, un compas à quatre
pointes, une règle, un compas de proportion, un aplomb et un
demi-cercle. Mais la tradition opérative est-elle la
recherche d’outils, la construction d’un Temple, et dans ce cas, de
quel Temple, ou la transmission d’une connaissance, le devoir
de transmettre, à moins que ce ne soit tout cela en
même temps !
Je venais de voir un brin du fil d’Ariane qui pouvait me guider dans la
recherche de la tradition opérative du 5ème au
12ème degré.
La Franc-maçonnerie ayant eu tendance à puiser
principalement ses symboles et mythes fondamentaux dans 2
domaines essentiels, le symbolisme de l’art de bâtir et la
Bible, ces origines ne peuvent qu’être
omniprésentes dans nos loges spéculatives et la
tradition opérative, qui est l’art de transmettre, doit
jouer un rôle essentiel à tout niveau de
l’élévation pour ce qui est notre tâche
: la construction d’un Temple. Il ne faut en effet pas oublier que
Hiram a été assassiné au
3ème degré par 3 mauvais compagnons et que le
Temple, notre Temple n’est pas terminé. Ceci nous est
parfaitement rappelé lors des travaux de
réception au 12ème degré :
« Frère premier surveillant,
quel est le symbole commun à tous les degrés du
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ »,
« Grand Maître Architecte, c’est
le symbole de la construction d’un édifice ».
Le rituel du 5ème au 9ème degré, Maître Elu des neufs, et du 10ème au 12ème degré, Grand Maître Architecte, nous rappelle que notre tâche est la lutte contre l’ignorance, tâche à accomplir en parcourant toutes les étapes de la construction du Temple de Salomon, et Travail qui nous fait découvrir la cohérence du REAA avec en parallèle l’élévation de notre propre Temple spirituel ce qui est l’essence même des grades de perfection. Le mot « Opératif » étant lourd de contresens (faits à moultes reprises en préparant ce travail), mais il faut encore ici dépasser le mot pour accéder à l’idée, et chercher l’idée sous le symbole.
Le Maître Parfait connaît le cercle et sa quadrature. Le cinquième degré est ainsi la charnière entre la vie matérielle, le carré, la pierre cubique et la vie spirituelle, les 3 cercles qui enserrent le cube sur 2 colonnes tels que nous le rappelle l’instruction à ce degré. Le Maître est parfait, il est en contact avec l’infini céleste qu’il lui reste à découvrir et à relier à son monde terrestre.
Le secrétaire Intime par son zèle pris pour curiosité, au risque que de perdre la vie, comme Johaben, apprend à être fidèle, désintéressé et bienveillant ; il apprend que la curiosité excite l’intelligence pour connaître la Vérité et que la curiosité la plus noble est celle de l’initié qui cherche sans cesse. Il doit devenir la chose observée et l’être qui observe. Nous avons peut-être vu ici l’une de phrases les plus importantes de notre Rite, dans un degré qui passe peut-être trop vite dans nos esprits lors de la cérémonie de réception du 5ème au 9ème degré: l’initié cherche sans cesse.
Le Prévôt et Juge, tout d’abord Adonhiram, chef des Prêvots et Juges, puis Johaben qui a reçu ce grade comme Adonhiram, de Salomon, associe le pouvoir et le jugement, il est apte à juger sereinement. Le Prévôt peut espérer maintenir en cohérence tous les éléments de sa personnalité car il connaît ses limites, il a la clé d’or du coffre d’ébène qui contenait les plans du Temple. Pour avancer dans la construction symbolique du Temple de Salomon, il doit organiser chacune des facettes de sa personnalité pour que la Concorde règne, pour devenir un homme juste dans son essence et par son Être. Par son effort, il participe à la Transcendance, il peut poursuivre son chemin. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous montre à ce degré un secret tout simple : observer pour construire.
L’Intendant des bâtiments, le premier nommé étant Johaben qui se fait reconnaître, puis relever par Adonhiram après avoir appris de Salomon les 5 points de fidélité (Agir, intercéder, prier, aimer ses Frères et les secourir) s’attache à construire son Temple intérieur, mais il a besoin d’informations sur son Temple réel. Nous apprenons que Salomon nomme un chef pour chacun des ordres d’architecture Dorique, Ionique, Corinthien, Toscan, Composite, ordres d’architecture découverts au grade de Compagnon, comme si nous avions 5 personnalités, 5 Temples, 5 mondes. L’intendant des bâtiments sait qu’il doit révéler toutes les pièces de son Temple pour bâtir l’Homme nouveau ; il doit organiser le travail initiatique accompli jusqu’ici, dans une dimension plus spirituelle.
Les degrés du 4ème au 8ème, du maître secret à l’intendant des bâtiments, sont le temps de la réflexion, de création de la Perfection. La mort d’Hiram a interrompu l’avancement de travaux, mais l’ouvre doit être continuée malgré cette perte cruelle.
Les grades d’Elus ou grades de Vengeance (Maître Elu des Neufs, Illustre Elu des 15, Sublime Chevalier Elu), sont des grades de suppression des imperfections, des grades d’actions, plus exactement d’action de transcendance par l’accomplissement de missions inclinant à plus de spiritualité. Il ne suffit plus de chercher (6ème degré) d’observer (7ème degré), d’organiser (8ème degré), mais d’agir, d’éliminer l’homme ordinaire qui est en nous, de tuer le Vieil Homme. Au delà du règlement de compte, de la loi du talion, il faut comprendre le pourquoi et le comment de la mort du Maître. Le sacrifice du coupable est cette conversion du regard maintes fois évoquée, qui consiste à accepter d’abandonner une part de soi-même, de détruire l’Homme totalisateur, fanatique et égoïste. L’esprit humain ne pourra chercher la vérité qu’en luttant contre ses propres imperfections sans toutefois faire justice lui-même comme l’a fait Johaben par excès de zèle et par colère, (9ème degré), mais en allant jusqu’au bout de la purification (10ème degré) afin de recevoir la récompense de son zèle et de sa fidélité (11ème degré).
La synthèse des deux grands cheminements des
grades de Perfection est le Grand Maître architecte qui peut
finir la construction. On retrouve les 3 étapes de la
construction d’un édifice, d’un Temple, qui sont d’aplanir
le terrain et de creuser les fondations, puis construire, et enfin
achever, vérifier et consacrer cet édifice. Il en
est de même pour l’Homme qui quittant la carrière
(les 3 premiers degrés des Loges bleues) pour le chantier,
le parcourra métier par métier avant
d’accéder à la plénitude de Grand
Maître Architecte. Il s’est identifié au Temple.
Par l’évocation des outils devenus virtuels, par
l’évocation sous-jacente de la tradition
opérative à chacun des niveaux, le Rite Ecossais
Ancien et Accepté relie directement ce cycle des
degrés de perfection aux 3 premiers degrés du
Rite, et à mon sens peut-être plus
précisément, au Compagnon, mais attention, nous
ne sommes plus dans la carrière.
Je n’ai pas parlé des outils, des symboles, mais j’en évoquerai néanmoins un seul : le compas. Il apparaît sur le bijou au 5ème degré, ouvert à 60° puis de nouveau au 12ème degré sous d’ailleurs différentes formes, (compas simple, compas à 4 pointes, compas de proportion) c’est bien le symbolisme d’un cycle complet.
J’en suis déjà au 12ème degré dans ce travail sur La Tradition opérative du 5ème au 12ème degré, et dans mon chemin initiatique. J’ai l’impression que tout est passé très vite, et j’aimerais revivre mon initiation et chacune de mes élévations pour comprendre avec un peu plus de recul le chemin parcouru. Notre démarche initiatique ressemble à celle de ce malheureux Sisyphe, celui qui dans le Hadès doit à jamais rouler un grand rocher jusque en haut de la Montagne parce qu’il a révélé un secret de Zeus. Le Maître des Loges bleues est redevenu un apprenti des Loges de perfection, le Compagnon des Loges bleus, reprend son Travail dans une démarche verticale (n’oublions pas que la cour d’Hiram est placé par Adonhiram en haut de l’obélisque au 5ème degré) démarche spirituelle pour procéder aux travaux d’achèvement des plans du Temple, des plans de son Temple intérieur comme celui de l’Humanité. Il ne peut se reposer sur sa pierre, il est ce Janus à deux têtes qui doit se projeter vers l’avant pour construire son Temple intérieur, mais regarder et revenir perpétuellement vers le chemin parcouru pour en reprendre une nouvelle étude, en reprendre un symbolisme qu’il pensait acquis, mais qui a acquis une nouvelle dimension, un nouveau degré de liberté, pour continuer à avancer. Le compas s’ouvre.
Le vrai cheminement initiatique n’est pas de courir vers une Lumière impossible à atteindre, nous devons être Juge et Prévôt de nous même pour connaître à tout moment la réalité de notre initiation. Ne jamais oublier Janus, avancer en regardant le chemin parcouru pour voir si le vieil homme ne renaît pas, nous devons être le Sisyphe du travail initiatique, du travail sur nous-mêmes, les étapes doivent être lentes et progressives, elles sont le ferment d’une sagesse à venir.
Un Temple ne peut se construire que sur des fondations profondes, sur un sol ferme et tassé, avec une élévation graduelle des murs. Si un problème survient, il faut savoir poser les plans, voir, jauger et juger comme le sublime Chevalier élu, avant de pouvoir reprendre la démarche opérative de la construction du Temple pour parfaire le 3ème étage, le Saint des Saints.
Pouvoir parachever la construction du Temple marque pour le Grand Maître Architecte la réalité de la transmission des plans du Grand Architecte de l’Univers à l’Homme, l’avancée commune du Temple de l’Univers et du Temple intérieur grâce à la démarche opérative dont le Maçon ne s’est jamais départi, mais qui a acquis cette fonction spirituelle. N’oublions pas que par une équerre et un simple compas « et ce sont les 2 premiers outils que l’on trouve dans l’étui de mathématiques », il est possible de tracer des proportions, de mesurer la hauteur d’une pyramide à partir de son ombre et de l’ombre d’un bâton planté dans le sol, de calculer comme Eratstène à Assouan le rayon de la terre, ou la distance terre – soleil, en fait d’imaginer ce qui est en haut par la projection de ce qui est en bas, de deviner le Temple par l’étude du Plan, et par la même de se rapprocher du Grand Architecte de ce Temple, de passer de l’esquisse au bâti, et du bâti au Bâtisseur.
Au même titre que la connaissance de notre histoire nous a été rendue permise grâce au maillet, au ciseau et à la Pierre, depuis les tablettes gravées de l’écriture cunéiforme des Sumériens, jusqu’aux Bibles de Pierre que sont les cathédrales des Compagnons bâtisseurs, « en passant par les pierres gravées des hiéroglyphes des égyptiens, ou de l’écriture non encore parfaitement déchiffrée des civilisations précolombienne », le Grand Maître Architecte après avoir repris sa marche en avant, vu puis lu le Temple inachevé, tracé de nouveaux plans, et procédé aux travaux d’achèvement a en fait retrouvé une connaissance perdue, ce qui lui permet la formation de nouveaux ouvriers. Il y a eu transmission, il y a eu Egrégore.
Le Grand Maître Architecte entré
jeune apprenti dans la carrière est en possession du plan,
il est devenu le transmetteur de la tradition Salomonienne, il devient
Hiram en achevant la construction du Temple.
Les outils n’ont plus à être utilisés
comme les règles et équerres formant une
chaîne pour ramener Jubélos et Jubelum
à Salomon, ils servent à construire, à
élever, à s’élever ; les utiliser sans
spiritualité s’est peut-être
s’enchaîner. Le premier outil de la tradition
opérative du 5ème degré au
12ème degré, c’est Johaben nommément
cité du 6ème degré au 9ème
degré, acteur et non plus spectateur, c’est chacun de nous,
et c’est moi.
Sachant parfaitement ce que contient un étui de mathématiques, le Grand Maître Architecte peut maintenant construire et décorer le Saint des Saints. Il peut construire le tabernacle pour se recueillir près du Bâtisseur, près du Grand Architecte de l’Univers, pour continuer à avancer dans les voies de la Sagesse et de la Connaissance, pour retrouver la Parole perdue.
Grands Maîtres Architectes, J’ai dit.