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Le grand maître architecte recherche la connaissance dans l’étude de la géométrie

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« La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité ». Ces premiers mots de la constitution de la grande Loge de France résument admirablement la démarche proposée aux hommes qui s’engagent sur la voie du Rite Écossais Ancien et Accepté. Les Suprêmes Conseils réunis à Gand en 1998 ont précisé : « La démarche initiatique est une recherche spirituelle qui se fonde sur la proclamation par le Rite de l’existence d’un Principe Supérieur connu sous le nom de Grand Architecte de l’Univers ». Et plus loin : « La démarche initiatique est conçue et pratiquée dans le respect constant de la pure et authentique Tradition du Rite ». Et encore : « La démarche initiatique est un lent processus de construction personnelle et collective de l’adepte par l’assimilation progressive de l’enseignement de chaque degré du Rite ».

Quelle est cette « recherche spirituelle », ce « lent processus de construction personnelle » que nous propose notre Rite ? Refusant tout dogmatisme, il ne l’explicite nulle part, et chacun demeure libre « d’interpréter les symboles selon sa conscience » pour reprendre un passage de
la déclaration de Gand. Cependant les différents discours qui accompagnent les initiations successives et les symboles qui y sont proposés permettent à l’adepte de se rendre compte petit à petit de la voie que lui propose notre Rite, et qu’il est libre d’emprunter ou non.

Dès le premier degré en effet, le rituel parle aux récipiendaires « d’ascèse initiatique qui s’effectue à l’aide de l’outillage rationnel que nous trouvons dans le Temple ». Et un peu plus tard le commentaire qui accompagne le premier voyage laisse entendre que les initiés possèdent quelques éléments des lois profondes du Cosmos, que le profanum vulgus ignore. Et pourtant la Loge ne dispense nul enseignement d’astrophysique ! C’est donc sur un plan métaphysique que notre Rite, entre autres bienfaits, veut nous faire avancer.

Quand il acquiert le deuxième degré, l’adepte se voit encourager dans la recherche de la Vérité, il reçoit le conseil d’utiliser les arts libéraux, c’est à dire en fait les diverses sciences et techniques, pour s’élever vers la connaissance parfaite, et il est appelé à prendre conscience que son travail, quel qu’il soit, concourt à la réalisation de l’ordre cosmique. La présentation des grands Initiés par ailleurs l’invite à rechercher un contenu ésotérique dans leur enseignement. Enfin le dialogue d’ouverture des travaux parle « d’avancer sur la voie de la Sagesse et de la Connaissance ».

Le troisième degré est beaucoup moins explicite sur ce plan, le nouveau maître doit réfléchir par lui-même pour découvrir ce que signifie sa renaissance comme nouvel Hiram, ce que lui impose le symbolisme de l’équerre et du compas évoqué dans le serment de maître, et ce que peut signifier la recherche de la Parole perdue.

Il est cependant clair, dès la Loge bleue, que le franc-maçon du Rite Écossais Ancien et Accepté, s’il veut être cohérent avec sa pratique rituelle et symbolique, doit rechercher ce niveau de conscience supérieur que l’on nomme Connaissance, et qu’aucun savoir ne lui donnera jamais sans une ascèse supplémentaire. C’est ce niveau supérieur de conscience qui peut lui permettre de se sentir à l’unisson du Cosmos, ou tout au moins de
réaliser qu’il est sur la voie d’une telle harmonie.

L’initié du Rite Écossais se doit de rechercher une telle harmonie, et si cette recherche se situe au delà de tous les savoirs, il ne doit cependant pas les négliger, car leur étude assidue peut lui permettre de nourrir fructueusement sa réflexion métaphysique. Il doit seulement garder à l’esprit que la Connaissance transcende tout savoir, et qu’elle ne saurait être une simple accumulation de ces savoirs profanes même parfaitement assimilés. Entrant dans la Loge de Perfection, le nouveau Maître Secret se voit conforter dans cette démarche, mais sans insistance. C’est à lui de remarquer dans le rituel, au milieu de nombreux préceptes moraux, l’allusion à la « Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et
chaque chose dans son détail
», ainsi que l’affirmation « Vous commencez maintenant à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle ».

Comment s’inscrit donc la légende du 9ème degré dans ce processus d’élévation spirituelle et d’approche de la Connaissance ? Elle lui semble au premier abord étrangère, et cependant il ne faut point la négliger puisqu’on prend la peine d’initier l’impétrant au grade, sans se contenter d’une simple communication. Que peut nous apporter dans notre démarche initiatique d’incarner le trop impétueux Johaben ? Quelques instants avant d’être reçu Grand Maître Architecte, c’est à dire d’être jugé digne de remplacer Hiram, il convient que le récipiendaire se voie rappeler qu’il lui reste encore bien du chemin à parcourir, qu’il est encore trop soumis à ses passions et oublieux de ses devoirs. L’introduction aux grades de perfection nous le signale en effet : « les grades d’élus montrent que, puisque l’ennemi est en nous, l’esprit humain ne peut chercher la Vérité qu’en luttant contre ses propres imperfections ». J’ajouterai que la conclusion de la légende et la clémence de Salomon nous permettent de pas perdre espoir en nous montrant qu’une erreur, même grave, n’est pas nécessairement fatale : la Loi universelle est une loi d’amour et permet au fautif de se racheter. Après ce rappel salutaire à l’humilité, voici notre récipiendaire prêt à poursuivre la construction du Temple à la place d’Hiram. Pour ce faire, il est sensé s’être attaché à l’étude de la géométrie, et s’y consacrer entièrement désormais. Pris à la lettre, un tel programme ne serait pas pour me déplaire. Mais nous verrons que ce symbole recouvre autre chose que l’enseignement que l’on pourrait recevoir dans une classe de mathématiques ou même aux Beaux-Arts.

Le mot géométrie lui-même possède plusieurs significations entre lesquelles il y a plus que des nuances. Étymologiquement, c’est l’art de mesurer la terre. Et en effet dès que les hommes sont devenus sédentaires, et donc agriculteurs, ils ont eu besoin de spécialistes pour délimiter les terrains. C’est ainsi que les Harpédonaptes égyptiens étaient capables de reconstituer le cadastre des champs agricoles après que la crue du Nil eût tout recouvert de son limon bienfaisant. Rapidement cette activité a évolué, et l’étude des figures est vite arrivée.
Mais d’abord dans un but opératif : chez les constructeurs, qui dès la plus haute antiquité ont formé, dans de nombreuses civilisations différentes des confréries à caractère initiatique, l’un des secrets du métier était l’art du trait : la représentation symbolique des volumes et certaines
constructions faisaient partie du thésaurus enseigné aux jeunes du métier. Ce thésaurus était inséparable d’un certain contact avec le sacré, du fait de l’affectation de beaucoup des bâtiments, et aussi de la conscience que les initiés avaient de pénétrer les lois cosmiques. Dans les anciens manuscrits comme le Regius, le mot géométrie est pris comme synonyme de maçonnerie ou d’architecture.

Dans la lignée d’Euclide, est né un courant de géométrie que l’on pourrait dire « spéculative » car détachée de toute préoccupation matérielle, et petit à petit dénuée de tout caractère sacré. Ce courant, à partir du XVIème siècle a submergé le reste. La géométrie est devenue une branche des mathématiques, se refusant à toute considération métaphysique.
Est-ce cette géométrie là à laquelle le Grand Maître Architecte doit se consacrer entièrement ? Revenons au rituel de réception pour nous éclairer. En premier lieu on demande aux récipiendaires de relever les plans du Temple, test préliminaire à leur réception. Puis on propose à leur réflexion un dialogue où il est souligné que le symbole commun à tous les degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté est la construction d’un édifice. Cet édifice pourrait être n’importe quel Temple, puisque, pour les anciens, le Temple était le symbole de l’Univers, dont l’homme lui-même est l’image en tant que microcosme.

De quel Temple, de quel macrocosme, de quel microcosme le futur Grand Maître Architecte a-t-il relevé les plans ? La géométrie, celle du  moderne comme celle des anciens, recherche la beauté et l’harmonie dans des agencements de lignes ou de volumes qui obéissent à des lois immuables. C’est sur cette voie que doit se diriger le Grand Maître Architecte, mais au delà d’un simple plan d’édifice, il recherchera l’harmonie et la beauté d’un Univers dont il voudra comprendre la Loi Universelle, et parallèlement il voudra établir en lui-même, dans ce que nous appelons son Temple intérieur, cette même harmonie qu’il cherche au dehors.

Si l’étude des lignes et des volumes peut avoir un aspect propédeutique, pour introduire l’adepte dans le monde du raisonnement, elle n’est qu’une antichambre de la recherche constante du Franc-maçon du Rite Écossais Ancien et Accepté. Elle fait partie de l’outillage rationnel proposé dès le premier degré. Elle habitue à raisonner juste sur des figures fausses, à se débarrasser des préjugés pour analyser une situation, à appliquer rigoureusement des principes. Mais il faut voir l’idée sous le symbole : l’étude du monde qu’on lui a proposée en le recevant compagnon doit le conduire à la compréhension du monde, c’est à dire à la Connaissance.

Pour y arriver, il devra retrouver ou conserver la notion de sacré : la Connaissance ne peut pas être le fait d’un esprit purement matérialiste. Pour qui veut comprendre le Cosmos, il faut savoir l’écouter, se rendre compte que, comme ce nom pythagoricien l’indique, il n’est pas un pur Chaos. Il devra saisir les correspondances et les reflets, il devra être sensible aux harmonies les plus inhabituelles pour pouvoir les apprécier. C’est une extrapolation de l’esprit du géomètre attentif à la fois au détail et à l’ensemble, qui lui permettra de s’engager sur cette voie.

La géométrie que doit  étudier le Grand Maître Architecte est celle qui a pour objet les lignes privilégiées où passe l’énergie du Grand Architecte de l’Univers, les réseaux qui se tissent entre les esprits humains, les innombrables figures qu’on peut découvrir dans chacun d’entre eux, et la recherche de la Loi qui relie l’ensemble.

J’ai dit Grand Maître Architecte

J H         

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