12° #409012

Je balayais la chambre des dessins, je délayais l’encre de Chine, je collais les papiers sur les planches

Auteur:

C∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Lors de notre arrivée au 4ème degré une clef nous fut confiée. Cette clef fut, pour nombre d’entre nous, le point de départ de nombreux questionnements et à ce jour je me dis que rien n’interdit de penser que c’était la clef de l’auto analyse qui nous était proposée. Elle était accompagnée de la lettre « Z », Ziza, cet éclat de lumière jetant quelques lueurs sur le chemin de la connaissance. Nous avions mis le pied dans le chantier de construction proprement dit. Depuis, nous avons progressé, tentant, au prix de combats incessants, de lutter contre nos contradictions, de chasser ignorance, égoïsme, orgueil qui interdisent toute évolution intérieure. Le maître mot du 4ème degré est : Le Devoir. Il se doit d’être accompli et nous savons qu’il n’apportera comme récompense que la paix intérieure. Il nous faut comprendre qu’il est de nature transcendante et que, si la Maçonnerie nous a mis sur le chemin c’est à nous ensuite de le parcourir grâce à l’amorce de la clarté. A l’exigence du Devoir nous allons pouvoir utiliser la clef afin d’ouvrir les portes des degrés suivants. Durant notre cheminement nous allons balayer la chambre des dessins, délayer l’encre de Chine, coller les papiers sur les planches.

Tel le comp Qui effectue un pas de côté encore maladroit dans sa marche le G M Arch en devenir va se heurter à des obstacles, il va aussi avoir besoin de délimiter son univers, son champ d’action, il ira en recherche de ses limites mais s’en tenir là bornerait considérablement son évolution, l’amélioration de ses connaissances. Il ne sait pas encore que sa Loge, le G M Arch il l’a crée quand il veut et où il veut, sans se cacher, qu’il a l’âge de la plénitude et que la Géométrie n’impose pas de limites. Tout au long de son parcours, il lui a fallu, dans le tumulte des grades précédents où se mêlent la passion et la vengeance, maîtriser ses pulsions, acquérir de la sagesse et l’entrée dans la Boulomie va devoir s’effectuer avec prudence et humilité. Le maniement des instruments réunis dans l’étui de mathématiques ne sera pas aisé même si le M Secr avait déjà, en passant par l’équerre et le compas, appris, ainsi que le Géomètre, à passer des lignes droites et des angles, aux grandes courbes et au cercle.

L’Initié est seul,encore et toujours, guidé par la conscience et le sens du devoir, poursuivant sa quête spirituelle, et là, à ce moment de ma réflexion je ne peux m’empêcher de penser à Adso de Melk, ce moine Bénédictin qui est le narrateur dans l’ouvrage d’Umberto Eco « Le Nom de la Rose », à la fois admiratif devant la logique de son Maître et respectueux de la règle de son Ordre. Il seconde son Maître, accomplit les besognes les plus humbles : Il apprend. De la même façon, l’App G M Arch accomplit les travaux de base qui, loin d’être des activités de peu d’intérêt, sont indispensables à la bonne marche du chantier, à l’évolution de l’œuvre à accomplir. Le nouvel arrivant agit. Sans lui, le Maître ne peut pas travailler dans le calme et la sérénité.

« Je balayais la chambre des dessins » : Il faut que tout soit net, que les pensées soient claires et ordonnées, les choses inutiles évacuées afin, en entrant dans l’école d’Architecture, que l’on puisse attaquer la construction sur des bases saines, sans scories, l’esprit guidé par une pensée cohérente et limpide, première étape indispensable à l’évolution vers la deuxième.

« Je délayais l’encre de chine » : Tâche ô combien difficile, trouver la bonne dilution en fonction du travail à effectuer qui demande attention, précision, temps, précaution, en effet, elle est réputée indélébile. La responsabilité est lourde, c’est de sa fluidité que dépendra l’évolution progressive vers la maîtrise du trait. Mais délayer, c’est aussi dissoudre, ce qui correspond au « solve » des hermétistes permettant d’accéder à une forme de liberté donc, de prise de conscience de sa responsabilité. Toutefois, avant d’utiliser l’encre de Chine, il faut s’assurer de l’état et de la qualité du matériau sur lequel elle tracera les plans, ce qui conduit à la troisième étape, celle qui requiert habileté, patience et réflexion.

« Je collais les papiers sur les planches » : coller c’est aussi fixer, ajuster, c’est adhérer au support pour faire corps avec lui. Pas le droit à l’erreur. Le papier doit être parfaitement lisse, blanc, propre, c’est la phase ultime de préparation. L’élève et la page blanche sont enfin face à face. C’est le moment de prouver la rigueur de sa pensée, la cohérence et la solidité de ses acquis, la fiabilité des éléments qui élaborent sa connaissance.

A la question du Subl Gr M : « Que symbolise cela ? »
L’Empirique répond : « Que les connaissances sont les bases de la Science ».

Tel l’App Frappant les 3 coups sur la pierre brute, le jeune Gr M Arch balaie, délaie, colle. Il observe, il apprend, et parfois il jette un regard sur les Travaux des aînés, il peut même lui arriver d’ouvrir un œil sur le contenu de la corbeille à papiers où le Maître aurait jeté des plans imparfaits, manquant de précision. Il ne faut pas oublier que l’on se nourrit aussi des erreurs des autres, que c’est en les comprenant que l’on parvient à éviter de les commettre.

Plus tard quand on lui demandera « Et maintenant que faites-vous ? » il pourra répondre « Je veux et je construis ».

La finalité de l’enseignement du cinquième au douzième degré n’étant plus de dispenser un savoir-faire mais de façonner un certain « savoir-penser » que l’on peut appeler la « Logique » le savoir-faire que les Loges symboliques des trois 1ers grades ont proposé sera sublimé. Tout sera alors du ressort de la volonté du jeune GR M Arch. De sa volonté créatrice qui s’exercera partout et sur tous les plans.

Armé de son étui de mathématiques il pourra se mettre à l’ouvrage dans la Liberté absolue aussi illimitée que l’espace dans lequel il évolue parce qu’il sera le seul responsable à bord, tout se passant désormais à l’intérieur de lui-même. Son but sera de dessiner des plans de plus en plus complexes, de plus en plus élaborés, pour construire un Temple de plus en plus parfait et tenter d’approcher l’harmonie la plus parfaite en ce lieu de la constante Volonté.

J’ai dit.

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