12° #409012

Le Banquet de Platon

Auteur:

J∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
Sublime Grand Maître, Très Illustre Frère,
et vous tous, mes frères, Grands Maîtres Architectes




M’appuyant sur cette œuvre éternelle, je traiterai du parcours initiatique qui mène l’ignorant (le profane) à la Découverte de l’Amour Universel qui permet d’approcher Dieu.


Introduction


Tout d’abord un peu d’histoire.
« Sophistes » est le nom que se sont donné un certain nombre de penseurs grecs du Ve siècle av. J.C. Leur œuvre ayant presque totalement disparu, ils sont principalement connus par les écrits de Platon, dans lesquels ils sont souvent opposés à Socrate, sage légendaire et porte-parole de Platon dans ses textes.
Victime d’un mauvais procès politique pour son opposition aux sophistes, accusé d’être un fauteur de troubles, Socrate sera condamné à mort et devra boire la ciguë.
A l’origine, sophiste signifiait Maître, celui qui sait et sait transmettre son savoir.


Mais Platon n’aime pas les sophistes, d’abord parce qu’il réfute leurs thèses qu’il juge stériles et rigides, mais aussi parce qu’il se sert des sophistespour régler ses propres comptes avec ses adversaires, à qui il attribue dans ses écrits le nom de certains sophistes historiques.


Mais, revenons au Banquet
Dans cette œuvre, deux thèses s’affrontent: d’une part une interprétation sophistique du symbolisme de la beauté, et du désir amoureux, développée dans les 5 premiers éloges ; et d’autre part, une interprétation philosophique de ce même symbolisme longuement développée dans le discours de Socrate, par la bouche de Diotime.


Nous sommes à Athènes, en 416 avant JC, un banquet est donné en l’honneur d’Agathon, poète tragique, disciple de Gorgias. Gorgias est l’un des chefs de file des sophistes de l’époque. Agathon fête avec des amis le prix qu’il vient de remporter à un concours de tragédie.
A ce banquet sont invités Aristophane auteur comique à succès, Pausanias amant d’Agathon, Phèdre aristocrate athénien jeune et brillant ; c’est lui qui a l’idée de ce tour des éloges de l’Amour ; Eriximaque médecin érudit, positiviste et très content de lui ; c’est lui qui organise le tour des éloges, Alcibiade exubérant et amoureux de Socrate, Aristophane accompagnant Socrate, et enfin Diotime (dont le nom signifie qui honore Dieu) experte des choses de l’Amour et initiatrice de Socrate.


Qu’est ce que l’amour ? Tour à tour, les convives, se proposent de répondre à la question. Tous font l’éloge d’Eros, en le divinisant. Chacun apportant sa pierre, chaque intervention voit évoluer et s’enrichir la notion d’amour.


Le point de vue des Sophistes



Phèdre prononce le premier discours. Il y explique qu’Eros est un Dieu important qui inspire les hommes qui cherchent à vivre honnêtement.
Phèdre dit : « L’amour inspire (…) le courage et le dévouement, vertus qui sont récompensées par les dieux (…) »


Pausanias parle en second et ajoute qu’il y a deux Aphrodite et deux Eros. Il fait l’éloge de l’amour homosexuel qui est le seul selon lui qui dure toute la vie. L’amour hétérosexuel ne servant en fait qu’à la reproduction.


Bon…. On aime ou on n’aime pas.


Eryximaque démontre ensuite que l’amour, qui est en toute vie, agit sur celle-ci dans la dualité des contraires qui se rejoignentpour créer l’harmonie, la musique de la vie.
Eryximaque dit: « (…) L’amour étend son empire non seulement sur l’âme de l’homme, mais sur toute la nature animée et inanimée. »


Aristophane mentionne que l’amour est comme un médecin. Grâce à l’amour,l’homme est heureux et ne ressent plus le mal.
« L’amour dit-il est le protecteur et le médecin des hommes, il guérit des maux qui les empêche d’être heureux. »


Agathon ajoute enfin que l’amour est le bienfaiteur des hommes et que ces derniers doivent chanter ses louanges. Il ne commet pas d’injustice et guide les hommes vers le bien.
« L’amour communique aux hommes les dons qu’il possède lui même, la beauté et la bonté. Il est le bien et le charme de la société humaine, l’objet de l’admiration et du désir des hommes et des dieux, l’auteur de tout  plaisir, le consolateur de nos peines, le guide de notre vie, le bienfaiteur dont tout mortel doit chanter les louanges. »


Conclusion des Sophistes, l’Amour est un Dieu qui dispense ses bienfaits aux Hommes qui l’honorent.


Le point de vue des Philosophes



Platon est en rupture avec les discours précédents qui, affirme-t-il, restent à la surface des choses sans en rechercher le sens véritable. Assez des dieux caractériels et suffisants, Dieu habite l’Homme et le chemin pour le découvrir passe par l’Amour.
S’exprimant par la bouche de Socrate, il va nous faire une démonstration magistrale de ce que doit être le parcours initiatique vers l’Amour universel, pour aboutir à l’accomplissement total.
Il va nous décrire ce cheminement, en partant de l’initiation, l’Amour exclusif d’un corps pour ensuite généraliser, l’amour de tous les corps, puis la libération des contraintes de l’Amour Charnel pour aboutir à l’Amour platonique, à la communion des Âmes et finalement à la lumière.


Le Discours deSocrate


Dans un premier temps Socrate s’adresse à Agathon le dernier à avoir parlé pour réfuter en bloc les théories précédentes sur la nature d’Eros.


L’Amour n’est pas un dieu, dit Socrate, Sa nature est à la fois métaphysique, spirituelle et terrestre.
Le pouvoir de l’Amour en tant que « daïmôn », (nous dirions messager) est de traduire et de transmettre aux dieux les messages des hommes et aux hommes les messages des dieux. Comme l’initié, l’amour est un entre-deux. Entre l’ignorant, qui ne cherche pas parce qu’il croit ne manquer de rien, et Dieu, qui n’a pas à chercher, l’initié sait qu’il ne sait pas et qu’il cherche à savoir.
Puis pour renforcer la puissance de sa parole, Platon qui avait déjà fait parler Socrate, passe la parole à Diotime, experte des choses de l’Amour et initiatrice de Socrate.


C’est Diotime qui démontre le caractère intermédiaire de l’initié. Dans un premier temps, Diotime raconte les origines d’Eros et ce récit s’apparente en fait à une révélation des petits mystères, une sorte de purification préalable, nécessaire pour appréhender la suite à venir de ses révélations.


Éros est le fils de Poros (l’Ingéniosité) et de Pénia (l’Indigence), conçu durant le banquet donné par les Dieux pour fêter la naissance d’Aphrodite déesse de l’amour et de la beauté. A ce banquet assiste Poros. A la fin du repas, arrive Pénia, une sorte de pauvresse qui espére bien profiter de quelques reliefs du banquet.
Elle voit Poros, ivre et endormi, se couche contre lui, profite de lui et conçoit Eros.
Cette origine permet de comprendre qui est Eros. Par sa mère, il est pauvre, rude, sale, va-nu-pieds et connait l’indigence. Par son père, il est toujours à l’affût du beau et du bien, courageux, entreprenant et ardent. Ainsi, ne connaît-il ni complet dénuement, ni pleine opulence. Conjuguant à la fois plénitude et manque, Eros est un éternel insatisfait. L’Initié qui cherche est un éternel insatisfait.

Diotime ajoute : « Il n’est pas un dieu, puisqu’il manque du beau et du bon, que se partagent les dieux, mais il n’est pas non plus un mortel : c’est un daïmôn, c’est à dire un être intermédiaire entre les dieux et les hommes chargé d’assurer les rapports entre eux.”


Ainsi, Eros n’est pas un Dieu, l’initié n’est pas un Dieu, il est un homme qui tente de se rapprocher des Dieux, qui recherche la Vérité, qui transmet et oriente les hommes sur la voie de la Vérité.


Le parcours initiatique



La seconde partie du discours de Diotime, explique le parcours initiatique et en cela peut être assimiléeà la révélation des grands mystères.
Elle décrit l’ascension de l’âme du sensible vers l’intelligible. Au terme de cette ascension, l’âme contemple l’intelligible, le principe dont le sensible n’est que le reflet.
On retrouve ici l’idée de lacaverne chère à Platon, seuls les initiés peuvent sortir de cette caverne.


Procréation, immortalité et gloire



Le Bien est ce qui rend heureux. Aussi la quête du Bien s’associe-t-elle au désir d’immortalité. Le désir d’immortalité a toujours fasciné les Hommes.
Acquérir la gloire éternelle est un désir qui ferait braver n’importe quel danger. Dans un monde où le propre de l’homme est d’oublier, quoi de plus légitime que de vouloir créer quelque chose qui survivra, qui laissera des traces sur terre et dans les mémoires? Qui, un arc de triomphe, qui, une grande arche à la Défense, etc…C’est ce même désir d’immortalité qui pousse les êtres vivants à procréer.


Diotime dit : « C’est le désir de l’immortalité qui gouverne les actions des hommes. Ceux qui sont féconds selon le corps aiment les femmes parce qu’ils croient se procurer l’immortalité en procréant des enfants. »
Fécondité et procréation constituent la part d’immortalité la plus triviale, à la portée de tous,que puisse rechercher l’Homme. Mais on peut aussi se perpétuer par l’exemplarité de ses actions.
Aussi ajoute-telle : « Ceux qui sont féconds selon l’esprit cherchent une belle âme pour y enfanter des vertus qui doivent vivre à jamais (…) »


Ainsi résume-t-elle la recherche de l’immortalité, soit par la chair avec la procréation, soit par l’esprit avec la quête de la beauté surnaturelle, idéale, éternelle et absolue pour atteindre la philosophie.


Le cheminement initiatique qui conduit à la lumière



Puis enfin Diotime nous révèle le cheminement initiatique qui conduit à la lumière. Elle dit:


« On doit d’abord aimer un beau corps, puis comprenant que la beauté d’un corps est sœur de la beauté qui se trouve dans tous les autres, aimer tous les beaux corps ; puis regarder la beauté de l’âme comme supérieure à celle du corps; on verra alors la beauté qui est dans les lois et les actions des hommes. (…). Des actions des hommes on passera aux sciences pour en contempler la beauté et enfanter avec une fécondité inépuisable les discours et les pensées les plus magnifiques de la philosophie, jusqu’à ce qu’ enfin on arrive à ne plus voir qu’une seule science, celle de la beauté absolue, idéale, éternelle, de laquelle participe toutes les belles choses. Vivre pour contempler cette beauté est la seule vie digne d’être vécue (…). L’homme qui vivra dans cette contemplation engendrera des images de vertus véritables, il sera aimé des dieux, et si jamais un homme peut prétendre à l’immortalité ce sera celui -là. »


Mais qu’avons-nous fait de si différent tout au long de notre chemin initiatique ? Pour ma part, j’ai cheminé au premier degré pour me connaître moi-même, et formaliser mon désir de perfectionnement. Parvenu au second degré, je me suis frotté aux autres, j’ai enrichi mon savoir à la lumière du savoir des autres. Mon univers d’étude est devenu l’Univers.
Au cours de mon élévation, en mourant tel Hiram, je me suis débarrassé des contingences matérielles, pour rejoindre la communauté spirituelle des Maîtres et pour, comme le dit Diotime : « contempler la beauté des sciences et enfanter () les pensées les plus magnifiques () et ne plus voir que la science de la beauté absolue, idéale, éternelle »
Depuis et tout au long des grades qui ont suivi, immergé dans la communauté de savoir qui nous unit tous, j’ai perfectionné cette connaissance par un acquis nouveau à chaque degré ; et de fait, complété cette connaissance et cette compréhension du contenu et du sens de notre recherche d’idéal, de recherche de la parole perdue.


Car, comme le dit Diotime, l’Amour du Beau conduit au Bien, puis à l’excellence, de la même façon que la Franc Maçonnerie prône l’Amour et le dévouement fraternels pour atteindre la Sagesse et la Vérité. C’est cet Amour de la sagesse et de la vertu qui guide nos plus belles pensées et nos plus belles actions.
« Etant à la fois le Bon, le Juste et le Beau, l’Amour s’entoure de choses bonnes, justes et belles, et c’est ainsi qu’on peut le reconnaître à l’intérieur comme en dehors de nous mêmes ».


A la fin de son discours, Diotime rappelle toutefois à Socrate, combien le chemin vers la sagesse et la connaissance est long et difficile, même pour Socrate. N’est pas initié qui veut.


Diotime dit : « Voilà sans doute, Socrate, en ce qui concerne les mystères relatifs à Eros, les choses auxquelles tu peux, toi aussi être initié. Mais la révélation suprême et la contemplation qui en sont également le terme, quand on suit la bonne voie, je ne sais pas si elles sont à ta portée ».


En Conclusion : Arrivée et discours d’Alcibiade
Alcibiade, amoureux de Socrate, arrive à la fin du banquet et prend la parole. Il exprime en fait la conclusion de Platon. Tout d’abord, il exprime son dépit face au refus d’un Socrate resté de marbre devant ses avances. Mais très vite il découvre que Socrate se situe désormais au-delà des nécessités de l’Amour charnel. Il le compare alors à un Dieu, ou tout au moins à quelqu’un qui est désormais proche de Dieu.


Tout au long de son discours, Alcibiade démontre le caractère pur, la recherche de l’idéal, l’absence de toute sensualité dans l’amour platonique, qui habite à présent Socrate.
L’Amour platonique, c’est l’amour sublimé, celui qui rapproche des Dieux, c’est l’Amour universel, qu’on retrouve en soi et en tout initié.


Ce qui unit les Francs-Maçons, c’est l’amour fraternel, cet amour que le Franc-Maçon réserve également, quand je dis également, je veux dire à parts égales à tous ses frères, cet amour pur et sans contact, en un mot platonique. Il ne s’agit pas ici de l’Eros, de l’amour sensitif ou charnel, il s’agit de l’Egregore, de l’Agape, de la Fraternité réelle, ressentie comme une vibration qui habite à la fois le corps et l’esprit.



L’Amour est la formule recherchée qui transforme le plomb en or, le vulgaire en magnifique, la bête en Dieu. C’est le chemin à prendre pour se Déifier car tel est notre Destin : aller vers Dieu pour participer de sa puissance.



Le Franc-Maçon doit être animé du désir de rencontrer l’autre, car c’est bien en rencontrant l’autre que l’on peut véritablement apprendre à se connaître. C’est dans le regard de l’autre, surtout si cet autre est également un cherchant, que le franc-maçon, prend conscience de ce qu’il est, de ce qui lui manque et trouve avec les autres ce qu’il est venu chercher.


La démarche du Franc Maçon est individuelle, mais la réalisation de cette démarche est collective.



Pour accepter l’autre, il faut non seulement l’aimer, mais s’y intéresser, le décrypter, le comprendre, le regarder avec intérêt, empathie et compréhension. C’est de l’écoute, de la compréhension et de l’acceptation de l’autre que naît notre propre accomplissement.


C’est tout ceci que nous dit Platon par la bouche de Diotime.



J’ai dit



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