Le zèle n’est permis qu’au sage
K∴ H∴
Le morceau d’architecture que nous avons l’honneur de vous présenter s’intitule : « Le zèle n’est permis qu’au sage ». Cette pensée qui résume en quelque sorte la légende du 6e grade, met en garde l’initié que nous sommes. C’est dire que l’initié peut être amené à faire le mal en voulant faire le bien.
Ceci dit, nous nous proposons d’ordonner cette planche autour de trois axes.
I – Qu’est ce
que le Zèle
II – Qu’est ce qu’un sage
III – Le zèle n’est permis qu’au sage
I – Qu’est ce que le Zèle
Avant d’aborder cette partie, nous allons brièvement donner un aperçu de la légende du 6e grade.
En échange des bois du Liban et des pierres taillées fournies par Hiram, roi de Tyr, pour la construction de son temple, le Roi Salomon s’était engagé à lui donner une province. Hiram de Tyr la visite et n’y trouve qu’un sol aride et une population sauvage. Il revient au palais de Salomon, traverse furieux la salle des gardes et fait irruption dans la salle où Salomon, seul, pleure la mort d’Hiram. Craignant pour la sécurité de son maître, Johaben, le plus dévoué des serviteurs du roi Salomon, l’a suivi et écoute à la porte. Hiram de Tyr le découvre et se croyant espionné, veut le mettre à mort. Salomon le retient, le raisonne. Les deux rois après avoir entendu Johaben, font de lui leur secrétaire intime qui rédige alors leur traité d’alliance.
Revenons maintenant aux significations du terme zèle.
Le
Zèle, du grec (zêlos) « jalousie,
ferveur » puis en latin zelus est une vive ardeur
pour appliquer les consignes et les règlements à
la lettre, ou plus généralement pour le maintien
ou le succès de quelque chose en poussant à
l’extrême le travail sans prendre la moindre
initiative pour l’alléger en
l’interprétant. Avoir du zèle
c’est avoir de l’ardeur du dévouement et
de l’enthousiasme. On dit de celui qui est
zélé qu’il est
également ardent, actif, attaché,
dévoué, attentif, chaleureux, enthousiaste,
passionné. Le zèle engendre donc chez
l’individu ce genre de réaction.
Le zèle n’est pas quelque chose qu’on
autorise ou non. Il est une manière qu’a un
individu d’agir dans le monde. Ainsi, on ne permet pas
d’être ou non zélé, on
constate puis on approuve (ou non) qu’une personne le soit.
D’ailleurs, dans notre société nous
voyons bien que l’attitude de quelqu’un de
zélé est plutôt mal perçu
c’est en tout cas ce que traduit l’expression
« faire du zèle ».
L’empressement ou la ferveur pour défendre une
cause. Or, cette cause peut s’avérer bonne ou
mauvaise, ciblée ou erronée. Dans le
même ordre d’idée le rituel du 6eme
grade illustre aussi la différence entre
deux formes de curiosité, l’une
négative vaine et condamnable, l’autre utile et
positive et démontre ainsi que la curiosité au
service d’une cause juste peut être un facteur
stimulant pour l’intelligence et utile sur le chemin de la
Vérité ; la
curiosité la plus noble étant celle de
l’initié qui cherche sans cesse. Pour ce
faire, l’initié est appelé à
être constamment vigilant. Être
zélé c’est être un serviteur humble,
sage et prompt à obéir fidèlement
à son maître intérieur en tout temps,
dans toutes les circonstances, en surpassant les envies de la chair
pour marcher par l’esprit. C’est un effort au quotidien, un
effort dans la communication avec son moi intérieur, prendre
le temps de faire silence dans nos pensées, dans nos actions
chercher avec sagesse ce que notre conscience nous dicte avec
amour et fermeté.
En effet, au fond de chaque homme,
quelle que soit son origine, son ethnie, son âge, sa religion
se trouve sa conscience qui lui indique où se trouve le bien
et le mal, la justice et l’injustice. A ce titre, le
zèle se présente à nous comme un
devoir. Le devoir va dès lors consister à agir en
conformité avec cette conscience, sans attendre de cette
action une récompense ni craindre une sanction. Il
s’agit de faire ce qui doit être fait parce
qu’il s’agit d’une exigence de cette
partie intime de nous-mêmes. En accomplissant nos devoirs le
Grand Architecte harmonise notre vie de manière que les
évènements ne s’opposent pas au
développement de notre être.
L’être humain peut être
tiraillé dans son quotidien par ce que lui dicte son devoir
et ce que lui dicte sa conscience. Seul avec nous même, nous
devons oser affronter le miroir pour accepter le combat avec le plus
terrible des ennemis : nous même…
Le premier pas dans un voyage est celui qui compte le plus disait Lao
Tseu, car il nécessite la volonté
d’agir.
En ce sens, le zèle sera une exigence morale sur le chemin
de la vérité, une exigence des
intentions pures. C’est cette pureté
d’intentions dont l’essence est la
liberté qui permet de conserver la dignité
humaine en accomplissant ce que l’homme reconnait
être juste et équitable.
II – Qu’est ce qu’un sage :
La définition que l’on donne de la « sagesse » est habituellement établie en référence à une personne que l’on considère comme sage. Un enfant est sage quand il est gentil ou tranquille. Un adulte est sage quand il est avisé, mesuré, réfléchi, modéré, prudent, équilibré, sérieux, raisonnable. On reconnaîtra aussi la sagesse d’une personne, à l’expérience acquise, à sa capacité de discernement, à son jugement droit sur les situations de la vie.
La sagesse comprise comme l’unité de la science est d’abord une qualité pratique qui a souvent très peu de contenu moral. La sagesse est en ce sens, un savoir-faire, une habileté dans la pratique d’un art ou d’un métier. Pour fabriquer les objets du culte, Salomon engage Hiram un artisan « plein d’habileté, d’adresse et de savoir pour exécuter tout travail de bronze ». La sagesse est, à ce titre particulier, une qualité requise pour l’exercice du pouvoir, tant chez le roi que chez ses conseillers.
La sagesse désigne
aussi le caractère de celui qui est sage avec une
forte connotation morale. Ainsi, le sage est un individu qui
se possède pleinement, qui peut dépasser les
facultés ou dispositions de la nature humaine, tant en ce
qui concerne la connaissance que l’action. Il représente
l’idéal de vie humaine la plus haute, l’excellence dans le
savoir ou dans la disposition au savoir, et le jugement sur toutes
choses, en particulier sur les valeurs morales et les actions qui leurs
sont liées. En pratique, le sage peut être
défini comme celui qui montre sa pensée non par
la parole, mais par l’agir, c’est ainsi qu’il démontre le
bien-fondé de sa pensée. Ainsi, la vie du sage
est la démonstration de sa pensée et sa force est
dans ses actes, et non dans le verbe.
On dit que les Sages de la Grèce ont gravé sur le
temple d’apollon à Delphes les maximes bien
connues de tous « CONNAIS- TOI TOI-MEME »
et « RIEN DE TROP ».
La connaissance de soi ne signifie pas acquérir un savoir
sur un objet, mais seulement prendre conscience de soi.
Et la prise de conscience de soi est susceptible de provoquer en
l’homme une transformation. La connaissance de soi qui rend
sage, n’est pas un savoir objectif, elle n’est rien
d’autre qu’un constant éveil, une
constante lucidité. Et ce qui est
fascinant, c’est qu’elle ne se distingue pas de la
conscience elle-même. Elle est l’illumination
du sujet, conscience indéfiniment en acte et
indéfiniment consciente d’elle-même.
L’homme sage est proche du Divin. Il vit pleinement la vie, il est
puissant et plein d’amour. Ainsi l’homme doit chercher à
devenir un sage pour pouvoir se rapprocher du principe qui
régente l’univers. Car DIEU veut que l’homme
progresse et s’élève vers lui. Accomplir ce
progrès est essentiel.
Pour y parvenir, l’homme doit :
Acquérir la connaissance essentielle ; Utiliser cette connaissance pour le bien des autres et de lui-même ; Transmettre la connaissance aux autres.
L’apprentissage de la connaissance et sa mise en pratique rendent l’homme pur et propre dans le cœur. Elle lui dicte les bons comportements à avoir dans la vie envers son Créateur et envers ses semblables. La connaissance essentielle conduit l’homme à maîtriser ses pensées, comprendre ses émotions et améliorer ses comportements. Elle l’incite à tout faire pour faciliter la vie de chacun, tout en amenant chacun à devenir libre et autonome. La mise en pratique de la connaissance amène des comportements de solidarité et de fraternité.
III – Le zèle
n’est permis qu’au sage
Il y a une apparente contradiction à rapprocher
l’idée d’un être
zélé avec celle de sage. La définition
que nous avons donnée du sage marque en effet le fait que ce
dernier cherche à mettre en adéquation sa
pensée et son action. Le sage agit en fonction de ses
convictions. Ce qui n’est pas toujours le cas chez le
zélé qui peut agir sans tenir compte des
situations et sans prendre de précautions. Cependant les
deux ont pour point commun de se situer dans
l’action ; on fait du zèle, en
conséquence, on agit.
Nous pouvons alors nous demander si l’attitude du zélé est l’attitude de quelqu’un de sage. Le zélé est-il sage ? La sagesse est couramment utilisée pour désigner le caractère de celui qui est raisonnable, ou qui fait preuve de modération dans les désirs. Elle est relative à l’intelligence, au jugement, au bon sens, à la prudence, au savoir, à la science, à la philosophie.
La Sagesse nous inspire des sentiments qui doivent faire de nous des hommes capables d’apprécier, avec discernement, le monde qui nous entoure, sans préjuger. La sagesse doit être le régulateur de nos instincts et de nos élans, elle doit nous maintenir dans une juste appréciation des situations qui se présentent à nous et nous forcer à agir avec justice vis-à-vis de tous et de tout, en nous évitant les impulsions préjudiciables à notre bon raisonnement. Si, malgré tout, nous cédons à une mauvaise attitude, la sagesse devra nous faire découvrir nos errements et nous obliger à reprendre le bon chemin. C’est cette connaissance morale de soi qui exige de l’homme tout d’abord qu’il balaye ses obstacles intérieurs (la mauvaise volonté) et qu’ensuite il travaille au développement des dispositions originelles inaliénables d’une bonne volonté cachée en lui. L’homme doit écouter avec zèle la voix de sa conscience, car c’est par sa conscience que l’être est relié au divin. Si le zèle apparaît donc essentiel sur le chemin de la vérité, la sagesse doit modérer le zèle car l’homme peut se tromper, il peut faire le mal en désirant le bien. Le rituel du 6eme grade par cette sentence « Le zèle n’est permis qu’au sage » veut nous mettre en garde non seulement contre les mobiles de nos actions mais aussi nous encourager à être fidèles à notre maître intérieur, et surtout à être vigilant, prudent et persévérant. Le zélé doit être prudent et prendre des précautions avant d’agir. Le désir de bien faire ne doit pas nous faire oublier qu’il n’est rien de fécond hors de notre action loyale et sincère. Sans ces précautions le zélé se met en danger. C’est ce que Johaben n’a pas compris. Il a mis sa vie en danger. C’est ainsi « qu’il fut aperçu par le roi de Tyr qui le saisit, le traîna dans la chambre et il aurait été battu par le roi en colère sans l’intervention de Salomon ». Il a dû s’expliquer avant que le roi de Tyr ne constatât qu’il était véritablement un zélé et fidèle serviteur.
CONCLUSION
Si par le Zèle le maçon est appelé à être un homme d’action, ardent, attaché et dévoué, sa curiosité doit être au service de la recherche de la vérité et à la connaissance de soi qui doit l’amener à la sagesse. L’homme sage est proche de DIEU, puissant et plein d’amour. Étant également un homme d’action dont les actes sont en harmonie avec la pensée, il est le seul qui peut prendre ce que lui dicte sa conscience comme une vérité. Et c’est là que la sentence « Le zèle n’est permis qu’au sage » peut prendre tout son sens. Par ailleurs, « Le zèle n’est permis qu’au sage » est une mise en garde, un avertissement donné à ceux qui, dans la précipitation, voudraient forcer les secrets de la nature, quels que soient les dangers.
Très Sage Maître, Digitaires qui illuminez la Chambre de Conseil et vous tous mes très respectables frères en vos grades et qualités.
J’ai dit.