12° #409012

Que le GADLU me maintienne dans la droiture et l’équité

Auteur:

C∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la gloire du grand architecte de l’univers
Deus meumque jus
Rite ecossais ancien et accepté
ORDO AB CHAO
Au nom et sous les auspices du supreme conseil de france
LIBERTÉ-ÉGALITÉ-FRATERNITÉ

Cette phrase termine le serment du nouveau Grand Maître Architecte lors de son initiation. Cela pose un certain nombre de questions, ou plutôt, fait apparaître un paradoxe : nous, Franc-maçons, sommes libres et de bonnes mœurs, et il apparaîtrait que nous avons besoin de l’aide du Grand Architecte pour exister, nous comporter comme de vrais initiés ! Comme tout paradoxe, c’est un appel à la réflexion.

Et pourquoi cette phrase est-elle la répétition mot pour mot de la fin du serment du Maître Parfait du 5ème Degré ?

Je vais tenter de répondre à ces deux questions après avoir étudié ce qui, selon moi, mérite d’être souligné dans ce parcours du 5ème au 12ème degré du REAA.

Mais d’abord, voyons les significations de la droiture et de l’équité.

Équité son étymologie vient de égal. Sentiment naturel, spontané, du juste et de l’ injuste. Le Littré donne : Disposition à faire à chacun part égale, à reconnaître impartialement le droit de chacun ; justice naturelle, par opposition à la justice légale. Les arbitres jugent plutôt selon l’équité que selon les textes.

C’est le principe impliquant l’ appréciation juste, le respect absolu de ce qui est dû à chacun.

Droiture

Selon le Littré, c’est l’état d’un esprit droit et judicieux,  l’état d’une âme droite et loyale. Pour le dictionnaire vivant de la langue française (DVLF), il s’agit de la disposition à se conduire, à se comporter toujours conformément aux règles du devoir, ou le fait de se comporter ainsi. Droiture est fréquemment associé à d’autres termes tels que dignité, franchise, force, honnêteté, honneur, impartialité, justice, loyauté, simplicité, sincérité, vérité, avec une connotation de légitimité. D’autres dictionnaires donnent l’équivalence de droiture avec équité.

Remarquons de suite que le mot employé est « me maintienne »…cela signifie que je suis supposé être en possession de moi-même et de ces vertus…

3 éléments me paraissent intéressants à étudier : ce sont la transgression, la distinction entre les degrés où le travail se concentre sur mon intériorité de ceux orientés vers l’action et ma relation aux autres et enfin, l’invocation au Principe présente lors de presque chacun des serments et obligations.

La Transgression :

Elle apparaît à deux reprises : soit au 6ème degré ou Johaben dépasse ses obligations pour voler au secours de Salomon, et au 9ème degré où il se précipite pour venger Hiram.

Reprenons les en détail.

Au 6ème degré, en tant que Johaben, comme tous les serviteurs de Salomon, je suis renvoyé quand Hiram de Tyr fait irruption dans la salle du palais où Salomon pleure la mort d’Hiram Abi. J’ai suivi celui-ci, étant le plus dévoué des favoris de Salomon, et écouté à la porte. Ce faisant, j’ai une attitude tout à fait profane et transgresse l’ordre de Salomon. Condamné à mort par Hiram de Tyr, je ne dois la vie sauve qu’à la mansuétude de Salomon qui convainc Hiram de Tyr, non seulement d’épargner ma vie, mais de profiter de mon zèle pour me nommer Secrétaire intime pour le renouvellement de l’alliance. Ceci recrée un ternaire qui ouvre le champs des possibles à la poursuite de la voie initiatique.

Au 9ème degré, encore moi, Johaben, Maître élu des 9, je parais perdre tout contrôle de moi-même. Mon zèle peut même paraître suspect : qu’ai-je à cacher pour me précipiter ainsi et empêcher Abiram de parler ? Serais-je complice du meurtre d’Hiram ? Est-ce que j’essaie d’exorciser mes propres démons ? L’intercession de mes pairs et la sagesse de Salomon me laissent la vie sauve, en un pari sur mon potentiel d’amélioration. La grande leçon est alors que la vengeance n’est pas la solution, mais que le pardon pour certains, la justice pour tous, sont bien préférables. Il semble que la transgression avec les risques associés soit nécessaires à l’initié pour progresser.

Intériorisation vs extériorisation ou degrés de ressourcement vs degrés d’action : Les degrés de ressourcements où l’essentiel de travail se fait vers l’intérieur de l’impétrant sont les 5ème, 9ème et 12ème degrés. Les 5 autres degrés sont donc des degrés d’actions.

Prenons l’exemple de 2 des degrés de ressourcements

Au 9ème degré, je suis conduit par l’inconnu à renouveler mon séjour dans la caverne pour y affronter mes propres démons ; en tant que Johaben, j’ai progressé semble-t-il, mais j’ai encore du mal à maîtriser mes pulsions animales. Si l’intuition (l’inconnu) m’a mené vers le buisson ardent, et vers la lampe qui luit dans cette caverne, j’ai besoin de l’eau pour me purifier. Il me faut à la fois, percevoir cette lumière qui est en moi, et la développer au point de m’en faire un guide. On a vu que cela ne m’empêchait pas de transgresser…

Au 12ème degré, connaissant parfaitement ce que renferme un étui de mathématiques, je connais les vertus qu’ils enseignent : la rectitude, la sincérité le travail et l’émulation. Il ne tient qu’à moi de chercher à comprendre la philosophie, lumière jetée par l’esprit et l’intelligence de l’homme sur les choses de la nature et de tracer un cercle au rayon aussi grand que possible. Ce ressourcement me paraît être une nécessité pour ensuite agir.

Quelques uns des degrés d’action

En tant que Johaben, un parmi les cinq Intendants des Bâtiments choisis, je dois participer à la construction d’une chambre secrète pour y garder les trésors d’Israël…même si ma vue est incomplète, masquée par un mur d’airain. J’ai dû apprendre les cinq points de fidélité : agir, intercéder, prier, aimer mes Frères et les secourir.

En tant qu’Emeth (Vérité, un des noms de Dieu), je participe avec 14 compagnons à la recherche et à la capture des 2 derniers scélérats que sont Jubelos et Jubelum dans le royaume de Gath. Il n’est pas précisé si je participe activement à leur supplice, visant à séparer la matière de l’esprit, après leur séjour dans l’athanor que constitue la Tour d’Achizar.

Ces actions ne sont rendues possibles que parce qu’il y a eu auparavant un ressourcement. Cette alternance entre immanence et transcendance est caractéristique de la quête du Maçon écossais.

L’invocation permanente au Principe dans les serments et obligations

Presque tous les serments que je prononce pour m’engager et poursuivre personnellement la voie initiatique sont marqués, à la fin de la formule prononcée, d’une invocation au Principe, sous différentes formes :

Au 5ème degré, il s’agit du Grand Architecte de l’Univers, selon une forme d’ailleurs identique à celle du serment du 12ème degré ; connaissant le cercle et sa quadrature, je fais le lien entre le spirituel et le matériel. J’ai appris à régler mes actions et purifier mon cœur en me rendant digne du haut degré de perfection que j’espère atteindre.

Au 6ème degré, je risque ma vie et ce faisant, montre les limites du zèle, qualité importante pour travailler à mon épanouissement, à mon élévation, rappelant les « vigilance et persévérance » du cabinet de réflexion. L’enseignement est clair, le zèle n’est permis qu’aux sages, dotés en particulier de discernement ! Et cela permet de reconstituer le Ternaire, grâce à l’intelligence de Salomon. L’obligation invoque Dieu.

Le 7ème degré est singulier en ce sens qu’il est le seul a avoir deux titres Prévôt et Juge ; il est lui aussi marqué par deux références : Dieu et Grand Architecte de l’Univers. Il est précisé que Dieu est le GA du Temple dont le plan a été inspiré à David et Salomon. Tout se passe comme si le fait de disposer des deux pouvoirs, judiciaire et régalien, nécessitait davantage de vertus pour mener à bien ma mission. Remarquons ici que les vertus citées dans les deux formules sont largement comprises dans les mots droiture et équité.

En fait, le seul degré où cette invocation est absente, est le 9ème, où il s’agit d’une référence à l’Ordre et au SCDF.

Mais remarquons tout de même que tous nos travaux sont ouverts, de même que tous nos serments sont prononcés « ALGDGADLU » !

Il est alors nécessaire de s’interroger sur

Le pourquoi de ces invocations ?

La faiblesse de mon esprit humain, la persistance en moi de l’instinct plus ou moins animal, les occasions de rechutes dans mes travers, malgré ma prise de conscience à la fois de la nécessité de cultiver mes vertus, et de l’existence en moi d’une étincelle de divin, font que l’homme en chemin vers son perfectionnement que je suis, a besoin d’assistance, et de qui peut-il obtenir cette aide ? De l’idée d’un Principe qu’en Maçonnerie nous nommons le GADLU, mais qui apparaît dans la Tradition comme étant nommé Dieu, par exemple.

En effet, notre Rite Écossais Ancien et Accepté est un rite déiste, qui procure une méthode et balise le chemin vers notre accomplissement en tant qu’homme complet, juste, libre et de bonnes mœurs.

Libre ? J’ai relevé ce qui suit dans une planche de notre F J P Buis : « La possibilité de transgression ne fait qu’un avec la liberté humaine. Certes cette liberté peut s’actualiser aussi bien dans la transgression que dans la soumission mais la transgression est prévisible, elle est inscrite dans la liberté humaine dés lors qu’elle est pensée comme libre arbitre et placée devant un interdit. […] La transgression peut constituer à priori pour le maçon, lui qui sacralise le Devoir, une faute, ou, pour le moins, un paradoxe ».

Il y a donc nécessité pour moi GMA, qui peut maintenant construire des tabernacles, de bien prendre conscience d’être le microcosme en comparaison d’un macrocosme me dépassant complètement. Et nous trouvons là la justification de l’expression : « me maintienne »…

En conclusion

Personnellement, je trouve très parlant que les deux extrémités de cette échelle du 5 au 12ème degré soient marquées de la même expression, comme si le Maître Parfait était déjà une préfiguration du Grand Maître Architecte.

D’abord interloqué par ces invocations permanentes, puis prenant conscience à la fois de mes progrès et de ma nature profonde, faite de lumière et d’ombres, je comprends ce recours au GADLU, bien que je me méfie beaucoup de l’intellectualisation excessive de la démarche. Sans renier l’intelligence, il me paraît important de laisser la vie s’exprimer par l’intuition, se laisser baigner par la Vie, Lumière des Hommes, expression de la Loi Universelle.

Grand Maître Architecte, J’ai dit.

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